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	<title>Syrie &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Fri, 18 Jul 2025 08:13:52 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Syrie, une guerre civile renouvelée ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/syrie-une-guerre-civile-renouvelee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Jul 2025 08:13:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Sept mois après l’offensive éclair des djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham qui a renversé le régime de Bachar al-Assad, la<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/syrie-une-guerre-civile-renouvelee/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Sept mois après l’offensive éclair des djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham qui a renversé le régime de Bachar al-Assad, la Syrie s’enlise dans la violence et les minorités en sont les premières victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Meurtri par treize ans de guerre civile, le pays est confronté à un engrenage de vengeances communautaires. Les nouvelles autorités, incapables d’assurer la sécurité du pays, sont dépassées par les milices qui les ont appuyées pour prendre le pouvoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Minorités décimées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’en mars dernier, plus de 1 000 Alaouites – minorité dont est issu Bachar al-Assad – ont été massacrés dans la région côtière de l’est du pays, les enlèvements de femmes alaouites se multiplient, rappelant le terrible sort réservé aux femmes yézidies [minorité ethnique et religieuse kurdophone du nord de l’Irak, ndlr] par les bourreaux de Daech entre 2014 et 2017.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 22 juin dernier, ce sont les chrétiens qui ont été ciblés par un attentat sanglant contre l’Église grecque orthodoxe de Saint-Élie à Damas, faisant 25 morts et 63 blessés. D’abord attribué à l’État islamique, cet attentat a été revendiqué par le groupuscule terroriste “Saraya Ansar el-Sunna” qui, d’après les experts, serait composé d’anciens partisans de Hayat Tahrir al-Cham devenus dissidents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que la proportion de chrétiens en Syrie a drastiquement baissé depuis le début du conflit en 2011, passant d’environ 1,5 million à seulement 300 000 fidèles aujourd’hui, le patriarche orthodoxe d’Antioche a déclaré pendant la messe des victimes que le gouvernement du président Ahmed Al-Charra portait la responsabilité de ne pas protéger les minorités et que ses condoléances ne suffisaient pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Affrontements et revirements</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le sud du pays est aussi confronté à de violents affrontements entre des tribus bédouines sunnites, la communauté druze et les forces gouvernementales, faisant plus de 500 morts depuis dimanche 13 juillet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après être entrée mardi 15 juillet dans la ville de Soueïda, l’armée syrienne a été sommée de s’en retirer par Israël, qui a bombardé des sites des forces gouvernementales à Damas, affirmant protéger les minorités druzes tout en maintenant ses positions sur le Golan. Le président syrien, qui veut éviter un conflit ouvert avec Israël, s’est exécuté et a annoncé transférer “à des factions locales et des cheiks” druzes la responsabilité du maintien de la sécurité à Soueïda.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, l’accord du 10 mars dernier entre Damas et les Kurdes pour l’intégration de ces derniers à l’administration syrienne n’est toujours pas appliqué. Mazloum Abdi, le dirigeant militaire des Kurdes, a renouvelé sa préférence pour une administration décentralisée, refusant de céder aux pressions américaines. Échaudés par le déchaînement de violence et le sort réservé aux minorités, les Kurdes, qui avaient noué des alliances de circonstance avec le régime d’Assad pour contenir les manœuvres militaires turques, rechignent à se désarmer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les États-Unis à la manœuvre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les États-Unis, méfiants jusqu’alors, conditionnaient leur appui à des garanties “d’inclusion”, la menace d’un chaos généralisé les conduit, pour rétablir l’ordre, à miser sur les islamistes qui ont investi le pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Affilié par le passé à Al-Qaïda, Hayat Tahrir al-Cham n’est plus considéré comme une organisation terroriste par le département d’État américain et le mandat d’arrêt contre son chef Ahmed al-Charaa – djihadiste relooké devenu président – est tombé. Les sanctions contre la Syrie ont été officiellement levées par Donald Trump à l’occasion de son déplacement en mai dernier dans les pétromonarchies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Washington est même revenu sur ce qui était jusqu’à présent sa ligne rouge&nbsp;: autoriser les 3 500 djihadistes étrangers à intégrer l’armée syrienne, afin qu’ils ne se jettent pas dans les bras de l’État islamique qui reconstitue ses forces dans certaines localités du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis ne voient sans doute pas dans les nouvelles autorités syriennes des démocrates, mais ils espèrent éviter la désintégration de l’État syrien dont les conséquences géopolitiques seraient dramatiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, rien n’indique pour le moment que ce pari puisse être gagné. Les nouvelles autorités syriennes disent vouloir réconcilier les Syriens pour obtenir la bénédiction de la communauté internationale, mais les faits sont têtus et trahissent pour l’instant leurs paroles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si la Syrie bascule à nouveau dans le chaos ou si la patience des Occidentaux et des États du golfe Persique avec le nouveau maître de Damas permet la stabilisation du pays. Mais à quel prix…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/syrie-une-guerre-civile-renouvelee-127151/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/syrie-une-guerre-civile-renouvelee-127151/">Le nouvel Economiste</a> le 17/07/2025</p>
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		<item>
		<title>Donald Trump dans les pétromonarchies du golfe Persique</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/donald-trump-dans-les-petromonarchies-du-golfe-persique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 May 2025 13:50:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Pour son premier déplacement au Moyen-Orient, Donald Trump a frappé fort, prenant à contre-pied la plupart des observateurs. Au-delà des<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/donald-trump-dans-les-petromonarchies-du-golfe-persique/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pour son premier déplacement au Moyen-Orient, Donald Trump a frappé fort, prenant à contre-pied la plupart des observateurs. Au-delà des avantages économiques considérables attendus, il a dessiné les contours de sa nouvelle politique dans cette région agitée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Promesses d’investissements faramineux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En leur réservant sa première visite officielle, le 47e président des États-Unis a voulu ramener les pétromonarchies dans l’orbite de Washington. Adeptes du réalisme politique, celles-ci avaient amorcé depuis déjà plusieurs années une politique étrangère “non alignée”, tissant d’étroits liens aussi bien avec la Russie que la Chine qui figure parmi leurs premiers partenaires commerciaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pari en voie d’être gagné : les pétromonarchies ont annoncé des promesses d’investissements titanesques aux États-Unis dans les dix prochaines années – respectivement de 600 milliards de l’Arabie saoudite, 500 milliards du Qatar et 400 milliards des Émirats arabes unis (EAU), principalement dans les technologies de pointe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les entreprises américaines sont aussi parvenues à décrocher d’importants contrats, à commencer par Boeing qui, en sérieuse difficulté financière, en avait plus que jamais besoin. Alors que les EAU ont passé commande de 28 avions, Qatar Airways a annoncé un contrat faramineux de 200 milliards de dollars auprès du constructeur américain.