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	<title>Soleimani &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>L&#8217;Iran après Soleimani, entre maîtrise militaire et fébrilité politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jan 2020 17:43:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-4809 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/sans-titre-300x167.png" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/sans-titre-300x167.png 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/sans-titre-150x83.png 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/sans-titre.png 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Entre l&rsquo;assassinat de Ghassem Soleimani dans la nuit du 2 au 3 janvier et les nouvelles manifestations qui occupent les rues d&rsquo;Iran aujourd&rsquo;hui, une dizaine de jours se sont écoulés ; dix jours qui marquent un tournant crucial dans le bras de fer qui oppose la République islamique aux Etats-Unis, mais aussi à sa propre population. Ces journées ont démontré, de la part des Iraniens, à la fois une maîtrise intelligente de la réponse militaire apportée après la mort du général, mais également une réelle fébrilité du pouvoir après l&rsquo;aveu de la responsabilité des Gardiens de la Révolution dans le crash de l&rsquo;avion ukrainien, qui a entraîné la mort de 176 personnes mercredi 8 janvier. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">A cette date, on pouvait croire la « guerre des douze jours », qui a opposé les Etats-Unis et l&rsquo;Iran en Irak depuis le 27 décembre, achevée sur une victoire iranienne. En effet, en réponse à l&rsquo;assassinat de Ghassem Soleimani, Téhéran a tiré le 8 janvier plusieurs missiles contre deux bases américaines en Irak, sans causer de pertes humaines et surtout sans s&rsquo;attirer de riposte musclée de la part de Washington. Dont acte ? Cette contre-attaque iranienne millimétrée apporte en effet plusieurs enseignements. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">C&rsquo;est d&rsquo;abord la politique de la dissuasion qui l&rsquo;a finalement emporté. La riposte iranienne en Irak a étonné jusqu&rsquo;aux militaires américains par sa précision et sa portée, au même titre que les attaques qui ont frappé les sites pétroliers saoudiens le 14 septembre dernier (dont la responsabilité avait été nié par Téhéran). Les experts estiment qu&rsquo;aucun pays de la région, même pas Israël, ne serait en mesure de se protéger contre de telles attaques. Si elles disposent d&rsquo;un matériel militaire conventionnel moins efficace que celui de leurs adversaires, les forces militaires iraniennes peuvent en revanche se prévaloir d&rsquo;un arsenal non conventionnel parmi les plus puissants du monde, tant en missiles balistiques qu&rsquo;en drones, sans oublier des équipes de hackers et surtout une « armée » de 250 000 combattants au sein des diverses milices chiites réparties dans tout le Moyen-Orient. Une force qui permettrait de mener une guerre asymétrique d&rsquo;où les Etats-Unis sortiraient potentiellement meurtris et pas nécessairement victorieux. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">C&rsquo;est ensuite la victoire d&rsquo;une politique méthodique et réfléchie face au manque de stratégie américain qui s&rsquo;est cristallisée en Irak. Depuis 2003, les Américains ont échoué à créer ce « grand Moyen-Orient » favorable à leurs intérêts. L&rsquo;Iran, à l&rsquo;inverse, a su maîtriser son voisin et ancien ennemi en infiltrant à la fois sa vie politique et son organisation sécuritaire. La mort de Soleimani a levé toutes les ambiguïtés qui entouraient encore les allégeances de l&rsquo;Irak, qui a porté son choix vers l&rsquo;Iran. Ce sont par ailleurs les échanges d&rsquo;information entre les deux pays qui ont permis aux Iraniens de frapper les bases américaines sans faire de victimes. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Alors qu&rsquo;elle avait subi tout l&rsquo;automne des manifestations contre son hégémonie, du Liban au cœur même de Téhéran, la République islamique a réussi, en quelques jours, à mobiliser un front chiite et plus globalement régional anti-américain. S&rsquo;ils possèdent la force militaire, les Etats-Unis ne possèdent plus d&rsquo;alliés face à un pays qui a la maîtrise du terrain et de techniques de guerre difficiles à anticiper. A ce titre, la réponse iranienne du 8 janvier avait valeur d&rsquo;avertissement, parfaitement entendu par la partie adverse. Bien que les deux pays se soient tenus pour quittes, le nouveau chef de la force Al-Qods, Esmaïl Qaani, ancien second de Soleimani, a