<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>OTAN &#8211; Amir Aslani</title>
	<atom:link href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/tag/otan/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com</link>
	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Wed, 22 Jun 2022 12:50:26 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1.1</generator>
	<item>
		<title>L’Otan, une structure géopolitique inadaptée aux défis actuels</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lotan-une-structure-geopolitique-inadaptee-aux-defis-actuels/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Jun 2022 12:37:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[OTAN]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=18643</guid>

					<description><![CDATA[En 2019, Emmanuel Macron avait choqué en jugeant que l’Otan était “en état de mort cérébrale”. Dépourvue de stratégie, soumise<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lotan-une-structure-geopolitique-inadaptee-aux-defis-actuels/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-18644 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/otan-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/otan-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/otan-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/otan.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>En 2019, Emmanuel Macron avait choqué en jugeant que l’Otan était “en état de mort cérébrale”. Dépourvue de stratégie, soumise à l’imprévisibilité de la politique américaine sous le mandat de Donald Trump, l’organisation atlantique semblait alors un objet géopolitique hérité du passé et dépourvu d’avenir. L’invasion russe en Ukraine l’a immédiatement replacée au centre de l’échiquier géopolitique européen : livraison d’armes à Kiev, augmentation des budgets de défense nationaux, renforcement de la sécurité de la frontière orientale de l’Europe… En unissant ses membres contre la Russie, redevenue l’ennemie, la guerre a redonné sens à la mission fondamentale de l’Otan, la défense territoriale du continent européen, et ouvert une phase bienvenue de réflexion stratégique. Mais au-delà du masque de l’unité retrouvée, l’organisation n’en reste pas moins rongée par ses faiblesses.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un repositionnement bienvenu face à la Russie</strong></h4>
<p>En quatorze ans, l’Otan a déjà parcouru un long chemin pour se repositionner face à la Russie, encore considérée il n’y a pas si longtemps comme une “partenaire”, sous la pression de pays dépendants d’elle sur le plan énergétique comme l’Allemagne, mais aussi des États-Unis, soucieux de ne pas recréer un climat de guerre froide à l’est de l’Europe. À l’inverse, les préoccupations légitimes de ses membres les plus vulnérables, comme les pays baltes ou la Pologne, n’étaient pas véritablement prises en compte, créant une rupture d’égalité entre les membres de l’alliance.</p>
<p class="mise_en_avant">“Il n’y a pas si longtemps les préoccupations légitimes de ses membres les plus vulnérables, comme les pays baltes ou la Pologne, n’étaient pas véritablement prises en compte, créant une rupture d’égalité entre les membres de l’alliance”</p>
<p>Pourtant en première ligne face aux ambitions territoriales de la Russie, leurs territoires demeuraient dépourvus de renforts militaires, tandis que l’Otan refusait à la Pologne l’établissement de plans d’urgence en cas d’attaque russe. Les premières incursions de la Russie dans le Donbass en 2014 avaient déjà renversé la tendance et poussé l’alliance à renforcer sa présence militaire en Europe orientale. Avec l’invasion du 24 février, ses alliés “de seconde zone” sont désormais essentiels pour faire barrage à la pression russe, tandis que la Finlande et la Suède, deux États jusqu’ici neutres, ont déposé leur candidature pour rejoindre l’organisation, et en seront peut-être membres d’ici la fin de l’année 2022, sous réserve d’accord de la Turquie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’erreur stratégique de Poutine</strong></h4>
<p>L’erreur stratégique de Vladimir Poutine est d’avoir précisément cru à la “mort cérébrale” de l’Otan. Contre toute attente, son “opération spéciale” lui a redonné un but, et a considérablement fait évoluer la géographie militaire du nord-est de l’Europe en quelques mois. Alors que la plupart des membres de l’organisation se reposaient sur la contribution considérable, financière et militaire, des États-Unis pour son fonctionnement, leurs budgets de défense, y compris dans la frileuse Allemagne, ont augmenté de manière significative, redonnant un crédit et une utilité à l’Otan aux yeux de Washington : Berlin consacrera, comme prévu par les statuts de l’organisation, 2 % de son PIB à son budget militaire. L’Espagne, qui accueillera le prochain sommet de l’Otan courant juin, a annoncé vouloir doubler sa contribution, qui stagne aujourd’hui à 1 %, d’ici 2024.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Des déséquilibres internes et un commandement illisible</strong></h4>