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Donnant-donnant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les monarchies du Golfe ne perdent pas de vue leurs intérêts. Alors que l’Arabie saoudite compte en contrepartie sur l’aval de Washington pour le développement de son industrie nucléaire civile, les EAU espèrent négocier une coopération énergétique mais surtout technologique, tant Abu Dhabi ambitionne de devenir un leader de l’intelligence artificielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Outre la défense de ses intérêts économiques, le président américain a profité de ce déplacement pour présenter les grandes orientations de son second mandat. À l’occasion du forum d’investissement américano-saoudien, Donald Trump a prononcé un discours de politique étrangère dans lequel il tire les leçons du passé, fustigeant l’interventionnisme tous azimuts de ses prédécesseurs néoconservateurs comme démocrates.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Eloge de souveraineté des nations</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il a salué les réussites de ses hôtes dans des termes peu communs, rendant hommage à la souveraineté des nations : “Il est essentiel que le reste du monde en prenne conscience : cette grande transformation n’est pas le fait d’interventionnistes occidentaux, ou d’hommes qui prennent de beaux avions pour venir vous donner des leçons sur la façon de vivre et de gérer vos propres affaires. Non. Les merveilles étincelantes de Riyad et d’Abou Dhabi n’ont pas été créées par les soi-disant “nation-builders”, les ‘neocons’ [ou néoconservateurs, réputés avoir la volonté d’imposer l’ordre libéral par la force si nécessaire, ndlr] ou les ‘non-profit liberals’ [organisations œuvrant dans le secteur à but non lucratif et perçues comme libérales ou progressistes sur le plan politique, ndlr] – comme ceux qui ont dépensé des milliers de milliards de dollars pour ne pas réussir à développer Kaboul, Bagdad et tant d’autres villes.”</p>



<h2 class="wp-block-heading">Iran et Syrie sur la table</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Donald Trump a également exposé ses ambitions stratégiques sur les dossiers brûlants du Moyen-Orient : l’issue du programme nucléaire iranien et l’avenir de la Syrie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré un véritable réquisitoire contre la politique iranienne passée, Donald Trump a rappelé sa volonté de “mettre fin aux conflits” et de “conclure un accord” avec Téhéran, écartant de facto les frappes préventives voulues par Tel Aviv. Cependant l’issue des négociations demeure incertaine, l’Iran restant intransigeant sur le maintien de son programme nucléaire civil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, à la surprise générale, le président Trump a décidé la levée des sanctions contre une Syrie à l’économie exsangue. Encouragé par Mohammed Ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite, qui s’est dit prêt à régler la dette syrienne envers la Banque mondiale – 15 millions de dollars – et à participer à la reconstruction de l’État syrien, le président américain a rencontré dès le lendemain, mercredi 14 mai, à Riyad, Ahmed al-Charaa, l’ancien terroriste d’Al-Qaïda relooké. Véritable pari au moment où les autorités provisoires peinent à établir l’autorité de l’État et où des factions encore plus radicales, à l’image de l’État islamique, profitent du vide sécuritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Prise de distance avec Israël</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Autant de gestes qui n’ont pu que renforcer les tensions récentes entre Tel-Aviv et Washington. Alors qu’Israël a été exclu de la tournée présidentielle, le vice-président américain J.D Vance a de son côté annulé son déplacement à Tel-Aviv, soi-disant pour des raisons logistiques, à l’annonce de la nouvelle offensive dans l’enclave palestinienne où la tragédie humanitaire s’aggrave jour après jour. Une telle situation a empêché Donald Trump d’obtenir de la part des monarchies du Golfe l’élargissement des accords d’Abraham.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, si sur le plan économique cette première visite au Moyen-Orient est une réussite, l’issue des dossiers régionaux – l’accord nucléaire avec l’Iran, l’avenir de Gaza, du Liban et de la Syrie – demeure encore incertaine. Reste à savoir si la “méthode Trump”, baroque mais pragmatique, fonctionnera.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <em><a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/donald-trump-dans-les-petromonarchies-du-golfe-persique-125578/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/donald-trump-dans-les-petromonarchies-du-golfe-persique-125578/">Le nouvel Economiste</a></em> le 22/05/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© SIPA</p>
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		<item>
		<title>L’espoir déçu d’un gouvernement d’union nationale en Syrie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lespoir-decu-dun-gouvernement-dunion-nationale-en-syrie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Apr 2025 15:45:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Trois mois seulement après sa prise éclair du pouvoir le 8 décembre dernier, renversant le régime de Bachar al-Assad et<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lespoir-decu-dun-gouvernement-dunion-nationale-en-syrie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Trois mois seulement après sa prise éclair du pouvoir le 8 décembre dernier, renversant le régime de Bachar al-Assad et laissant la communauté internationale stupéfaite, l’ancien djihadiste Al-Joulani, rebaptisé Ahmed al-Charaa, s’attelle à la délicate reconstruction de l’État syrien. Les autorités doivent relever deux immenses défis : rétablir la paix civile et préserver l’intégrité territoriale du pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La paix civile encore lointaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’Ahmed al-Charaa tente tant bien que mal de lisser son image pour obtenir des chancelleries occidentales, et notamment de celle des États-Unis, la levée des sanctions économiques, la composition de son nouveau gouvernement, rendue publique le 29 mars dernier, inquiète.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’exception d’une chrétienne nommée aux Affaires sociales, d’un alaouite aux Transports, d’un druze à l’Agriculture et d’un Kurde à l’Éducation – sans lien avec les FDS (Forces démocratiques syriennes) – les ministères régaliens sont réservés aux proches du nouveau maître de Damas et aux sunnites extrémistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’annonce de ce nouveau gouvernement a indigné l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), dominée par les Kurdes, estimant qu’il ne reflétait pas la “diversité et la pluralité du pays” et que ses membres ne se sentaient donc pas “concernés par l’application ou l’exécution des décisions émanant de ce gouvernement”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’AANES ira-t-elle jusqu’à remettre en cause l’accord du 10 mars dernier entre le nouveau pouvoir syrien et le commandant des FDS Mazloum Abdi, qui prévoit l’intégration des Kurdes au nouvel État qui se dessine laborieusement, en échange de garanties tangibles pour leurs droits ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’accord entre les Kurdes et le pouvoir de Damas ne prévoit pas un système étatique réparti par confession, à l’image du Liban.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’AANES représentant près d’un tiers du territoire et abritant d’importants gisements pétroliers, la normalisation de ses relations avec Damas est indispensable au nouveau pouvoir syrien pour garantir l’intégrité territoriale du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce titre, dès la Conférence du dialogue national du 25 février dernier, Ahmed al-Charaa avait insisté sur sa volonté de dissoudre les milices et d’unifier l’armée régulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si, selon l’accord du 10 mars, les FDS — qui ont courageusement combattu Daech durant la guerre civile — doivent rejoindre les rangs de l’armée, les contours exacts de cette intégration restent à préciser, et seront sans doute influencés par l’évolution de la situation sécuritaire du pays et le sort réservé aux minorités qui entretenaient de bons rapports avec le régime d’Assad. D’autant que la région du Rojava, contrôlée par les Kurdes, abrite d’importants camps de réfugiés et des prisons peuplées d’anciens djihadistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que plus de mille alaouites ont été tués début mars dans les régions côtières de l’ouest du pays par des miliciens sunnites et partisans du nouveau pouvoir, les arrestations arbitraires se poursuivent et inquiètent fortement les minorités syriennes. En définitive, la paix civile dépendra de la volonté et de la capacité du nouveau maître de Damas à garantir leur sécurité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’intégrité territoriale du pays encore incertaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Syrie est aussi confrontée aux ingérences des puissances régionales qui entendent bien profiter de sa fragilité intérieure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Asphyxié par les sanctions internationales, le pays doit, pour soutenir son armée, s’en remettre à la Turquie d’Erdogan qui, profitant du recul de l’influence iranienne, avance ses pions. La présence militaire turque serait concentrée principalement le long de l’axe Jarabulus-Idlib au nord-ouest de la Syrie, et dans des proportions plus modestes entre Tal Abyad et Ras al-Aïn, proche des territoires contrôlés par l’AANES.