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	<title>Nucléaire iranien &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Mon, 03 Jul 2023 07:45:31 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Accord intérimaire sur le nucléaire iranien, une arme à double tranchant</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/accord-interimaire-sur-le-nucleaire-iranien-une-arme-a-double-tranchant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jun 2023 07:42:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Nucléaire iranien]]></category>
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					<description><![CDATA[La perspective d’un nouveau traité permettant d’encadrer le programme nucléaire iranien se précise, même si les officiels américains nient son<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/accord-interimaire-sur-le-nucleaire-iranien-une-arme-a-double-tranchant/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La perspective d’un nouveau traité permettant d’encadrer le programme nucléaire iranien se précise, même si les officiels américains nient son imminence. Les Iraniens en revanche ont déjà publiquement annoncé qu’une entente informelle sur plusieurs points avait déjà été atteinte par les deux parties. Le fait que le guide suprême Ali Khamenei se soit exprimé en faveur d’un accord avec les États-Unis a rappelé une rhétorique similaire quelques semaines avant la signature de l’accord de Vienne en juillet 2015. Huit ans plus tard, est-on véritablement au bord d’une avancée diplomatique semblable ?</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Libération de prisonniers contre dégel des avoirs</strong></h4>
<p>S’il voit le jour, l’accord intérimaire devrait avoir des contours plus limités, mais serait néanmoins porteur d’importantes évolutions pour l’Iran. L’administration Biden accepterait ainsi son actuel niveau de développement nucléaire, sous réserve que Téhéran s’engage à ne pas dépasser le seuil de 60 % d’uranium enrichi. Le régime iranien devra également libérer ses prisonniers binationaux et les renvoyer aux États-Unis. En échange, Washington ne formulera pas de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran et autorisera des dérogations permettant de libérer près de 20 milliards de dollars d’actifs iraniens gelés auprès de banques étrangères, notamment en Corée du Sud. Preuve que cette dernière disposition devrait se concrétiser, l’administration Biden aurait délivré ce mois-ci une dérogation au gouvernement irakien, afin de lui permettre de régler une dette de près de 3 milliards de dollars à l’Iran pour des livraisons d’hydrocarbures.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>De la prévention à l’endiguement</strong></h4>
<p>Alors que l’Iran a déjà accumulé suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer cinq bombes atomiques et pourrait, au rythme actuel, détenir l’équivalent de dix bombes d’ici la fin 2023 – un niveau “incompatible” avec un programme nucléaire civil selon l’AIEA – la stratégie de Washington semble avoir évolué. Certains, outre-Atlantique ou au Moyen-Orient, le déplorent. De fait, en acceptant que l’Iran conserve son uranium déjà enrichi, ainsi que ses infrastructures nucléaires, l’administration Biden a acté la réalité de la puissance nucléaire iranienne et le statut d’“État du seuil” acquis par Téhéran. Faisant preuve de réalisme, Washington est donc passé de la prévention à l’endiguement et à l’usage de la dissuasion. Ceci signe au passage la réussite de la stratégie iranienne baptisée “flexibilité héroïque”, d’ailleurs vantée par le guide suprême Ali Khamenei, pour imposer l’existence du programme nucléaire iranien aux Occidentaux.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Risque de déstabilisation de tout le Moyen-Orient</strong></h4>
<p>Dans une sorte de redite des critiques entendues en amont de la signature du Joint Comprehensive Plan of Action en juillet 2015, le possible accord intérimaire est loin de réjouir les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, tout particulièrement l’État hébreu, qui s’inquiète du niveau d’expertise nucléaire atteint par l’Iran et de sa capacité à protéger ses infrastructures sensibles contre les attaques extérieures. Aujourd’hui, Tel-Aviv fait face à un dilemme cornélien : user de l’option militaire l’expose au risque d’une riposte d’envergure de la part de Téhéran. Et l’attentisme, à celui de ne plus pouvoir user de cette même option face à une puissance iranienne devenue trop difficile à vaincre.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Riyad réclame l’aide des États-Unis pour développer un programme nucléaire civil, en échange d’une normalisation de ses relations avec Israël”</em></p>
<p>In fine, l’accord que les États-Unis cherchent à obtenir pour stabiliser le Moyen-Orient ne risque-t-il pas de manquer son objectif ? En effet, le fait de voir l’Iran être accepté comme puissance nucléaire va nécessairement augmenter le risque de prolifération dans la région. L’Arabie saoudite a toujours clairement signifié son intention de se doter d’un arsenal concurrent si d’aventure l’Iran devenait une puissance nucléaire – et c’est précisément ce qui est en train de se produire, puisque Riyad réclame désormais explicitement l’aide des États-Unis pour développer un programme nucléaire civil, en échange d’une normalisation de ses relations avec Israël. La Turquie et l’Égypte, autres grandes puissances du monde musulman, réclameront très certainement le même droit. Ceci pourrait entraîner d’importants rééquilibrages stratégiques au Moyen-Orient, mais aussi le rendre moins sûr et plus instable.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Comment limiter les risques de prolifération ?</strong></h4>