<p>Malgré ces progrès rapides, l’Otan reste néanmoins datée et inadaptée aux enjeux géostratégiques européens et mondiaux. Il est de base difficile d’établir une stratégie et une rhétorique communes entre trente membres aux intérêts politiques divergents, tant en matière de positionnement face à la Chine ou la Russie, qu’en termes d’implication. La cohésion de l’Otan face à ses rivales pâtit en effet de déséquilibres internes anciens. Tous ses membres ne disposent pas d’un poids militaire équivalent – les États-Unis et la Turquie, respectivement première et seconde armée de l’alliance, fournissent l’essentiel de sa force de frappe – mais tous sont politiquement égaux. Les pays frontaliers de l’Otan, dont les plus vulnérables, sont pour l’heure les moins en mesure de porter le fardeau d’une défense européenne.</p>
<p class="mise_en_avant">“Il est de base difficile d’établir une stratégie et une rhétorique communes entre trente membres aux intérêts politiques divergents, tant en matière de positionnement face à la Chine ou la Russie, qu’en termes d’implication”</p>
<p>La structure de commandement de l’Otan est illisible, dépourvue d’un siège unique ou, à tout le moins, bicéphale. Le défaut d’exercices conjoints, et l’impréparation de l’alliance face aux moyens de la guerre moderne – subversion, pression économique, propagande et corruption, armes auxquelles la Russie est rompue – laisse planer un doute réel sur sa capacité opérationnelle en cas de crise majeure. À moins de considérer que les États-Unis devront y répondre seuls et sur tous les plans, logistique, tactique et militaire. Un exemple simple : la Russie a fait de la famine une arme presque plus redoutable que son armée de métier, qui risque d’entraîner troubles politiques et migrations de masse de l’Afrique au Moyen-Orient… Autant de menaces qui frapperont aux portes de l’Otan et auxquelles elle ne sait pas répondre efficacement.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un manque criant d’unité politique</strong></h4>
<p>Enfin, les clivages politiques au sein de l’alliance sont béants : certaines démocraties comme la Turquie et la Hongrie flirtent dangereusement avec l’autoritarisme et les “ennemis” déclarés de l’Otan comme la Russie, tout en maintenant un équilibre improbable en cohabitant avec Washington et les démocraties d’Europe occidentale. Restent enfin ceux, comme l’Allemagne, qui rechignent à prendre les décisions difficiles, et ceux, comme la France, qui proposent beaucoup en discours et offrent peu en actes.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un processus de décision à revoir avec les États-Unis</strong></h4>
<p>Pour regagner en crédibilité et s’adapter aux enjeux actuels, l’Otan doit d’abord réviser son processus de prise de décision. Entre les tenants de la diplomatie, ceux de la riposte brutale, et ceux encore qui privilégient l’ambiguïté pour s’abstenir de toute réponse, il est devenu urgent de définir une stratégie commune et de s’y tenir.<br />
Sur le plan militaire, l’organisation atlantique aurait tout intérêt à ressusciter ses propres structures de renseignements qui avaient fait leurs preuves durant la guerre froide, et dont la mission était justement de contrecarrer le progrès technologique de l’Union soviétique.</p>
<p class="mise_en_avant">“Entre les tenants de la diplomatie, ceux de la riposte brutale, et ceux encore qui privilégient l’ambiguïté pour s’abstenir de toute réponse, il est devenu urgent de définir une stratégie commune et de s’y tenir”</p>
<p>L’Otan demeure enfin victime d’un paradoxe : si les États-Unis lui donnent sa crédibilité, ils l’entament également en n’assurant pas son autonomie militaire, alors que les États européens sont pourtant capables d’assurer eux-mêmes leur défense – à condition de dépasser leur faiblesse politique. La régionalisation des coalitions, en regroupant les forces armées des membres de l’Otan en fonction de leur géographie, pourrait y contribuer. À charge pour Washington d’accepter de partager le fardeau et d’encourager l’autonomie stratégique des Européens, tout en conservant cette position de super-puissance qui confère à l’alliance son relief militaire.</p>
