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	<title>Russie &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Les Brics +, nouvelle alliance anti-US ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jul 2025 13:03:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Les 6 et 7 juillet derniers se tenait le 17e sommet des Brics&#160;+ à Rio, réunissant ses membres fondateurs, ses<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les 6 et 7 juillet derniers se tenait le 17e sommet des Brics&nbsp;+ à Rio, réunissant ses membres fondateurs, ses récents adhérents, des pays “associés” ainsi que plusieurs États “invités”. Les Occidentaux, longtemps habitués à distribuer les cartes, doivent à présent composer avec les Brics&nbsp;+ symbole d’un nouveau monde multipolaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Puissance économique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Né en 2009 à l’initiative de la Chine, de la Russie, du Brésil et de l’Inde, le groupe s’est significativement élargi ces dernières années, représentant une véritable force d’attraction géopolitique sous-estimée par les observateurs européens. Après l’adhésion de l’Afrique du Sud en 2010, l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Indonésie les ont rejoints en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’en 2000, les États-Unis et l’Union européenne représentaient respectivement 25 % et 22 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), le rapport de force s’est, depuis, inversé. La part de l’Union européenne est tombée à 17 %, celle des États-Unis à 15 %, tandis que les Brics&nbsp;+ concentrent désormais 40 % du PIB mondial en PPA et la moitié de la population mondiale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contournement du dollar</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les échanges commerciaux entre ses membres connaissent un bond sans précédent, au point d’amorcer le contournement du dollar en privilégiant des transactions en monnaie locale, à l’instar des échanges russo-chinois. Dans le sillage de ces nouvelles routes de la soie, la Chine a multiplié les accords bilatéraux d’échanges de devises. Pour cela, Pékin s’appuie aussi sur des partenariats commerciaux étroits. En mai 2025, Pékin et Brasilia ont renouvelé pour cinq ans leur accord d’échanges en devise locale. La Chine, premier partenaire commercial du Brésil depuis 2009, s’approvisionne massivement auprès de ce pays, devenu un véritable grenier alimentaire pour son marché intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux mesures douanières de Washington, les BRICS ont menacé de renforcer les mécanismes d’échange en monnaie locale, tout en écartant l’idée de créer une monnaie commune concurrente au dollar, à laquelle plusieurs membres — à commencer par l’Inde — restent opposés. L’organisation a aussi, à nouveau, réclamé une représentation plus équitable dans les structures internationales héritées de la Seconde guerre mondiale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Force géopolitique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré l’absence des présidents russe, chinois, égyptien et iranien, ses membres sont parvenus à émettre des positions communes sur plusieurs dossiers internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur déclaration finale, les dirigeants des Brics ont appelé à un cessez-le-feu à Gaza et ont condamné l’intervention militaire en Iran. S’agissant du conflit ukrainien, l’organisation a embrassé la position de la Russie en ne mentionnant pas sa responsabilité mais en condamnant les attaques ukrainiennes contre des civils.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Brics ont aussi pris soin de ménager les États-Unis pour poursuivre leurs intérêts respectifs. Si ses membres ont vivement dénoncé les pressions douanières américaines, ils ont fait preuve de retenue en évitant d’attaquer frontalement Donald Trump. Ce zèle n’a pas eu l’effet escompté puisque le président américain a immédiatement menacé de nouveaux droits de douane les États “s’alignant sur les politiques antiaméricaines des Brics”.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Indispensable coopération américaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les dirigeants des Brics&nbsp;+ ne peuvent faire abstraction de l’influence commerciale et géopolitique des États-Unis, dont la coopération demeure indispensable à la préservation de leurs intérêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À commencer par la Russie, qui a absolument besoin de la neutralité américaine pour isoler Zelensky et ses soutiens européens afin de pouvoir gagner un maximum de territoires avant un cessez-le-feu en Ukraine. La Chine qui, en valorisant son monopole sur les terres rares, a réussi à obtenir de Washington un accord-cadre sur les droits de douane, reste aussi prudente à l’approche de prochaines négociations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran de son côté est dans une position délicate. Deux semaines après la fin de “la guerre des douze jours”, le président iranien Massoud Pezeshkian a fait preuve de bonne volonté en se disant prêt à reprendre les négociations avec les États-Unis dans un entretien exclusif réservé à l’animateur américain Tucker Carlson, proche de Donald Trump. Ses déclarations ont déchaîné le camp conservateur iranien, laissant planer le doute sur une éventuelle reprise des pourparlers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, représenté par le prince Faisal au sommet de Rio, l’Arabie saoudite hésite encore à rejoindre l’organisation, craignant de froisser son allié outre-Atlantique avec qui elle a signé des accords commerciaux titanesques et dont elle a besoin impérativement pour développer son programme nucléaire civil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, l’émergence des Brics ne doit pas être lue comme une nouvelle guerre froide et le rétablissement de la logique des blocs, mais davantage comme l’avènement d’un monde multipolaire rééquilibré dans lequel les nations souveraines aspirent légitimement à la défense de leurs intérêts nationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us-126979/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us-126979/">Le nouvel Economiste</a>, le 10/07/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© Freepik</p>
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		<item>
		<title>Cette guerre du Soudan qui n’en finit pas</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jun 2025 09:14:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général Al-Bourhane, et les FSR (Forces de soutien rapide), milice paramilitaire du général Mohamed Hamdan dit Hemetti, ravage le Soudan dans l’indifférence générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au carrefour du Sahel et de la Corne de l’Afrique, ce pays riche en ressources et stratégique grâce à son littoral de 800 km sur la mer Rouge est malmené par les puissances étrangères, en dépit du tragique bilan humanitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2019, un soulèvement populaire renverse la dictature d’Omar El-Béchir. Après une courte tentative de transition politique, l’armée régulière dirigée par le général Abdel Al-Bourhane et les FSR, milice issue des Janjawids qui ont participé au génocide du Darfour en 2003, fomentent un putsch en octobre 2021. Mais, dès avril 2023, cette alliance est rompue et dégénère en guerre civile.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Partition en germe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début du conflit, les FSR ont progressé à une vitesse fulgurante et se sont emparées de Khartoum, obligeant l’armée régulière à se retrancher à Port Soudan et à y transférer toutes les institutions. Cependant, au terme de lourdes offensives menées depuis septembre, le général Al-Bourhane a revendiqué le 26 mars 2025 la libération de la capitale et a réinvesti le palais présidentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dorénavant, les FSR sont concentrées au sud et à l’ouest du pays, dans la région du Darfour, où elles sont accusées par le département d’État américain de mener des actes génocidaires, tandis que les FAS, auxquelles on reproche des crimes de guerre, contrôlent le nord et l’est du pays, faisant craindre une nouvelle partition du Soudan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la guerre des drones a étendu le champ des combats. Début mai, des attaques aériennes ont frappé des infrastructures stratégiques de Port Soudan, capitale de facto par laquelle transite l’aide humanitaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Émirats en soutien à la milice des FSR</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à ces attaques, l’armée régulière soudanaise a immédiatement rompu le peu de relations diplomatiques qui lui restait avec les Émirats arabes unis (EAU), qu’elle a qualifiés d’“État agresseur”. Depuis le début du conflit, Khartoum accuse l’émirat de soutenir militairement les FSR en les approvisionnant via son allié tchadien, en contrepartie de quoi Abu Dhabi profiterait du pillage des ressources aurifères organisé par les miliciens d’Hemetti. En dépit des rapports onusiens et des sanctions