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soutien historique des rebelles syriens contre Bachar al-Assad, Ankara entretient d’étroits liens avec le gouvernement d’Ahmed al-Charaa et ambitionne de quadriller militairement le pays en installant même des bases militaires en Syrie, notamment vers Alep et Homs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Débarrassé du régime de Bachar al-Assad, par lequel transitait le soutien iranien au Hezbollah, Israël refuse catégoriquement de tels projets turcs et exige la démilitarisation complète du Sud de la Syrie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tel Aviv craint aussi que les infrastructures et le matériel militaire ne se retrouvent entre les mains de factions encore plus radicales que le pouvoir d’Ahmed al-Charaa, tant l’unité du pays demeure laborieuse et incertaine, sans compter les djihadistes étrangers encore présents sur le territoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Israël entend détruire ce qu’il reste des capacités militaires syriennes et poursuit ses frappes aux alentours de Damas et ses incursions près de sa frontière dans le plateau du Golan, entraînant des affrontements meurtriers avec la population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les autorités syriennes et turques ont dénoncé les agissements de l’État hébreu, leurs réactions et ripostes respectives restent prudentes. La Syrie pour la simple raison que son armée n’en a pas les moyens et qu’elle redoute un embrasement qui retarderait la levée des sanctions internationales. Quant à la Turquie, sa priorité reste la question kurde et le sort des FDS, qu’Ankara considère comme la branche syrienne du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan avec qui la Turquie est en conflit depuis plus de 40 ans).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouveau président syrien est ainsi pris en étau entre l’assistance militaire nécessaire de la Turquie pour la protection de son territoire et la réaction israélienne aux ambitions d’Ankara.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lundi 7 avril dernier, à l’occasion de la visite de Benjamin Netanyahou à Washington, le président Trump a annoncé qu’il ferait jouer ses bons rapports avec Recep Tayyip Erdogan pour apaiser la situation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, Washington aurait transmis une liste de conditions à la levée des sanctions, qui apparaît, dès lors, déterminante pour permettre au régime de relever ces défis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/lespoir-decu-dun-gouvernement-dunion-nationale-en-syrie-124438/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/lespoir-decu-dun-gouvernement-dunion-nationale-en-syrie-124438/"><em>Le nouvel Economiste</em></a> le 10/04/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph"> © SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’avenir incertain du maelström syrien</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lavenir-incertain-du-maelstrom-syrien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Mar 2025 15:44:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Le président intérimaire veut refonder une armée régulière pour désarmer ses opposants, ce qui préoccupe légitimement les minorités À l’occasion<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lavenir-incertain-du-maelstrom-syrien/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le président intérimaire veut refonder une armée régulière pour désarmer ses opposants, ce qui préoccupe légitimement les minorités</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’occasion de la Conférence du dialogue national qui s’est tenue mardi 25 février dans le palais présidentiel de Damas, le président par intérim Ahmed Al-Charaa a rappelé sa priorité pour la Syrie : dissoudre les milices et unifier l’armée régulière. Alors que le nouveau maître de Damas entend dessiner les contours de son futur système politique, ses ambitions jacobines sont compromises par le morcellement militaire de son territoire. L’unification de l’armée demeure laborieuse, et ce pour plusieurs raisons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le nord-est syrien redoute le réveil de Daech</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, l’avenir des Forces démocratiques syriennes (FDS), bras militaire de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES, ou Kurdistan syrien), composé majoritairement de Kurdes, demeure incertain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les négociations se poursuivent entre le nouveau maître de Damas et Mazloum Abdi, le commandant en chef des FDS, aucune solution n’a été trouvée. L’intégration militaire des FDS, le système politique qui se dessinera à Damas et le contrôle des ressources énergétiques, importantes dans la région du Rojava et de Deir Ez-Zor, restent d’épineuses interrogations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’AANES estime pour l’instant ne pas être liée par l’injonction présidentielle de démilitarisation des groupes armés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’ils venaient à déposer les armes, les Unités de protection du peuple (YPG) [la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD) kurde, ndlr] et les FDS, qui ont courageusement combattu l’État islamique tout au long de la guerre civile, redoutent que les cellules dormantes de Daech ne profitent du vide sécuritaire. En effet, l’équilibre de cette région, épicentre de la résistance kurde, reste fragile, notamment dans certaines localités dont celle de Deir ez-Zor qui abrite des camps de réfugiés peuplés de nombreux anciens djihadistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Compte tenu du passé terroriste d’Ahmed Al-Charaa, l’AANES se méfie des garanties que formule la nouvelle administration syrienne pour la rassurer. Les contingents qui ont participé au renversement de Bachar al-Assad – Hayat Tahrir al-Cham (ou HTC pour Organisation de libération du Levant), Armée nationale syrienne, groupuscules djihadistes isolés – restent éparpillés et divisés idéologiquement, faisant craindre aux Kurdes que l’armée régulière ne soit pas en mesure de contrôler véritablement le désarmement et de sécuriser la région.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le PKK pris en étau</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un accord global dépendra aussi de l’issue des négociations fraîchement initiées entre Ankara et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) irakien. Son leader Abdullah Oçalan, emprisonné depuis 1999 en Turquie, a appelé cette semaine à la dissolution et à la démilitarisation du PKK. Ceci aura indéniablement des échos au sein de la branche syrienne du PKK, confrontée régulièrement à des frappes militaires turques et fragilisée par le renversement de leur allié conjoncturel Bachar al-Assad. Pris en étau entre les Turcs et HTC, les Kurdes syriens parviendront-ils à négocier des garanties de sécurité tangibles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">De surcroît, le gouvernement central peine à imposer le monopole de la violence légitime dans certaines localités du sud du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des affrontements ont eu lieu à Jaramana, dans le sud de la banlieue de Damas, entre une partie de la communauté druze et des hommes du HTC. Aussi, le bastion druze de Soueida demeure méfiant envers la nouvelle administration syrienne, refusant en parallèle l’ingérence israélienne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël avance ses positions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin Israël exige la démilitarisation du sud de la Syrie. Si Tel Aviv s’est réjoui de la chute du régime de Bachar al-Assad, par lequel l’Iran faisait transiter ses armes au Hezbollah et au Hamas, il redoute à présent la future politique de l’islamiste Ahmed Al-Charaa comme des groupuscules terroristes qui pourraient profiter du chaos sécuritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gravement préoccupé par le risque que des massacres similaires à ceux du 7 octobre se reproduisent, le ministre israélien de la Défense a récemment déclaré que les autorités israéliennes ne permettraient pas que le sud de la Syrie devienne le sud du Liban.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le renversement du régime de Bachar al-Assad, l’armée israélienne a avancé ses positions sur le plateau du Golan, zone tampon qui sépare son territoire de celui de la Syrie, faisant craindre un embrasement régional.