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	<title>océan indien &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>L&#8217;Océan Indien, future « Mare Nostrum » chinoise ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Jan 2022 18:18:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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<p>C&rsquo;est précisément tout l&rsquo;objet de sa stratégie des « deux océans » : non seulement présente dans le Pacifique, la Chine renforce également depuis une décennie son influence dans l&rsquo;Océan Indien, pourtant « naturellement » considéré comme le pré carré de l&rsquo;Inde.</p>
<p>L&rsquo;intérêt géostratégique pour cette mer n&rsquo;est plus à démontrer : elle constitue en effet une zone de transit essentielle entre le Moyen-Orient, l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est et l&rsquo;Asie, marqué par deux détroits qui gardent les aires est (le détroit de Malacca) et ouest (le détroit de Bab el-Mandeb). Centre de gravité des échanges commerciaux et énergétiques mondiaux, elle est capitale pour la Chine qui exporte massivement vers l&rsquo;Union européenne, l&rsquo;un de ses principaux marchés, via ses routes maritimes.</p>
<p>Il n&rsquo;était donc pas surprenant que début janvier, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi effectue une tournée diplomatique qui l&rsquo;a mené de la Corne de l&rsquo;Afrique au Sri Lanka, en passant par certains Etats insulaires locaux, comme les Comores et les Maldives. Elle s&rsquo;inscrit dans le cadre de la fameuse stratégie du « collier de perles », combinée à celle des « deux océans », qui consiste à multiplier la présence chinoise sur tout le littoral de l&rsquo;Océan indien, dans le but <em>in fine</em> de le « fusionner » avec le Pacifique et d&rsquo;en faire une vaste « <em>mare nostrum</em> » chinoise, un espace d&rsquo;influence à même de contrer la rivale indienne, mais aussi les ambitions américaines dans la zone rebaptisée, à dessein, Indo-Pacifique par Washington.</p>
<p>Le fait que l&rsquo;Inde bénéficie d&rsquo;une plus grande proximité géographique que la Chine dans cette région pèse peu face aux arguments économiques et militaires de Pékin pour séduire les nations de l&rsquo;Océan indien. Point de départ de la tournée de Wang Yi, la Corne de l&rsquo;Afrique, « hub » historique du commerce maritime dans l&rsquo;Océan indien, est de longue date apparue comme un point fondateur pour les intérêts chinois dans la région. Pékin investit ainsi massivement dans toute l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, renforce ses partenariats avec l&rsquo;Erythrée, mais surtout le Kenya, pourtant traditionnellement lié à l&rsquo;ancienne puissance coloniale britannique et aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Bien que l&rsquo;information ait été rejetée par les autorités chinoises, Washington soupçonne la Chine de vouloir multiplier les bases militaires dans la région, sachant qu&rsquo;elle est déjà présente à Djibouti et ne compte pas s&rsquo;arrêter en si bon chemin, notamment en favorisant l »intégration des pays de la Corne au projet économique des Nouvelles Routes de la Soie.</p>
<p>Par extension, les Etats insulaires de l&rsquo;ouest de la région représentent tous d&rsquo;éventuels pivots stratégiques pour la Chine, disséminés tout le long des principales routes maritimes de l&rsquo;Océan indien, d&rsquo;où les visites accrues de Pékin aux Comores – idéalement situées dans le Canal du Mozambique – ou aux Maldives, en raison de leur centralité. Pour ces Etats, toujours soucieux de privilégier l&rsquo;équilibre entre deux grandes puissances plutôt que de prêter allégeance à une seule d&rsquo;entre elles, la présence chinoise a d&rsquo;ailleurs acquis une telle importance que la question a désormais intégré leur politique domestique, clivant fortement les échiquiers politiques nationaux entre pro-Chine et pro-Inde. Ce constat est particulièrement vrai aux Maldives, et plus encore au Sri Lanka, situé dans « l&rsquo;étranger proche » immédiat de l&rsquo;Inde.</p>