américaines prononcées contre plusieurs entreprises basées aux Émirats et accusées de violer l’embargo sur les armes au Darfour, Abu Dhabi continue de nier fermement ces allégations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les FAS peuvent compter sur le soutien de la Turquie et de l’Iran qui l’approvisionnent en drones, et sur l’Égypte en matière de renseignement, qui, partageant sa frontière avec l’État soudanais, redoute l’extension du conflit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menaces sur la mer Rouge</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le déplacement des combats à Port Soudan, ville côtière de la mer Rouge, inquiète de plus en plus les puissances avoisinantes qui voient leurs intérêts menacés. Large de seulement 300 kilomètres maximum, la mer Rouge, par laquelle transitent plus de 12 % du commerce mondial de marchandises, est un axe maritime cardinal. Alors que les attaques des Houthis ont révélé les coûts exorbitants et les retards significatifs du détournement des navires de leur itinéraire, l’extension du conflit soudanais préoccupe la communauté internationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Moscou est parvenu, en février dernier, à décrocher auprès des autorités soudanaises un accord de principe pour l’établissement d’une base militaire à Port Soudan, anticipant une éventuelle perte de ses bases syriennes de Tartous et Hmeimim compte tenu de la chute de son allié Bachar al-Assad, les récentes attaques ont révélé la volatilité de la situation, mettant à mal les ambitions russes.<br>De son côté l’Arabie saoudite espère relancer le processus de Djeddah qu’elle avait parrainé en 2023, afin d’obtenir enfin l’accalmie régionale dont elle a impérativement besoin pour mener à bien ses ambitions économiques post-pétrole et ses projets touristiques sur la mer Rouge.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Occident tente la réconciliation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’aggravation de la situation humanitaire, avec 150 000 victimes depuis avril 2023, plus de 12 millions de déplacés et la moitié de la population au bord de la famine, a conduit à la tenue d’une conférence à Londres le 15 avril dernier. À l’initiative du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France et de l’Union africaine, celle-ci a réuni 14 pays, dont l’Arabie saoudite et les États-Unis, pour dégager une première manne financière de 800 millions de dollars et tenter de trouver un chemin de réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le général Al-Bourhane a fustigé cette tendance de l’Occident à renvoyer dos à dos l’armée régulière et les paramilitaires. Le chef des Forces armées soudanaises a multiplié les déplacements à l’étranger – en Arabie saoudite en mars, en Égypte et Turquie en avril – afin de consolider ses alliances stratégiques dont il a impérativement besoin pour faire pression sur les EAU s’il veut, à terme, négocier une sortie de crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/">Le nouvel Economiste</a> le 05/06/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;©SIPA</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Iran &#8211; États-Unis, à quand la reprise du dialogue ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-etats-unis-a-quand-la-reprise-du-dialogue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Mar 2025 17:39:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Téhéran a tout à gagner à éviter une escalade militaire qui lui serait fatale, et Washington à contrer les approvisionnements<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-etats-unis-a-quand-la-reprise-du-dialogue/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Téhéran a tout à gagner à éviter une escalade militaire qui lui serait fatale, et Washington à contrer les approvisionnements en énergie de la Chine</p>



<p class="wp-block-paragraph">À seulement sept mois de l’expiration officielle de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, le 18 octobre 2025, Donald Trump semble avoir renoué avec la politique de pression maximale qu’il avait menée au cours de son premier mandat vis-à-vis de l’Iran.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menaces américaines pour contraindre la négociation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que le pays est sous embargo économique depuis la dénonciation unilatérale du JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) en 2018 par Trump, ce dernier a, dès son investiture, décidé de nouveaux trains de sanctions contre Téhéran. Celles-ci visent précisément l’industrie pétrolière iranienne, dernier secteur économique lucratif grâce aux contournements silencieux des sanctions, avec notamment l’assistance de la Chine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, le nouveau président américain a déclaré avoir adressé, le jeudi 6 mars, une lettre enjoignant les autorités iraniennes à reprendre les négociations sur le programme nucléaire, sous peine de frappes militaires contre leurs installations. Bien qu’attaché à sa doctrine non interventionniste, Donald Trump a, à plusieurs reprises, évoqué la possibilité d’actions préventives, soutenues par Israël, contre des infrastructures iraniennes si les négociations échouaient, espérant ainsi contraindre Téhéran à négocier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, a démenti avoir reçu une lettre, il y a répondu indirectement en dénonçant “l’intimidation des gouvernements” et en refusant, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi (en marge de la conférence de l’Organisation de la coopération islamique à Djeddah), d’entamer “aucune négociation directe avec les États-Unis tant qu’ils continueront leur politique de pression maximale et leurs menaces”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, en dépit des pressions épisodiques du nouveau président américain et des réactions cadenassées de Téhéran, le contexte semble plus que jamais propice à la reprise des négociations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Iran exsangue</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, l’Iran traverse une crise sans précédent. Les sanctions en vigueur depuis 2018 asphyxient le pays, confronté à de fréquentes pénuries et à un chômage massif qui frappe notamment la jeunesse iranienne, désillusionnée et écœurée par les sanglantes répressions du régime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l’inflation avoisine les 40 % et que le rial iranien a connu une dévaluation de près de 30 % le mois dernier, le ministre de l’Économie et des Finances, Abdolnasser Hemmati, a été limogé par le Madjles (Parlement iranien) pour avoir échoué à endiguer ces déséquilibres économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan stratégique, l’influence régionale iranienne a largement reculé. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad ont significativement affaibli les proxys iraniens, tandis que les frappes israéliennes d’octobre 2024 ont endommagé ses capacités militaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’élection de Massoud Pezechkian, ancien ministre de Rohani sous lequel l’accord sur le nucléaire iranien avait été conclu, traduit la volonté de la population de sortir de son isolement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au régime iranien, son affaiblissement inédit le prédispose à négocier avec l’Occident s’il veut éviter une escalade militaire qui lui serait fatale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Arabie saoudite à la manœuvre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce risque d’embrasement, les puissances régionales manœuvrent pour servir leur agenda. À commencer par l’Arabie saoudite, qui accueille les négociations russo-américaines sur l’Ukraine et plaide pour la reprise des pourparlers sur le nucléaire iranien. Le prince héritier, Mohammed ben Salmane, est conscient que la stabilité régionale est indispensable pour garantir ses exportations d’hydrocarbures et mener à bien son projet Vision 2030 de diversification économique et touristique post-pétrole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le royaume saoudien garde un souvenir amer des frappes de 2019, attribuées à l’Iran, contre ses installations pétrolières, qui avaient gravement affecté ses exportations de brut. Ce précédent a renforcé la volonté de Riyad d’apaiser ses relations avec son voisin perse, ce qui a conduit à la reprise des relations diplomatiques irano-saoudiennes en mars 2023.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Course américaine à l’hégémonie contre la Chine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, le président américain a aussi besoin du soutien saoudien pour la reconstruction de Gaza et pour ses efforts de médiation régionale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, la reprise du dialogue entre Donald Trump et Vladimir Poutine pour négocier la paix en Ukraine et éloigner la Russie du giron chinois pourrait, compte tenu des étroites relations entre Moscou et Téhéran, faciliter un compromis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trump a parfaitement intégré que la course à l’hégémonie se jouera, dans les années à venir, entre les États-Unis et la Chine. Il perçoit dans la restauration de l’accord sur le nucléaire iranien une opportunité de priver Pékin d’un partenaire stratégique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran, qui possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz grâce à son champ gazier South Pars, et les troisièmes de pétrole, est un allié essentiel pour Pékin, surtout depuis le retour des sanctions en 2018.