<p>Si elle travaille déjà à ces nécessaires évolutions, l’Otan demeure encore la proie d’un certain wishful thinking, alors qu’elle ne peut plus se le permettre. Le contexte actuel l’oblige à se repenser d’urgence, sous peine de devenir définitivement cet objet géopolitique “en état de mort cérébrale”, incapable de répondre aux défis présents et à venir.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 15/06/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;extension de l&#8217;OTAN, nouvel objet de chantage pour la Turquie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lextension-de-lotan-nouvel-objet-de-chantage-pour-la-turquie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 May 2022 08:54:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[OTAN]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=17987</guid>

					<description><![CDATA[C&#8217;est dans un contexte bien particulier que les dirigeants finlandais et suédois se sont rendus à Washington jeudi pour discuter<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lextension-de-lotan-nouvel-objet-de-chantage-pour-la-turquie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-17988 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/05/000_329_T2_CZ_025e37520-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/05/000_329_T2_CZ_025e37520-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/05/000_329_T2_CZ_025e37520-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/05/000_329_T2_CZ_025e37520.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>C&rsquo;est dans un contexte bien particulier que les dirigeants finlandais et suédois se sont rendus à Washington jeudi pour discuter de l&rsquo;adhésion de leurs pays respectifs à l&rsquo;OTAN. La veille de leur visite, la Turquie, membre et seconde force armée de l&rsquo;organisation, s&rsquo;est formellement opposée à leur entrée en votant contre le début des négociations à Bruxelles. Or, l&rsquo;unanimité absolue de ses 30 pays-membres étant requise pour valider le processus d&rsquo;adhésion, les dossiers déposés par Helsinki et Stockholm, en dépit de leur caractère historique, vont donc se heurter à des difficultés inattendues.</p>
<p>Le veto turc n&rsquo;a pourtant rien de surprenant pour qui connaît la piètre qualité des relations entre la Turquie et les deux pays scandinaves. Celle-ci se cristallise sur l&rsquo;asile politique accordé en particulier par Stockholm à des membres du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, considéré comme organisation terroriste depuis 1984, et des membres du réseau güléniste, accusé d&rsquo;avoir organisé le coup d&rsquo;Etat de juillet 2016 contre le président turc. Ankara réclame ainsi de longue date, et en vain, l&rsquo;extradition de 33 personnes accusées de terrorisme par la justice turque. Autre sujet de discorde, le soutien de la Suède et de la Finlande aux forces du YPG, l&rsquo;émanation armée du PKK, que la Turquie souhaite voir cesser, tout comme le gel des ventes d&rsquo;armes mis en place en 2019 par les deux pays en raison de ses attaques répétées contre les Kurdes lors du conflit syrien.</p>
<p>« <em>L&rsquo;adhésion de la Suède ne peut pas se faire tant que les inquiétudes fondées de la Turquie soient dissipées. Si vous voulez que la deuxième armée de l&rsquo;OTAN vous défende en cas d&rsquo;agression, vous devez accepter cette réalité », </em>invoque Erdogan. Si la question sécuritaire sert à justifier son veto, il n&rsquo;est pas exclu que cette prise de position anti-kurde serve également à des fins de politique intérieure, tant l&rsquo;opposition au PKK fait l&rsquo;unanimité en Turquie.</p>
<p>La Turquie joue indéniablement un rôle crucial au sein de l&rsquo;alliance atlantique, et actuellement dans le cadre du conflit ukrainien, même si ses efforts de médiation entre Kiev et Moscou se sont pour l&rsquo;heure soldés par un échec. Pour autant, du côté des futurs adhérents, la réponse au chantage turc ne s&rsquo;impose pas d&rsquo;elle-même. Si la Finlande, par la voix du ministre des Affaires étrangères, a rejeté « tout marchandage » avec Erdogan, la Suède, qui abrite une forte diaspora kurde, vit depuis quelques jours un débat inattendu sur l&rsquo;indépendance du pays en matière de politique étrangère. L&rsquo;utilité de la Turquie en matière de défense vaut-elle une révision de sa politique à l&rsquo;égard des personnalités kurdes ? La sécurité fournie par l&rsquo;OTAN vaut-elle de céder, pour un pays qui se vante de défendre les droits de l&rsquo;homme ? La querelle n&rsquo;est que l&rsquo;illustration la plus récente du dilemme qui s&rsquo;est toujours posé aux Européens dans leur relation avec la Turquie : céder aux diktats d&rsquo;Ankara, au risque de renier leurs propres convictions. Jusqu&rsquo;à présent, Ankara obtenait toujours gain de cause, comme le précédent de la crise migratoire de 2015 l&rsquo;avait souligné.</p>
