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	<title>Occident &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>L&#8217;Etat hébreu, menace à la normalisation entre l&#8217;Iran et l’Occident ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/letat-hebreu-menace-a-la-normalisation-entre-liran-et-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Sep 2023 07:24:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[La veille de l’arrivée d’Ebrahim Raïssi à l’Assemblée générale de l’ONU, les Etats-Unis et l’Iran ont réalisé l’échange de prisonniers<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/letat-hebreu-menace-a-la-normalisation-entre-liran-et-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La veille de l’arrivée d’Ebrahim Raïssi à l’Assemblée générale de l’ONU, les Etats-Unis et l’Iran ont réalisé l’échange de prisonniers attendu depuis plusieurs semaines. Même si le discours critique du président iranien à l’égard du « deux poids, deux mesures » des Occidentaux et son rappel du désengagement américain en 2018 n’ont pas contribué à détendre l’atmosphère, l’évènement peut être malgré tout considéré comme le signe d’une reprise diplomatique entre les deux pays. Car Ebrahim Raïssi a également rappelé formellement la volonté de l’Iran de poursuivre les négociations sur la question nucléaire. Il était en effet attendu qu’en marge des réunions onusiennes, les diplomates iraniens rencontrent à nouveau leurs homologues européens, et qu’un sommet des chefs de la diplomatie iranienne, irakienne et de six Etats membres du Conseil de coopération du Golfe soit également organisé à New York à la demande de l’administration Biden. Mardi, le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères a officiellement confirmé que Téhéran acceptait ce principe. C’est donc là une étape majeure qui vient d’être franchie dans la reprise de la diplomatie nucléaire et la désescalade des tensions au Moyen-Orient.</p>
<p>Néanmoins, cette perspective survient dans un contexte qui demeure fragile. En effet, si ces annonces constituent de très bonnes nouvelles pour la diplomatie régionale, elles le sont beaucoup moins pour Israël. Farouche contempteur de l’accord sur le nucléaire iranien depuis 2015, l’État hébreu voit d’un très mauvais œil le moindre effort de normalisation entre les Etats-Unis, son principal allié, et l’Iran, son principal rival. Le coup d’éclat de Gilad Erdan, l’ambassadeur israélien à l’ONU, lors du discours du président iranien à la tribune de l’Assemblée mardi, l’a particulièrement bien illustré.</p>
<p>L’exacerbation des tensions entre Téhéran et Tel-Aviv suit logiquement de près la concrétisation du rapprochement diplomatique entre l’Iran et l’Occident. Récemment, les deux pays se sont ainsi mutuellement accusés de complots et d’attaques diverses. Les autorités iraniennes soupçonnent ainsi Israël d’attiser les troubles sociaux en Iran en travaillant avec des médias iraniens en exil, tandis que le chef du Mossad a promis une riposte contre des officiels iraniens suite à la rumeur d&rsquo;une attaque contre des pèlerins juifs en Ukraine. Les médias conservateurs iraniens se sont en effet empressés de fustiger la visite du chef des services de renseignements israéliens à Londres, où il aurait échangé avec des journalistes iraniens des médias BBC Persian, Iran international et le service en farsi de la radio Voice of America. Une preuve de plus, pour la ligne dure du régime iranien, de la duplicité des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne et de leur volonté d’organiser « la sédition » au sein de la nation iranienne, avec la complicité évidente d’Israël. Au demeurant, la surenchère verbale du chef du Mossad, et l’identification sur une chaîne de télévision israélienne de plusieurs hauts gradés des Gardiens de la Révolution présentés comme de potentielles cibles, n’ont pu que confirmer aux yeux des conservateurs iraniens les intentions du « régime terroriste » de Tel-Aviv.</p>
<p>La guerre de l&rsquo;ombre entre Israël et l’Iran se poursuit donc à mesure que Téhéran affirme ses capacités militaires et normalise ses relations au Moyen-Orient, et possiblement avec les Occidentaux. A ce titre, la principale angoisse de l’État hébreu est de voir l’Iran poursuivre son enrichissement d’uranium au-delà de 60 %, ce qui l’a poussé ces dernières années à multiplier les frappes contre ses infrastructures sensibles  – notamment les sites de Natanz, Ispahan et Parchin, ainsi que les assassinats contre les scientifiques impliqués dans le développement du programme nucléaire iranien.</p>
<p>On pourrait néanmoins rappeler sans difficulté que l’Iran n’est devenu un « Etat du seuil » qu’en raison de la suspension du <em>Joint Comprehensive Plan of Action</em> à partir de mai 2018, du fait du retrait américain. Aussi, bien que Tel-Aviv poursuive un lobbying actif contre toute résurrection du JCPoA, c’est précisément ce traité qui avait permis de contraindre l’Iran en matière de développement nucléaire,  agissant donc comme un bien meilleur rempart pour la sécurité d’Israël que la « pression maximale » voulue par Donald Trump et les faucons israéliens.</p>
<p>Ce climat de défiance et de tension permanent nourrit en retour la course à l’armement en Iran, où le développement accéléré de son arsenal de drones et de missiles balistiques se trouve justifié par la « nécessité » de protéger le pays contre l’ingérence israélienne. Les derniers drones de combat Mohajer, le dernier missile hypersonique dévoilé en juin, ainsi que les missiles de croisière d’une portée de plus de 1500 kilomètres, sont d’ailleurs à chaque fois présentés comme des « avertissements » à l’encontre de l’État hébreu, capables de percer son « Dôme de fer ».</p>
<p>Alors que les efforts entrepris depuis un an par l’Iran pourraient véritablement paver la voie à des annonces majeures dans les prochains mois, ce climat exacerbé par les faucons tant à Tel-Aviv qu’à Téhéran menace t-il véritablement la reprise diplomatique ? Certains experts, y compris en Israël, estiment que cette surenchère verbale est avant tout alimentée à dessein par le gouvernement Netanyahu à des fins électorales et de maîtrise de l’opinion publique, dans un contexte domestique tendu pour la droite israélienne. Ce faisant, Israël partage néanmoins un point commun avec les plus radicaux des conservateurs iraniens, partisans d’une ligne belliciste et d’une rupture définitive avec l’Occident, persuadés que l’Iran n’a nul besoin de diversifier ses alliances et que l’économie iranienne parvient déjà à survivre en dépit des sanctions américaines. Cette position est loin d’être partagée par les réformateurs, qui la jugent extrêmement dangereuse et contraire aux intérêts du pays.</p>
<p>Le contexte actuel illustre donc parfaitement le combat perpétuel entre faucons et partisans de la voie diplomatique, l’enjeu étant particulièrement critique pour l’Iran alors que le pays accumule les difficultés économiques et sociales. Si d’aventure les négociations entre l’Iran et l’Occident permettaient d’obtenir un nouvel accord politique contraignant, nul doute qu’Israël y répondrait par un regain de bellicisme. Ce faisant, il risquerait néanmoins un important isolement régional, alors que la plupart des grandes puissances arabes cherchent à normaliser leurs relations avec Téhéran.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 24/09/2023.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Iran et Occident, la désescalade</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-et-occident-la-desescalade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Sep 2023 12:57:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Près d’un an après la fin des dernières négociations officielles entre l’Iran et les autres signataires du Joint Comprehensive Plan<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/iran-et-occident-la-desescalade/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Près d’un an après la fin des dernières négociations officielles entre l’Iran et les autres signataires du Joint Comprehensive Plan of Action [JCPoA, ou accords de Vienne, ndlr], la plupart des analystes se disent pessimistes quant à la possibilité de ressusciter l’accord nucléaire. Néanmoins, le dialogue officieux entretenu entre Téhéran et Washington depuis plusieurs mois a permis à chacun d’afficher une réelle ambition en faveur d’une désescalade des tensions. L’Iran a ainsi pu capitaliser sur son accord concernant la libération de prisonniers binationaux et sur le ralentissement de son enrichissement d’uranium, en obtenant le dégel de ses actifs bloqués en Corée du Sud, ainsi qu’un accord informel avec les États-Unis sur l’exportation de ses hydrocarbures, qui lui a déjà permis de retrouver son niveau de production d’avant 2018. Aujourd’hui, tout semble indiquer que ces négociations officieuses pourraient paver la voie à un nouvel accord officiel qui, cette fois, traitera tous les sujets géostratégiques “problématiques” qui avaient été écartés en 2015 et constituaient la principale faiblesse du JCPoA.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Accélération des transferts d’actifs et de prisonniers</strong></h4>