<p>Les analystes les plus alarmistes exhortent les États-Unis à mettre en place de multiples garde-fous face à une telle éventualité, et en premier lieu une limitation forte de l’accord intérimaire dans le temps – en clair, jusqu’à la fin du mandat de Joe Biden. C’est cependant un vœu pieux. Les garanties de pérennité de l’accord réclamées par l’Iran ont toujours constitué un engagement difficile à prendre pour les Américains, et l’une des raisons expliquant la stagnation des négociations redémarrées en avril 2021. Alors qu’aujourd’hui un accord, même peu contraignant, est envisageable, imposer une telle limite temporelle ferait courir le risque d’un refus de la part de l’Iran, et d’un nouvel échec diplomatique pour Joe Biden. Compte tenu de sa détermination nouvelle à faire aboutir ce dossier, cette option apparaît donc peu vraisemblable.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Seuls le maintien d’une menace militaire et d&rsquo;exercices dans la région pourraient paradoxalement garantir une dissuasion efficace.</em><br />
<em>Les États-Unis rassureraient leur allié israélien”</em></p>
<p>Seuls le maintien d’un niveau crédible de menace militaire et la conduite d’exercices dans la région pourraient paradoxalement garantir une dissuasion efficace. Nul doute que les États-Unis rassureraient ainsi leur allié israélien, en renforçant par ailleurs ses capacités d’action et en l’autorisant à agir si besoin comme proxy contre l’Iran. Dans le but d’éviter une guerre, tout ceci sonne étrangement belliciste… L’enfer étant pavé de bonnes intentions, tout dépendra du contenu exact de l’accord intérimaire, et des garanties qui seront mises en œuvre pour assurer un équilibre pérenne dans la région.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 29/06/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;accord sur le nucléaire iranien, seul rempart contre la guerre au Moyen-Orient</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/laccord-sur-le-nucleaire-iranien-seul-rempart-contre-la-guerre-au-moyen-orient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jan 2023 09:49:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Nucléaire iranien]]></category>
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					<description><![CDATA[Les spéculations sur la nature des contreparties militaires de la Russie allouées à l&#8217;Iran allaient bon train depuis décembre dernier,<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/laccord-sur-le-nucleaire-iranien-seul-rempart-contre-la-guerre-au-moyen-orient/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les spéculations sur la nature des contreparties militaires de la Russie allouées à l&rsquo;Iran allaient bon train depuis décembre dernier, au point d&rsquo;inquiéter les services de renseignements américains. Aujourd&rsquo;hui, les précisions sont là : l&rsquo;Iran devrait recevoir près de 24 avions de chasse Sukhoï-35 « <em>très rapidement  après le début de l&rsquo;année</em> », d’après un parlementaire iranien membre de la Commission des Affaires étrangères et de la sécurité nationale iranienne. Pour rappel, le Nouvel An est célébré en Iran le premier jour du printemps. On peut donc légitimement en conclure que cette livraison d&rsquo;avions se ferait, au moins en partie, dans les trois mois à venir. La presse iranienne a unanimement jugé cet apport comme salutaire pour renforcer une flotte aérienne largement obsolète, et pour les médias les plus conservateurs, « <em>ce sera un cauchemar pour l&rsquo;Amérique et Israël </em>».</p>
<p>La coopération russo-iranienne répond à deux objectifs. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux est naturellement militaire. L&rsquo;armée iranienne, bien que très efficace en matière d&rsquo;infanterie et de cyber-sécurité, dispose encore en partie d’équipements désuets. Quatre décennies de sanctions américaines ont en effet rendu les contrats d&rsquo;armements entre l&rsquo;Iran et des pays tiers pratiquement impossible. L&rsquo;armée de l&rsquo;air iranienne en particulier use encore d&rsquo;avions américains datant d&rsquo;avant 1979, ainsi que d&rsquo;avions de chasse russes MIG-29 acquis au début des années 1990. Pour autant, ces trente dernières années, le budget de l&rsquo;Iran en matière de défense a suivi une courbe exponentielle, que ce soit en part du PIB ou en dépenses publiques, de manière à développer sa propre industrie de défense et à mettre au point des programmes « nationaux », comme celui des missiles balistiques et des drones de pointe qui fait aujourd&rsquo;hui référence dans tout le Moyen-Orient.</p>
<p>Fournis à la Russie dans le cadre de son engagement militaire en Ukraine, les drones iraniens ont donc vraisemblablement été une monnaie d&rsquo;échange utile, permettant aujourd&rsquo;hui à l&rsquo;Iran d&rsquo;acquérir les Sukhoï-35 russes, ainsi que 12 installations du système de défense anti-aérien S-400. En août 2022, d&rsquo;après les médias britanniques, la Russie aurait déjà compensé l&rsquo;Iran pour son soutien à hauteur de 151,5 millions de dollars, et en lui fournissant des armes saisies aux Occidentaux sur le front ukrainien. En dépit des dénégations du chef de l&rsquo;armée de l&rsquo;air iranienne, cela semble cohérent avec une des hypothèses évoquées sur la nature des contreparties russes, à savoir la fourniture à l&rsquo;Iran d&rsquo;armes saisies aux armées de l&rsquo;OTAN afin d&rsquo;en produire des copies, et ce d&rsquo;autant plus que Téhéran a acquis en matière de rétro-ingénierie un excellent savoir-faire en raison de son isolement international. Selon toute vraisemblance, l&rsquo;Iran cherchera donc à conserver son soutien militaire à la Russie dans le but de sécuriser ses fournitures d&rsquo;armements et d&rsquo;améliorer ses capacités opérationnelles pour assurer sa sécurité.</p>