<p>Cependant, cela pourrait ne pas se vérifier aujourd&rsquo;hui, et étrangement, la Turquie a indiqué vouloir « <em>laisser la porte ouverte </em>». Erdogan a en effet un grand besoin de normaliser ses relations avec les Etats-Unis, farouches soutiens de l&rsquo;adhésion de la Finlande et de la Suède à l&rsquo;OTAN. Expulsée du programme d&rsquo;achat d&rsquo;avions de chasse F-35 après son acquisition du système anti-aérien russe S-400, la Turquie a obtenu la possibilité d&rsquo;acheter des F-16 américains, mais aimerait en accélérer l&rsquo;achat. Par ailleurs, en vertu de sa participation à la guerre en Ukraine en faveur de Kiev, avec la livraison de ses drones Bayraktar qui ont été déterminants dans la supériorité technique de l&rsquo;armée ukrainienne, la Turquie pourrait souhaiter une forme de récompense, ce qui explique qu&rsquo;elle use à nouveau de son poids politique au sein de l&rsquo;OTAN pour faire pression sur les Etats-Unis.</p>
<p>Consciente de l&rsquo;enjeu, la Maison-Blanche pourrait se montrer ouverte à la discussion, mais s&rsquo;expose elle aussi à un dilemme particulier : laisser patiner les négociations sur l&rsquo;adhésion des pays scandinaves à l&rsquo;OTAN, ou les accélérer en cédant aux demandes turques, au risque néanmoins d&rsquo;aigrir certains Démocrates au Congrès, notamment l&rsquo;influent Robert Menendez, président de la commission sénatoriale des relations étrangères et fervent critique d&rsquo;Erdogan.</p>
<p>Pour le président turc, habile tacticien politique, user de son droit de veto à l&rsquo;OTAN est une manœuvre à deux niveaux, qui doit lui permettre non seulement d&rsquo;obtenir des concessions sur le plan international, mais surtout de renforcer son image de leader fort sur la scène domestique turque, à un an des élections présidentielles. En s&rsquo;opposant à l&rsquo;extension de l&rsquo;organisation et en imposant ses termes, Erdogan souligne le caractère unique de sa pratique du pouvoir : sans doute, les précédents gouvernements turcs auraient accepté l&rsquo;entrée de la Suède et de la Finlande sans conditions, et c&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;il a rappelé « l&rsquo;erreur » commise par la Turquie en 1980, lorsqu&rsquo;elle avait voté en faveur du retour de la Grèce dans l&rsquo;OTAN, la renforçant de fait contre les intérêts turcs. Lui évitera cet écueil, et si sa réputation de trouble-fête à l&rsquo;international s&rsquo;en trouve renforcée, cela restera néanmoins un moindre mal comparé au gain électoral qu&rsquo;une image de chef d&rsquo;Etat indépendant face à l&rsquo;Occident pourrait lui rapporter en Turquie.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 22/05/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;expansionnisme turc aura-t-il raison de l&#8217;OTAN ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexpansionnisme-turc-aura-t-il-raison-de-lotan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Jul 2020 07:22:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[OTAN]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=6503</guid>

					<description><![CDATA[Il a fallu un incident grave le 10 juin dernier en Méditerranée pour que les Européens semblent enfin prendre la<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexpansionnisme-turc-aura-t-il-raison-de-lotan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-6504 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/000_1MS7X1-2_0-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/000_1MS7X1-2_0-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/000_1MS7X1-2_0-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/000_1MS7X1-2_0.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Il a fallu un incident grave le 10 juin dernier en Méditerranée pour que les Européens semblent enfin prendre la mesure des conséquences de l&rsquo;activisme militaire d&rsquo;Ankara. En cause, la mise en joue par la marine turque, au sud-ouest de la Crète, de la frégate française Courbet, sous commandement de l&rsquo;OTAN dans l&rsquo;opération de surveillance « Sea Guardian ». Celle-ci semble s&rsquo;être intéressée de trop près à un cargo battant pavillon tanzanien, suspecté de transporter des armes vers la Libye, et escorté par deux frégates turques utilisant abusivement l&rsquo;identifiant radio de l&rsquo;OTAN. L&rsquo;incident est intervenu alors que l&rsquo;escalade des tensions entre les deux pays s&rsquo;était déjà cristallisée ces dernières semaines autour du conflit libyen. La Turquie apporte depuis janvier dernier un soutien militaire actif au Gouvernement d&rsquo;Union Nationale face au maréchal Haftar qui, pour sa part, bénéficie de celui de la Russie, de l&rsquo;Egypte et des Emirats Arabes Unis&#8230; et de la France, qui conserve néanmoins une discrétion ambigüe sur ce dossier. Si elle ne livre pas d&rsquo;armes, elle ne ne réagit pas non plus aux violations de l&#8217;embargo des Nations Unies, et apparaît, du moins aux yeux du ministère des affaires étrangères turc, comme « <i>le sous-traitant de certains pays de la région</i> ».</p>