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Méfiance légitime des minorités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que le président intérimaire Ahmed Al-Charaa veut refonder une armée syrienne régulière pour désarmer ses opposants et asseoir son pouvoir, ses revendications se heurtent aux préoccupations légitimes des minorités, inquiètes pour leurs droits dans le futur système politique syrien dont les contours demeurent encore inconnus à ce jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, la Syrie reste prisonnière de son passé. Si on comprend la volonté du nouveau président syrien d’unifier une armée régulière, attribut vital d’un État, on comprend aussi tout à fait l’extrême méfiance des minorités, compte tenu du pedigree djihadiste du nouveau maître de Damas et de ses hommes d’Hayat Tahrir al-Cham.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Maelström moyen-oriental,<br>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> sur<em> <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/lavenir-incertain-du-maelstrom-syrien-123237/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/lavenir-incertain-du-maelstrom-syrien-123237/">Le nouvel Economiste</a></em> le 06/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph"> © SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Arabie saoudite ou Turquie, un choix existentiel pour Damas</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/arabie-saoudite-ou-turquie-un-choix-existentiel-pour-damas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Feb 2025 09:53:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
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		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[La Syrie a besoin des investissements saoudiens pour se reconstruire, et de la puissance militaire turque pour réunifier ses frontières<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/arabie-saoudite-ou-turquie-un-choix-existentiel-pour-damas/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La Syrie a besoin des investissements saoudiens pour se reconstruire, et de la puissance militaire turque pour réunifier ses frontières</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 2 février, Ahmed El-Charaa s’est rendu à Riyad, réservant sa première visite officielle à l’étranger au royaume saoudien, alors qu’il avait déjà consacré son premier entretien au journal saoudien panarabe ‘Asharq Al-Awsat’. Le nouveau maître de Damas est venu solliciter la pétromonarchie pour participer à la reconstruction d’une Syrie ravagée par près de quinze années de guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Riyad a accueilli très favorablement l’arrivée au pouvoir des rebelles islamistes le 8 décembre dernier. D’une part, parce que les relations entre le royaume et la Syrie étaient gelées depuis le début du conflit en raison du soutien saoudien aux rebelles syriens. D’autre part, parce que Riyad entend bien profiter du recul de l’influence iranienne dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’il soit parvenu au pouvoir grâce au soutien turc, le nouveau maître de Damas a aujourd’hui besoin de l’appui des pétromonarchies pour reconstruire une Syrie détruite par la guerre. Il compte aussi sans doute bénéficier des bonnes relations de Mohammed ben Salmane, le Premier ministre saoudien, avec la nouvelle administration américaine pour lever au plus vite les sanctions économiques qui asphyxient son pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La résurgence d’une rivalité ancienne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, deux jours plus tard, le 4 février, Ahmed El-Charaa se rendait à Ankara pour s’entretenir avec le président Recep Tayyip Erdogan, conscient sans doute que ce dernier accepterait mal d’être remplacé comme premier partenaire par l’Arabie saoudite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ahmed El-Charaa semble vouloir naviguer entre les deux puissances sunnites au risque de raviver une rivalité turco-saoudienne historique. L’Empire ottoman a dominé le monde arabo-musulman, du Maghreb au Yémen, pendant plus de 400 ans, du XVIe au XXe siècle. Gardien des lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine, la Sublime Porte [porte monumentale ouvrant sur le siège du gouvernement du sultan de l’Empire ottoman à Constantinople, ndlr] s’est imposée comme leader du monde musulman sunnite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le XVIIIe siècle, à l’image du chiisme au XVIe siècle, les tribus de l’actuelle Arabie saoudite se sont unifiées autour du wahhabisme, en opposition au pouvoir ottoman. Aujourd’hui encore, sans remettre officiellement en cause l’autorité du royaume saoudien sur les lieux saints, la Turquie adopte un discours critique à son égard.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le problème des Frères musulmans</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette rivalité est aussi politico-religieuse. L’Arabie saoudite et la Turquie incarnent deux modèles opposés de leadership musulman. Depuis l’essor de l’islam politique en Turquie avec l’AKP (le parti de la justice et du développement) et Recep Tayyip Erdogan, Ankara cherche à renouer avec son héritage ottoman et à s’imposer comme leader du monde sunnite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Arabie saoudite voit d’un mauvais œil ses ambitions, notamment en raison des liens turcs avec l’idéologie des Frères musulmans. Alors que ce courant trouve un écho favorable durant les printemps arabes de 2011, les pétromonarchies du Golfe, dont Riyad et Abu Dhabi, interdisent les Frères musulmans en 2014, parallèlement au renversement du président égyptien Mohamed Morsi par le maréchal Abdel-Fattah al-Sissi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La question kurde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si Damas compte sur les investissements saoudiens, avec lesquels la Turquie, en situation économique difficile, ne peut pas rivaliser, elle a aussi besoin de conserver une relation forte avec Ankara notamment pour trouver une issue à la question kurde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Erdogan a besoin de l’appui de la Syrie pour éviter la création d’un État kurde sur son flanc sud, et Ahmed El-Charaa aura besoin d’Ankara s’il veut réunifier la Syrie en récupérant le contrôle du Nord-Est, aux dépens des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui aujourd’hui l’administrent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, le nouveau président de Damas a compris qu’il lui faudra bien concilier les financements du royaume saoudien et la puissance militaire turque. En honorant Riyad de sa première visite, il a voulu signifier à Erdogan qu’il pouvait ne plus être son partenaire exclusif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avenir dira si les États-Unis entendent jouer les arbitres entre leur allié saoudien et la Turquie, membre de l’Otan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Maelström moyen-oriental,<br>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> publié sur le Nouvel Economiste le 06/02/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© SIPA</p>
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		<title>Syrie, le jeu de pouvoir après Assad.</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/syrie-le-jeu-de-pouvoir-apres-assad/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Jan 2025 10:36:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Assad]]></category>
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		<category><![CDATA[Hayat Tahrir al-Cham]]></category>
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		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