<br>Les États-Unis ont réussi à réduire leur dépendance à la Chine, tant pour les semi-conducteurs, en relocalisant leur production afin de ne plus être tributaires de Taïwan, que pour les terres rares, en contournant le monopole chinois grâce à des négociations visant à obtenir une part des ressources ukrainiennes en échange de leur soutien militaire et financier pendant la guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Bras de fer avec Pékin sur l’énergie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Washington entend à présent réduire l’influence chinoise et impacter ses approvisionnements énergétiques. Alors que la Russie et l’Iran disposent des premières réserves mondiales de gaz et que la Chine est le premier importateur de gaz, le président Trump refuse catégoriquement que Pékin puisse bénéficier de l’exploitation de gisements gaziers conséquents à l’image de celui de South Pars.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autant que la Chine louche sur ce dernier. Si l’Iran a récemment annoncé des contrats de 17&nbsp;milliards de dollars attribués à des entreprises iraniennes pour augmenter la pression des réservoirs de gaz, le géant chinois CNPC (China National Petroleum Corporation) avait été choisi pour remplacer Total et développer la phase 11 du gisement gazier South Pars, avant que Pékin ne se soit désengagé du projet du fait des sanctions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’issue de ce bras de fer reste suspendue non seulement aux décisions de Washington et de Téhéran, mais aussi à la manière dont les trois autres puissances – Russie, Arabie saoudite et Israël – ménageront leurs intérêts respectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <em><a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/iran-etats-unis-a-quand-la-reprise-du-dialogue-123522/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/iran-etats-unis-a-quand-la-reprise-du-dialogue-123522/">Le nouvel Economiste</a></em> le 14/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">©SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Iran-Etats-Unis, un possible rapprochement ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-etats-unis-un-possible-rapprochement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Mar 2025 15:47:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[La réélection de Donald Trump, qui avait mené au cours de son premier mandat une politique de pression maximale vis-à-vis<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-etats-unis-un-possible-rapprochement/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La réélection de Donald Trump, qui avait mené au cours de son premier mandat une politique de pression maximale vis-à-vis de l’Iran en dénonçant l’accord de Vienne, laissait craindre de nouvelles tensions entre Washington et Téhéran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les premières semaines de la nouvelle présidence américaine présagent pourtant d’un répit inattendu qui s’explique par plusieurs raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, l’Iran est considérablement affaibli par les sanctions économiques mises en place depuis 2018 et par sa crise politique intérieure. Récemment, le pays a aussi essuyé d’importants échecs stratégiques. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et le renversement du régime de Bachar al-Assad ont significativement affaibli ses proxys et réduit son influence régionale. Les frappes israéliennes d’octobre 2024, en riposte aux salves de missiles iraniens, ont aussi entamé les capacités militaires de Téhéran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’élection du président Massoud Pezeshkian, ancien ministre de Rohani sous lequel l’accord sur le nucléaire avait été conclu, révèle le désir de la population de sortir de son isolement, et signifie à Washington la volonté de l’Iran de négocier un accord pour rompre avec cette asphyxie économique et éviter une escalade dont le régime ne ressortirait pas indemne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la présidence de Biden, l’Iran a aussi su habilement tisser des liens étroits avec Moscou, nouvel interlocuteur de Donald Trump dans sa quête de paix en Ukraine. En fournissant des missiles balistiques et des drones <em>Shahed</em>,décisifs sur le front, Téhéran espérait en retour un soutien russe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, le 17 janvier dernier, Vladimir Poutine et son homologue iranien Massoud Pezeshkian ont conclu un «&nbsp;accord de partenariat stratégique global&nbsp;» qui couvre des domaines stratégiques tels que la défense et la coopération économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si son contenu n’a pas été rendu public, l’accord pourrait inclure des clauses militaires entre les deux pays. Il concernerait aussi le fameux projet de corridor Nord-Sud (<em>INSTC</em>), auquel tient particulièrement Vladimir Poutine. Celui-ci, grâce à un complexe de routes ferroviaires et maritimes, ambitionne de relier Saint-Pétersbourg jusqu’à l’océan Indien en contournant l’Europe avec un passage par l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté américain, l’épreuve de force avec l’Iran n’est pas la priorité du moment. Comme il l’a martelé tout au long de sa campagne, le nouveau président a décidé de renouer avec la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Donald Trump et Vladimir Poutine ont convenu d’entamer des négociations sous l’égide de l’Arabie saoudite, qui a accueilli une première réunion le 18 février.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or Riyad plaide pour un apaisement avec Téhéran afin d’éviter un embrasement régional qui déstabiliserait ses exportations vitales d’hydrocarbures, notamment vers la Chine, ainsi que ses projets de développement économique et touristique post-pétrole. De son côté, l’administration américaine a aussi besoin des investissements colossaux de Mohammed Ben Salmane pour la reconstruction de Gaza.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que chacun avance ses pions, ce répit entre les États-Unis et l’Iran aboutira-t-il à une détente durable marquée par l’arrêt définitif du programme nucléaire iranien et la levée des sanctions internationales ou ne sera-t-il, au contraire, que temporaire&nbsp;? Des inconnues demeurent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, la perspective d’un accord exigerait de Téhéran un abandon sans équivoque de ses ambitions nucléaires militaires et une réelle volonté d’apporter des garanties tangibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Trump a rappelé sa préférence pour des négociations plutôt que pour une escalade militaire, il exige des accords stricts refusant catégoriquement d’être le président qui aura permis à l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que Washington a décidé lundi 24 février un nouveau train de sanctions économiques contre le secteur pétrolier iranien, le régime a annoncé par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, refuser des négociations directes «&nbsp;sous la pression, la menace ou les sanctions&nbsp;». D’après le site d’information <em>Al-Monitor</em>, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov est venu en renfort, déclarant que «&nbsp;les voies diplomatiques pour résoudre le dossier nucléaire iranien existent toujours et qu&rsquo;elles doivent être optimisées sans menaces ni recours à la force&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie américaine sera décisive. Washington s’alignera-t-il sur Israël, qui voit dans l’affaiblissement conjoncturel de l’Iran une occasion historique de mener des frappes préventives contre ses sites nucléaires ou écoutera-t-il davantage la Russie et l’Arabie saoudite qui privilégient la voie de la négociation&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, une fois la paix obtenue en Ukraine, jusqu’où ira Moscou dans son partenariat avec Téhéran&nbsp;? Depuis le précédent syrien, l’Iran s’inquiète de la fiabilité de son allié russe. Lors de l’offensive éclair contre Bachar Al-Assad, Moscou n’est pas intervenu contre les rebelles islamistes, et s’est sans doute arrangé avec eux, pour préserver ses bases militaires de Tartous et Hmeimim. Pour rassurer son allié perse, le ministre russe des Affaires étrangères s’est rendu ce mardi 25 février à Téhéran.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La veille, l’Iran a annoncé avoir mené des discussions informelles avec les E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) à Genève en marge de la Conférence du désarmement et du Conseil des droits de l’Homme. La communauté internationale est pressée de profiter du répit actuel pour accélérer et approfondir les discussions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les nouveaux équilibres internationaux se dessinent, et malgré les signaux contradictoires de Washington, jamais peut être le contexte n’a été aussi favorable à la reprise des pourparlers.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <em><a href="https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-iran-etats-unis-un-possible-rapprochement-2152894" data-type="link" data-id="https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-iran-etats-unis-un-possible-rapprochement-2152894">Les Echos</a></em> le 09/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Fatemeh Bahrami/ANADOLU/AFP)</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>L’Arabie saoudite ou les dividendes d’une diplomatie proactive</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/larabie-saoudite-ou-les-dividendes-dune-diplomatie-proactive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 Feb 2025 18:05:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