<p>Car l&rsquo;autre objectif de la coopération russo-iranienne répond à des impératifs politiques et géopolitiques. En effet, la suspension <em>de facto</em> de l&rsquo;application du <em>Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA)</em>, en relançant le programme nucléaire iranien, a suscité beaucoup d&rsquo;agitation parmi les voisins de l&rsquo;Iran au Moyen-Orient, Israël en premier lieu. L&rsquo;Etat hébreu, qui n&rsquo;avait de toute façon jamais soutenu l&rsquo;accord, réclame de longue date une interdiction pure et simple de toute activité nucléaire pour l&rsquo;Iran, en dépit de l&rsquo;atteinte que cela portera à sa souveraineté nationale. Constatant l&rsquo;inaction de la communauté internationale et de l&rsquo;AIEA en la matière depuis 2018, Israël poursuit donc son propre agenda et entretient avec Téhéran une « guerre de l&rsquo;ombre » faite d&rsquo;assassinats de personnalités iraniennes liées à son développement nucléaire, et de frappes ciblées sur ses sites stratégiques comme les centrales de Natanz et de Fordow.</p>
<p>Aujourd’hui, Israël est donc engagé dans une course contre la montre, puisque l&rsquo;Iran est depuis l&rsquo;été dernier un « Etat du seuil », procédant actuellement à l’enrichissement à 60° de l’uranium, et parfaitement en mesure de porter ce stock à 95° en quelques semaines. Equipé d&rsquo;un matériel russe, Téhéran pourra ainsi protéger ses installations sensibles de toutes frappes extérieures, notamment israéliennes, en rendant son espace aérien impénétrable ou du moins difficile.</p>
<p>Cette course à l&rsquo;armement reste néanmoins très inquiétante pour la stabilité régionale. Elle risque en effet de susciter une surenchère du côté de l&rsquo;Etat hébreu, qui n&rsquo;a guère que six mois devant lui pour agir avant que toute opération militaire contre l&rsquo;Iran ne devienne irréalisable ou trop couteuse. Or, toute frappe israélienne d&rsquo;ampleur suscitera une réaction de Téhéran via ses proxy régionaux. Les conséquences de cette escalade iront bien au-delà des deux belligérants et entraîneraient le Moyen-Orient dans une guerre globale.</p>
<p>Le seul moyen de prévenir une telle éventualité demeure, encore et toujours, un accord renouvelé sur le nucléaire iranien, dont les négociations étaient sur le point d&rsquo;aboutir l&rsquo;été dernier. Pour l&rsquo;heure, l&rsquo;absence d&rsquo;un tel garde-fou autorise l’escalade militaire, avec un risque évident de dérapage aux conséquences désastreuses. L&rsquo;activisme de l&rsquo;Iran aux côtés de la Russie, outre qu&rsquo;il lui permet de renforcer sa sécurité, se veut donc également un moyen de pression sur l&rsquo;Occident pour conclure un accord nucléaire. Car l&rsquo;enjeu du régime iranien, qui se sait d&rsquo;ores et déjà condamné à terme, est à minima d&rsquo;obtenir une levée des sanctions et le retour des actifs iraniens bloqués à l&rsquo;étranger, afin d&rsquo;apaiser une population iranienne en révolte du fait d’une économie en ruine. A Téhéran, la politique du « regard tourné vers l&rsquo;Est » est en effet de plus en plus critiquée, compte tenu du manque de fiabilité de la Chine et de l&rsquo;isolement de la Russie, devenue tigre de papier que même ses alliés d&rsquo;Asie centrale dédaignent.</p>
<p>Pour répondre aux besoins économiques et sociaux de l&rsquo;Iran, la diversification des alliances est donc indispensable. Pour éviter la guerre au Moyen-Orient, le <em>JCPoA</em>, qui a donné la preuve de son efficacité en matière de non-prolifération nucléaire durant ses trois années d&rsquo;existence, est incontournable. L&rsquo;Iran a récemment envoyé des délégations auprès des signataires européens pour signifier sa volonté de ratifier la dernière version de l&rsquo;accord. Pour les Occidentaux, le dilemme est désormais cornélien : refuser pourra entraînera à terme la chute du régime iranien, mais générera un chaos généralisé en Iran et une forte déstabilisation régionale. Accepter pourra apparaître comme un soutien tacite à la République islamique, mais aura le mérite outre de soulager quelque peu la population iranienne d’écarter les menaces de guerre. A ce jour, les intentions occidentales demeurent inconnues.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 22/01/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Quelle géopolitique au Moyen-Orient sans un accord sur le nucléaire iranien ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/quelle-geopolitique-au-moyen-orient-sans-un-accord-sur-le-nucleaire-iranien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Nov 2022 08:48:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Nucléaire iranien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-22649 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/000_9_CQ_6_MW_e83ba96f49-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/000_9_CQ_6_MW_e83ba96f49-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/000_9_CQ_6_MW_e83ba96f49-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/000_9_CQ_6_MW_e83ba96f49.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Depuis près d’un an, alors même que les négociations sur le nucléaire iranien avaient redémarré à Vienne, l’Iran poursuivait en parallèle ses activités d’enrichissement nucléaire, à près de 60 % d’uranium enrichi notamment sur le site de Natanz, soit largement au-delà de la limite permise par l’accord de 2015 (3,67%). Cette semaine, en représailles de la résolution critique de l’AIEA sur son manque de coopération, l’Iran a de nouveau officialisé la production d’uranium enrichi à 60 % dans la centrale de Fordo, à moins de 200 km de Téhéran.</p>
<p>En réponse, l’AIEA a rappelé son intention d’augmenter la fréquence et l’intensité de ses activités de vérification. Mais les faits sont têtus : en disposant d’un tel stock d’uranium enrichi, l’Iran est de fait devenu un « Etat du seuil », désormais capable de réduire le <em>break-out time</em> (le temps nécessaire pour obtenir une bombe nucléaire) à quelques semaines et de se doter des 90 % d’uranium enrichi nécessaires à cette fin.</p>