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					<description><![CDATA[Chacun avance ses pions dans l’attente de la nouvelle politique étrangère américaine. Un peu plus d’un mois après la chute<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/syrie-le-jeu-de-pouvoir-apres-assad/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Chacun avance ses pions dans l’attente de la nouvelle politique étrangère américaine. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un peu plus d’un mois après la chute du régime d’Assad et la prise du pouvoir par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham, où en est la Syrie ? À qui profite ce basculement géopolitique ? Quelle sera la politique américaine au lendemain de l’investiture de Donald Trump ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Al-Joulani lisse son image</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis sa prise du pouvoir, Abou Mohammed Al-Joulani, ancienne figure cardinale des mouvances djihadistes, a su manœuvrer pour asseoir son pouvoir sur la Syrie. Le nouveau maître de Damas, qui a troqué son patronyme de guerre Al-Joulani pour son nom d’état civil Ahmed al-Chareh et tondu sa barbe, ne cesse de donner des gages de tolérance aux minorités alaouites, chrétiennes et kurdes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il œuvre en faveur de l’unification et s’efforce de dissoudre les groupes armés au sein d’une force nationale. L’objectif est limpide : gagner du temps pour à la fois rassurer sa population qui conserve les traumatismes de l’État islamique, et lisser son image auprès des puissances internationales dans le but que les sanctions contre la Syrie soient rapidement levées.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>“La communauté internationale veut y croire, comme le prouve la multiplication des rencontres diplomatiques pour participer à la reconstruction complexe et incertaine de la Syrie”</p></blockquote></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La communauté internationale veut y croire, comme le prouve la multiplication des rencontres diplomatiques pour participer à la reconstruction complexe et incertaine de la Syrie. Alors que les chancelleries française et allemande se sont rendues à Damas pour s’entretenir avec Al-Joulani, l’Arabie saoudite a organisé ce dimanche 12 janvier un sommet sur le futur de la Syrie avec les pays arabes et occidentaux. Les États-Unis, quant à eux, ont annoncé renoncer à offrir une récompense pour l’arrestation d’Al-Joulani.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël, Turquie et pays du Golfe, les grands gagnants</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Chacun avance ses pions dans l’attente de la nouvelle politique étrangère américaine. Israël, la Turquie et les pays du golfe Persique sont pour l’instant les grands gagnants de ce basculement géopolitique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chute du régime d’Assad, allié historique de l’Iran par lequel s’approvisionnait le Hezbollah libanais, sert largement les intérêts d’Israël. En bombardant les infrastructures militaires et les stocks d’armement syriens, Tel-Aviv a voulu anéantir le potentiel militaire du pays et éviter qu’il ne tombe entre les mains de factions djihadistes encore présentes dans certaines régions du pays.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>“Alors que le Qatar a annoncé dès décembre la réouverture de son ambassade, l’Arabie saoudite a appelé à la levée des sanctions lors du sommet de ce dimanche.”</p></blockquote></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les pays du golfe Persique et l’islam sunnite sont au cœur de l’impulsion diplomatique depuis la chute du régime d’Assad et prennent une forme de revanche sur l’influence iranienne historique. Alors que le Qatar a annoncé dès décembre la réouverture de son ambassade, l’Arabie saoudite a appelé à la levée des sanctions lors du sommet de ce dimanche. Mais cette projection ne se limite pas à la Syrie. Détail qui ne trompe pas, le nouveau président du Liban, Joseph Aoun, qui a pris soin de ménager le Hezbollah pour sa désignation, a réservé sa première visite à l’étranger à l’Arabie saoudite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Turquie de son côté, même si elle nie son implication dans le renversement du régime syrien, profite largement de la chute d’Assad pour poursuivre son offensive contre les Kurdes du YPG (Unité de protection du peuple) au nord-est du pays, branche syrienne du PKK qu’Ankara considère comme terroriste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le repli tactique des Russes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l’avenir de la Syrie reste profondément instable avec une incertitude sur le maintien de la présence russe et sur la future politique américaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’ils sont présents depuis plus de 10 ans et ont combattu l’État islamiste et d’autres factions djihadistes, les Russes ont refusé d’engager leurs forces contre le groupe HTS et se sont repliés sur leurs bases de Tartous et Hmeimim. Situées au nord-ouest du pays, ces dernières sont hautement stratégiques puisqu’elles offrent à la Russie une projection navale et aérienne directe sur le bassin méditerranéen, l’Europe et l’Afrique. Comment expliquer ce repli tactique ? Vladimir Poutine a-t-il obtenu des garanties d’Erdogan et d’Al-Joulani ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La grande inconnue américaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la grande et vraie inconnue est celle de la politique américaine. HTS a-t-il juste profité de la période de transition entre Biden et Trump pour mener son offensive, ou y a-t-il eu un feu vert explicite de Washington aux rebelles islamistes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi qu’il en soit, la nouvelle administration américaine devra trancher de nombreuses questions épineuses :<br>&#8211; Quel avenir pour les Kurdes au nord de la Syrie compte tenu de la pression de la Turquie qui ne veut pas entendre parler d’un État sur son flanc sud ?</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>“Les États-Unis se laveront-ils les mains de la Syrie comme ils l’ont fait de l’Afghanistan ?”</p></blockquote></figure>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Quelle tolérance pour les bases russes alors même que Donald Trump a annoncé préparer une rencontre avec Poutine pour trouver une issue au conflit en Ukraine, initiative dont s’est félicité Moscou ? Les Russes parviendront-ils à négocier le maintien des bases dans le cadre d’un grand marchandage avec les États-Unis sur l’Ukraine et l’avenir du programme nucléaire iranien ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Quelle sera la politique américaine à l’égard des autorités islamistes ? Alors que Mazloum Abdi, le représentant des Forces démocratiques syriennes (FDS), affirme être tombé d’accord avec les autorités actuelles sur l’importance de l’intégrité et de l’unité du pays, d’autres voix doutent sérieusement de la sincérité de ces promesses et de la capacité des autorités actuelles à contrôler l’ensemble du territoire. Cela sans que des factions encore plus radicales, comme l’État islamique, ne profitent du chaos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis se laveront-ils les mains de la Syrie comme ils l’ont fait de l’Afghanistan, ou au contraire veilleront-ils avec les différents États de la région à garantir les droits des minorités ?<br>Enfin, l’enjeu sera aussi économique tant la détresse de la population civile et les besoins de reconstruction sont colossaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Par</em> <em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Paru dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/syrie-le-jeu-de-pouvoir-apres-assad-121411/">Le Nouvel Economiste</a> du 14 janvier 2025. </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<item>
		<title>Que penser des récentes frappes américaines en Irak et en Syrie ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/que-penser-des-recentes-frappes-americaines-en-irak-et-en-syrie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Feb 2024 10:56:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
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					<description><![CDATA[Les États-Unis ont frappé une centaine de cibles en Irak et en Syrie dans la nuit du 2 au 3<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/que-penser-des-recentes-frappes-americaines-en-irak-et-en-syrie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les États-Unis ont frappé une centaine de cibles en Irak et en Syrie dans la nuit du 2 au 3 février dernier, en représailles à l’attaque par drone des proxys iraniens sur leur base Tower 22 en Jordanie. Cette attaque, qui fut par ailleurs une prouesse technique, avait entraîné la mort de trois soldats américains et fait une cinquantaine de blessés.</p>
<p>Washington avait été abasourdi par cette initiative. Certains sénateurs américains avaient appelé à des frappes sur le territoire iranien, et le président Biden avait promis des frappes extraordinaires en réaction. Ces frappes ont commencé immédiatement après l’hommage rendu aux corps des soldats revenus sur le territoire américain. Des bombardements des sites en Irak et en Syrie s’en sont suivis par le biais des bombardiers américains ayant décollé du territoire US.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Riposte américaine à contretemps ?</strong></h4>
<p>Or, malgré la rhétorique guerrière et le lancement de 85 bombes, le bilan humain semble être minime. Il en va de même des dégâts matériels. En effet, les États-Unis avaient annoncé plusieurs jours avant qu’ils allaient agir contre ceux qu’ils estimaient responsables de la frappe contre leur base. Ils les avaient même clairement identifiés comme un groupe récemment créé portant le nom de “Résistance islamique en Irak”. Ce groupe, d’après Washington, était responsable, et ce depuis le début de la guerre entre le Hamas et Israël, de plus de 170 attaques contre les bases américaines en Syrie et en Irak. Les proxys ont donc eu largement le temps de disparaître dans la nature avec leurs équipements.</p>