<p>Cette hypothèse paraît vraisemblable, compte tenu de la surprenante accélération du transfert des actifs iraniens, d’ores et déjà effectué avant l’échange des prisonniers entre les États-Unis et l’Iran. En effet, l’essentiel des 6 milliards de dollars de fonds a déjà été centralisé par la Swiss National Bank et deux banques du Qatar, avant d’être mis à la disposition de Téhéran pour le commerce humanitaire et les importations médicales. Il resterait donc à peine 2 milliards de dollars à débloquer, ce qui devrait être rapidement accompli. L’objectif serait en effet de faire concorder l’échange des prisonniers avec la venue à New York du président Raïssi pour le débat général de la 78e session de l’Assemblée générale de l’ONU.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“L’objectif serait en effet de faire concorder l’échange des prisonniers avec la venue à New York du président Raïssi pour le débat général de la 78e session de l’Assemblée générale de l’ONU”</em></p>
<p>L’organisation d’un tel symbole diplomatique semble confirmer une possible reprise des relations bilatérales entre l’Occident et l’Iran. Au-delà de la libération de ces prisonniers binationaux, l’Iran semble enclin à satisfaire les exigences américaines en ralentissant considérablement sa production d’uranium enrichi à 60 %, mais aussi en collaborant plus volontiers avec l’AIEA [Agence internationale à l’énergie atomique, ndlr] et en modérant les actions de ses proxies contre les forces américaines au Moyen-Orient. De leur côté, les États-Unis ont autorisé le dégel d’actifs retenus dans des pays tiers du fait des sanctions américaines – dont l’Irak – afin de régler la dette iranienne. Par ailleurs, Washington entend faire pression sur l’AIEA pour que le prochain rapport du Conseil des gouverneurs soit en faveur de Téhéran, compte tenu de ses efforts sur le dossier nucléaire. Selon le ministère des Affaires étrangères iranien, Washington considère que la restitution des dividendes iraniens doit coïncider avec la relance de l’accord de Vienne. En outre, à mots couverts, les diplomates européens ont confirmé que les Occidentaux ne tenteraient finalement pas d’étendre l’embargo onusien sur les importations par l’Iran de technologies liées aux missiles balistiques, qui doit expirer en octobre prochain comme le stipule le traité de Vienne. De même, les Européens ne devraient pas avoir recours au mécanisme de “snapback”, visant à ré-imposer certaines sanctions onusiennes contre l’Iran.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un futur sommet entre pays signataires du JCPoA ?</strong></h4>
<p>Tout ceci semble donc converger vers l’organisation d’un prochain sommet à New York entre l’Iran et les pays signataires du Joint Comprehensive Plan of Action, chose impensable au cours de l’année écoulée, signifiant a priori qu’un accord plus formel est l’objectif final pour graver toutes ces avancées dans le marbre. Un tel progrès serait salutaire pour valider une véritable désescalade des tensions et prévenir l’émergence d’un conflit d’envergure au Moyen-Orient.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Un tel progrès serait salutaire pour prévenir l’émergence d’un conflit d’envergure au Moyen-Orient”</em></p>
<p>Joe Biden a en effet longtemps privilégié la stratégie du “no deal, no crisis”, une gestion de crise transactionnelle avec l’Iran qui s’accommodait de la résistance du Congrès américain, mais s’est avérée totalement court-termiste. Cette stratégie d’évitement et de temporisation a en effet donné la preuve de son inefficacité et constitue même une perte pour les intérêts américains. Libéré de toute entrave, l’Iran est devenu en quelques années un État du seuil et a considérablement augmenté son stock d’uranium enrichi. Tourné vers l’Asie, il y a confirmé son influence régionale en rejoignant les grandes organisations internationales sous égide chinoise, et s’est imposé comme le principal partenaire logistique de la Russie dans la guerre en Ukraine. Pour autant, l’absence d’accord sur le nucléaire a aussi engendré de lourdes pertes pour Téhéran, les sanctions américaines ayant infligé des dommages estimés à 1 000 milliards de dollars à l’économie iranienne, tandis que le nombre d’Iraniens vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté d’au moins 30 %.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Vers des relations bilatérales apaisées</strong></h4>
<p>Ce constat démontre que l’absence d’accord formel, comme tout accord “informel”, ne permettra pas de résoudre durablement la crise entre l’Iran et l’Occident. Certes, des obstacles demeurent. Nombreux sont les acteurs régionaux et internationaux opposés à une résurrection du Joint Comprehensive Plan of Action, qui pourraient attiser de nouveau les tensions entre les deux pays. Par ailleurs, on ne peut ignorer qu’une victoire des républicains à l’élection présidentielle américaine de 2024 remettrait en cause tous les efforts de désescalade. La stratégie américaine doit donc impérativement évoluer vers l’obtention d’un authentique accord politique contraignant et le rétablissement de relations de confiance avec l’Iran, préalable indispensable à un dialogue honnête qui permettra de mettre fin à plus de quatre décennies d’hostilité entre Washington et Téhéran, et de restaurer des relations bilatérales basées sur des intérêts communs, le respect mutuel et la non-ingérence. L’opportunité et la volonté semblent désormais réunies pour favoriser le retour de l’Iran dans le concert des nations et assurer la stabilité du Moyen-Orient.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 13/09/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Turquie, pour ou contre l&#8217;Occident ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-turquie-pour-ou-contre-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jul 2023 07:09:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Le bouleversement géopolitique en cours depuis un an aux portes de l’Europe a rouvert les discussions pour l’adhésion à l’Otan<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-turquie-pour-ou-contre-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bouleversement géopolitique en cours depuis un an aux portes de l’Europe a rouvert les discussions pour l’adhésion à l’Otan de trois pays directement concernés par la menace russe : la Finlande, la Suède, et bien sûr l’Ukraine. Pour les deux dernières, ce processus devrait occuper l’essentiel de l’ordre du jour du sommet annuel de l’Organisation qui s’est ouvert le 11 juillet à Vilnius. Alors que celui-ci promettait d’être un fiasco en raison de l’opposition persistante de la Turquie à l’adhésion de la Suède, la journée du 10 juillet a été rythmée par une série de rebondissements inattendus, qui témoignent de l’habileté du président Erdogan à user de la position stratégique de la Turquie comme moyen de pression dans les rapports de force internationaux.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Suède dans l’Otan contre Turquie dans l’UE</strong></h4>
<p>En levant enfin son veto maintenu depuis plus d’un an, Erdogan permet d’atteindre l’unanimité des votes et de valider l’entrée de Stockholm au sein de l’Organisation militaire, répondant ainsi au souci d’unité voulu par les Occidentaux dans un contexte où la contre-offensive ukrainienne en a plus que jamais besoin. Dès le début de la demande d’adhésion de la Suède à l’Otan, le président turc avait pourtant formulé des exigences très claires pour accorder son soutien : la fin de l’embargo de Stockholm sur certaines ventes d’armes, l’extradition de citoyens turcs d’origine kurde ou de membres supposés du réseau de Fetullah Gülen, réfugiés en Suède et considérés comme des terroristes par le gouvernement turc. Faute d’obtenir satisfaction sur ces points, la Turquie a longtemps maintenu son opposition, en dépit d’un renforcement de la législation suédoise sur le traitement du terrorisme, démarche qui vise très clairement les membres du PKK en exil. Les deux autodafés du Coran qui ont eu lieu en Suède depuis le début de l’année (le premier d’un militant d’extrême droite, le second d’un réfugié irakien) ont largement contribué à entretenir la crise diplomatique et à durcir la position de la Turquie à l’égard de Stockholm.</p>
<p>Mais les échanges avec Joe Biden la veille du sommet ont semble-t-il été déterminants, et ont offert à Erdogan l’occasion de formuler une nouvelle condition préalable au soutien de la Turquie : une relance de son processus d’adhésion à l’Union européenne, projet au point mort depuis 2016. Quelques heures plus tard, Jens Soltenberg annonçait que la Turquie soutenait totalement l’entrée de la Suède dans l’Otan.</p>
<h4 class="inter-titre">Entre soutien à l’Ukraine et amitié avec la Russie</h4>
<p>“Prendre la meilleure décision pour notre pays, notre nation et notre sécurité.” Cette phrase d’Erdogan explicite clairement la relation utilitariste qu’il entretient avec l’Otan, avant tout un lieu de marchandage – sur la question migratoire, sur les relations avec la Russie, sur l’extension de l’Organisation – afin de faire avancer son propre agenda international et domestique. Ce énième coup de pression n’est finalement pas surprenant dans la forme. En revanche, il interroge davantage sur le fond. Ce revirement est-il annonciateur d’une nouvelle orientation stratégique de la part de la Turquie ?</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Membre de l’Otan, alliée de l’Ukraine, la Turquie n’a jamais rompu avec la Russie. Cette stratégie lui donne un moyen de pression naturel sur ses alliés occidentaux”</em></p>