<p>Néanmoins, la réaction de la marine turque, aussi rare que violente, a légitimement surpris les Européens, pourtant alliés d&rsquo;Ankara au sein de l&rsquo;OTAN. La France a fait part à l&rsquo;organisation de sa décision de se retirer de l&rsquo;opération « Sea Guardian » tant que des réponses ne seraient pas apportées. Comprendre : tant qu&rsquo;une réflexion ne serait pas menée sur « le problème turc ».</p>
<p>Outre que le conflit libyen se « syrianise » &#8211; Ankara a envoyé près de 7000 mercenaires syriens combattre en Libye aux côtés du GNA &#8211; les chantages de la Turquie face aux Européens sont désormais légions. De l&rsquo;accueil des réfugiés aux blocages des « plans de défense gradués » prévus face à la Russie, et ardemment souhaités par les pays baltes et d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est en échange de la reconnaissance par l&rsquo;OTAN des milices kurdes de l&rsquo;YPG comme organisation terroriste, la Turquie ne suit plus que son propre agenda, et manifeste un activisme de plus en plus agressif en la matière. De la Syrie à la Libye, en passant par l&rsquo;Irak, cet interventionnisme témoigne clairement du jeu personnel d&rsquo;Erdogan, totalement investi dans son projet de reconquête de l&rsquo;espace vital de l&rsquo;ancien Empire ottoman tout autour de la Méditerranée.</p>
<p>L&rsquo;explication se trouve sur la scène domestique turque : mis en grande difficulté par une économie défaillante, l&rsquo;affaiblissement de son parti, l&rsquo;AKP, après son échec aux dernières élections municipales, mais aussi par les derniers revers subis en Syrie et la fragilité de son alliance avec la Russie, Erdogan a décidé d&rsquo;opter pour l&rsquo;expansionnisme militaire afin de consolider son pouvoir. Et pour mieux justifier cette hyperactivité, quoi de mieux que de faire vibrer la corde nationaliste ? Erdogan considère ainsi l&rsquo;intervention turque en Libye comme « <i>la défense de nos descendants, nos frères anatoliens</i> », l&rsquo;inscrivant dans un récit « néo-ottoman » irréaliste, mais qui plaît à sa base électorale.</p>
<p>Dernier symbole en date de ce « néo-ottomanisme » délétère, la volonté du président turc de transformer l&rsquo;église Sainte-Sophie, construite par les Byzantins il y a 1500 ans et reconvertie en musée par Atatürk, en mosquée. Très sensibles à la question religieuse, les Européens et surtout les Américains ont exprimé de vives critiques face à cette éventualité, dont l&rsquo;issue sera connue sous quinze jours.</p>
<p>Néanmoins, au-delà du <i>story-telling</i>, nul n&rsquo;est dupe des ambitions, cette fois énergétiques, de la Turquie en Méditerranée orientale, qui recèle de précieux gisements gaziers au large d&rsquo;Israël, de l&rsquo;Egypte et de Chypre. Bien que des coopérations se soient nouées entre ces deux derniers pays, sans oublier le projet de gazoduc EastMed entre Chypre, Israël, la Grèce et l&rsquo;Italie, qui permettrait d&rsquo;exporter 16 milliards de mètres cubes de gaz vers l&rsquo;Union européenne, la Turquie – comme la Russie &#8211; entend bien se servir. C&rsquo;est surtout la signature, le 28 novembre dernier, d&rsquo;un protocole d&rsquo;accord sur la délimitation de leurs eaux économiques respectives entre le GNA libyen et la Turquie qui a suscité rapidement l&rsquo;inquiétude des pays concernés, l&rsquo;Egypte, Chypre, et la Grèce, membre de l&rsquo;OTAN.  A la lumière de cette problématique, on comprend mieux le maintien de la présence turque en Libye&#8230; et l&rsquo;urgence d&rsquo;une réaction européenne.</p>
<p>La Turquie cherche à devenir incontournable. Mais suffit-il, pour s&rsquo;imposer, de marteler à l&rsquo;envi qu&rsquo;aucun projet géopolitique ne pourra se faire sans elle, tout en continuant une politique agressive ? Dans un contexte où l&rsquo;ordre mondial est totalement bouleversé, face à des Américains hésitants et plutôt enclins à l&rsquo;isolationnisme, et un Erdogan qui tire profit de leur inaction et de leur faiblesse, l&rsquo;Europe et l&rsquo;OTAN se trouvent, avec cette gestion du « problème turc », face un moment déterminant pour leur crédibilité diplomatique.</p>
<p>Il n&rsquo;échappe à personne que le sujet peut offrir à l&rsquo;Union européenne, et singulièrement à la France, l&rsquo;occasion de s&rsquo;émanciper de la tutelle américaine pour gérer elle-même ses propres affaires intérieures. Les propos particulièrement virulents d&rsquo;Emmanuel Macron à l&rsquo;égard de la Turquie indiquent clairement cette volonté. La démarche n&rsquo;est pas critiquable. Que ce soit dans ses relations avec la Turquie, ou par exemple pour tenter de sauver ce qui reste de l&rsquo;accord sur le nucléaire iranien, l&rsquo;indépendance des Européens, surtout face au retrait manifeste des Américains de la plupart des enjeux géopolitiques actuels, est désormais plus que souhaitable : elle est indispensable.</p>