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					<description><![CDATA[Le royaume entend capitaliser sur ses efforts de médiation entre États-Unis et Russie pour pousser son propre agenda sur des<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/larabie-saoudite-ou-les-dividendes-dune-diplomatie-proactive/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le royaume entend capitaliser sur ses efforts de médiation entre États-Unis et Russie pour pousser son propre agenda sur des dossiers régionaux</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 12 février dernier, au terme d’un long entretien téléphonique, Vladimir Poutine et Donald Trump, pour parvenir à la paix en Ukraine, ont convenu d’entamer immédiatement des négociations parrainées par l’Arabie saoudite. À ce titre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont entretenus le 18 février à Riyad, où leurs chancelleries respectives ont annoncé qu’une rencontre entre leurs deux présidents se tiendrait prochainement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Neutralité calculée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fidèle à sa politique de neutralité tout au long du conflit, l’Arabie saoudite profite de ses relations privilégiées avec les États-Unis comme avec la Russie pour s’imposer en véritable puissance diplomatique, sans oublier de servir ses intérêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le début du conflit, le royaume a fait le choix de ne pas condamner l’invasion russe et a refusé de suivre la politique d’isolement de la Russie menée par la précédente administration américaine, docilement suivie par les Européens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les sanctions économiques, Riyad a maintenu des relations commerciales avec Moscou, notamment en achetant au rabais son pétrole pour sa consommation intérieure, réservant ainsi le sien à l’exportation, plus avantageux économiquement. Le royaume a continué de collaborer étroitement avec la Russie pour peser sur les cours du pétrole grâce à leurs capacités respectives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Point d’orgue de cette coopération, la visite de Vladimir Poutine à Riyad le 6 décembre 2023 a marqué une rupture avec l’alignement total sur Washington. Cette rencontre, mise en scène tant par le Kremlin que par le royaume saoudien, symbolisait une volonté de rééquilibrage diplomatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, en prenant ses distances avec l’administration Biden, Mohammed ben Salmane, le prince héritier de l’Arabie saoudite, ne pouvait imaginer que deux ans plus tard seulement, le Trump à la tête de la Maison-Blanche viendrait récompenser son audace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement de Riyad s’est en effet réjoui de la réélection de Donald Trump, avec qui il entretenait d’excellentes relations lors de son précédent mandat. Alors que les deux hommes affichaient une sympathie réciproque, les échanges commerciaux entre les deux pays avaient été très fructueux. Le royaume avait également tissé d’importants liens financiers avec le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, en investissant près de 2 milliards de dollars dans sa société Affinity Partners.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conscient des attentes de la nouvelle administration, MBS s’est empressé de promettre d’investir près de 600 milliards de dollars dans l’économie américaine au cours de son nouveau mandat, une initiative dont Trump s’est félicité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En quête de stabilité dans le Golfe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, le royaume saoudien entend capitaliser sur ses efforts de médiation pour pousser son propre agenda sur d’autres dossiers régionaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, il espère en contrepartie obtenir des États-Unis des garanties de sécurité renforcées ainsi que leur soutien dans le développement de son programme nucléaire civil, qui suppose un certain taux d’enrichissement d’uranium.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, à l’approche du sommet arabe qui se tiendra le 4 mars prochain en Égypte, l’Arabie saoudite cherche à contenir les effets délétères dans le monde arabe des déclarations fracassantes du président américain sur l’expulsion des Palestiniens de Gaza pour y construire une “Riviera”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Riyad, qui abrite les principaux lieux saints de l’islam et revendique son leadership sur le monde musulman sunnite, ne peut accepter le plan de Donald Trump pour Gaza sans risquer de déchaîner son opinion publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans cet esprit que le royaume a réuni, le vendredi 21 février, un sommet “informel” avec les pétromonarchies du golfe persique, la Jordanie et l’Égypte, afin d’examiner les alternatives crédibles au plan de Donald Trump.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, MBS a un besoin impératif de stabilité dans le golfe persique, tant pour sécuriser ses exportations d’hydrocarbures, notamment vers la Chine, que pour mener à bien son projet Vision 2030 de développement économique et touristique post-pétrole. Dès lors, le prince héritier redoute une escalade militaire entre Israël et l’Iran qui compromettrait ses ambitions. Plutôt que de plaider pour des frappes préventives contre des installations nucléaires iraniennes, Riyad semble préférer des négociations avec l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donald Trump, de son côté, a également besoin de l’Arabie saoudite pour deux raisons. D’une part, pour contenir l’activisme du Premier ministre israélien Netanyahu, éviter l’escalade avec l’Iran et trouver des partenaires participant à la reconstruction de Gaza. D’autre part, pour peser au sein de l’Opep et agir sur le cours du baril de pétrole. N’oublions pas qu’en janvier dernier, le 47e président des États-Unis avait ordonné à Riyad de moduler sa production pour freiner les recettes de la Russie et l’inciter à négocier la paix en Ukraine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, dans un contexte international extrêmement volatil, MBS maîtrise les codes du réalisme politique, dépassionné de considérations morales, afin de servir au mieux les intérêts de son royaume.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Maelström moyen-oriental,<br>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> sur <em><a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/larabie-saoudite-ou-les-dividendes-dune-diplomatie-proactive-122978/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/larabie-saoudite-ou-les-dividendes-dune-diplomatie-proactive-122978/">Le nouvel Economiste</a> </em>le 27/02/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;© SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Haut-Karabakh : l’attentisme inquiet des grandes puissances</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/haut-karabakh-lattentisme-inquiet-des-grandes-puissances/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2023 08:40:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[Après trois ans de blocus et d’exactions et d’offensive éclair qui se sont achevés par l’exil massif de près de<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/haut-karabakh-lattentisme-inquiet-des-grandes-puissances/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après trois ans de blocus et d’exactions et d’offensive éclair qui se sont achevés par l’exil massif de près de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan a achevé sa reconquête de l’enclave. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cet événement n’entérine pas le retour de la paix. Par sa centralité géographique et ses nombreuses implications géopolitiques, cette “victoire” ouvre une période d’incertitude et d’instabilité potentielle qui concerne non seulement les voisins immédiats de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, mais également leurs alliés au-delà du Caucase.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Projet d’unification panturquiste</strong></h4>