<p>Ces dernières années, la politique étrangère turque laissait effet planer peu de doutes sur sa rupture avec l’Occident. Sous la pression d’Erdogan, la Turquie a su maintenir un dangereux équilibre entre des relations a priori irréconciliables : membre de l’Otan, alliée de l’Ukraine dont elle a tout de suite soutenu l’entrée dans l’Organisation et avec laquelle elle vient de signer une nouvelle livraison de drones Bayraktar TB2, elle n’a pourtant jamais rompu avec la Russie, un lien renforcé par la proximité personnelle et idéologique entre Poutine et Erdogan sur le rôle de l’Asie sur la scène internationale. Mais cette stratégie maximise précisément la capacité d’action et de chantage de la Turquie, en lui donnant un moyen de pression naturel sur ses alliés occidentaux. Jusqu’à présent, c’est sans doute la menace implicite d’un départ de l’Otan qui lui a permis de conserver sa place au sein de l’Organisation en dépit de ses ambivalences stratégiques. La perte d’une porte d’entrée vers l’Asie et le Moyen-Orient est en effet une perspective effrayante pour Washington, qui explique ses tentatives régulières de négociations directes avec Ankara.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le salut d’Erdogan se trouve à l’Ouest</strong></h4>
<p>En dépit de son engagement en faveur d’un monde multipolaire concurrent de l’ordre international bâti par les États-Unis, la Turquie semble avoir besoin de renforcer son entente avec les Occidentaux. Habile politicien, Erdogan est connu pour ses variations stratégiques au gré de ses réélections. Son dernier mandat présidentiel avait été marqué par un aventurisme militaire largement motivé par une idéologie néo-ottomane. Ce temps est-il révolu ?</p>
<p>En faisant le pari de l’Europe, Erdogan risque la rupture avec Moscou. Mais le président a désormais pour principale priorité de redresser l’économie turque en déshérence, soumise à une inflation croissante et à un manque cruel de capitaux étrangers. À peine réélu, ses premières décisions ont visé à rassurer les marchés, par exemple en nommant Mehmet Simsek, brillant économiste très estimé en Occident, comme ministre des Finances. Peu dupe des promesses d’investissements issues des pétromonarchies du golfe Persique, circonspect face à l’avenir de la Russie, Erdogan estime peut-être que son salut réside désormais à l’Ouest.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le débat sur l’entrée dans l’UE devient pressant</strong></h4>
<p>Tout rapprochement entre la Turquie, l’Otan et l’Union européenne sera de nature à apaiser des relations diplomatiques marquées ces dernières années par de fortes tensions. Mais si la perspective est enthousiasmante, elle n’en reste pas moins lointaine. Ouverte depuis plus de 30 ans, la demande d’intégration de la Turquie à l’Union européenne se heurte aujourd’hui à de nombreuses difficultés, la principale étant que la Turquie de 2023 n’est plus celle de 2003. Son évolution institutionnelle et sociale depuis 2016 la rend très difficilement compatible avec les standards démocratiques européens, sans compter les nombreux blocages dans la transposition de certaines directives, ou encore la modernisation de l’accord douanier UE-Turquie et la libéralisation du régime des visas. Le statut de Chypre, membre de facto de l’Union européenne en dépit d’un territoire divisé et occupé par la Turquie au nord de l’île, constitue également une ligne rouge pour de nombreux États membres réfractaires à l’idée de voir la Turquie intégrer la communauté européenne, à commencer par la Grèce.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La Turquie de 2023 n’est plus celle de 2003. Son évolution depuis 2016 la rend difficilement compatible avec les standards démocratiques européens”</em></p>
<p>La balle se trouve donc dans le camp des Occidentaux, très divisés sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe et désormais contraints par Ankara de devoir trancher ce débat sans cesse reporté aux calendes grecques. En cas de stagnation ou d’échec du processus, Erdogan aura beau jeu de les blâmer et d’en tirer les conséquences stratégiques. Par ce nouveau tour de force, le président turc a une fois de plus endossé le rôle qu’il affectionne le plus et qu’il sait valoriser auprès des Turcs : celui d’un redoutable animal politique capable de défendre avant tout les intérêts de son pays en faisant plier les Occidentaux à sa volonté.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 13/07/2023.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Occident doit empêcher une nouvelle guerre ethnique au Haut-Karabakh</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-doit-empecher-une-nouvelle-guerre-ethnique-au-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Jan 2023 11:02:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Toujours en cours depuis le 12 décembre, le blocus du corridor de Lachine entrave la seule connexion terrestre entre le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-doit-empecher-une-nouvelle-guerre-ethnique-au-haut-karabakh/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-23512 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p style="font-weight: 400;">Toujours en cours depuis le 12 décembre, le blocus du corridor de Lachine entrave la seule connexion terrestre entre le Haut-Karabakh, où vivent près de 120 000 personnes, et le reste du Caucase. Les manifestants azéris qui bloquent la route depuis bientôt trois semaines empêchent en effet la libre circulation des biens et des personnes. Leurs revendications, d’abord formulées au prétexte d’un état des lieux de l’exploitation des mines de l’enclave, ont rapidement révélé leur véritable motivation. La remise en cause de l’efficacité de l’armée russe, force de maintien de la paix dans la région depuis novembre 2020, et la demande de contrôles accrus sur le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan, ont avant tout des visées nationalistes. En manque de matériel médical, de ressources énergétiques et de denrées alimentaires, les habitants du Haut-Karabakh, essentiellement d’origine arménienne, subissent directement ce chantage.</p>
<p style="font-weight: 400;">Plus que jamais, le Caucase du sud est au bord d’une crise humanitaire, et peut-être d’un nouvel affrontement entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Conscients du danger, les Etats-Unis et l’ONU ont appelé le gouvernement de l’Azerbaïdjan, qui nie sa responsabilité directe dans la situation, à lever le blocus. Mais pour l’heure, ces manifestations de la communauté internationale restent bien trop légères pour exercer la moindre pression sur Bakou, tandis que sur place, le gouvernement Aliyev profite du vide stratégique pour régler ses différends avec l’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">Désignée par le cessez-le-feu de novembre 2020 comme la garante de la sécurité de l’enclave, la Russie déploie sur le terrain une force de 2500 hommes, dont les prérogatives et les missions n’ont cependant jamais été clairement définies. Affaibli par les coûts humains et logistiques de l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin semble clairement en difficulté pour assurer sa tâche à la hauteur de l’enjeu. De fait, les Russes n’ont pas été en mesure d’empêcher le blocus du corridor de Lachine, connexion pourtant essentielle où la libre circulation doit être maintenue.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Parallèlement aux négociations menées sous l’égide de la Russie, l’autre canal de négociations avec l’Arménie, ouvert par les Occidentaux, n’a pour l’instant abouti à aucune résolution. Nullement tempéré dans ses ardeurs par une grande puissance régionale, au contraire largement encouragé et soutenu militairement par la Turquie, Bakou manifeste un nationalisme à l’agressivité croissante, et n’hésite plus à recourir à la force pour résoudre la question du statut du Haut-Karabakh – en clair, l’annexer intégralement à son propre territoire. Preuve de ce dédain pour une résolution diplomatique, deux semaines après la reprise des discussions avec son homologue arménien à Bruxelles, Ilham Aliyev lançait de nouvelles attaques-éclair directement contre l’Arménie le 12 septembre dernier. En réalité, la seule paix envisageable par Bakou est une paix conclue selon ses propres termes, en recourant à la violence militaire si nécessaire pour obtenir satisfaction, et cette méthode laisse présager d’autres abus.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le sort des Arméniens de l&rsquo;enclave est en effet au coeur de la problématique. Les autorités locales du Haut-Karabakh craignent avec raison qu’une intégration pleine et entière de leur territoire à l’Azerbaïdjan ne soit le prélude à un nettoyage ethnique, soit par l’usage direct de la violence, soit par l’exil forcé. Bakou assure que les Arméniens du Haut-Karabakh jouiraient de la même égalité de traitement que les citoyens azéris. Le doute est permis compte tenu de la brutalité des exactions déjà commises depuis 2020 contre les militaires et les civils arméniens, ou de la destruction systématique du patrimoine culturel et religieux arménien dans l’enclave du Nakhitchevan, désormais rattachée à l’Azerbaïdjan. Pour les Arméniens, il est donc difficile de croire qu’ils bénéficieront d’une quelconque sécurité au sein de la société azérie. Au demeurant, la principale revendication de l’Azerbaïdjan, l’annexion pleine et entière du Haut-Karabakh à son territoire, ne s’accompagne explicitement d’aucun statut spécial accordé aux Arméniens qui y résident.