<p>Alignées sur l&rsquo;Inde depuis leur indépendance en 1965, les Maldives, point de confluence de plusieurs corridors commerciaux maritimes de première importance, se sont tournées alternativement vers la Chine à partir de 2013, puis de nouveau vers l&rsquo;Inde à partir de 2018, au gré de leurs propres alternances politiques. Entre temps, la Chine y a débuté plusieurs projets d&rsquo;infrastructures et signé un accord de libre-échange, finalement gelé lorsque les Maldives sont retournées dans le giron de l&rsquo;Inde sous l&rsquo;égide du président Yameen. Mais quelle que soit la puissance dominante, les gouvernements successifs y sont régulièrement accusés d&rsquo;affaiblir la souveraineté nationale, ce qui peut rendre l&rsquo;ingérence économique et diplomatique plus délicate pour les deux rivales asiatiques.</p>
<p>Le fait s&rsquo;observe d&rsquo;autant plus au Sri Lanka, où la guerre civile, qui a fait rage pendant des décennies et s&rsquo;est particulièrement accrue au début des années 2000, a permis à la Chine de s&rsquo;implanter tout en ayant la subtilité de ne pas s&rsquo;ingérer, du moins officiellement, dans les affaires politiques du pays. Sur le plan technique et militaire, Pékin a soutenu discrètement l&rsquo;Etat central contre la guérilla des Tigres tamouls, à l&rsquo;inverse de l&rsquo;Inde qui s&rsquo;est toujours positionnée en leur faveur. Une fois la guerre civile éteinte à partir de 2009, la Chine a eu le feu vert pour mettre en place plusieurs projets d&rsquo;infrastructures, dont la construction de ports et d&rsquo;un aéroport international, une véritable victoire diplomatique face à l&rsquo;Inde qui s&rsquo;égarait encore dans les considérations ethniques vis-à-vis de la communauté tamoule.</p>
<p>Mais l&rsquo;équilibre subtil entre partenariat et ingérence est aussi difficile à tenir pour les puissances exogènes que pour les gouvernements qui leur font face. Ainsi, au gré de ses erreurs diplomatiques, l&rsquo;Inde a pu prendre conscience de son retard face à sa rivale chinoise et rectifier le tir, tandis que le Sri Lanka, soucieux de ne pas froisser New Delhi notamment face à une hégémonie chinoise devenue trop importante pour ne pas être dangereuse, a également renoué ses liens économiques avec l&rsquo;Inde, au point d&rsquo;annuler certains projets de développement énergétiques contractés avec la Chine. A son tour, Pékin a compris qu&rsquo;il serait nécessaire de sortir de sa zone de confort politique – chose qu&rsquo;elle répugne toujours à faire, tant elle peine à endosser tous les rôles d&rsquo;une grande puissance – et qu&rsquo;elle ne pouvait négliger totalement la politique interne des pays qu&rsquo;elle convoite pour ses propres intérêts.</p>
<p>Ces rebondissements géopolitiques démontrent que la « bataille navale » entre la Chine et l&rsquo;Inde n&rsquo;en est qu&rsquo;à ses débuts. Pour les pays pris en étau entre ces deux grandes puissances, cette guerre d&rsquo;influence rappelle douloureusement qu&rsquo;ils ne peuvent totalement rejeter ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre. L&rsquo;Inde surtout ne peut plus ignorer l&rsquo;impact de Pékin, seconde puissance économique mondiale et puissance militaire en progression constante, sur ses propres voisins. Face à l&rsquo;hydre chinoise, la seule stratégie possible pour New Delhi reste l&rsquo;imitation : troquer les seules ingérences politiques contre des liens bilatéraux renforcés, notamment par le biais d&rsquo;investissements et d&rsquo;un accès privilégié à son vaste marché économique. Sans amélioration de sa capacité stratégique, l&rsquo;Inde risque de perdre rapidement en influence dans son propre espace maritime, au seul profit de la Chine.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 23/01/2022.</strong></p>
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