<p>Pour autant, arriveront-ils à dépasser leurs dissensions internes et à s&rsquo;entendre sur une stratégie commune ? La France demande une discussion « sans tabou » de l&rsquo;Union européenne sur sa relation avec la Turquie&#8230; tandis que les propos de diverses sources diplomatiques bruxelloises, en rappelant que « <i>la Turquie avait toujours sa place dans l&rsquo;OTAN et que le traité ne prévoyait aucune clause de suspension </i>», apparaissent beaucoup plus mesurés. Sur ce sujet, comme sur tant d&rsquo;autres, les éternelles hésitations des Européens risquent de leur coûter cher. L&rsquo;absence de réaction d&rsquo;envergure de leur part serait un exemple de plus de la « mort cérébrale » de l&rsquo;Alliance atlantique, un échec qui aurait sans conteste de graves conséquences sur les équilibres géopolitiques du pourtour méditerranéen.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 05/07/2020.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’offensive turque : à qui profite le chaos ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/loffensive-turque-a-qui-profite-le-chaos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Oct 2019 19:59:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Kurde]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[OTAN]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=3016</guid>

					<description><![CDATA[Des Kurdes trahis par leurs alliés, obligés d&#8217;aller chercher l&#8217;aide de l&#8217;ennemi Bachar El-Assad, pour contrer l&#8217;offensive turque qu&#8217;ils subissent<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/loffensive-turque-a-qui-profite-le-chaos/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3017 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/L’offensive-turque-en-Syrie-signe-t-elle-la-fin-de-l’influence-occidentale-au-Moyen-Orient-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/L’offensive-turque-en-Syrie-signe-t-elle-la-fin-de-l’influence-occidentale-au-Moyen-Orient-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/L’offensive-turque-en-Syrie-signe-t-elle-la-fin-de-l’influence-occidentale-au-Moyen-Orient-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/L’offensive-turque-en-Syrie-signe-t-elle-la-fin-de-l’influence-occidentale-au-Moyen-Orient.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Des Kurdes trahis par leurs alliés, obligés d&rsquo;aller chercher l&rsquo;aide de l&rsquo;ennemi Bachar El-Assad, pour contrer l&rsquo;offensive turque qu&rsquo;ils subissent dans le nord-est de la Syrie depuis près d&rsquo;une semaine. Des Européens dépassés par les évènements, incapables de mettre en œuvre des sanctions autres que symboliques face à un membre de l&rsquo;OTAN qui agit littéralement à sa guise. Un dictateur, enfin, obsédé à l&rsquo;idée de mener à bien son projet d&rsquo;une Turquie ethniquement homogène, quitte à plonger son pays dans l&rsquo;abîme et embraser le Moyen-Orient pour y arriver : depuis le 9 octobre, l&rsquo;offensive turque bouleverse l&rsquo;équilibre déjà précaire de toute la région.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Ce jour-là, les forces armées turques lançaient l&rsquo;opération « Source de paix » contre les Unités de protection du peuple, une milice kurde affiliée au PKK, qui a contribué aux côtés des Occidentaux à la reconquête des territoires occupés par Daech en Syrie, mais considérée comme « terroriste » par Ankara. Par cette opération-éclair, l&rsquo;objectif d&rsquo;Erdogan est double : créer une zone de sécurité d&rsquo;une profondeur de 32 kilomètres, afin d&rsquo;accueillir deux des 3,6 millions de réfugiés syriens, mais surtout éloigner le plus possible les Kurdes de la frontière turque, donc le spectre d&rsquo;un Etat kurde indépendant à ses portes. Déclencher une guerre est aussi pour lui une question de survie politique, alors que son pouvoir est fragilisé par ses multiples échecs électoraux et la crise économique que traverse la Turquie depuis plusieurs mois.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>A ce jour, 150 personnes dont au moins 50 civils auraient été tuées lors des assauts. L&rsquo;Observatoire syrien des Droits de l&rsquo;homme rapporte déjà des exactions commises par des milices syriennes pro-turques : ainsi le bombardement d&rsquo;un convoi de civils turcs et de journalistes étrangers, et surtout l&rsquo;assassinat de neuf civils kurdes, dont Havrine Khalaf, la chef d&rsquo;un petit parti politique kurde, au sud de la ville frontière de Tall Abyad.