<p>Les Occidentaux réfléchissent à des mesures de rétorsion. Mais pour rappel, le <em>Joint Comprehensive Plan of Action</em>visait précisément à encadrer l’activité nucléaire de l’Iran et à éviter la situation actuelle. Le retrait unilatéral des Etats-Unis en mai 2018, suivi de la campagne de « pression maximale » de Donald Trump, ont inexorablement détruit cet idéal, poussant Téhéran à s’affranchir progressivement des conditions de l’accord. A ce stade, il est difficile d’imaginer quelle mesure de rétorsion pourrait ralentir sonprogrès technologique, désormais chose acquise.</p>
<p>Dans les faits, l’annonce de l’Iran rend la survie du <em>JCPoA </em>très hypothétique, même si aucun des signataires ne se résout à endosser la responsabilité de l’annonce de sa mort clinique. L’admettre publiquement reviendrait à acter l’échec des efforts diplomatiques, qui ont pourtant abouti à sa signature en 2015. Pourtant, l’enlisement des négociations viennoises depuis l’été dernier incitait déjà au pessimisme. Par deux fois, en mars et en août dernier, un accord semblait en passe d’être trouvé, en dépit des questions délicates comme le maintien des Gardiens de la Révolution sur la liste des Foreign Terrorist Organizations. Le nœud gordien s’est cependant cristallisé sur l’enquête de l’AIEA concernant  l’origine et le devenir de l’uranium enrichi retrouvé sur trois sites non déclarés par l’Iran. Téhéran souhaite voir cette enquête close, tandis que les Occidentaux veulent obtenir des réponses, éludées jusqu’ici.</p>
<p>Dans l’hypothèse très probable où le <em>JCPoA</em>, pourtant essentiel à la sécurité régionale, ne survivrait pas à ce désaccord, il reste à évaluer les conséquences de son abandon sur la géopolitique du Moyen-Orient.</p>
<p>« Débarrassé » des contraintes inhérentes à l’accord, l’Iran pourrait renforcer les actions de ses proxies à travers la région, puisqu&rsquo;il ne sera plus tenu par aucun texte vis-à-vis des Occidentaux. Face à cette puissance militaire régionale devenue de surcroit un « Etat du seuil », ses voisins arabes et israéliens risquent donc d’accélérer la course à l’armement déjà largement engagée ces quatre dernières années.</p>
<p>Européens et Américains ne semblent plus avoir que de mauvaises options sur la table pour gérer leur relation avec l’Iran. Bien que l’administration Biden n’ait jamais caché son hostilité à la politique de pression maximale de Trump, un « plan B » quelque peu semblable serait déjà à l’étude, afin de pénaliser notamment les entités chinoises importatrices d’hydrocarbures iraniennes. Enfin, les analyses plus pessimistes n’excluent pas une intervention militaire américaine pour contenir l’Iran.</p>
<p>Mais pour Joe Biden, l’usage de la force ne devant se faire qu’en tout dernier recours, la solution d’une action par proxy pour éviter la confrontation directe semble plus adaptée à court terme. Cela pourrait se traduire par un soutien accru à la <em>Middle East Air Defense Alliance</em>, « l’OTAN » du Moyen-Orient en cours d’organisation entre Israël et ses voisins arabes, ou par un soutien aux actions officieuses de Tel-Aviv contre l’Iran, notamment en lui livrant des systèmes de défense sophistiqués, ou un arsenal capable de frapper directement les infrastructures nucléaires iraniennes.</p>
<p>Aujourd’hui, les Occidentaux se trouvent face à un véritable dilemme cornélien : accepter de vivre avec la possibilité d’une bombe iranienne, ou bombarder eux-mêmes l’Iran. Pour éviter de choisir la pire des options, une troisième voie, plus créative, est possible : celle d&rsquo;une politique d’endiguement graduée. Elle consisterait à limiter l’activisme régional de l’Iran (par la menace, toujours existante, du recours à la force), tout en maintenant des négociations très ciblées (par exemple, destruction du stock d’uranium enrichi à 60 % en échange du dégel partiel des avoirs de l’Iran à l’étranger, qui représentent plusieurs milliards de dollars).</p>
<p>Cette solution serait envisageable, sans l’existence de cette profonde défiance entre les différentes parties. Les rares avancées diplomatiques obtenues depuis 2021 n’ont guère contribué à une amélioration des relations entre Américains et Iraniens. Le soutien de Téhéran à la Russie en Ukraine et la répression du régime contre la population iranienne à domicile ne contribuent pas davantage à favoriser la reprise du dialogue entre les deux pays. Chacun au contraire est en pleine réévaluation de son poids dans le rapport de forces. L’Iran table sur un Occident aux abois face à la crise énergétique, tandis que l’Occident mise sur un effondrement du régime sous la pression populaire.</p>
<p>En tout état de cause, le texte final proposé pour relancer le JCPoA ne sera pas rediscuté, et Ebrahim Raïssi, en dépit de la crise que connaît l’Iran, persiste à temporiser. En face, les Etats-Unis savent qu’ils doivent prendre une décision politique. L’avenir du Moyen-Orient tient donc une fois de plus à un fil.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 27/11/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le nouvel accord sur le nucléaire iranien compromis par les élections américaines et israéliennes</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-nouvel-accord-sur-le-nucleaire-iranien-compromis-par-les-elections-americaines-et-israeliennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2022 10:41:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
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		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Nucléaire iranien]]></category>