<p class="mise_en_avant">Malgré la rhétorique guerrière et le lancement de 85 bombes, le bilan humain semble être minime. Il en va de même des dégâts matériels.</p>
<p>Tous les États arabes du golfe Persique – à l’exception du Sultanat d’Oman – ont condamné l’attaque de la Tower 22 et se sont engagés à soutenir aussi bien la sécurité que la stabilité de la Jordanie. Le sultanat fut d’ailleurs le seul État du Conseil de coopération du Golfe à avoir qualifié la frappe à l’encontre des Américains de conséquence “de la poursuite de l’agression brutale israélienne contre Gaza”.</p>
<p>Pour leur part, comme à l’accoutumée, les autorités iraniennes n’ont pas tardé à nier toute forme d’implication dans cette attaque alors même qu’il ne fait aucun doute que le drone utilisé était de fabrication iranienne. L’Iran a même poussé le paradoxe plus loin en déclarant que “les groupes de résistance [à l’encontre d’Israël] ne recevaient pas d’instruction de l’Iran”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Sacralisation nucléaire du territoire iranien</strong></h4>
<p>Dans l’absolu, ni l’Iran ni les États-Unis ne souhaitent que la guerre prenne de l’envergure, l’Iran se contentant d’agir par l’intermédiaire de ses proxys en Syrie, en Irak et au Yémen. Cependant, le fait pour les Américains de se contenter de frappes contre les proxys iraniens en Irak et en Syrie, sans envisager de frapper l’Iran directement, traduit incontestablement une crainte de voir l’engrenage s’emballer davantage. Non seulement la puissance militaire iranienne fait peur, mais il est aussi à envisager que l’impunité qui entoure ce pays est également due au fait qu’il soit devenu nucléaire, sacralisant de la sorte son territoire, à l’instar de la Corée du Nord.</p>
<p class="mise_en_avant">La puissance militaire de l&rsquo;Iran fait peur. Mais l’impunité qui entoure ce pays pourrait également être due au fait qu’il soit devenu nucléaire.</p>
<p>Par ailleurs, l’ensemble des pétromonarchies du golfe Persique ne cessent de peser de leur poids pour calmer les ardeurs de Washington afin d’empêcher des frappes de l’Iran ou de ses proxys sur leur propre territoire en cas d’explosion du conflit. L’incapacité américaine à neutraliser les frappes des proxys iraniens n’est pas de nature à les rassurer non plus.</p>
<p>C’est ainsi que ces pays, loin de vouloir s’en prendre à l’Iran, font tout pour éviter l’escalade et déploient leurs efforts pour apaiser et normaliser leurs relations avec Téhéran.</p>
<p>Ainsi, la sacralisation du territoire iranien ne laisse d’autre choix à Washington que celui du renouveau du dialogue en vue du retour de l’Iran dans le concert des nations.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 09/02/2024.</strong></p>
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		<item>
		<title>La Syrie, l&#8217;épineux dossier diplomatique du futur président turc</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-syrie-lepineux-dossier-diplomatique-du-futur-president-turc/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 May 2023 15:36:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Si l&#8217;incertitude politique demeure en Turquie avant la tenue d&#8217;un second tour inédit aux élections présidentielles, un sujet demeure central<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-syrie-lepineux-dossier-diplomatique-du-futur-president-turc/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si l&rsquo;incertitude politique demeure en Turquie avant la tenue d&rsquo;un second tour inédit aux élections présidentielles, un sujet demeure central dans les débats : l&rsquo;avenir des relations entre la Turquie et la Syrie. Pour rappel, les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques en 2011, dès le début de la guerre civile syrienne. Recep Tayyip Erdogan avait d&rsquo;abord soutenu les rebelles syriens contre Bachar el-Assad, et militait activement à l’international pour sa déposition. Jusqu&rsquo;en 2016, la Turquie a mené de front un soutien aux rebelles syriens et aux djihadistes de l&rsquo;Etat islamique, avec lesquelles elle conservait des intérêts commerciaux importants notamment pour l&rsquo;achat d&rsquo;hydrocarbures. Sa crainte de voir les Unités de protections du Peuple (YPG), le bras armé du Parti démocratique du Peuple (PYD), tous deux alliés au PKK, réussir à créer un Kurdistan syrien autonome, l&rsquo;a amenée par deux fois à mener des opérations militaires contre les Kurdes, profitant à partir de 2017 du départ des Américains de la région. Depuis, la Turquie a maintenu sa présence sur le territoire syrien, au prétexte de lutter ainsi contre « le problème kurde » pour des questions de sécurité nationale, tandis que la Syrie réclame son départ comme condition préalable à toute forme de normalisation diplomatique.</p>
<p>Qu&rsquo;Erdogan soit reconduit ou que l&rsquo;opposition remporte l&rsquo;élection, la politique d&rsquo;Ankara à l&rsquo;égard de Damas demeurera vraisemblablement concentrée sur la reprise de leurs relations bilatérales. En dépit du calendrier électoral en Turquie, les pourparlers entre les deux pays se sont donc poursuivis ces dernières semaines. Quatre jours avant le premier tour du scrutin présidentiel, les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de la Turquie, de la Syrie et de l&rsquo;Iran participaient à une réunion à Moscou, afin d&rsquo;avancersur la feuille de route de la normalisation turco-syrienne.</p>
<p>Pour autant, alors qu’elle regagne progressivement en respectabilité sur la scène du Moyen-Orient sous l&rsquo;influence de l&rsquo;Arabie saoudite – comme sa réintégration au sein de la Ligue Arabe le démontre – Damas souhaite imposer ses conditions. Aujourd&rsquo;hui, la question du départ des forces militaires turques, celle du retour des réfugiés syriens dans leur pays et la fin du soutien turc à l’opposition syrienne, seront centrales dans les négociations, quel que soit le gouvernement turc qui les mènera.</p>
<p>En Turquie, la problématique de l&rsquo;accueil des réfugiés syriens transcende tant les clivages politiques qu&rsquo;il y a peu de chances qu&rsquo;un accord ne puisse être trouvé. Leur renvoi constituait sans doute l&rsquo;un des rares points de consensus entre Erdoğan et Kilicdaroğlu. Les résultats du premier tour de l&rsquo;élection présidentielle turque ont d&rsquo;ailleurs parfaitement illustré le caractère primordial de ce dossier aux yeux de l&rsquo;opinion. En totalisant 5,2% des votes, l&rsquo;ultra-nationaliste Sinan Ogan a séduit aussi bien les déçus de l&rsquo;AKP que les nationalistes peu convaincus par l&rsquo;opposition, grâce à son discours très sécuritaire et radical à l&rsquo;encontre « des terroristes », à savoir les Kurdes, et de la présence des réfugiés, qu&rsquo;il promettait de renvoyer en Syrie. Son discours s&rsquo;inscrit dans la lignée des propos d&rsquo;Ümit Özdağ, ancien leader du MHP, qui présente régulièrement les réfugiés comme une menace sécuritaire et culturelle pour la Turquie. La troisième voie que Sinan Ogan se proposait d&rsquo;incarner a séduit suffisamment d&rsquo;électeurs pour occasionner un second tour dans le scrutin, et lui permettre de s&rsquo;imposer en « faiseur de roi », même s&rsquo;il est fort probable que le report de ses voix se fasse en faveur du président sortant. D&rsquo;origine azérie, Ogan entretient par ailleurs de très bonnes relations avec l&rsquo;Azerbaïdjan et le gouvernement Aliyev, ce qui le rend certainement très réceptif au discours panturquiste du président Erdogan.</p>
<p>En revanche, le retrait militaire de Syrie représente une ligne rouge pour Ankara, qui la considère comme une nécessité sécuritaire dans sa lutte contre l&rsquo;irrédentisme kurde. A chacuneses priorités : pour la Turquie, c&rsquo;est la résolution de la question kurde. Pour la Syrie, l&rsquo;anéantissement des rebelles syriens soutenus par Ankara. Les négociations auront donc comme principale tâche de concilier ces intérêts contradictoires.</p>
<p>A minima, la Turquie exigera des garanties sécuritaires et des conditions de retour précises pour les réfugiés, ce que la Syrie peut légitimement accepter. La fiabilité de ses engagements constituera néanmoins un sujet d&rsquo;inquiétude pour Ankara. Encouragée par un apaisement avec sa voisine, la Syrie pourrait en effet s&rsquo;attaquer aux derniers bastions de l&rsquo;opposition syrienne en cas de départ des forces turques, au risque d&rsquo;entraîner un nouveau désastre humanitaire et une nouvelle vague migratoire vers la Turquie. En février 2020, l&rsquo;opération « Bouclier du printemps » avait vu s&rsquo;affronter les forces armées syriennes et turques dans la région d&rsquo;Idlib, précisément dans le but, comme l&rsquo;avait signifié le ministre des affaires étrangères turc à l’époque, « <em>d&rsquo;arrêter les massacres du régime et éviter une nouvelle vague migratoire </em>». Si le régime d&rsquo;Assad rompt ses promesses et poursuit sa répression sanglante à l&rsquo;égard de l&rsquo;opposition syrienne, les conditions d&rsquo;une grande insécurité seront réunies pour la Turquie.</p>