<p>La Turquie, principal soutien de Bakou, considère naturellement cette reconquête pour laquelle elle a activement œuvré sur le plan militaire comme une excellente nouvelle pour ses intérêts, notamment économiques.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La Turquie, principal soutien de Bakou, considère naturellement cette reconquête pour laquelle elle a activement œuvré sur le plan militaire comme une excellente nouvelle pour ses intérêts”</em></p>
<p>Elle tient particulièrement à la réalisation du corridor du Zanguezour, qui permettrait de relier l’enclave du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan – à condition d’amputer l’Arménie de sa province du Syunik – de résorber la dépendance de cette enclave au gaz iranien, et de faciliter enfin les échanges commerciaux et énergétiques entre Ankara et Bakou via un nouveau pipeline gazier. La Turquie soutient également un autre projet d’infrastructure ferroviaire, qui devrait relier Horadiz, en Azerbaïdjan, à Kars, en Turquie, mais qui nécessiterait de traverser environ 30 kilomètres de territoire arménien. Ces projets de connexion concrétisent les ambitions panturquistes d’Erdogan, fortement partagées par Ilham Aliyev, visant à unifier le monde turcophone dans le Caucase et jusqu’au cœur de l’Asie centrale.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Refus de l’Arménie, prudence de l’Iran</strong></h4>
<p>Néanmoins, le succès de ces entreprises dépend essentiellement de l’accord des deux principaux voisins concernés, l’Arménie et l’Iran, qui pour l’heure refusent catégoriquement la réduction de leur souveraineté territoriale impliquée par ces projets. Erdogan semble chercher une voie d’entente diplomatique avec Erevan, tentant de la convaincre des bénéfices économiques qu’elle tirerait d’une participation volontaire à ces projets. La Turquie met ainsi en avant le rôle central que l’Arménie pourrait avoir dans le transit énergétique caucasien, en plus de réduire sa dépendance au gaz russe. En dépit des timides efforts de normalisation qui occupent la Turquie et l’Arménie depuis bientôt deux ans, il paraît peu probable que le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, déjà sous pression de son opinion publique pour avoir “abandonné” le Haut-Karabakh, n’accepte cette offre. Face à cette éventualité, Erdogan aurait évoqué une autre possibilité tout aussi illusoire : un accord de l’Iran pour autoriser le passage du corridor sur son territoire… option que Téhéran a toujours refusé.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Si l’annexion du Haut-Karabakh n’a suscité aucune réaction internationale, il en serait – du moins l’espère-t-on – tout autrement d’une invasion de l’Arménie”</em></p>
<p>Les conséquences potentielles du refus de l’Arménie sont extrêmement claires, contrairement à ce que certaines analystes trop optimistes avancent. Le recours à la force et l’invasion azérie de la province arménienne du Syunik seraient en effet, à nouveau, les options les plus probables et présentées comme telles par l’ambassadeur arménien auprès de l’Union européenne. L’enjeu est néanmoins délicat, car si l’annexion du Haut-Karabakh n’a suscité aucune réaction internationale, il en serait – du moins l’espère-t-on – tout autrement d’une invasion de l’Arménie, qui déclencherait potentiellement des sanctions occidentales contre l’Azerbaïdjan, voire la Turquie, et compromettrait le projet panturquiste à moyen terme.</p>
<p>Conformément à sa traditionnelle prudence stratégique, l’Iran a tenté de conserver sa neutralité face à l’annexion du Haut-Karabakh, maintenant le dialogue ouvert tant avec l’Arménie qu’avec l’Azerbaïdjan, mais réclamant néanmoins une normalisation entre les deux pays et la protection des droits des minorités au sein de l’enclave. Pour autant, la victoire de Bakou, que Téhéran considère être aussi celle de la Turquie, suscite une grande inquiétude en Iran en raison du renforcement de cette dynamique turcophone qui menace sa stabilité et ses intérêts stratégiques. Alors que les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Iran se sont détériorées depuis deux ans, Israël a au contraire renforcé sa coopération militaire avec Bakou. En dépit de ce qu’Erdogan veut bien croire, les autorités iraniennes demeurent donc fermement opposées au corridor du Zanguezour, qui pourrait stimuler l’irrédentisme de l’Azerbaïdjan iranien, au nord-est du pays, et créer de nouveaux foyers d’instabilité.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Russie et Chine en position ambiguë</strong></h4>
<p>Deux grandes puissances exogènes, la Russie et la Chine, peuvent également avoir un rôle à jouer dans le futur géopolitique du Caucase du Sud. Alors que l’Arménie dénonce l’inaction totale de la Russie depuis 2020, Moscou rétorque que les divers pactes sécuritaires signés avec Erevan ne l’engagent qu’en cas d’invasion du territoire arménien internationalement reconnu. De fait, la Russie, pourtant force de maintien de la paix dans le Haut-Karabakh durant trois ans, s’est grandement décrédibilisée par son immobilisme et son manque de fiabilité… sauf avec l’Azerbaïdjan.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La Russie, en dépit de son relatif affaiblissement local, conserve malgré tout assez de ressources pour assurer une projection de puissance et favoriser l’instabilité dans la région”</em></p>
<p>Leur rapprochement économique s’est intensifié, les échanges commerciaux entre les deux pays ayant augmenté de 55,3 % au cours de l’année 2023. Profitant du chaos dans la région, Moscou a également renforcé sa présence en Géorgie et prévoit la construction d’une base navale en Abkhazie, région séparatiste stratégiquement positionnée au bord de la mer Noire. L’avenir que la Russie accordera à sa relation avec l’Arménie demeure incertain. En dépit de son relatif affaiblissement local, elle conserve malgré tout assez de ressources pour assurer une projection de puissance et favoriser l’instabilité dans la région.</p>
<p>La Chine enfin a observé une position ambiguë face au conflit. Méfiante envers le panturquisme en raison de l’irrédentisme ouïgour, elle n’en a pas moins développé elle aussi sa relation avec l’Azerbaïdjan, avec lequel les échanges commerciaux ont considérablement augmenté depuis 2005. Ses projets d’infrastructures et de corridors énergétiques représentent également un fort potentiel d’influence dans le cadre des Nouvelles routes de la soie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les Européens observateurs – une fois de plus</strong></h4>
<p>Face au statu quo à l’œuvre, l’Arménie se retrouve donc en situation de grande vulnérabilité, prise entre les appétits de ses voisins turcs et les intérêts “personnels” des autres puissances potentiellement alliées. Les Européens devraient logiquement faire front commun avec Erevan face à ces diverses menaces – et la France a déjà offert une assistance militaire d’envergure à l’Arménie. Le froid diplomatique avec la Russie pourrait notamment leur permettre d’entrer plus facilement sur la scène géopolitique du Caucase. Ils n’en demeurent pas moins prisonniers des contraintes énergétiques qui les lient à l’Azerbaïdjan et limitent de ce fait leur marge de manœuvre. À part sur le plan humanitaire, il y a donc de fortes chances que les Occidentaux demeurent, une fois de plus, des observateurs passifs des passages en force de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, dont l’Arménie sera la principale victime.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans le Nouvel Economiste du 02/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le froid diplomatique entre Iran et Russie s&#8217;intensifie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-froid-diplomatique-entre-iran-et-russie-sintensifie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Aug 2023 07:02:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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					<description><![CDATA[Ces dernières semaines ont laissé transparaître plusieurs signes démontrant un éloignement entre l’Iran et la Russie, alors même que leur<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-froid-diplomatique-entre-iran-et-russie-sintensifie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ces dernières semaines ont laissé transparaître plusieurs signes démontrant un éloignement entre l’Iran et la Russie, alors même que leur coopération militaire semblait se renforcer depuis le début de l’année. Le soutien surprenant mais explicite de Moscou aux Émirats arabes unis dans le différend territorial qui les oppose à Téhéran dans le golfe Persique a jeté un premier pavé dans la mare. Cette semaine, les rumeurs concernant l’échec des ventes d’avions de combat russes à l’Iran semblent confirmer que l’alliance serait peut-être en train de se fissurer.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un contrat d’armement célébré puis annulé</strong></h4>