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					<description><![CDATA[Plus d’une semaine s’est écoulée depuis que l’Iran a soumis aux États-Unis ses nouvelles remarques sur le “texte final” d’un<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-nouvel-accord-sur-le-nucleaire-iranien-compromis-par-les-elections-americaines-et-israeliennes/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Plus d’une semaine s’est écoulée depuis que l’Iran a soumis aux États-Unis ses nouvelles remarques sur le “texte final” d’un potentiel accord nucléaire, pourtant aucun retour de Washington n’a pour l’heure été rendu public [les États-Unis ont finalement réagi le 13 septembre dans un communiqué transmis à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), indiquant qu’“il faut que l’Iran fasse preuve de bonne volonté”, ndlr]. Les négociations semblent être de nouveau entrées dans une phase de stagnation, qui laisse décidément douter de la volonté des signataires de l’accord de Vienne originel de le ressusciter.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Nouvelle mouture de l’accord sur le nucléaire iranien en attente</strong></h4>
<p>Les Occidentaux invoquent en premier lieu l’ultime concession demandée par Téhéran avant d’accepter le texte, à savoir l’abandon par l’AIEA de l’enquête qu’elle mène sur ses sites nucléaires non déclarés. Bien qu’Ebrahim Raïssi ait publiquement estimé que l’accord nucléaire n’aurait aucun sens sans la clôture de cette enquête, il paraît pourtant difficile d’imaginer que l’agence atomique, dépendante de l’ONU, accepte d’abandonner l’une de ses missions essentielles. Pour les Européens, le manque de coopération récurrent de l’Iran avec l’AIEA signe un manque d’engagement et de transparence, et installe un doute réel sur son besoin d’un accord.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Crise diplomatique avec l’Albanie, membre de l’Otan</strong></h4>
<p>Ce ralentissement intervient de surcroît dans un contexte particulier qui a vu l’Albanie rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, soupçonné de cyberattaques organisées cet été contre ce pays membre de l’Otan, donc allié des signataires occidentaux du JCPoA. Les relations entre les deux pays ont toujours été difficiles en raison de la présence en Albanie de l’Organisation des moudjahidines du peuple (MEK), mouvement de résistance armée au régime de la République islamique d’Iran, qui s’y est réfugié depuis dix ans.</p>
<p class="mise_en_avant">“Téhéran considère en l’espèce le gouvernement albanais comme un proxy des États-Unis et même d’Israël, deux pays que l’Albanie courtise activement dans son propre intérêt”</p>
<p>Téhéran considère en l’espèce le gouvernement albanais comme un proxy des États-Unis et même d’Israël, deux pays que l’Albanie courtise activement dans son propre intérêt. Sans surprise, Israël n’a pas manqué de prendre parti pour l’Albanie dans cette crise diplomatique afin de consolider la pression internationale contre l’Iran, et éviter la signature d’un nouvel accord nucléaire.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La stratégie de Joe Biden pour les mid-term</strong></h4>
<p>À cet égard, le silence pesant qui entoure désormais les négociations tiendrait surtout à l’approche d’un mois de novembre électoralement capital à la fois pour l’État hébreu et, une semaine plus tard, pour les États-Unis. Si la rupture diplomatique entre Tirana et Téhéran n’influençait pas Washington de manière décisive, Joe Biden craindrait néanmoins qu’elle vienne nourrir les arguments de ceux qui prônent la manière forte et le refus de toute entente avec l’Iran, à savoir les républicains, mais aussi les lobbies pro-israéliens. Le président démocrate préférerait donc ajourner la normalisation des relations avec Téhéran après les élections de mid-term, de crainte de fournir des arguments faciles à son opposition, preuve s’il en est que décidément, l’entente avec l’Iran demeure un sujet extrêmement clivant outre-Atlantique.</p>
<p class="mise_en_avant">“Joe Biden préférerait ajourner la normalisation des relations avec Téhéran après les élections de mid-term, de crainte de fournir des arguments faciles à son opposition, preuve s’il en est que l’entente avec l’Iran demeure un sujet extrêmement clivant outre-Atlantique”</p>
<p>Les officiels israéliens ont semblé corroborer ce calendrier, ce qui laissera encore du temps aux contempteurs traditionnels du JCPoA pour militer en faveur d’un abandon total du texte. Le Premier ministre Yaïr Lapid n’a d’ailleurs pas dit autre chose en déclarant qu’Israël “menait une campagne diplomatique réussie pour stopper l’accord nucléaire et éviter la levée des sanctions contre l’Iran”, ajoutant que rien n’était encore fini et que la route était longue, mais qu’il y avait des signes encourageants en ce sens…</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Menaces sur un accord à l’utilité pourtant majeure</strong></h4>
<p>Depuis la reprise des négociations en avril 2021, l’accord sur le nucléaire a été constamment le jouet des circonstances : ajourné lors de l’élection présidentielle iranienne, ralenti par le rapport de forces constant entre l’Iran et les États-Unis à l’automne dernier, par les demandes parfois disproportionnées de Téhéran et par les atermoiements des Occidentaux – et même des Iraniens – envers la survie d’un accord dont certains doutent encore qu’il ait une quelconque utilité. Celle-ci est pourtant majeure à plusieurs égards. Outre le soulagement qu’un retour de l’Iran dans le concert des nations procurerait à sa propre économie, on sait que Téhéran représente une solution non négligeable dans la crise énergétique que les Européens traversent, conséquence directe de la guerre en Ukraine et de leur bras de fer avec Moscou. Enfin, sur la question de la non-prolifération nucléaire, on ne peut que rappeler que seul l’accord de Vienne avait été à même de contraindre radicalement le programme nucléaire iranien durant les trois années où il fut en vigueur.</p>