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans ce contexte, le risque d’une escalade des tensions est parfaitement explicite, au point d’être verbalisée par le président Aliyev. Celui-ci a promis une nouvelle guerre de grande ampleur si les conditions posées par l’Azerbaïdjan n’étaient pas satisfaites. Sur le dossier du corridor du Zanguezour, qui doit relier la république autonome du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan et à la Turquie via le sud de l’Arménie, le président azéri envisage tout simplement de régler le problème en annexant les territoires arméniens concernés, et en confiant l’administration de la section arménienne de cette nouvelle connexion à la Russie. Peu importe, dans l’affaire, si Erevan, la capitale arménienne, se trouve dès lors coupée du sud de l’Arménie et soumise à une catastrophe économique, administrative et humaine.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sans l’intervention de grandes puissances extérieures, les conditions garantissant la stabilité du Caucase du Sud ne pourront que se dégrader. La présence de la Russie aurait dû prévenir la situation actuelle. Mais sa défection croissante sur le terrain n’a fait qu’exacerber les provocations de l’Azerbaïdjan et l’agressivité entre les deux parties. En raison de leur rivalité idéologique et militaire, les Occidentaux ont accepté jusqu’ici de laisser Moscou gérer son « étranger proche » et de perdre en capacité d’influence dans la région. La menace d’instabilité qui pèse désormais, non plus seulement sur le Haut-Karabakh, mais sur tout le Caucase du Sud, doit les encourager à intervenir dans le conflit.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il est désormais urgent d’avoir un médiateur capable de ramener l’Azerbaïdjan et l’Arménie à la table des négociations, et cet objectif ne pourra être atteint que par la menace de sanctions occidentales, économiques et diplomatiques, contre Bakou. En la matière, les Etats-Unis, qui demeurent les principaux moteurs diplomatiques de l’Occident, doivent agir comme superviseurs de ce nouveau processus, et surtout affirmer un positionnement clair. L’aide militaire allouée à l’Azerbaïdjan, qui s’est chiffrée à 164 millions de dollars entre 2002 et 2020 sans véritable conditionnalité (notamment celle de ne pas l’utiliser à des fins d’agression de l’Arménie), doit être suspendue <em>sine die </em>par Washington. L’imposition de sanctions dans le cadre du <em>Global Magnitsky Human Rights Accountability Act,</em> remis en vigueur par Joe Biden en avril dernier, doit être invoqué contre les responsables azéris qui se seraient rendus responsables d’entraves aux droits de l’homme, sanctions qui seraient parallèlement adoptées par l’Union européenne. L’investissement diplomatique est conséquent, mais après trente ans d’atermoiements et de retards, celui-ci est devenu plus urgent que jamais. En cas d’échec ou de demi-mesures, le conflit du Haut-Karabakh ne trouvera aucune résolution et le Caucase, en devenant une nouvelle poudrière, impactera toutes les parties prenantes largement au-delà de ses frontières.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 01/01/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La nouvelle guerre froide économique de l’Eurasie contre l’Occident</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-nouvelle-guerre-froide-economique-de-leurasie-contre-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Nov 2022 09:43:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Eurasie]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Quand Washington multiplie les colossaux plans de soutien financier et logistique envers l’Ukraine, la Russie achète des armes auprès de l’Iran.<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-nouvelle-guerre-froide-economique-de-leurasie-contre-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Washington multiplie les colossaux plans de soutien financier et logistique envers l’Ukraine, <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/l-iran-et-la-russie-salignent-contre-loccident-93825/">la Russie achète des armes auprès de l’Iran</a>. Que la technologie des drones Shahed 136 ait été importée en vue d’une fabrication russe, ou que les appareils aient été directement achetés à Téhéran, importe finalement assez peu. Guerre par proxy s’il en est, le conflit ukrainien oppose certes Kiev à Moscou, mais plus largement deux visions contraires de l’ordre mondial.</p>
<p class="mise_en_avant">“<em>Guerre par proxy s’il en est, le conflit ukrainien oppose certes Kiev à Moscou, mais plus largement deux visions contraires de l’ordre mondial</em>”</p>
<p>Par le jeu des alliances et des proximités idéologiques, chaque pays est en train de choisir son camp, dans une nouvelle guerre froide où deux blocs se distinguent à nouveau clairement : le traditionnel bloc occidental, qui réunit les États-Unis et l’Union européenne, et un bloc asiatique, qui dépasse largement la sphère d’influence de l’ancienne Union soviétique. La Russie et la Chine s’imposent comme les deux super-puissances moteurs de ce nouveau mouvement d’opposition à l’hégémonie occidentale, qui s’affermit depuis plusieurs années et s’est incarné directement sur le terrain ukrainien.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le pouvoir d’attraction des Brics et de l’OCS</strong></h4>
<p>Mais bien au-delà du domaine militaire, le véritable risque pour le modèle élaboré et défendu par les États-Unis depuis 1945 est désormais d’ordre géoéconomique. C’est en effet par des outils de multilatéralisme et d’inclusion économique concurrents, en premier lieu le groupe des Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, ndlr] ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), que <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/leurasie-nouvelle-puissance-mondiale-94612/">l’Eurasie cherche à s’imposer face à l’hyperpuissance américaine</a>. Et le pouvoir d’attraction que ces instances exercent sur des pays toujours plus nombreux interroge sur l’aura réelle du modèle occidental à travers le monde.</p>
<p class="mise_en_avant">“<em>C’est par des outils de multilatéralisme et d’inclusion économique concurrents, en premier lieu le groupe des Brics ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), que l’Eurasie cherche à s’imposer face à l’hyperpuissance américaine</em>”</p>
<p>Quelques mouvements géopolitiques récents tendent à confirmer cette tendance. Le rapprochement militaire entre l’Iran et la Russie contribuera sans doute à mettre un coup d’arrêt définitif à la résurrection de l’accord sur le nucléaire iranien. C’est au demeurant une manière indirecte de conserver une épine dans le pied des Occidentaux, qui auraient pu bénéficier des hydrocarbures iraniens en cas de levée des sanctions. Au contraire, l’administration conservatrice en poste à Téhéran maintient son orientation stratégique vers l’est et l’Asie centrale, comme l’intégration de l’Iran à l’OCS ou le “Lion-Dragon deal” [accord de coopération entre l’Iran et la Chine signé en avril 2021, ndlr] en témoignaient déjà.</p>
<p class="mise_en_avant">“En choisissant la Russie, Riyad semble s’être inscrite ouvertement dans une démarche pro-asiatique et une remise en cause quasi explicite de sa longue alliance avec les États-Unis”</p>
<p>Au-delà d’un rapport toujours ambivalent aux États-Unis et de ses préoccupations budgétaires, la gifle imposée à Washington par l’Arabie saoudite il y a quelques semaines [la décision de cette dernière de baisser les quotas de production de pétrole est favorable à la Russie, ndlr] pouvait être interprétée comme un autre indice de cette évolution. En choisissant la Russie, Riyad semble s’être inscrite ouvertement dans une démarche pro-asiatique et une remise en cause quasi explicite de sa longue alliance avec les États-Unis, jugée de plus en plus décevante.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La Turquie tentée par le TurkStream</strong></h4>
<p>Pourtant alliée des Occidentaux de par son appartenance à l’Otan, la Turquie tente pour sa part de maintenir une position d’équilibre entre la Russie et les Européens. Cependant, l’enthousiasme du président Erdogan pour la proposition de son homologue Vladimir Poutine, qui vise à faire de la Turquie un hub gazier permettant d’acheminer le gaz russe vers l’Europe, démontre là aussi une forte tentation pour l’Asie, en dépit des critiques de l’opposition turque et des craintes envers des sanctions occidentales.</p>
<p class="mise_en_avant">“<em>Le potentiel du futur TurkStream soutenu par Moscou permettrait à Ankara de contrôler non seulement l’acheminement des hydrocarbures russes, mais aussi d’être véritablement un carrefour énergétique</em>”</p>