<p>Des commentaires émanant du ministère iranien de la Défense laissent en effet entendre que le projet d’achat d’avions de combat furtifs russes, notamment des Sukhoi-SU 35, ne serait plus d’actualité. Le porte-parole du ministère a cependant minimisé l’impact de cette nouvelle, en expliquant que l’Iran n’avait plus besoin d’acquérir de telles capacités militaires. Mais ceci apparaît en contradiction avec les propos d’Hamid Vahedi, chef des Forces aériennes de l’armée iranienne, qui a encore rappelé récemment que l’Iran devait moderniser “une flotte vieillissante”. Une production nationale serait désormais privilégiée pour ce faire, d’autant que l’industrie d’armement iranienne est estimée apte à relever ce défi. Par ailleurs, le ministère a ajouté qu’en cas de contrats d’armements, une planification stricte sera nécessaire, y compris sur les aspects juridiques et les réglementations internationales. Il semblerait en effet que les Russes n’aient pas souscrit à certaines exigences iraniennes, menant ainsi à la suspension du contrat. Moscou souhaiterait éviter un transfert de technologies et d’expertise en matière de maintenance à l’Iran, et refuserait également de fournir des simulateurs Su-35, mais ces possibles explications n’ont néanmoins pas été confirmées par les autorités. En tout état de cause, le chef des Forces aériennes iraniennes a précisé que l’achat se ferait “lorsque le moment sera opportun”. Alors, l’Iran a-t-il effectivement atteint le stade de l’autosuffisance dans de nombreux secteurs de l’industrie de défense, ou ce contrat a-t-il été simplement ajourné face au froid diplomatique actuel entre la Russie et l’Iran ?</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“L’Iran a-t-il effectivement atteint le stade de l’autosuffisance dans de nombreux secteurs de l’industrie de défense ?”</em></p>
<p>Cette possible annulation est d’autant plus surprenante que ce contrat d’armement avait été annoncé en grande pompe en mars dernier, et comme une grande victoire pour Téhéran qui l’avait célébrée en même temps que le Nouvel An iranien. La Russie semblait en effet avoir changé d’approche vis-à-vis de l’Iran, auquel elle fournissait déjà l’essentiel de son armement au temps de la Guerre froide, des avions de combat aux sous-marins en passant par les chars. Si le statut de pays sous sanctions internationales de l’Iran ne l’avait jamais totalement exclu du circuit commercial russe, Moscou avait néanmoins réduit ses ventes d’armes au strict minimum, de manière à ne pas froisser le reste de sa clientèle au Moyen-Orient. Depuis 2016 et l’achat du système anti-aérien russe S-300, plus aucun contrat d’armement d’envergure n’avait d’ailleurs été signé entre les deux pays.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le tournant du conflit en Ukraine</strong></h4>
<p>Le conflit en Ukraine a changé la donne et ouvert une collaboration irano-russe approfondie, l’Iran fournissant l’élite de ses drones de pointe à la Russie, en échange de quoi l’armée iranienne devait théoriquement s’équiper d’avions de chasse parmi les plus perfectionnés de l’industrie d’armement russe. Nécessité faisant loi, car l’armée de l’air iranienne dispose encore aujourd’hui d’un matériel particulièrement ancien et quelque peu désuet : avions américains datant d’avant 1979 et avions de l’ère soviétique acquis au début des années 1990 !</p>
<p>Sous sanctions depuis 40 ans et confronté notamment à un embargo sur les achats d’armes, l’Iran n’a eu d’autre choix que de développer des programmes d’armement nationaux pour contourner ces difficultés. Son programme de missiles balistiques et de drones de pointe, pensé pour pallier ce manque d’avions de chasse opérationnels, s’inscrit dans cette dynamique et a rencontré le succès que l’on sait. Le développement de sa propre industrie d’armement et son expertise ont justement contribué à renforcer la collaboration de l’Iran avec la Russie de manière progressive. Celle-ci a donc connu un tournant majeur avec le conflit ukrainien, et la livraison d’un “nombre limité de drones Shahed” à la Russie en amont de l’invasion. Il a été longtemps supposé que ces livraisons d’armes seraient compensées en contrepartie par l’achat d’avions de chasse russes. La perspective de moderniser sa flotte aérienne offrait ainsi à l’Iran l’opportunité de renforcer considérablement ses capacités militaires ainsi que sa projection de puissance à travers le Moyen-Orient, qui s’appuie déjà sur son réseau de proxies et sur ses propres équipements de pointe.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Indépendamment de l’accord sur les Su-35, l’Iran poursuivra vraisemblablement sa réflexion sur la pertinence de son alliance avec Moscou”</em></p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La faute à l’embargo occidental ?</strong></h4>
<p>Aujourd’hui, cette perspective semble compromise, même si aucune confirmation officielle n’a été annoncée. Ce n’est au demeurant pas la première fois que la Russie bloque temporairement ses accords militaires avec l’Iran, le précédent en la matière remontant à la livraison du système de défense anti-missile S-300 en 2016, à l’époque sous pression des États-Unis. In fine, Moscou avait néanmoins respecté ses engagements. Il est également vrai qu’en raison de l’embargo occidental sur les armes auquel l’Iran est soumis, et du risque de sanctions extraterritoriales, même ses alliés hésitent à lui faire bénéficier des produits de leur industrie de défense et à lui vendre du matériel haut de gamme. C’est le cas de la Chine, et ceci explique en partie les hésitations de la Russie.</p>
<p>Pour autant, la remise en cause du contrat militaire entre Téhéran et Moscou est un nouvel exemple de la complexité et de l’instabilité qui caractérisent leurs relations bilatérales. Cette nouvelle polémique démontre une fois de plus le manque de fiabilité de la Russie, une alliée dont le talent pour l’ambiguïté stratégique est bien connu et qui donne aujourd’hui tous les signes d’une versatilité opportuniste. Indépendamment de la concrétisation ou non de l’accord annoncé sur les Su-35, l’Iran poursuivra selon toute vraisemblance ses efforts pour développer son secteur aéronautique national, tout comme sa réflexion déjà largement entamée concernant la pertinence de son alliance avec Moscou, et des bénéfices réels que celle-ci lui procure.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 02/08/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Russie, l&#8217;Arabie saoudite et la guerre du pétrole</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-russie-larabie-saoudite-et-la-guerre-du-petrole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 2023 09:16:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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					<description><![CDATA[Moins de trois semaines après que l’Arabie saoudite et la Russie ont respectivement annoncé une prolongation des coupes dans leur<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-russie-larabie-saoudite-et-la-guerre-du-petrole/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Moins de trois semaines après que l’Arabie saoudite et la Russie ont respectivement annoncé une prolongation des coupes dans leur production de pétrole et une baisse de leurs exportations, Riyad a obtenu une victoire symbolique la semaine dernière, en réussissant à faire passer le cours du brut au-dessus de la barre symbolique des 80 dollars le baril. L’objectif était de stabiliser les prix et de rassurer les marchés face au ralentissement des économies développées. Mais l’intérêt de la manœuvre était avant tout domestique pour l’Arabie saoudite, ce seuil représentant en effet la limite minimum pour l’équilibre de son budget et le financement de tous les projets de développement et de diversification économiques entrepris par Mohammed Ben Salmane.</p>
<p>Avec 9 millions de barils produits par jour, le royaume wahhabite se retrouve donc avec une production à son plus bas niveau depuis deux ans. Mais le ralentissement de la hausse des taux d’intérêt et un second semestre qui voit généralement une hausse de la demande en hydrocarbures, devraient lui permettre de générer d’importants revenus pétroliers. Et il y a urgence, puisque les résultats financiers du Fonds public d’investissement (FIP) du royaume accusent une perte de 11 milliards de dollars en 2022, preuve de l’échec de la stratégie de “MBS” pour attirer les investisseurs étrangers dans son pays.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le jeu de l’offre et de la demande en pétrole</strong></h4>
<p>Pour répondre à ses propres exigences budgétaires, l’Arabie saoudite presse donc régulièrement ses alliés au sein de l’Opep+ de suivre son exemple et de baisser leur production et leurs exportations afin d’influencer les cours du brut. Le risque pour le royaume est cependant d’instaurer un système de cercle vicieux, en se retrouvant prisonnier de coupes incessantes pour rééquilibrer les prix en cas de stagnation de la demande, ou d’une surproduction de la part d’autres pays producteurs. Au sein de l’Opep+, un pays semble précisément profiter de ce jeu dangereux en dépit de son alliance avec l’Arabie saoudite, qui se mue désormais en bras de fer récurrent : la Russie.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“L’Arabie saoudite est le 1er producteur et exportateur mondial de pétrole. Mais l’Agence internationale de l’énergie a annoncé qu’elle allait céder cette place à la Russie”</em></p>