<p class="mise_en_avant">“Depuis avril 2021, l’accord sur le nucléaire a été constamment le jouet des circonstances : ajourné lors de l’élection présidentielle iranienne, ralenti par le rapport de forces constant entre l’Iran et les États-Unis par les demandes parfois disproportionnées de Téhéran et par les atermoiements des Occidentaux”</p>
<p>Le fait que les élections américaines et israéliennes deviennent les nouveaux marqueurs temporels des négociations sur le nucléaire iranien est une mauvaise nouvelle. Le front anti-iranien pourrait en effet sortir renforcé par une défaite des démocrates aux élections de mid-term et par une reconduction – probable – de la droite nationaliste israélienne à la Knesset. Dès lors, la survie de l’accord de Vienne pourrait s’en trouver singulièrement compromise. Certes, accord ou non, l’Iran demeurera désormais un “État du seuil”, capable de mettre au point une bombe atomique s’il le décide. Il n’en reste pas moins que la République islamique, une fois signataire du texte de 2015, avait tenu ses engagements et accepté de ne pas poursuivre son développement technologique. Rien ne prouve qu’une telle configuration ne se reproduira pas en cas de signature d’un nouvel accord, qui demeure plus que jamais nécessaire. Encore faut-il laisser une chance à la diplomatie, ce qui dépend ici d’une véritable volonté politique de la part de tous les signataires. À cet égard, ce nouveau retard n’augure rien de positif.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 14/09/2022.</strong></p>
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		<title>Nucléaire iranien : l&#8217;Iran à la recherche d&#8217;un consensus interne</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/nucleaire-iranien-liran-a-la-recherche-dun-consensus-interne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Aug 2022 07:45:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est une semaine à haut risque qui s&rsquo;achève pour les négociations sur le nucléaire iranien. Mercredi soir, les Etats-Unis ont transmis leur réponse sur le texte final à l&rsquo;Iran, qui à l&rsquo;heure où nous écrivons ces lignes, l&rsquo;étudierait toujours. Aucune des deux administrations n&rsquo;a donné de détails sur le contenu de leurs remarques, bien que l&rsquo;intense activité médiatique de ces derniers jours permette de croire à la possibilité d&rsquo;une entente. La circonspection reste néanmoins de rigueur, puisque ces derniers échanges techniques interviennent alors que les Américains, en guise d&rsquo;avertissement, ont frappé à deux reprises les forces pro-iraniennes dans le nord de la Syrie.</p>
<p>Il semble néanmoins qu&rsquo;un accord renouvelé puisse véritablement émerger, si l&rsquo;on en juge par les efforts diplomatiques déployés par Washington et Téhéran. Les deux parties ont en effet revu leurs exigences à la baisse, ce qui porte à croire qu&rsquo;un accord, même imparfait, demeure néanmoins la meilleure issue du conflit larvé qui les oppose depuis mai 2018. En dépit d&rsquo;une forte opposition politique et d&rsquo;un risque relatif d&rsquo;impopularité à quelques mois des élections de <em>mid-term</em>, la signature du traité serait malgré tout une victoire diplomatique considérable pour l&rsquo;administration Biden.</p>
<p>A Téhéran en revanche, il est particulièrement intéressant de voir comment la fabrique du consensus s&rsquo;est réactivée ces derniers jours. Même un régime aussi autoritaire que la République islamique doit déployer ressources, temps et patience pour convaincre du bien fondé de certaines décisions qui engagent l&rsquo;avenir de l&rsquo;Iran. Faire accepter un nouveau <em>JCPoA</em> n&rsquo;a en effet rien d&rsquo;évident pour une administration conservatrice qui avait relégué les négociations au second plan, et estimait que le pays saurait survivre sans accord nucléaire. La réalité économique et sociale en a décidé autrement, nécessitant de convaincre les officiels et <em>in fine,</em> l&rsquo;opinion iranienne, d&rsquo;accepter certains compromis en échange d&rsquo;une bouffée d&rsquo;oxygène financière.</p>
<p>Cette situation illustre un phénomène en réalité ancien qui souligne toute l&rsquo;ambiguïté du processus politique et institutionnel iranien. En 1988, après huit ans de guerre meurtrière avec l&rsquo;Irak, le régime dut alors naviguer entre la recherche urgente d&rsquo;une sortie de crise et le maintien d&rsquo;un discours martial, jusqu&rsquo;à ce que l&rsquo;Imam Khomeini se résolve à boire « la coupe de poison » et accepte le cessez-le-feu dans l&rsquo;intérêt de l&rsquo;Iran. Le mécanisme s&rsquo;est également répété en 2003 et en 2015 sur la question nucléaire.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui comme hier, c&rsquo;est la construction d&rsquo;un consensus interne qui occupe le régime. Dès le 15 août dernier, le ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian, le négociateur en chef Ali Bagheri Kani, le secrétaire du Conseil suprême de la Sécurité nationale et le responsable iranien de l&rsquo;Organisation de l&rsquo;énergie atomique ont multiplié les rencontres avec les parlementaires iraniens et les médias d&rsquo;influence pour défendre l&rsquo;obtention d&rsquo;un compromis, sous réserve de flexibilité américaine et en dépit des inévitables faiblesses du texte.</p>
<p>Le message du régime iranien tient en trois points. En premier lieu, rappeler que la balle est désormais dans le camp américain. Si la question des garanties exigées par l&rsquo;Iran demande en effet des Etats-Unis un dernier effort de volonté politique, s&rsquo;en remettre à leur décision est aussi une façon pour l&rsquo;administration Raïssi de s&rsquo;exonérer de toute responsabilité en cas d&rsquo;échec. Le second point du discours officiel attrait précisément au professionnalisme et à l&rsquo;efficacité de l&rsquo;équipe des négociateurs iraniens, qui aurait fait tout son possible pour défendre les intérêts de l&rsquo;Iran, contrastant ainsi avec les vives critiques essuyées en son temps par l&rsquo;équipe du président réformateur Hassan Rouhani. Ceci ouvre également une autre piste de sortie, la possibilité d&rsquo;une reprise des négociations avec la même équipe si d&rsquo;aventure le texte final était à nouveau rejeté.</p>