<p>Le potentiel du futur TurkStream soutenu par Moscou permettrait à Ankara de contrôler non seulement l’acheminement des hydrocarbures russes, mais aussi d’être véritablement un carrefour énergétique, avec d’un côté l’Asie centrale via l’Iran et l’Azerbaïdjan, mais aussi l’Afrique du Nord avec l’exploitation des ressources de la Libye. En dépit des difficultés du projet et d’une capacité qui n’égalera pas celle du NordStream, les deux alliés russe et turc y voient leur intérêt : éviter l’exclusion totale du jeu européen pour la Russie, ouvrir ses horizons économiques et géopolitiques pour la Turquie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le futur pouvoir de nuisance des Brics +</strong></h4>
<p>Turquie, Arabie saoudite, Iran : cette triade a en commun de souhaiter adhérer aux Brics ou à l’OCS, voire aux deux. L’Arabie saoudite serait, semble-t-il, candidate dès 2023, mais n’est pas pionnière en la matière au Moyen-Orient. L’Iran aurait déjà entrepris des démarches via l’Irak, tandis que la Turquie se montre particulièrement pressée d’adhérer formellement au groupe, tout comme à l’OCS où elle a déjà un poste d’observatrice très assidue. Ces adhésions, si elles se concrétisaient, contribueraient à l’émergence de ce que les analystes nomment “BRICS +”, une forme “augmentée” du groupe actuel qui ambitionne de réunir des économies clés du G20 (comme l’Argentine ou l’Indonésie) et d’autres économies régionales de premier plan à travers tous les continents, comme le Kazakhstan, le Sénégal, le Nigeria ou l’Égypte.</p>
<p class="mise_en_avant">“<em>Turquie, Arabie saoudite, Iran : cette triade a en commun de souhaiter adhérer aux Brics ou à l’OCS, voire aux deux. Le potentiel de disruption de ces nouveaux poids lourds géopolitiques est aisé à se représenter</em>”</p>
<p>Le potentiel de disruption de ces nouveaux poids lourds géopolitiques est aisé à se représenter. Un processus d’adhésion aux Brics entamé par l’Arabie saoudite aura ainsi des conséquences immédiates sur les pétrodollars (ces dollars américains obtenus par les pays exportateurs de pétrole en vertu de leurs contrats libellés en dollars, ensuite réinvestis dans l’économie américaine) et donc sur l’équilibre économique des États-Unis. Les Brics au demeurant ne cachent pas leur volonté de déterminer une monnaie mondiale adossée aux matières premières, qui serait capable de contourner la primauté du dollar américain, un objectif qu’ils partagent avec les membres de l’OCS et qui tend à renforcer la synergie de leurs relations. Les échanges entre la Russie et l’Inde libellés en roupies, les échanges entre la Russie et la Turquie en partie payés en lires turques, ou encore les efforts de la banque russe VTB pour transférer des fonds en yuans et ainsi contourner le système SWIFT dont la Russie est exclue depuis l’invasion de l’Ukraine, en sont des exemples concrets.</p>
<p>Ces réalignements géopolitiques risquent donc de frapper les Occidentaux au cœur de ce qui fait leur solidité : le poids de leurs économies au sein du marché mondial. Certes, les processus ne sont pas encore entamés. Mais l’activisme diplomatique accru dans cette optique laisse peu de doute sur la volonté des pays à la manœuvre, la Russie et la Chine, de porter le fer sur un champ de bataille où leur potentiel peut être redoutable.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 03/11/2022.</strong></p>
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		<title>L&#8217;Iran et la Russie s’alignent contre l’Occident</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-et-la-russie-salignent-contre-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Jul 2022 13:45:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Pour son deuxième voyage à l’étranger depuis le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine a choisi de se<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-et-la-russie-salignent-contre-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son deuxième voyage à l’étranger depuis le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine a choisi de se rendre à Téhéran mardi 19 juillet, dans le cadre d’un sommet qui réunissait les trois protagonistes du processus d’Astana [ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie, dont la Russie, l’Iran et la Turquie, ndlr]. Mais la Syrie, qui devait être au centre des échanges, est clairement devenue une question secondaire pour le président russe, venu essentiellement renforcer les relations bilatérales entre la Russie et l’Iran.</p>
<p class="mise_en_avant">“Dans la partie d’échecs à laquelle se livrent l’Occident et la Russie, l’Iran est devenu crucial pour assurer le succès des politiques sécuritaires, énergétiques et géo-économiques de Moscou”</p>
<p>Le timing de sa visite, survenue trois jours à peine après celle de Joe Biden en Arabie saoudite, n’est pas passé inaperçu, pas plus que sa charge symbolique. Chacune des deux grandes puissances du monde bipolaire d’après 1945 dispose désormais au Moyen-Orient d’une puissance alliée. Et dans la partie d’échecs à laquelle se livrent l’Occident et la Russie, l’Iran est devenu crucial pour assurer le succès des politiques sécuritaires, énergétiques et géo-économiques de Moscou. Si durant sa tournée, Joe Biden a semblé délaisser la politique isolationniste pour rappeler que les États-Unis conserveraient une présence significative dans la région, Vladimir Poutine a formulé lors de son séjour iranien une forme de contre-proposition.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Communauté d’intérêts Iran-Russie</strong></h4>
<p>Pour sa cinquième rencontre avec le chef du Kremlin en vingt ans, le guide suprême Ali Khamenei a confirmé que les évolutions mondiales nécessitaient plus que jamais une coopération mutuelle entre l’Iran et la Russie. Sur le plan idéologique, les deux nations partagent de longue date une méfiance, voire une détestation commune pour les États-Unis, et un souhait de voir advenir un monde multipolaire dont elles seraient les pièces maîtresses, puissantes et indépendantes.</p>
<p class="mise_en_avant">“Pour Téhéran, il s’agit de consolider ses appuis (surtout lorsque ceux-ci disposent d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU), alors qu’une coalition militaire est en cours d’élaboration entre ses voisins arabes et Israël. Pour Moscou, il s’agit avant tout de montrer que la Russie n’est pas isolée, en dépit des sanctions”</p>
<p>L’alignement stratégique entre l’Iran et la Russie contre l’Occident, engagement réitéré par le président Ebrahim Raïssi lors de sa visite à Moscou en janvier dernier, a été considérablement accéléré par la crise ukrainienne. Chacun a en effet un intérêt en jeu : pour Téhéran, il s’agit de consolider ses appuis (surtout lorsque ceux-ci disposent d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU), alors qu’une coalition militaire est en cours d’élaboration entre ses voisins arabes et Israël, et que ses ambitions nucléaires posent toujours problème aux États-Unis. Pour Moscou, il s’agit avant tout de montrer que la Russie n’est pas isolée, en dépit des sanctions financières occidentales. Les deux pays cherchent enfin à contourner ces contraintes économiques et à réduire la menace qu’elles exercent sur leur stabilité politique.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Armes économiques et militaires</strong></h4>
<p>Dans un tel contexte géopolitique, l’Iran et la Russie ont donc fait le choix de renforcer prioritairement leur coopération économique pour bénéficier de leurs marchés respectifs et maintenir leur commerce extérieur. Le message, adressé aux Occidentaux, revient finalement à nier la validité de leurs sanctions économiques. Lors du sommet de Téhéran, la Russie a ainsi convenu de faire transiter dix millions de tonnes de marchandises par le corridor de transport international Nord-Sud, qui relie Mumbai à Moscou via l’Iran et l’Azerbaïdjan, ce qui représentera une source de revenus importants pour la République islamique. Moscou devrait également reprendre les contrats de développement de l’industrie pétrolière et gazière iranienne, suspendus depuis le retrait américain du JCPoA en mai 2018. La finalisation de l’accord stratégique établi sur 20 ans entre la Russie et l’Iran, de l’accord de libre-échange entre l’Iran et l’Union économique eurasiatique, et enfin de l’adhésion de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai, ont également occupé les échanges entre les présidents Poutine et Raïssi.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’Iran et la Russie ont fait le choix de renforcer prioritairement leur coopération économique pour bénéficier de leurs marchés respectifs et maintenir leur commerce extérieur. Le message, adressé aux Occidentaux, revient finalement à nier la validité de leurs sanctions économiques”</p>
<p>Dans la lignée de leur engagement mutuel sur le théâtre syrien depuis 2011, la coopération sera également renforcée sur le plan militaire. Première puissance du Moyen-Orient dans l’usage des drones de pointe, l’Iran aurait récemment proposé à la Russie de lui fournir cet arsenal et de former ses militaires à leur usage dans le cadre de la guerre en Ukraine. En retour, Moscou pourrait fournir des systèmes avancés de défense aérienne et des avions de chasse à Téhéran.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Une brèche dans l’accord sur le nucléaire iranien</strong></h4>