<p>L’Arabie saoudite s’est historiquement imposée comme le premier producteur et exportateur mondial de pétrole, une place quasi incontestée durant près d’un siècle. La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie a pourtant annoncé qu’elle allait céder cette place à la Russie. En avril, les exportations de brut russes ont en effet atteint leur plus haut niveau depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Rivalité énergétique avec l’Arabie saoudite</strong></h4>
<p>En 2016, après plusieurs années d’efforts diplomatiques, l’Arabie saoudite a réussi à intégrer la Russie à l’Opep, alliance énergétique devenue “Opep+” et qui représente 40 % de l’approvisionnement mondial en brut. L’idée était alors d’influencer la production mondiale d’hydrocarbures au gré de ses nécessités domestiques et du contexte géopolitique. Aujourd’hui, cette relation apparaît à double tranchant pour son principal sponsor. Le partenariat prometteur n’a pas été sans heurts et témoigne d’ailleurs des nombreuses divergences stratégiques entre les deux pays, ainsi que d’une rivalité évidente dans le domaine énergétique, ce qui contribue à nourrir des tensions régulières. On se souvient il y a trois ans du refus de la Russie de réduire sa production en pleine pandémie de Covid-19 à la demande de l’Arabie saoudite, qui voulait maintenir les prix à un niveau acceptable. Plus récemment, c’est l’engagement militaire de la Russie en Ukraine et ses conséquences géopolitiques qui expliquent son refus presque systématique de répondre aux exigences saoudiennes et de réduire sa production. En plus d’inonder le marché, la Russie a vendu ses hydrocarbures à moitié prix pour compenser les sanctions occidentales et attirer les acheteurs, profitant ainsi largement de la réduction de la production saoudienne sans fournir elle-même des efforts comparables. Et même si elle a accepté de réduire ses exportations de 500 000 barils quotidiens à partir du mois d’août prochain, son ralentissement demeure moins spectaculaire que celui de l’Arabie saoudite.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Objectif Inde et Chine</strong></h4>
<p>À l’instar d’autres alliés de la Russie, Riyad fait aujourd’hui l’amère expérience de l’ambivalence stratégique russe et du caractère utilitariste de ses alliances. L’objectif non dissimulé de Moscou est en effet de devenir le principal pourvoyeur d’hydrocarbures en Asie, et ses résultats semblent prometteurs en la matière. Les exportations russes vers l’Inde ont ainsi déjà dépassé la somme totale de celles fournies par les États-Unis, les Émirats arabes unis, l’Irak et l’Arabie saoudite réunis. C’est notamment dans le cadre de ses exportations vers l’Inde que la Russie a pu obtenir un prix du brut plus élevé. Selon le ‘Times of India’, les entreprises russes auraient facturé un prix du baril inférieur à 60 dollars, mais auraient augmenté les tarifs d’expédition afin d’échapper au plafonnement des prix imposé par les Occidentaux. La Chine à l’économie très énergivore est évidemment en ligne de mire.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La concurrence russe en Asie constitue l’un des principaux défis stratégiques pour MBS, et une remise en question de sa présence au sein de l’Opep+”</em></p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Prudence stratégique saoudienne</strong></h4>
<p>Certes, l’Arabie saoudite a largement vendu en Europe, et le cours actuel du brut, qui oscille autour de 75 dollars le baril au plus bas, ne la place pas au bord d’une situation alarmante. Pour autant, la concurrence russe en Asie constitue l’un de ses principaux défis stratégiques, et une sérieuse remise en question de sa présence au sein de l’Opep+. Pour l’heure, Mohammed Ben Salmane adresse ce dossier avec une certaine prudence, rompant avec le bellicisme de ses premières années au pouvoir – qui a notamment entraîné son pays dans un conflit catastrophique, d’un point de vue humanitaire et financier, au Yémen – pour imposer l’Arabie saoudite comme une puissance médiatrice. Après plusieurs années d’efforts, il est encore dans l’intérêt de Riyad de faire fonctionner l’Opep+, ne serait-ce que par répugnance à l’égard de la possibilité d’un échec diplomatique. Néanmoins, une certaine méfiance envers les promesses de la Russie semble désormais avoir fait son apparition dans l’esprit des dirigeants saoudiens, premier pas vers une prise de conscience plus globale du caractère déséquilibré de cette alliance stratégique.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 28/07/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entre l&#8217;Iran et la Russie, le début de la fin ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-la-russie-le-debut-de-la-fin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Jul 2023 12:24:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 10 juillet, la Russie a pris l’étonnant parti d’émettre une déclaration commune avec les membres du Conseil de coopération<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-la-russie-le-debut-de-la-fin/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 10 juillet, la Russie a pris l’étonnant parti d’émettre une déclaration commune avec les membres du Conseil de coopération du Golfe. Le texte exprime en effet un soutien explicite aux Émirats arabes unis dans le différend territorial qui les oppose à l’Iran autour de la souveraineté de trois îles du golfe Persique, Abu Moussa, Grande et Petite Tomb. Ce contentieux remonte au début des années 1970, lorsque la fin du protectorat britannique sur la côte de la Trêve a permis au Shah Reza Pahlavi d’intégrer ces îles au territoire iranien. En plaçant ces îlots sous sa juridiction, l’Iran poursuivait naturellement un objectif géostratégique, en s’assurant la maîtrise de la navigation à travers le détroit d’Ormuz et le golfe Persique, la plaque tournante du trafic maritime mondial. Mais les émirats locaux, qui allaient devenir les Émirats arabes unis en 1971, s’y opposèrent, créant dès lors une querelle de légitimités jamais réglée, puisqu’Iraniens comme Arabes revendiquent des “droits historiques” sur cette zone essentielle.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Union idéologique en Ukraine</strong></h4>
<p>L’ingérence de la Russie dans ce différend territorial, qui n’a jamais été réglé et suscite depuis cinquante ans des tensions régulières entre Téhéran et Abou Dhabi, a suscité de très vives critiques en Iran. La souveraineté iranienne sur ces trois îles touche en effet à la fois à la fierté nationale et à son intégrité territoriale, ce qui en fait un sujet particulièrement sensible au sein du débat public. Par ailleurs, le refus épidermique de toute ingérence étrangère dans ses affaires domestiques demeure profondément ancré dans les positionnements politiques de l’Iran, marqué par l’influence néfaste des grandes puissances européennes et russes depuis l’époque du “Grand Jeu” il y a deux siècles.</p>
<p class="mise_en_avant">“Russie et Iran sont réunis par une même ostracisation de la part de l’Occident : tous deux sous sanctions et animés d’une volonté de bâtir un monde multipolaire concurrent”</p>
<p>Certes, en une décennie, la Russie est devenue une alliée incontournable pour l’Iran. Deux pays réunis par une même ostracisation de la part de l’Occident, tous deux sous sanctions, tous deux animés d’une volonté de bâtir un monde multipolaire concurrent de l’ordre mondial américain. Le renforcement de leurs partenariats économiques et militaires depuis l’invasion de l’Ukraine est venu sanctifier cette union idéologique, qui s’inscrit pour l’Iran dans sa stratégie du “regard tourné vers l’Est” et du renforcement de ses propres relations avec ses divers voisins asiatiques.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>“Erreur diplomatique”</strong></h4>
<p>Mais la déclaration de soutien de la Russie à l’égard des Émirats traduit ses propres visées stratégiques dont les officiels iraniens n’ont d’ailleurs pas été dupes. Elle aussi pressurisée par les sanctions occidentales, son intérêt est également de diversifier ses relations et de développer ses partenariats au sein du monde arabe, et plus particulièrement parmi les pétromonarchies du golfe Persique, susceptibles d’investir massivement en Russie dans les domaines commerciaux et énergétiques. De tels développements ne s’obtiennent pas sans concessions… ce qui semble avoir justifié la position russe en soutien aux Émiratis, fût-ce au détriment de l’Iran, pourtant considéré comme un soutien indispensable dans le contexte actuel. Au demeurant, les ambivalences de la Russie commencent à perturber ses alliances, ainsi avec l’Arabie saoudite au sein de l’Opep+, ainsi avec l’Iran, son allié au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, ce qui devrait pourtant l’obliger à davantage de prudence stratégique. Son “erreur diplomatique” est en réalité particulièrement révélatrice du rapport exclusivement utilitariste qu’elle entretient avec ses alliés. On peut le juger efficace dans une logique court-termiste. Il peut aussi contribuer à rapidement l’isoler sur la scène internationale.</p>
<p class="mise_en_avant">“En Iran, la question commence à être posée : la Russie est-elle une alliée stratégique ou simplement tactique ?”</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le partenariat se fissure</strong></h4>