<p>Dans l&rsquo;hypothèse d&rsquo;une issue négative du processus diplomatique, le régime a enfin tenu à relativiser l&rsquo;importance du <em>JCPoA</em> pour l&rsquo;Iran, qui dispose de plusieurs alternatives économiques grâce à ses bonnes relations avec la Chine et la Russie. La rhétorique officielle n&rsquo;a pas manqué non plus de souligner l&rsquo;importance de l’accord pour l&rsquo;Occident, qui a surtout besoin d&rsquo;un retour des hydrocarbures iraniennes sur le marché mondial de l&rsquo;énergie.</p>
<p>Si ces derniers points sont exacts, les efforts de communication dissimulent mal l&rsquo;urgence dans laquelle se trouve l&rsquo;Iran. Cherchant à se protéger de toute polémique, le Guide Suprême Ali Khamenei a observé ces derniers jours un silence stratégique, laissant planer le doute sur ses futures orientations. Peut-être continuera-t-il à renoncer aux avantages d&rsquo;un accord nucléaire à court terme. Cependant, on sait aussi qu&rsquo;il a fait de la sortie de crise économique l&rsquo;une de ses principales priorités. Préparer l&rsquo;opinion aux différentes issues du processus diplomatique peut lui permettre de différer sa décision. C&rsquo;est là un jeu dangereux, alors que la perspective d&rsquo;un accord prochain a déjà rassuré les marchés et amélioré le taux de change du rial face au dollar. Depuis la reprise des négociations, jouer la montre a été au cœur de la stratégie du régime. Mais aujourd&rsquo;hui, il ne peut plus se permettre d&rsquo;en user, sans risques à long terme pour l&rsquo;Iran.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 28/08/2022.</strong></p>
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		<title>Nucléaire iranien : l’Iran maintient le bras de fer avec les Etats-Unis</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/nucleaire-iranien-liran-maintient-le-bras-de-fer-avec-les-etats-unis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Jun 2022 08:01:54 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-18813 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/000_324_H96_A_3e60f14bc4-1-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/000_324_H96_A_3e60f14bc4-1-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/000_324_H96_A_3e60f14bc4-1-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/000_324_H96_A_3e60f14bc4-1.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Tandis que les négociations sur le nucléaire iranien demeurent encore en suspens, bloquées autour de la question du maintien des Gardiens de la Révolution sur la liste des <em>Foreign Terrorist Organizations, </em>l&rsquo;Iran poursuit plus que jamais son programme nucléaire. Les limites imposées récemment à l&rsquo;AIEA, avec la coupure de 27 caméras de surveillance au sein de ses sites nucléaires, s&rsquo;inscrivent dans cette logique, tandis que son enrichissement progressif a déjà considérablement raccourci son <em>break-out time</em>, le temps nécessaire pour fabriquer une bombe atomique. En vingt ans de développement nucléaire, l&rsquo;Iran n&rsquo;a jamais été aussi proche de cette échéance, même si de plus en plus d&rsquo;experts estiment que l&rsquo;objectif de Téhéran est de conserver le statut d&rsquo; « Etat du seuil », donc capable d&rsquo;obtenir un arsenal nucléaire en quelques semaines sans franchir radicalement le Rubicon, afin de renforcer son pouvoir de dissuasion.</p>
<p>Ce statut semble confirmé par les récentes révélations des services secrets américains et israéliens concernant une excavation dans les montagnes proches du site nucléaire de Natanz, frappé en juillet 2020 par une attaque attribuée à Israël. Depuis près d&rsquo;un an, Washington suit de près la construction d&rsquo;un vaste réseau sous-terrain et de nouvelles infrastructures nucléaires capables de résister aussi bien à des bombes anti-bunker (des bombes conçues pour pénétrer des cibles fortifiées ou enterrées, à l&rsquo;instar du <em>Massive Ordnance Penetrator </em>américain) qu&rsquo;à des cyberattaques. Les sites sensibles iraniens en ont déjà pâti sous les administrations Bush et Obama : l&rsquo;opération de cyberattaques « Jeux Olympiques », mise au point par la NSA et l&rsquo;unité 8200 israélienne au début des années 2000, avait permis de modifier la vitesse de rotation des centrifugeuses de la centrale de Natanz, les rendant ainsi dysfonctionnelles. Ces opérations avaient considérablement retardé l&rsquo;avancée du programme nucléaire iranien, mais n&rsquo;y avait pas mis un coup d&rsquo;arrêt définitif.</p>
<p>Loin d&rsquo;être un <em>hoax</em>, le projet d&rsquo;extension iranien a été documenté par images satellites et confirmé par des think tanks indépendants. Pour autant, l&rsquo;administration Biden ne l&rsquo;a jamais évoqué publiquement, tandis que Benny Gantz, le ministre de la Défense israélien, l&rsquo;a rapidement mentionné le mois dernier en précisant que Téhéran prévoyait d&rsquo;y installer 1000 centrifugeuses de type IR-6. Au demeurant, l&rsquo;Iran ne s&rsquo;en cache pas, et avait même annoncé il y a plus d&rsquo;un an la construction de nouvelles infrastructures nucléaires en réponse aux attaques israéliennes.</p>