rappelé que l&rsquo;objectif restait, à long terme, de chasser toutes les forces américaines de la région. L&rsquo;interventionnisme de Washington au Moyen-Orient semble appartenir désormais à une époque révolue. </span><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;"> </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Ce 8 janvier, ayant réduit à néant la menace d&rsquo;un conflit ouvert avec les Etats-Unis et ayant réussi à rassembler sa population, la République islamique pouvait donc se prévaloir d&rsquo;une victoire sur tous les plans. Las, alors que les Gardiens de la Révolution, corps honni de la majorité des Iraniens et associés à la politique répressive du régime, jouissaient d&rsquo;un capital sympathie inespéré après l&rsquo;assassinat de leur chef, un avion civil ukrainien comptant 176 passagers a été abattu sur leur ordre, et semble-t-il par erreur, quelques heures après la riposte iranienne en Irak. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Très vite, les doutes se sont manifestés quant au caractère accidentel du drame, Téhéran rejetant toute responsabilité dans l&rsquo;évènement. Ce n&rsquo;est que lorsque les confirmations concernant un tir de missile iranien ont été apportées, à la fois par le Premier ministre canadien Justin Trudeau – l&rsquo;avion comptait 63 ressortissants canadiens dont beaucoup de binationaux – par des images satellites et par les fragments de missile retrouvés dans les débris de l&rsquo;avion sur les lieux de l&rsquo;accident, que les Gardiens de la Révolution, après trois jours de mensonges, se sont résolus à reconnaître « leur erreur ». </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Les questions auxquels le chef du corps militaire devra répondre sont nombreuses, et notamment pourquoi, dans un contexte de fortes tensions militaires et de tirs de missiles balistiques, l&rsquo;Etat iranien n&rsquo;a pas fermé son espace aérien à l&rsquo;aviation civile, comme le droit international le prévoit. Plus encore, les Gardiens de la Révolution vont devoir justifier trois jours de déni et de désinformation auprès de la population iranienne. Occupant la rue et unie face à l&rsquo;adversité après la mort de Soleimani, celle-ci manifeste toujours&#8230; mais cette fois pour crier sa colère contre ses dirigeants et réclamer justice. En moins de 48 heures, les Gardiens ont réussi le tour de force de se décrédibiliser et de réanimer la colère populaire contre un régime toujours aussi répressif – les rassemblements d&rsquo;hommage aux victimes ont été interdits – et fébrile face à son peuple.</span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Ce drame risque d&rsquo;être particulièrement préjudiciable pour la République islamique, désormais obligée de calmer l&rsquo;ire de la communauté internationale face à un usage inacceptable de mensonges répétés. Or l&rsquo;Iran, qui se trouve dans une situation économique catastrophique, a plus que jamais besoin d&rsquo;alliés face aux Etats-Unis, dont le retrait de l&rsquo;accord de Vienne en mai 2018 a lentement créé la situation géopolitique actuelle. Sauvegarder le texte est plus que jamais une utopie, car même si les Iraniens n&rsquo;ont pas annoncé leur retrait officiel de l&rsquo;accord, dans la pratique ils se considèrent désormais exonérés de tout engagement ni d&rsquo;aucune limite pour leur enrichissement d&rsquo;uranium. Cela les expose néanmoins au risque de voir s&rsquo;enclencher le mécanisme de règlement des différends, prévu par l&rsquo;accord, et de subir un retour automatique de la totalité des sanctions du Conseil de Sécurité de l&rsquo;ONU. </span></p>
<p><span style="color: #000000; font-family: Times New Roman;">Ce sont là autant de mauvaises nouvelles pour une économie déjà mal en point, et un régime politique en équilibre instable permanent. A l&rsquo;issue de la « guerre des douze jours », force est de constater que, finalement, rien n&rsquo;a changé : si elle a démontré sa maîtrise du jeu régional, la République islamique n&rsquo;a pas su capitaliser rapidement sur ces acquis, et a surtout démontré sa fébrilité sur la scène intérieure. Les conservateurs, qui pouvaient espérer une belle victoire aux législatives de février, l&rsquo;ont peut-être déjà compromise. </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 14/01/2020.</strong></p>
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		<title>Iran, ça sent le roussi ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jan 2020 10:18:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[France Inter]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors même que le général iranien Soleimani vient d’être enterré, allons-nous assister à un embrasement généralisé ? Iran-USA : la guerre qui vient ? Ardavan Amir-Aslani était l&rsquo;invité de France Inter.</p>