<p>L’irruption impromptue de Moscou dans une dispute territoriale où elle n’a guère de légitimité à intervenir, semble avoir initié un début de remise en question du partenariat stratégique irano-russe. En Iran, la question commence désormais à être posée : la Russie est-elle finalement une alliée stratégique ou simplement tactique ? Les médias iraniens ont en effet estimé que cette alliance de circonstances visait avant tout à contrer la menace américaine, tant les positions des deux pays divergent sur de nombreux dossiers internationaux, ce qui limite de facto leur rapprochement. D’autres ont fustigé le gouvernement iranien pour sa réponse très modérée face à une telle provocation, qui aurait à l’inverse entraîné des réactions beaucoup plus vives, voire violentes, si elles avaient émané d’un pays occidental. Au demeurant, la Russie ne fait que suivre l’exemple de la Chine, première partenaire commerciale de l’Iran, qui s’était elle aussi exprimée en faveur de la position émiratie, sans considération pour son allié iranien. Pour de nombreux Iraniens, la stratégie du “regard vers l’Est” s’est donc vraisemblablement muée en “soumission à l’Est”.</p>
<p>Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères réformateur Mohammed Jawad Zarif, l’incident diplomatique est surtout la preuve que l’Iran, pourtant largement au fait des ambivalences russes en raison de leur lourd passé commun, s’est mépris sur la fiabilité de Moscou. C’est également un indicateur du besoin impératif pour l’Iran de diversifier ses relations au lieu de s’en remettre à une seule grande puissance, en raison de la versatilité des relations entre États. À charge pour l’Iran de déterminer sa propre “voie du milieu”, de rechercher un équilibre relationnel entre l’Occident et l’Asie, au lieu de vouloir tout miser sur une relation d’exclusivité qui se traduit en réalité en perte d’influence et d’autonomie politique.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 20/07/2023.</strong></p>
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		<title>La périlleuse coopération militaire Iran-Russie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-perilleuse-cooperation-militaire-iran-russie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 May 2023 07:05:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que le conflit ukrainien a dépassé les 400 jours, le flux d’échanges militaires entre Téhéran et Moscou ne donne<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-perilleuse-cooperation-militaire-iran-russie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que le conflit ukrainien a dépassé les 400 jours, le flux d’échanges militaires entre Téhéran et Moscou ne donne aucun signe d’affaiblissement. L’Iran a fourni à la Russie des centaines de drones Shahed, obtenant en retour des avions de chasse Sukhoi-35 ainsi que de l’armement occidental saisi par l’armée russe en Ukraine.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Nouvelle stratégie militaire de la Russie</strong></h4>
<p>Des systèmes de défense antiaériens et des hélicoptères de combat feraient également partie des tractations entre l’Iran et la Russie. L’Iran est devenu à l’heure actuelle l’un des principaux, si ce n’est le premier, client de l’industrie militaire russe, puisque leur relation sécuritaire touche également à l’entraînement des forces armées et au développement d’armements de pointe.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’Iran est devenu à l’heure actuelle l’un des principaux, si ce n’est le premier, client de l’industrie militaire russe”</p>
<p>Le renforcement de cette collaboration dénote un véritable changement dans la stratégie militaire de la Russie. Si celle-ci n’excluait pas l’Iran, pays sous sanctions internationales depuis quarante ans, de son circuit commercial, elle lui vendait des armes avec parcimonie afin de maintenir des relations équilibrées avec ses autres partenaires au Moyen-Orient. Avant le conflit en Ukraine, la dernière transaction militaire notable entre les deux pays remontait à 2016, lorsque Téhéran s’était équipé du système de défense antiaérien S-300 russe. Depuis le début des années 2000, avec la livraison d’avions d’attaque au sol Sukhoï Su-25, plus aucun contrat de ce type n’avait été signé. Aujourd’hui, la relation bilatérale actuelle a des parfums de guerre froide, époque où l’URSS fournissait l’essentiel de son armement à l’Iran, des avions de combat aux sous-marins en passant par les chars.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Peu de conséquences à court terme pour le Moyen-Orient</strong></h4>
<p>Dans l’immédiat, l’accroissement de cette relation privilégiée avec Téhéran pourrait ne pas avoir de conséquences négatives pour le Moyen-Orient. L’influence régionale de l’Iran, assortie de ses capacités opérationnelles militaires et potentiellement nucléaires, inquiètent en effet ses voisins, en premier lieu l’Arabie saoudite, ce qui explique en partie les efforts de rapprochements diplomatiques qui ont eu lieu ces dernières années pour aboutir, dans le cas de Riyad, à un début de normalisation en mars dernier. Pour autant, l’effort de guerre russe en Ukraine et les considérables pertes matérielles et humaines accusées en Europe orientale, risquent de réduire momentanément les exportations d’armes de Moscou. De même, les sanctions contre l’industrie de défense russe rendront l’approvisionnement en pièces détachées difficile pour l’Iran. L’armée iranienne, qui s’est par ailleurs fortement spécialisée dans l’utilisation de capacités balistiques, devra former un corps de pilotes affectés à ses nouveaux avions de chasse. Du temps sera donc nécessaire avant d’intégrer la totalité de l’arsenal russe aux forces iraniennes de manière efficace sur le terrain.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>À long terme, risque de déstabilisation de la région</strong></h4>
<p>À long terme en revanche, la coopération militaire entre l’Iran et la Russie pourrait générer un dangereux déséquilibre au Moyen-Orient.</p>
<p>Motivé par la demande extérieure, l’Iran va être en mesure d’accroître ses capacités technologiques au sein d’une industrie militaire déjà très développée, qui excelle par ailleurs en matière de rétro-ingénierie à partir d’armes occidentales. Plusieurs “imitations” très réussies ont déjà été observées dans l’espace aérien israélien en 2018, tandis que les proxys iraniens en Syrie et au Yémen semblent bénéficier de longue date d’une version iranienne très convaincante du missile anti-char américain BGM-71 TOW. Une armée iranienne dotée de capacités plus avancées aura nécessairement des conséquences sur son influence régionale et son réseau de proxies, lui-même mieux équipé, et donc sur la guerre officieuse entre l’Iran et Israël.</p>
<p class="mise_en_avant">“Une armée iranienne dotée de capacités plus avancées aura nécessairement des conséquences sur son influence régionale et son réseau de proxies, lui-même mieux équipé, et donc sur la guerre officieuse entre l’Iran et Israël”</p>
<p>La Russie risque également de recentrer ses exportations d’armes vers l’Iran pour des raisons économiques, rompant ici avec une longue tradition relativement équilibrée entre Téhéran et les autres puissances du Moyen-Orient. L’Égypte, l’Algérie ou l’Inde, hier principales clientes de l’industrie de défense russe, se trouvent en effet aujourd’hui reléguées au second plan en raison de l’impact des sanctions américaines sur les transactions avec les industries russes. Les Sukhoï-35 reçus par l’Iran étaient ainsi initialement achetés par Le Caire, qui a annulé la vente face au risque de représailles américaines.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Inquiétante prolifération</strong></h4>
<p>Alors que la région est déjà l’une des principales importatrices d’armes au monde et compte neuf des quinze premiers pays en matière de dépenses de défense rapportées au PIB (Oman, Koweït, Algérie, Jordanie, Arabie saoudite, Maroc, Israël, Émirats arabes unis et Qatar, selon les données de 2022), un contexte renforçant unilatéralement la puissance militaire de l’Iran risque de stimuler fortement la course à l’armement et de compromettre tous les efforts diplomatiques actuellement à l’œuvre, alors que ceux-ci demeurent fragiles. En effet, bien qu’un processus de normalisation, donc de désescalade, soit sincèrement engagé entre l’Iran et l’Arabie saoudite, aucun facteur de déstabilisation n’a été encore abordé – et notamment la stratégie militaire de l’Iran, via son réseau de proxies et son avancée en matière nucléaire.</p>
<p>Sous l’influence de la Russie qui poursuit ici son propre agenda, cette tendance à la prolifération peut donc être grandement préjudiciable à la stabilité du Moyen-Orient, en fragilisant la dynamique positive engagée avec ses voisins arabes, et en encourageant l’État hébreu à s’engager dans un conflit ouvert avec Téhéran. Profitable, pour l’heure, aux deux pays sous sanctions d’un point de vue économique et opérationnel, la collaboration entre la Russie et l’Iran pourrait in fine affaiblir leurs propres positions au Moyen-Orient, en exacerbant une fois de plus les potentialités conflictuelles d’une région où les efforts diplomatiques ont toute l’apparence d’un rocher de Sisyphe.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 03/05/2023.</strong></p>
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