<p>En effet, désarmer l&rsquo;opposition ne résoudra rien à l&rsquo;absence de solution politique durable en Syrie. La Turquie se trouve donc aujourd&rsquo;hui dans une forme d&rsquo;injonction paradoxale et difficile à résoudre : normaliser, à l&rsquo;instar de la majeure partie du monde arabe, ses relations avec Damas, tout en maintenant une force militaire en Syrie pour se protéger des conséquences d&rsquo;un nouvel épisode de la guerre civile syrienne, toujours irrésolue. Aussi, quelle que soit l&rsquo;issue du second tour en Turquie, la « politique syrienne » risque d&rsquo;être une véritable épine dans le pied du futur président, en particulier dans le contexte économique actuel.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 21/05/2023.</strong></p>
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		<title>La Syrie, nouveau pivot diplomatique du monde arabe</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-syrie-nouveau-pivot-diplomatique-du-monde-arabe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Apr 2023 07:33:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
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					<description><![CDATA[Employés à renforcer leur indépendance, les pays arabes du golfe Persique poursuivent, parallèlement à la reprise de leurs relations avec<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-syrie-nouveau-pivot-diplomatique-du-monde-arabe/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Employés à renforcer leur indépendance, les pays arabes du golfe Persique poursuivent, parallèlement à la reprise de leurs relations avec Téhéran, un processus semblable avec Damas, après plus d’une décennie de rupture diplomatique. C’est une tendance à l’œuvre depuis 2018, mais qui s’est considérablement accélérée ces trois dernières années. Oman a ainsi été le premier État du Conseil de coopération du Golfe à rouvrir son ambassade à Damas en octobre 2020, tandis que la diplomatie active des Émirats arabes unis a culminé en mars 2022 par la visite officielle du président syrien Bachar el-Assad à Dubaï, sa première visite dans un pays arabe depuis le début de la guerre civile en 2011. Le Bahreïn a rouvert sa première mission diplomatique en Syrie en juin 2022 après dix ans d’absence, et depuis le début de l’année 2023, les échanges diplomatiques et visites de délégation se multiplient.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Ramener la Syrie dans le giron arabe</strong></h4>
<p>Le séisme du 6 février, qui a fortement impacté la Syrie et mit en péril 5,3 millions de ses habitants, a contribué à créer de nouveaux canaux diplomatiques en faveur de Damas et d’un assouplissement des sanctions occidentales à des fins humanitaires. Au-delà de cette “diplomatie du désastre” largement exploité par Bachar el-Assad pour se refaire une virginité politique, le processus de normalisation initié par ses voisins se veut pragmatique : mettre de côté des années de brouille contre-productive et ramener la Syrie dans le giron arabe répondent en effet à une vision stratégique plus large, visant à stabiliser le Moyen-Orient et à renforcer sa cohésion.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Le séisme du 6 février, qui a mit en péril 5,3 millions de ses habitants, a contribué à créer de nouveaux canaux diplomatiques en faveur de Damas et d’un assouplissement des sanctions occidentales”</em></p>
<p>La position de l’Arabie saoudite est à cet égard déterminante, et il n’est guère surprenant qu’après avoir multiplié les signaux publics concernant sa réconciliation avec l’Iran, Riyad soit en pourparlers avec Damas pour rouvrir leurs ambassades respectives le mois prochain. Dans le royaume comme dans d’autres chancelleries arabes, la nécessité d’un dialogue serein avec la Syrie semble faire consensus. La tenue du prochain sommet de la Ligue Arabe en Arabie saoudite en mai prochain pourrait être le moment d’annoncer publiquement une reprise officielle des relations avec la Syrie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Profiter de la proximité Iran-Syrie</strong></h4>
<p>Certains analystes ont eu tôt fait de penser que cette normalisation s’inscrivait dans une tentative d’éloignement de la Syrie de la sphère d’influence iranienne, afin de lui redonner une meilleure autonomie vis-à-vis de l’Iran et l’ancrer plus fortement dans le monde arabe. En réalité, le fait que cette normalisation s’accélère depuis l’annonce de l’accord irano-saoudien le 10 mars dernier sous l’égide de la Chine ne relève guère du hasard. Loin de vouloir éloigner la Syrie de l’Iran, le monde arabe chercherait bien davantage à bénéficier de sa proximité avec la République islamique pour approfondir leurs relations, et constituer un front commun contre les positions occidentales. Histoire de bien rappeler la profondeur des liens qui unissent son pays à l’Iran, Bachar el-Assad lui-même a précisé aux chancelleries arabes qu’il n’avait aucunement l’intention de prendre ses distances avec Téhéran. Depuis la guerre froide, l’Iran entretient en effet des liens étroits avec la Syrie, à la fois politiques et économiques. Damas a été le premier pays arabe à reconnaître l’existence de la République islamique en 1979, le seul aussi avec la Libye à la soutenir face à l’Irak entre 1980 et 1988.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Damas a été le premier pays arabe à reconnaître l’existence de la République islamique en 1979, le seul aussi avec la Libye à la soutenir face à l’Irak”</em></p>
<p>Entre ces deux pays se trouve une alliée commune, la Russie, qui a largement profité comme l’Iran de la guerre civile syrienne pour renforcer son influence locale. Et tandis que la guerre en Ukraine a rendu la Russie dépendante de l’aide militaire de l’Iran, elle n’a en rien diminué son engagement en Syrie, renforçant bien au contraire sa collaboration sécuritaire locale avec Téhéran. Moscou encourage donc de près le processus de normalisation entre les pays arabes et Damas, ainsi qu’avec la Turquie, dans le but de protéger ses intérêts stratégiques en Syrie et au Moyen-Orient.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Mettre en défaut les États-Unis</strong></h4>
<p>Face à ce rééquilibrage régional, les États-Unis apparaissent en défaut. S’ils qualifient cette normalisation avec la Syrie de “honteuse” et n’entendent pas réviser leur position quant à l’illégitimité du pouvoir d’Assad, leur stratégie pour maintenir son pays dans l’ostracisme tant qu’il restera au pouvoir apparaît plus incertaine. Certes, les Américains disposent de la loi César, mise en place par l’administration Trump en 2020, qui impose des sanctions contre la Syrie, mais aussi contre des pays tiers qui tenteraient de commercer avec elle. Joe Biden n’est pas revenu sur ce texte, confirmant le maintien de la stratégie trumpienne contre Bachar el-Assad.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Dans l’optique de protéger leurs intérêts immédiats au Moyen-Orient, les États-Unis n’auront d’autre choix que d’opter pour le dialogue, avec leurs alliés mais aussi avec leurs ennemis”</em></p>
<p>Appliquera-t-il cette loi à des alliés comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, mettra-t-il en place des sanctions économiques ou un embargo sur les ventes d’armes à l’encontre d’autres pays qui souhaiteraient normaliser leurs relations diplomatiques avec la Syrie ? Cela paraît peu probable, pour une simple question de priorités, alors que la Chine et la Russie occupent l’essentiel de la politique étrangère de l’administration Biden. Au demeurant, la politique des sanctions et autres mesures coercitives a prouvé son inefficacité depuis plus de dix ans : toujours au pouvoir, Bachar el-Assad est plus courtisé que jamais par ses voisins, et en passe d’être totalement réhabilité sur la scène régionale.</p>
<p>Dans l’optique de protéger leurs intérêts immédiats au Moyen-Orient, les États-Unis n’auront d’autre choix que d’opter pour le dialogue, avec leurs alliés mais aussi avec leurs ennemis, seule manière de sécuriser la région et de préserver leur crédibilité stratégique. Les puissances du Moyen-Orient, devenues des interlocuteurs diplomatiques incontournables, y verront là l’aboutissement de leur quête d’indépendance.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste le 05/04/2023.</strong></p>