<p>Retrouvez son interview sur <a href="https://www.franceinter.fr/emissions/le-nouveau-rendez-vous/le-nouveau-rendez-vous-07-janvier-2020" target="_blank" rel="noopener">France Inter</a>.</p>
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		<title>La mort de Soleimani rebat les cartes du jeu politique iranien</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-mort-de-soleimani-rebat-les-cartes-du-jeu-politique-iranien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2020 21:05:01 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-4638 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/la-mort-du-general-iranien-soleimani-rebat-les-cartes-du-jeu-politique-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/la-mort-du-general-iranien-soleimani-rebat-les-cartes-du-jeu-politique-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/la-mort-du-general-iranien-soleimani-rebat-les-cartes-du-jeu-politique-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/01/la-mort-du-general-iranien-soleimani-rebat-les-cartes-du-jeu-politique-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Un deuil national de trois jours, des millions de personnes en prière le long du chemin suivi par le cortège funéraire, une procession parcourant les hauts lieux sacrés du chiisme depuis Bagdad jusqu&rsquo;à Qom et Masshad, les villes les plus saintes d&rsquo;Iran, sans compter les milliers de personnes qui occupent chaque jour les rues du pays pour clamer leur douleur face à la mort de Ghassem Soleimani : la ferveur qui s&rsquo;exprime en Iran depuis l&rsquo;assassinat du général vendredi dernier dépasse largement celle qui suivit la mort de l&rsquo;ayatollah Khomeini en 1989. Car quel dignitaire de la République islamique peut se prévaloir, à l&rsquo;instar de Soleimani, d&rsquo;incarner un tel objet de culte, au point d&rsquo;avoir même figuré dans une série animée (certes de propagande) &#8211; <em>Battle for the Persian Gulf, </em>où le général affronte et bat les Etats-Unis dans une guerre fictive ?</p>
<p>Déjà admiré en Iran de son vivant, y compris parfois par les opposants les plus sévères du régime, Ghassem Soleimani est devenu un mythe dans la mort. Certes, le déploiement de sa stratégie expansionniste au Moyen-Orient, avec la bénédiction du Guide suprême Ali Khamenei, était critiqué en Iran et au-delà. Mais les Iraniens retiennent surtout de Soleimani qu&rsquo;il fut le général en chef de la lutte contre l&rsquo;Etat Islamique, le garant de la stabilité du pays et de l&rsquo;intégrité de ses frontières face au chaos. On pouvait alors voir en 2014 le « commandant de l&rsquo;ombre » diriger lui-même les opérations sur le terrain, notamment en Irak, se faire prendre en photo avec les soldats et devenir une star sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui estiment que sans lui, Daech serait entré en Iran. Ce fait d&rsquo;armes à lui seul lui a fait atteindre, dans l&rsquo;imaginaire collectif iranien, le statut du roi-héros de la mythologie perse, protégeant avec succès son peuple et sa patrie contre le Mal. Ironiquement, Soleimani s&rsquo;était également retrouvé à cette occasion allié de la coalition américaine contre Daech&#8230; mais l&rsquo;alliance n&rsquo;a pas fait long feu.</p>
<p>Après l&rsquo;assassinat de celui qui était considéré comme le second personnage le plus puissant du régime, toutes les factions, des plus libéraux et réformateurs aux conservateurs, semblent faire bloc contre cette atteinte portée à la « fierté nationale », un sentiment largement partagé au sein de la population iranienne, et que Donald Trump serait bien en peine de comprendre. On aurait tort de sous-estimer cette ferveur populaire pour analyser les futures actions de la République islamique, face à ce qui est largement considéré comme un acte de guerre.</p>
<p>Pour le régime iranien, l&rsquo;assassinat de son plus éminent général ne pouvait, finalement, pas mieux tomber. Cette mort survient quelques semaines à peine après les plus violentes émeutes que l&rsquo;Iran a connu depuis des décennies, réprimées au prix de centaines de morts ; et elle survient, fort à propos, quelques semaines avant les prochaines élections législatives.</p>