<p>Une alliance renforcée entre la Russie et l’Iran sera donc naturellement menaçante pour les intérêts occidentaux au Moyen-Orient. À cet égard, ce rapprochement signe l’échec patent des Américains sur le dossier iranien, qui de promesses non tenues en négociations interminables, ont peut-être définitivement laissé passer le moment de la normalisation tant souhaitée avec l’Iran. Le vide stratégique engendré par le retrait unilatéral des États-Unis du JCPoA a laissé, en quatre ans, toute latitude à la grande puissance concurrente, la Russie, de combler la brèche, et de s’imposer comme la seule alternative d’envergure pour Téhéran. Lors de ce sommet iranien, la volonté de Vladimir Poutine a bien été de montrer qu’en dépit de l’adversité, il demeurait un leader capable de résister à toute évolution géopolitique contraire aux intérêts de la Russie dans ses aires d’influence immédiate.</p>
<p class="mise_en_avant">“Ce rapprochement signe l’échec patent des Américains sur le dossier iranien, qui de promesses non tenues en négociations interminables, ont peut-être définitivement laissé passer le moment de la normalisation tant souhaitée avec l’Iran”</p>
<p>L’opinion publique iranienne n’en considère pas moins ces évolutions diplomatiques avec prudence et méfiance. Très divisés sur la question de l’invasion de l’Ukraine, quand ils ne s’y opposent pas radicalement – à l’instar des réformateurs qui l’ont publiquement dénoncée comme une faute – les Iraniens craignent que le régime ait “vendu” les intérêts de leur pays au mauvais camp. Dans un ordre mondial encore dominé par les États-Unis, le pari d’une survie dans un monde multipolaire – qui n’est pas encore un état de fait – peut être effectivement hasardeux.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 27/07/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Le kairos de l&#8217;Iran et de l’Occident</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-kairos-de-liran-et-de-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Mar 2022 08:39:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que la guerre en Ukraine et l’isolement international de la Russie bouleversent les équilibres géopolitiques et les alliances économiques,<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-kairos-de-liran-et-de-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-16252 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0ebrahim-raissi-1-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0ebrahim-raissi-1-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0ebrahim-raissi-1-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0ebrahim-raissi-1.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Alors que la guerre en Ukraine et l’isolement international de la Russie bouleversent les équilibres géopolitiques et les alliances économiques, l’Iran apparaît de plus en plus comme un partenaire incontournable pour les marchés européens. Son potentiel énergétique est en effet énorme : dépositaire de la deuxième réserve mondiale de gaz, capable de porter ses exportations pétrolières à 2,5 millions de barils par jour une fois son économie libérée des sanctions américaines, il incarne l’alternative la plus crédible qui permettra aux Occidentaux de remplacer la Russie comme fournisseur d’énergie. Les analystes craignent pourtant que cette magnifique opportunité de sortir de la marginalité politique et économique dans laquelle il demeure depuis quatre décennies ne devienne une nouvelle occasion manquée. Tant du côté occidental qu’iranien, le risque d’une crispation sur les principes idéologiques et politiques demeure suffisamment fort pour retarder, une fois de plus, la formation d’une véritable alliance dont tous pourraient tirer profit.</p>
<p class="mise_en_avant">“Tant du côté occidental qu’iranien, le risque d’une crispation sur les principes idéologiques et politiques demeure suffisamment fort pour retarder, une fois de plus, la formation d’une véritable alliance dont tous pourraient tirer profit”</p>
<p>Ce cas de figure ne s’est que trop manifesté par le passé, privant à chaque fois l’Iran d’opportunités de développement colossales. On peut légitimement incriminer le positionnement anti-occidental du régime iranien en la matière. On peut aussi reprocher aux Occidentaux, dans l’optique d’obtenir un changement de régime qui n’est jamais advenu, d’avoir systématiquement exclu l’Iran de tous les projets d’échanges commerciaux et de transport d’énergie qui auraient permis de relier le “Grand Moyen-Orient” aux marchés européens par son entremise.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le devenir avorté de l’Iran comme hub énergétique</strong></h4>
<p>L’Histoire, avec un étonnant sens de la répétition dont elle a le secret, présente aujourd’hui à l’Iran et aux Européens une situation semblable à celle qui mettait déjà en cause la Russie au début des années 1990. Dans la foulée de l’éclatement de l’URSS, de nombreux projets énergétiques permettant de relier les anciennes républiques soviétiques à l’Europe, sans dépendre de Moscou, ont été rapidement envisagés. L’Iran, voisin direct de tous ces nouveaux pays indépendants, et fort de sa position géographique stratégique en Asie centrale, aurait pu alors s’imposer comme une plaque tournante de ces nouvelles routes énergétiques. L’Histoire déjà le liait à l’Ukraine puisque le 29 janvier 1992, Kiev et Téhéran signaient un accord commercial de quatre ans prévoyant la livraison annuelle de 4 millions de tonnes de pétrole et de 3 milliards de mètres cubes de gaz contre la fourniture d’armements issus de l’URSS. Ce “contrat du siècle”, vanté comme tel à l’époque, aurait non seulement rompu totalement l’emprise de Moscou sur l’Ukraine, mais aurait aussi permis à l’Iran d’accéder au marché européen. Un autre accord tripartite signé avec l’Azerbaïdjan projetait en effet la mise en place de trois pipelines permettant d’exporter le gaz naturel d’Iran vers l’Ukraine, via l’Azerbaïdjan et un port géorgien de la mer Noire.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La fin de 40 ans d’incompréhension mutuelle ?</strong></h4>
<p>Cette route commerciale et énergétique, tout comme celle qui aurait fait du territoire iranien un “hub” énergétique mondial, n’a jamais vu le jour en raison de la politique des États-Unis à l’égard de l’Iran. Le bras de fer qui oppose les deux pays aujourd’hui dans les négociations sur le nucléaire iranien était déjà celui qui les occupait il y a 30 ans : Washington conditionnait déjà le retour de l’Iran comme partenaire économique international à l’abandon, entre autres, de sa politique étrangère expansionniste au Moyen-Orient. Toujours fidèle aux positions américaines, l’Union européenne a systématiquement exclu l’Iran de ses projets de routes commerciales dans le Caucase, comme le projet TRACECA (Transport Corridor Europe-Caucasus-Asia), ou vers la mer Caspienne et l’Asie centrale. En 2015, un rapport de la Commission européenne sur les potentialités d’une coopération régionale en mer Noire ne mentionnait même pas l’Iran, alors même qu’il dispose des ressources énergétiques et des capacités d’infrastructures de transports susceptibles de mettre en œuvre un tel projet.</p>
<p class="mise_en_avant">“La reconfiguration actuelle des équilibres politiques doit permettre aux uns et aux autres de dresser le bilan de quarante ans d’incompréhension mutuelle, et surtout de stagnation économique pour Téhéran”</p>
<p>Ce manque d’intérêt délibéré pour intégrer l’Iran à toute politique économique pan-régionale, ajoutée au régime quasi permanent de sanctions américaines, l’ont donc injustement marginalisé compte tenu de ses réserves énergétiques et de sa position géographique centrale qui en fait un pont, et ce depuis toujours, entre l’Europe et l’Asie.</p>
<p>L’Iran reste pourtant un partenaire économique incontournable qui doit retrouver sa juste place dans le concert des nations. À cet égard, la reconfiguration actuelle des équilibres politiques doit permettre aux uns et aux autres de dresser le bilan de quarante ans d’incompréhension mutuelle, et surtout de stagnation économique pour Téhéran.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le regard tourné vers l’Asie</strong></h4>
<p>Ostracisé par les Occidentaux, l’Iran a naturellement changé de stratégie pour trouver en Asie d’autres partenaires économiques qui l’aideraient à devenir ce hub énergétique, à la fois fournisseur et transporteur, autour de la mer Caspienne, et avec l’intention certaine d’atteindre l’Europe. Dans ce but, la République islamique sait qu’une politique plus nuancée demeure un prérequis pour renforcer ses relations bilatérales, en premier lieu avec ses voisins, dont l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. En décembre dernier, les trois pays ont justement signé un accord énergétique qui fera transiter, via le territoire iranien, le gaz turkmène vers l’Azerbaïdjan et, grâce aux connexions de ce dernier avec la Turquie, vers l’Europe.</p>
<p>Avec dépit mais lucidité, le Guide Suprême Ali Khamenei reconnaissait néanmoins que l’économie constituait actuellement le talon d’Achille de l’Iran. Or, limiter ses relations aux seuls pays asiatiques, même s’ils comptent deux grandes puissances comme la Russie et surtout la Chine, qui représente un tiers du commerce extérieur iranien et s’impose comme son principal investisseur étranger, comporte des risques certains. Mais alors que son économie est loin d’exploiter la totalité de son potentiel, s’ouvrir également à l’horizon occidental qui a désormais tant besoin de lui est devenu pour Téhéran une question d’intérêt national.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le « kairos » de l&rsquo;Iran</strong></h4>