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Membre de l&rsquo;OTAN donc allié des Occidentaux, la Turquie n&rsquo;aurait jamais pu, théoriquement, se lancer dans une telle offensive sans subir de graves sanctions. Mais Erdogan a largement profité à la fois de la complaisance de Donald Trump et de la division des Européens pour mener son projet à bien.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>C&rsquo;est, une fois de plus, au grand étonnement de ses propres conseillers que le président américain aurait annoncé, dimanche 13 octobre, le retrait des rares troupes américaines encore stationnées en Syrie – environ un millier de soldats – afin de leur éviter de se trouver dans « une situation intenable » en risquant de se retrouver « prises en étau » entre les Turcs et les Kurdes. « Coïncidence » troublante, ce retrait a surtout été annoncé une semaine après un échange téléphonique entre Trump et Erdogan.</p>
<p>Faut-il rappeler que les Kurdes furent pourtant les alliés des Occidentaux, et des Américains en particulier, dans la lutte contre l&rsquo;Etat islamique ? Face à l&rsquo;avalanche de critiques, Mark Esper, le chef du Pentagone, a souligné que les Américains se battaient aux côtés des Kurdes à Kobané – ils y sont en réalité en grande difficulté &#8211; et Trump a évoqué dimanche la possibilité de sanctions économiques contre Erdogan et les autorités turques. Autant d&rsquo;incohérence donne le tournis ! Comble de l&rsquo;ironie qu&rsquo;il convient de souligner, la Turquie, membre de l&rsquo;OTAN, donc alliée des Etats-Unis, attaque un autre allié américain, et avec des avions F-16 américains&#8230; Ecoeurés, les soldats américains encore stationnés en Syrie, qui ont combattu aux côtés des forces kurdes, parlent d&rsquo;une « <i>honte et d&rsquo;une tâche sur la conscience des Etats-Unis</i> ». Pour reprendre le mot célèbre de Talleyrand, « <i>pire qu&rsquo;un crime, c&rsquo;est une faute</i> ».</p>
<p>Les Européens, pour leur part, condamnent l&rsquo;offensive, mais ont confirmé leur impuissance à réagir face à une telle situation de crise, ou alors avec un temps de retard. La France aurait ainsi été prise de court par l&rsquo;annonce américaine. Pourtant, selon certains observateurs, les tractations pour obtenir un retrait américain étaient en cours depuis des mois, et inquiétaient légitimement les autorités françaises. Il n&rsquo;y a eu, vraisemblablement, aucune anticipation de leur part, et aujourd&rsquo;hui, le maintien des troupes françaises aux côtés des Forces démocratiques syriennes, autant que leur retrait, paraît impossible sans l&rsquo;aide des Américains. C&rsquo;était une promesse d&rsquo;Emmanuel Macron, qu&rsquo;il ne pourra sans doute pas tenir. Tant sur le plan militaire que diplomatique, la marge de manœuvre de la France en Syrie est désormais réduite à un niveau proche du néant.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>En guise d&rsquo;action concrète immédiate, un embargo sur les matériels de guerre susceptibles d&rsquo;être employés dans le cadre de l&rsquo;offensive en Turquie, initié par la Norvège, les Pays-Bas et l&rsquo;Allemagne et suivi par la France, n&rsquo;a suscité aucune réaction de la part d&rsquo;Erdogan. Et pour cause : cet embargo sera purement symbolique et surtout n&rsquo;aura aucun impact sur le conflit en cours, préparé de longue date, où les forces armées turques utilisent déjà du matériel européen ! Bien au contraire, les « appels à la raison » des Européens ont jusqu&rsquo;à présent permis à Erdogan d&rsquo;user une nouvelle fois de son arme favorite, le chantage, en les menaçant d&rsquo;ouvrir les frontières et de « pousser les 3,6 millions de réfugiés syriens en Europe », si d&rsquo;aventure ils continuaient à s&rsquo;opposer à son intervention en Syrie.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les conséquences de cette offensive sont dramatiques et multiples. Elle pose d&rsquo;abord une question sécuritaire urgente. Verrous de la région, les Kurdes détiennent près de 12 000 djihadistes et sympathisants de l&rsquo;organisation terroriste, dont 2000 djihadistes étrangers et européens. Aujourd&rsquo;hui, à la faveur du chaos ambiant, les Kurdes ne peuvent plus garantir la sécurité de leurs lieux de détention. Les médias ont d&rsquo;ailleurs déjà rapporté des fuites du camp d&rsquo;Aïn Issa. De la désinformation kurde selon Erdogan, afin d&rsquo;exciter les Occidentaux à son encontre&#8230; Malheureusement, les mises en garde des Kurdes sont plus que crédibles, et l&rsquo;Europe clairement menacée par une réapparition de l&rsquo;Etat islamique en Syrie et des attentats sur son territoire.