<p>La République islamique est sortie particulièrement meurtrie et divisée des émeutes du mois de novembre. Accusé d&rsquo;injustice et de corruption par les manifestants, jugé incapable d&rsquo;améliorer la situation économique désastreuse de la population iranienne, le régime a cédé à la plus grande panique, au point de couper toutes les télécommunications et de réprimer les manifestations dans le sang. Alors que le bras de fer autour de l&rsquo;accord de Vienne se portait déjà bien mal, ces évènements n&rsquo;ont fait que noircir encore un peu plus l&rsquo;image de la République islamique et auguraient bien mal ses relations avec l&rsquo;étranger et les élections législatives à venir.</p>
<p>Mais l&rsquo;assassinat de Soleimani rebat désormais les cartes. Même les acteurs politiques les plus réformateurs ont salué cette perte comme un « <em>dommage considérable pour l&rsquo;islam et l&rsquo;Iran</em> », selon les mots de l&rsquo;ancien président Mohammad Khatami, pourtant interdit d&rsquo;intervention dans les médias en raison de ses divergences avec le Guide suprême. Passé le deuil, les problèmes du quotidien, économiques et sociaux, referont rapidement surface pour les Iraniens. Mais aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est avant tout la menace d&rsquo;une guerre avec les Etats-Unis qui les inquiète. Et contre toute attente, la mort du général semble, en l&rsquo;espace de quelques jours, avoir ressoudé le peuple iranien malgré leurs profondes divisions. Ainsi, même les plus féroces détracteurs du régime sont désormais gagnés par un nationalisme fervent, qui fera très certainement le jeu des conservateurs aux élections législatives de février prochain. Critiques de la première heure du rapprochement avec l&rsquo;Occident sous l&rsquo;égide de Hassan Rohani, et bien entendu de l&rsquo;accord de Vienne, les conservateurs et les Gardiens de la Révolution verront dans la mort de l&rsquo;un de leurs plus éminents représentants la confirmation de leur ligne politique, et feront certainement campagne pour l&rsquo;abandon des solutions diplomatiques au profit d&rsquo;actions plus bellicistes.</p>
<p>Pour l&rsquo;heure, la République islamique se sait à la fois obligée de répondre à l&rsquo;agression américaine, mais également très fragile. Elle a ainsi annoncé dimanche qu&rsquo;elle ne se considérait plus tenue par l&rsquo;obligation de limiter le nombre de ses centrifugeuses ni sa production d&rsquo;uranium enrichi, une annonce considérée comme extrêmement mesurée même si elle s&rsquo;est accompagnée de tirs de roquette non loin de l&rsquo;ambassade américaine à Bagdad. L&rsquo;Iran poursuit pour l&rsquo;instant la stratégie de l&rsquo;équilibriste qui a prévalu ces derniers mois, entre actions martiales contre les Américains et leurs alliés et coups de pression diplomatiques envers les Européens, dans l&rsquo;attente d&rsquo;une réponse plus élaborée.</p>
<p>En assassinant Soleimani, les Américains pensent avoir mis fin à l&rsquo;influence de l&rsquo;Iran au Moyen-Orient et à sa capacité à mobiliser les factions chiites. Il est vrai que la République islamique est fortement affaiblie par les sanctions économiques américaines, mais aussi par les multiples mouvements de contestation qui ont remis sa domination en cause au Liban, en Irak, et en Iran même cet automne. Cependant, il serait naïf de sous-estimer sa capacité de mobilisation pour monter un front uni contre un seul et même ennemi, qui a largement contribué depuis près de vingt ans à faire du Moyen-Orient une zone de chaos sans fin. Depuis le début du mandat de Trump, les Américains n&rsquo;ont pas particulièrement solidifié leurs alliances dans la région, bien au contraire. Soleimani ne faisait peut-être pas l&rsquo;unanimité de son vivant, mais sa mort pourrait bien liguer tous les peuples voisins de l&rsquo;Iran, à commencer par le peuple irakien, contre « l&rsquo;occupant » américain de plus en plus agressif et imprévisible.</p>
<p>Etrangement, les rares alliés traditionnels des Américains – Israël, Arabie Saoudite, et même Emirats Arabes Unis – qui ont longtemps réclamé une guerre contre l&rsquo;Iran, se sont bien gardés d&rsquo;exprimer leur joie après l&rsquo;annonce de la mort du général iranien. Preuve qu&rsquo;après avoir joué les pompiers-pyromanes, un attentisme prudent est désormais de rigueur, et partagé d&rsquo;ailleurs par l&rsquo;ensemble de la communauté internationale. Pour l&rsquo;heure, l&rsquo;Iran n&rsquo;a pas opté pour la rupture totale, et préfère habilement entretenir l&rsquo;incertitude. Le monde attend donc en tremblant l&rsquo;expression de la vengeance promise par Ali Khamenei, dont on sait seulement qu&rsquo;elle se fera « <em>au bon moment, et au bon endroit </em>».</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 07/01/2020.</strong></p>
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