<p>Alors que le contexte international, entre la nécessité pour les Européens de retrouver leur indépendance énergétique et la signature imminente d’un nouvel accord nucléaire, lui offre la possibilité d’un nouveau départ avec l’Occident, l’Iran ne peut pas se permettre de manquer le “kairos”, ce moment opportun que le politique doit savoir déceler et surtout saisir pour servir ses intérêts au mieux. Cela demandera un effort certain pour céder sur certains points politiques et idéologiques. Néanmoins, les Iraniens savent parfaitement user des principes de la realpolitik lorsque cela s’avère nécessaire. La survie de tout un peuple est à ce prix.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 30/03/2022.</strong></p>
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		<title>L’Occident a une notion sélective de la solidarité</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-a-une-notion-selective-de-la-solidarite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Mar 2022 16:43:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[En douze jours de guerre, l’Occident a réussi à passer outre ses dissensions internes et ses divergences politiques pour afficher<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-a-une-notion-selective-de-la-solidarite/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-15762 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0.refugies-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0.refugies-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0.refugies-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/03/0.refugies.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>En douze jours de guerre, l’Occident a réussi à passer outre ses dissensions internes et ses divergences politiques pour afficher un front uni face à la menace que Vladimir Poutine fait peser sur le continent européen. Dans l’optique d’isoler radicalement la Russie du reste du monde, Américains et Européens ont su abandonner une diplomatie jusqu’à présent prudente vis-à-vis d’une puissance nucléaire membre du Conseil de sécurité de l’ONU, et ce en un temps record.</p>
<p>Face à la catastrophe que vivent l’Ukraine et ses habitants, un vaste élan de solidarité s’est organisé avec la même rapidité. En France, dans les cafés et les commerces, les appels aux dons en soutien à l’Ukraine se sont multipliés en quelques jours. Aux États-Unis, comme le rapporte le ‘New York Times’, des petits groupes de vétérans des guerres d’Afghanistan ou d’Irak se disent prêts à s’engager, en réponse à l’appel de Volodymyr Zelensky visant à créer une “légion internationale”, pour participer à un combat qu’ils jugent “juste” : celui de la liberté contre la dictature, celui, en somme, du Bien contre le Mal.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Où qu’elle se déroule, la guerre reste la guerre</strong></h4>
<p>Aussi louable soit-elle, on ne peut s’empêcher de déplorer, avec une certaine amertume, qu’une telle solidarité n’ait pas été manifeste lorsque les talibans ont envahi Kaboul en août 2021 ; lorsque les Saoudiens frappaient au Yémen des populations civiles avec des armes européennes. Ou encore, lors des multiples invasions et guerres civiles qui ont dévasté le Moyen-Orient depuis vingt ans. Aux populations issues de cette région ou venues d’Afrique, l’Europe offre, pour l’heure, le cauchemar de la forêt de Podlachie, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, où s’entassent des milliers de migrants et d’où les médias polonais rapportent des drames quotidiens : celui de cette fillette de 4 ans, séparée de ses parents et introuvable depuis sa disparition en pleine forêt. Celui encore d’une femme décédée après une fausse couche, faute de soins et d’assistance.</p>
<p class="mise_en_avant">“On ne peut s’empêcher de déplorer, avec une certaine amertume, qu’une telle solidarité n’ait pas été manifeste lorsque les talibans ont envahi Kaboul en août 2021 ; lorsque les Saoudiens frappaient au Yémen des populations civiles avec des armes européennes”</p>
<p>Où qu’elle se manifeste, la guerre reste la guerre. Elle n’a ni nationalité, ni appartenance ethnique. Les réfugiés chassés de leur pays, qu’ils soient afghans, syriens, somaliens ou ukrainiens, même s’ils sont de pays différents, d’ethnies différentes, ont tous le point commun d’appartenir à la même espèce humaine. Il ne devrait donc pas y avoir de hiérarchie entre les conflits, ni entre les peuples. Or, c’est précisément ce à quoi nous assistons depuis le début de la guerre en Ukraine : une politique du “deux poids, deux mesures” et une forme de solidarité sélective de la part des gouvernements européens, abondamment nourrie par leurs médias et commentateurs.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’ethnocentrisme écœurant des médias occidentaux</strong></h4>
<p>À lire ou à entendre les diverses déclarations publiques, il existerait ainsi un “bon” et un “mauvais” réfugié, comme il existe les “bonnes guerres”, simples et claires à comprendre, que l’on peut analyser suivant une grille de lecture manichéenne, à la différence de ces conflits lointains ou beaucoup trop complexes, comme le confit israélo-palestinien. Il existerait aussi une opposition entre une immigration “de qualité”, comme l’a souligné en France un député Modem, sans doute par opposition à une immigration inutile, difficile à assimiler, donc dangereuse pour la cohésion sociale européenne. Il existerait, finalement, une opposition entre une Europe “civilisée”, faite de chrétiens blancs, “aux yeux bleus et aux cheveux blonds”, comme le soulignait David Sakvarelidze, procureur en chef adjoint d’Ukraine, à la BBC, et ce Moyen-Orient “barbare”, où les conflits sont une seconde nature.</p>
<p class="mise_en_avant">“À lire ou à entendre les diverses déclarations publiques, il existerait ainsi un “bon” et un “mauvais” réfugié, comme il existe les “bonnes guerres”, simples et claires à comprendre, que l’on peut analyser suivant une grille de lecture manichéenne”</p>
<p>Sur CNews, la chaîne de Vincent Bolloré connue pour son discours flirtant volontiers avec l’extrême droite, une analyse soulignait que les Ukrainiens “ont des voitures qui ressemblent aux nôtres”. Rien à voir avec ces “gens qui essaient de s’éloigner des régions d’Afrique du Nord ou de fuir les régions du Moyen-Orient qui sont encore en état de guerre”, comme le soulignait un journaliste de la chaîne Al Jazeera English. Les Ukrainiens “ressemblent à n’importe quelle famille européenne qui vivrait à côté de chez vous”. Ils sont donc “comme nous”, encore que Kiev soit, comme le soulignait avec une pointe de mépris Charlie D’Agata, envoyé spécial de la chaîne américaine CBS, “une ville relativement civilisée, relativement européenne”… mais tout de même “une ville où vous ne vous attendriez pas à cela, ou n’espériez pas que cela se produise.” Décidément rien à voir avec Bagdad, Kaboul ou Alep, ces villes où la guerre est une forme de normalité, où la “civilisation” est un idéal désespérément inatteignable.</p>
<p>Ces médias, attentifs à créer un sentiment d’identification et d’empathie auprès de leur public, traduisent-ils finalement un état d’esprit courant dans le monde occidental ? L’ethnocentrisme particulièrement écœurant qui se manifeste depuis le début du conflit ukrainien donne à réfléchir et à s’inquiéter. Dans un monde de plus en plus armé, dangereux, en proie à un autoritarisme grandissant et devant surtout affronter la menace peut-être déjà irréversible du changement climatique, les vagues de migrations seront appelées à se multiplier dans les années et décennies à venir. La crise ukrainienne donne un cruel aperçu de la sélection qui sera sans doute opérée.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Une solidarité européenne à faire pâlir les pays arabo-musulmans</strong></h4>
<p>Mais malgré ce biais qui porte un nom – le racisme – les Européens arrivent pour leur part à manifester une réelle solidarité envers les peuples de leur continent. Le monde arabo-musulman peut difficilement en dire autant. Il n’est même pas sélectif, il se montre juste indifférent au sort de ses coreligionnaires à travers le monde, et même en son sein. Il n’est qu’à considérer le silence que manifestent les pays membres de la Ligue islamique mondiale – ONG étroitement financée par l’Arabie saoudite, leader autoproclamé du monde musulman sunnite – face à la situation du Cachemire, les massacres et déportations des Rohingyas ou des Ouïghours, minorités pourtant musulmanes.</p>
<p class="mise_en_avant">“Face aux drames qui attendent l’humanité, on aimerait souhaiter que les hommes oublient un instant leur instinct communautaire pour un mode de pensée plus universaliste. Mais c’est sans doute là un vœu pieux”</p>
<p>Ou encore, le silence global qu’apportent les pays du Moyen-Orient (et du monde) à la crise humanitaire que traverse le Yémen depuis 2015, jugée pourtant comme la plus grave de ce début de siècle par l’ONU. Face aux drames qui attendent l’humanité, on aimerait souhaiter que les hommes oublient un instant leur instinct communautaire pour un mode de pensée plus universaliste. Mais c’est sans doute là un vœu pieux.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 09/03/2022.</strong></p>