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les Européens en sont parfaitement conscients, et Emmanuel Macron l&rsquo;a souligné : l&rsquo;offensive turque risque d&rsquo;engendrer « <i>une situation humanitaire insoutenable et d&rsquo;aider le groupe Etat islamique à réémerger dans la région</i> ». Pour autant, les évènements démontrent une nouvelle fois leur faiblesse sur le plan diplomatique. Les premiers à le constater avec amertume sont évidemment les Kurdes, dont 130 000 des leurs sont déjà sur les routes de l&rsquo;exil, abandonnés à leur sort par la communauté internationale et désormais obligés de faire appel à l&rsquo;ennemi honni Bachar El-Assad pour contre-attaquer. Depuis hier, l’armée du régime a commencé à se déployer près de Manbji, ville de la rive ouest de l&rsquo;Euphrate, en vertu d’un accord passé avec les Kurdes qui la contrôlent.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>A la veille du Conseil européen des 17 et 18 octobre, les Européens réfléchissent à des sanctions plus sévères et efficaces. Mais quelles pourraient-elles être ? Un embargo économique et militaire total nécessite un vote à l&rsquo;unanimité des membres de l&rsquo;Union européenne, chose qui ne sera jamais atteinte avec des pays comme la Pologne ou la Hongrie, soutiens populistes d&rsquo;Erdogan, qui y opposeront leur veto. Affaiblie par l&rsquo;échec de la candidature de Sylvie Goulard au sein de la Commission européenne, la voix de la France est devenue bien faible. Divisés, sans idées et surtout sans moyens, une fois de plus, les Européens apparaissent décrédibilisés.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le grand bénéficiaire à ce jour est-il pour autant Erdogan ? Il a certes réussi à manipuler Donald Trump en sa faveur, et montre le peu de cas qu&rsquo;il fait des intérêts des Européens. Pour autant, sa fuite en avant désespérée ne lui apportera peut-être pas le résultat escompté. Seul contre le reste du monde, le président turc prend le risque d&rsquo;isoler totalement la Turquie, dont l&rsquo;économie déjà fragile dépend fortement des capitaux étrangers. Agiter le sentiment nationaliste contre le « terrorisme kurde » est sa dernière carte pour fédérer autour de lui une population turque de plus en plus défiante, et là encore l&rsquo;échec le guette. Davantage préoccupés par la situation économique du pays que par l&rsquo;intervention militaire, pour l&rsquo;heure les Turcs ne lui manifestent aucun regain de soutien.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Cependant, Erdogan atteindra peut-être indirectement l&rsquo;un de ses principaux objectifs &#8211; empêcher la création d&rsquo;un Kurdistan indépendant &#8211; grâce au véritable bénéficiaire de son offensive : Bachar El-Assad. Pour la première fois depuis plusieurs années, ses armées peuvent tranquillement investir le nord de la Syrie, soit 31% du pays, qui restait à ce jour impossible à reconquérir. Comme le président turc, le président syrien n&rsquo;a aucun intérêt à laisser les Kurdes autonomes. Tout au mieux s&rsquo;achemine t-on vers une cogestion de la région entre le régime et les forces kurdes. Contraints d&rsquo;abandonner leur rêve d&rsquo;indépendance, les Kurdes n&rsquo;ont pas eu d&rsquo;autre choix que d&rsquo;assurer avant tout la survie de leur peuple. Et il est triste de souligner que les deux seuls pays qui leur ont fait des propositions permettant de sauver des millions de personnes ne sont pas la France ou l&rsquo;Allemagne, mais bien la Syrie et la Russie.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Cependant, Russie et Iran, associés à la Turquie depuis le processus d&rsquo;Astana de négociations sur la Syrie, ne sont pas tout à fait à l&rsquo;aise face à l&rsquo;offensive turque. La Russie pour sa part espère limiter l&rsquo;impact de cette offensive en soutenant l&rsquo;alliance kurde de Bachar El-Assad. Mais l&rsquo;Iran a appelé à la « cessation immédiate » de l&rsquo;offensive turque, et le président du Parlement iranien Ali Larijani a annulé le jour même une visite à Ankara, où il devait être reçu par son homologue turc. Pas plus que ses voisins comptant une population kurde, l&rsquo;Iran ne tient à la création d&rsquo;un Kurdistan indépendant. Mais l&rsquo;offensive turque risque, en déclenchant un tel chaos en Syrie et en créant un nouveau risque de résurgence de Daech, de saper tous ses efforts pour étendre son influence jusqu&rsquo;au Liban. <span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>A ce jour, une chose est certaine : face à des Européens inexistants, face à un allié américain sur lequel on ne peut plus compter, Israël, Arabie Saoudite, et l&rsquo;ensemble des pays de la région, vont devoir repenser toute leur géopolitique et adapter leur stratégie de défense à cette situation, dont l&rsquo;issue est totalement incertaine. Même si elle apparaît dans le chaos, la véritable indépendance du Moyen-Orient, libéré des ingérences occidentales, est peut-être en train de naître.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 15/10/2019.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