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		<title>Irak, Syrie, Iran, Turquie : chronique d&#8217;une guerre de l&#8217;eau annoncée</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/irak-syrie-iran-turquie-chronique-dune-guerre-de-leau-annoncee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Aug 2022 07:34:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre de l'eau]]></category>
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					<description><![CDATA[En avril dernier, l’Irak a vu mourir le lac de Sawa, paradis des oiseaux migrateurs et des Irakiens qui aimaient,<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/irak-syrie-iran-turquie-chronique-dune-guerre-de-leau-annoncee/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En avril dernier, l’Irak a vu mourir le lac de Sawa, paradis des oiseaux migrateurs et des Irakiens qui aimaient, il y a encore vingt ans, s’y baigner et y pique-niquer. Vieux de 5 000 ans, ce lac s’était formé au bord de l’Euphrate, frontière ouest du mythique Croissant fertile bordé à l’est par le Tigre, un “miracle” géographique et climatique qui donna au monde la civilisation mésopotamienne, l’agriculture et l’écriture. Aujourd’hui, de Sawa, il ne reste quasiment plus une goutte d’eau. Outre que ce désastre écologique risque d’entraîner la disparition d’un patrimoine naturel inestimable, il menace aujourd’hui des régions entières d’Irak, dépendantes de l’élevage et de l’agriculture pour leur subsistance la plus essentielle. Les agronomes irakiens estiment le lac entre 5 et 10 % de sa superficie originelle, et il est aujourd’hui réduit à une mare dépendante d’une unique nappe phréatique surexploitée par les puits illégaux qui alimentent les élevages ou les usines avoisinants.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Changement climatique et catastrophe humanitaire</strong></h4>
<p>Incontestablement, le changement climatique tient une part de responsabilité dans cette catastrophe multifactorielle. Le pays accuse un grave déficit hydrique depuis trois ans, une absence de pluies saisonnières et des températures extrêmes pouvant atteindre 50 °C, ce qui a accéléré la désertification, la baisse du niveau des fleuves et la réduction des réserves d’eau de 60 % par rapport à 2021. En vingt ans, le débit cumulé du Tigre et de l’Euphrate, qui fournissent 98 % des surfaces en eau de l’Irak, a été divisé par deux.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’Irak court au-devant d’une catastrophe écologique et humanitaire. D’ici 2040, les ingénieurs et experts irakiens les plus pessimistes estiment que le pays sera devenu inhabitable en raison du manque d’eau… alors que les prévisions démographiques annoncent un quasi-doublement de sa population d’ici 2050.”</p>
<p>Cruelle, cette situation promet malheureusement de se répéter d’ici 2040 dans de nombreuses régions du Moyen-Orient. L’Irak fait partie de ce que le World Resources Institute nomme la “diagonale de la soif”, vaste région s’étendant du Maroc à la Chine du Nord-Est qui regroupe 5 milliards de personnes et pourrait accuser de très graves pénuries d’eau en quelques décennies. En vérité, le pays court au-devant d’une catastrophe écologique et humanitaire. D’ici 2040, les ingénieurs et experts irakiens les plus pessimistes estiment qu’il sera devenu inhabitable en raison du manque d’eau… alors que les prévisions démographiques annoncent un quasi-doublement de sa population d’ici 2050.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Absence d’anticipation des politiques publiques</strong></h4>
<p>Les conditions climatiques, si elles sont indéniables, n’expliquent pourtant pas à elles seules la gravité de la situation. Ingénieurs, agronomes et militants écologistes irakiens dénoncent un trait malheureusement courant dans les pays soumis à la fois à des phénomènes climatiques extrêmes et à une instabilité politique chronique renforcée par les situations de conflits : le manque d’anticipation. Engagé régulièrement dans des guerres depuis quarante ans, l’Irak a trop longtemps négligé l’élaboration d’une politique publique volontariste pour rationaliser l’usage de l’eau. Entre le creusement de puits illégaux (5 000 dans la seule région d’Al-Mouthanna, puisant jusqu’à 400 mètres de profondeur) et le maintien des méthodes d’irrigation par inondation héritées de l’Antiquité, aucune méthode moderne économe et favorisant une répartition raisonnée de l’eau n’a été soutenue par les pouvoirs publics. En 2014, soit un an avant que le niveau du lac de Sawa ne commence à baisser, le gouvernement irakien avait défini un plan d’action globale contre la crise hydrique, avec 180 milliards de dollars d’investissements sur vingt ans. Il n’a jamais été mis en œuvre. Depuis fin 2020, l’équipe de Mustafa Al-Kadhimi multiplie plans dédiés et budgets d’urgence en coopération avec l’ONU, sans réussir à lever le doute quant à leur efficacité.</p>
<p class="mise_en_avant">“Ingénieurs, agronomes et militants écologistes irakiens dénoncent le manque d’anticipation, aucune méthode moderne économe et favorisant une répartition raisonnée de l’eau n’a été soutenue par les pouvoirs publics”</p>
<p>Face à l’augmentation de la salinité des sols qui détruit les cultures et favorise les maladies, les Irakiens abandonnent en masse l’agriculture, qui ne représente plus que 26 % du PIB du pays. Sept millions d’Irakiens (et combien de millions d’autres demain ?) sont déjà menacés de devenir des réfugiés climatiques, et cette préoccupation, globale, inquiète d’autant plus que l’Irak est également un “hotspot” géopolitique susceptible de devenir, une fois de plus, une zone de conflit pour la maîtrise de “l’or bleu”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Turquie, Syrie, Iran, Irak : guerre de l’eau entre les quatre États riverains</strong></h4>
<p>La réduction du débit du Tigre et de l’Euphrate tient en effet au choix de modèle économique et à la mauvaise gestion concertée des pays voisins qu’ils traversent. Les deux fleuves mythiques traversent la Syrie et l’Irak pour se jeter dans le golfe Persique via le delta du Chatt-el-Arab, l’Iran appartenant aussi à ce bassin fluvial car il contrôle plusieurs affluents du Tigre, comme la Diyala, qui naissent sur son territoire. Mais la majeure partie du débit des deux fleuves se constitue en Turquie, pays d’origine de leurs sources.</p>
<p class="mise_en_avant">“Point géopolitique critique, tout le bassin hydrographique du Tigre et de l’Euphrate coïncide avec le Kurdistan… ce qui a rapidement fait de l’eau une arme politique pour la Turquie, qui promet de ne pas réduire le débit des fleuves en échange de concessions de la part de ses voisins, notamment syriens, sur la question kurde”</p>
<p>Tous ces États riverains du bassin se trouvent donc rivaux pour capter et gérer la précieuse ressource, la Turquie possédant grâce à sa géographie un indéniable avantage qu’elle ne manque pas d’exploiter. Depuis le premier barrage construit en 1938 jusqu’au barrage Atatürk, quatrième plus grand barrage du monde achevé au début des années 1990, Ankara a multiplié les infrastructures en amont des deux fleuves dans le cadre du Programme régional de développement de l’Anatolie du Sud-Est, qui doit la doter de 22 barrages d’ici 2029. Point géopolitique critique, tout le bassin hydrographique du Tigre et de l’Euphrate coïncide avec le Kurdistan… ce qui a rapidement fait de l’eau une arme politique pour la Turquie, qui promet de ne pas réduire le débit des fleuves en échange de concessions de la part de ses voisins, notamment syriens, sur la question kurde. Les protocoles sur l’eau signés avec l’Irak en 1984, puis avec la Syrie en 1987, garantissent ainsi un débit minimal annuel de l’Euphrate de 500 m3 d’eau, en échange d’une lutte contre le PKK. Mais cette promesse n’est pas toujours tenue. L’Irak a connu depuis les années 1980 plusieurs sécheresses induites par la réduction du débit de l’Euphrate en amont. Plus récemment, en 2020, la Turquie a inauguré le barrage Illisu sur le Tigre, qui a eu des conséquences environnementales immédiates en Irak, en plus de causer un désastre archéologique et humanitaire – la mise en service du barrage a totalement immergé le village d’Hasankeyf, douze fois millénaire. La principale difficulté est que les quatre pays riverains des deux fleuves peinent à mettre en place un partage négocié et équitable des eaux, bien que le changement climatique les concerne tous.</p>
<p>Cette gestion conflictuelle, en plus de la raréfaction de l’eau et de l’accroissement du niveau de pauvreté des populations locales, crée donc toutes les conditions pour que le mythique Croissant fertile devienne le théâtre d’une future “guerre de l’eau”. La Syrie et la Turquie avaient déjà frôlé l’affrontement en 1974. Ironie du sort, la première guerre de l’eau de l’histoire de l’humanité avait déjà eu lieu à Sumer, il y a 2 500 ans, entre les cités-États de Lagash et Umma.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 16/08/2022.</strong></p>
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