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		<title>Entre l&#8217;Iran et l&#8217;Occident, une guerre des nerfs en faveur de Téhéran</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-loccident-une-guerre-des-nerfs-en-faveur-de-teheran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Oct 2021 07:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis les dernières négociations sur le nucléaire iranien en juin, l&#8217;élection présidentielle en Iran et la constitution de la nouvelle<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-loccident-une-guerre-des-nerfs-en-faveur-de-teheran/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-12831 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/000_1_ON_97_N_dfed223bac-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/000_1_ON_97_N_dfed223bac-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/000_1_ON_97_N_dfed223bac-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/000_1_ON_97_N_dfed223bac.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Depuis les dernières négociations sur le nucléaire iranien en juin, l&rsquo;élection présidentielle en Iran et la constitution de la nouvelle administration ont justifié un ajournement des discussions. Pourtant, en dépit des déclarations rassurantes des officiels iraniens sur leur reprise prochaine, la stagnation perdure. Avec la visite de Josep Borrel à Téhéran le 14 octobre dernier, et l&rsquo;espoir de poursuivre les échanges avec l&rsquo;Iran à Bruxelles, les Européens manifestent un activisme diplomatique qui témoigne de leur fébrilité vis-à-vis de l&rsquo;avenir du traité, et des intentions des Américains en cas d&rsquo;échec de la diplomatie.</p>
<p>Nul ne peut en effet ignorer que, si le JCPoA reste pour l&rsquo;heure dans l&rsquo;impasse, la maîtrise de la technologie nucléaire par les Iraniens, elle, est loin de connaître le même sort, enterrant chaque jour plus profondément tout espoir d&rsquo;une résurrection de l&rsquo;accord de Vienne dans ses termes initiaux.</p>
<p>Certes, fin septembre, l&rsquo;Iran avait fait preuve de bonne volonté avec l&rsquo;AIEA, qui estimait ses capacités de surveillance « sérieusement compromises », en acceptant le remplacement de cartes mémoire dans les caméras de surveillance installées sur certains sites nucléaires.</p>
<p>Mais le  9 octobre, il annonçait disposer de 120 kg d&rsquo;uranium enrichi à 20%, soit presque 40 kilos de plus que lors des dernières estimations fin août. Trois mois plus tôt, ce stock atteignait à peine plus de la moitié de ce chiffre. En avril, celui de l&rsquo;uranium enrichi à 60% était de 10 kilos. Téhéran se rapproche donc « plus vite que prévu » du seuil jugé critique des 250 kilos d&rsquo;uranium enrichi, selon les propres termes du chef de l&rsquo;Organisation iranienne de l&rsquo;énergie atomique. L&rsquo;AIEA elle-même confirme ce qui est loin d&rsquo;être une vantardise : de douze mois pour obtenir une bombe en enrichissant de l&rsquo;uranium à 90%, l&rsquo;Iran ne se trouve plus qu&rsquo;à un petit mois de ce potentiel. En outre, depuis fin 2019, le nombre des centrifugeuses iraniennes a été déplafonné, passant de 5060 en 2015 à 6400 début 2021, dont des modèles plus récents de type IR-9.</p>
<p>En affichant sa capacité à produire un arsenal militaire nucléaire en quelques semaines, l&rsquo;Iran joue t-il néanmoins un jeu dangereux ? En effet, l&rsquo;impatience paraît gagner du terrain à Washington, et surtout à Tel-Aviv.  Antony Blinken a dénoncé « le manque de volonté iranienne pour dialoguer ». Les faucons israéliens se montrent plus vindicatifs en réclamant l&rsquo;abandon de la diplomatie pour « un plan B alternatif », à savoir la solution militaire qu&rsquo;ils mettent discrètement en œuvre en multipliant les attaques contre l&rsquo;Iran depuis 2020. Washington a voulu les rassurer sur ce point, en promettant d&rsquo;envisager « toutes les options » si la diplomatie échouait.</p>
<p>Mais la stratégie de l&rsquo;Iran repose de longue date sur un objectif : l&rsquo;inversion du rapport de forces. Ses attentes, et une forme de calendrier, ont été clairement rappelées par le ministre des Affaires étrangères iranien Hossein Amir Abdollahian le 17 octobre devant le Parlement : aucune négociation ne reprendra sans une levée préalable des sanctions américaines. A charge pour les Etats-Unis de faire le premier pas, et cette exigence ne saurait être une preuve de « mauvaise volonté » de la part d&rsquo;un pays lésé, comme l&rsquo;Iran l&rsquo;a été depuis mai 2018. En l&rsquo;attente, Téhéran poursuit le développement de son programme nucléaire, et malgré l&rsquo;urgence, cette avancée technologique semble pétrifier les Occidentaux. Ni les Etats-Unis, pourtant responsables de la suspension du JCPoA, ni les Européens, certes toujours signataires de l&rsquo;accord mais inaptes à soutenir leur partenaire iranien face aux sanctions américaines, ne se montrent proactifs, laissant l&rsquo;Iran seul maître des horloges.</p>
<p>Plusieurs éléments contextuels lui permettent par ailleurs de relativiser la menace d&rsquo;une intervention militaire. Imagine t-on que Washington ordonnerait un déploiement massif de troupes en Iran, après l&rsquo;échec et le retrait honteux subis en Afghanistan ? En dépit des liens avec Israël, cette option apparaît peu vraisemblable au regard du désengagement global que les Américains opèrent désormais au Moyen-Orient.</p>
<p>Par ailleurs, les conséquences du retour des talibans à Kaboul, notamment le sort des milliers de réfugiés afghans, restent une menace majeure pour la sécurité des Européens pourtant largement passée sous silence. L&rsquo;Iran, qui accueille déjà sur son sol près de quatre millions d&rsquo;Afghans, représente la seule puissance régionale pouvant permettre d&rsquo;éviter une catastrophe humanitaire, donc un partenaire incontournable pour contrôler la situation.</p>
<p>Enfin, la République islamique se montre moins dépendante des exigences occidentales en renforçant ses bonnes relations, économiques et diplomatiques, avec ses voisins, qu&rsquo;ils soient en Asie – ses partenariats économiques avec la Russie et la Chine, mais aussi son adhésion à l&rsquo;Organisation de coopération de Shanghaï en juillet dernier, le prouvent – ou dans le Golfe Persique. Si Téhéran a repris cette année ses tentatives de rapprochement avec l&rsquo;Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, c&rsquo;est bien dans l&rsquo;optique de les rassurer sur ses intentions et de les éloigner de la position maximaliste israélo-américaine, qu&rsquo;ils soutiennent pourtant de longue date. Dans la lignée de la conférence de Bagdad sur la sécurité, les Européens, notamment la France, devraient d&rsquo;ailleurs encourager ce dialogue inter-régional pour obtenir une désescalade des tensions.</p>
<p>Fort de son avancée technologique, de sa position géopolitique et des déconvenues diplomatiques des Etats-Unis, l&rsquo;Iran déploie donc une stratégie plus bénéfique qu&rsquo;hasardeuse. En usant les nerfs des Occidentaux et surtout des Américains, inquiets d&rsquo;obtenir au moins une victoire diplomatique après le fiasco afghan, Ebrahim Raïssi fait le pari de réduire leurs marges de manœuvre et de leur imposer les seuls préconditions acceptables à ses yeux : la levée intégrale des sanctions et une garantie de non-retrait de l&rsquo;accord pour les Etats-Unis, afin de rétablir l&rsquo;équilibre de l&rsquo;économie iranienne. Lui qui a fait campagne sur sa capacité à faire mieux que l&rsquo;administration Rohani pourrait même envisager de négocier sur des bases neuves, sans reprendre le travail de son prédécesseur.</p>
<p>Si d&rsquo;aventure un nouvel accord plus avantageux voyait le jour, strictement concentré sur la question nucléaire à l&rsquo;exclusion de toutes celles relatives à son influence régionale ou à son programme balistique, on mesure alors le prestige qu&rsquo;en tirerait l&rsquo;Iran, puissance régionale et diplomatique respectée, et donc l&rsquo;administration Raïssi, qui a fait de la résistance aux pressions occidentales la base de toute sa stratégie politique, et de sa légitimité.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 24/10/2021.</strong></p>
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		<title>Cette année de crise signe le déclin de l’Occident</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-annee-de-crise-signe-le-declin-de-loccident/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 May 2021 13:31:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Occident]]></category>
		<category><![CDATA[Sud Radio]]></category>
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					<description><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani a eu le plaisir d&#8217;être l&#8217;invité de Sud Radio afin d&#8217;évoquer son dernier ouvrage « Le Siècle des défis ».<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-annee-de-crise-signe-le-declin-de-loccident/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ardavan Amir-Aslani a eu le plaisir d&rsquo;être l&rsquo;invité de Sud Radio afin d&rsquo;évoquer son dernier ouvrage « Le Siècle des défis ». Retrouvez l&rsquo;interview <a href="https://www.youtube.com/watch?v=zubLgdmbSII" target="_blank" rel="noopener">ici</a>.</p>
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