<p>Tel Aviv et Washington fournissent cependant une interprétation différente quant à la finalité exacte du projet d&rsquo;extension du site de Natanz et son niveau de dangerosité. L&rsquo;Etat hébreu y voit une confirmation de la menace que représente l&rsquo;Iran et qui justifie ses propres représailles. Mais les Etats-Unis se montrent plus sereins face à un projet qui ne sera achevé que dans plusieurs années, et ne constitue donc pas une menace immédiate tant que la porte des négociations demeure ouverte. En outre, si l&rsquo;Iran est en effet à quelques semaines de la capacité d&rsquo;enrichissement d&rsquo;uranium suffisante pour produire une bombe atomique, il lui faudrait néanmoins deux ans, y compris d&rsquo;après les estimations israéliennes les plus alarmistes, pour adapter cette technologie à un usage militaire. Alors que Joe Biden compte se rendre très prochainement en Israël et en Arabie Saoudite, les deux principaux rivaux de l&rsquo;Iran au Moyen-Orient, la question de cette avancée technologique sera nécessairement posée, tout comme celle de l&rsquo;éventualité d&rsquo;une intervention militaire menée soit par Washington, soit par Israël avec l&rsquo;agrément américain. L&rsquo;Etat hébreu a en effet considérablement accéléré son activisme militaire et diplomatique. Outre la récente opération « Chariots de feu », une simulation de frappe à grande échelle contre l&rsquo;Iran, Tel-Aviv a révélé la mise au point d&rsquo;une coopération militaire régionale avec les Etats arabes signataires des Accords d&rsquo;Abraham, la <em>Middle East Air Defense Alliance</em>, conçue comme un outil de riposte aux éventuelles menaces militaires iraniennes.</p>
<p>Le message adressé par l&rsquo;Iran aux Américains via ce projet est clair : si d&rsquo;aventure la diplomatie échouait à Vienne, le risque d&rsquo;un <em>break-out </em>nucléaire deviendrait hautement probable si Téhéran l&rsquo;estime nécessaire pour assurer sa sécurité, notamment face à Israël, et poursuivre sa projection de puissance à l&rsquo;échelle régionale. Selon l&rsquo;AIEA, un tel cas de figure compromettrait sérieusement les chances de résurrection du <em>Joint Comprehensive Plan of Action.</em> Il faut néanmoins comprendre que l&rsquo;entretien de la menace nucléaire reste le principal moyen de pression de Téhéran, et de loin son plus efficace auprès des Occidentaux, même si l&rsquo;état-major américain craint bien davantage son programme de missiles balistiques et sa maîtrise des drones de pointe, un domaine où l&rsquo;Iran a connu un progrès technologique significatif ces cinq dernières années, et qui lui a permis de devenir la première puissance militaire du Moyen-Orient.</p>
<p>Il est pourtant encore temps de confirmer un cadre acceptable au programme nucléaire iranien : conserver à l&rsquo;Iran le statut d&rsquo; « Etat du seuil » serait une solution satisfaisante sur le plan idéologique et politique pour la République islamique, dont l&rsquo;urgence reste malgré tout le soulagement de l&rsquo;économie. Les Etats-Unis ont toutes les cartes en main pour accorder les concessions économiques et politiques légitimement attendues par Téhéran. L&rsquo;issue de la tournée de Joe Biden à Tel-Aviv et Riyad éclairera sans doute les intentions de Washington en la matière, pour l&rsquo;heure encore très indécises, pour ne pas dire ambiguës.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 26/06/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Est-il trop tard pour ressusciter l’accord sur le nucléaire iranien?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/est-il-trop-tard-pour-ressusciter-laccord-sur-le-nucleaire-iranien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jun 2022 12:28:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
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					<description><![CDATA[Un an après la reprise des négociations à Vienne, la normalisation tant attendue entre l’Iran et les États-Unis n’a toujours<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/est-il-trop-tard-pour-ressusciter-laccord-sur-le-nucleaire-iranien/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-18400 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/iran-nucleaire-accord-de-vienne-joe-biden-ukraine-abadan1-768x466-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/iran-nucleaire-accord-de-vienne-joe-biden-ukraine-abadan1-768x466-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/iran-nucleaire-accord-de-vienne-joe-biden-ukraine-abadan1-768x466-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/06/iran-nucleaire-accord-de-vienne-joe-biden-ukraine-abadan1-768x466.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Un an après la reprise des négociations à Vienne, la normalisation tant attendue entre l’Iran et les États-Unis n’a toujours pas eu lieu. L’Iran a certes imprimé sa marque en voulant négocier à son rythme et à ses conditions, estimant primordial que les États-Unis, après tout responsables du <em>casus belli</em> depuis leur retrait unilatéral du <em>Joint Comprehensive Plan of Action</em> en mai 2018, fassent le premier pas en levant toutes leurs sanctions économiques. Ce retrait catastrophique, s’il a imposé une « pression maximale » à l’Iran, a néanmoins coûté aux États-Unis leur position de force dans le processus de négociations. Comment, en effet, exiger des concessions de l’adversaire lorsqu’on est responsable du contexte de crise ? Fermement attaché à sa position sur ce point, l’Iran a par ailleurs ajouté un moyen de pression, en augmentant depuis avril 2021 son enrichissement d’uranium de 20 à 60%, bien au-delà des quantités autorisées dans le cadre de l’accord de Vienne de 2015. Cette montée en puissance technologique a de fait considérablement réduit le temps de son <em>breakout tim</em>e, le nombre de mois nécessaires pour acquérir le matériel destiné à la fabrication d’une bombe atomique. D’un an au temps où le <em>JCPoA</em> était appliqué, l’estimation s’est réduite aujourd’hui à environ un mois. Face à un Iran plus que jamais proche de devenir un « État du seuil », les Occidentaux ont donc considéré que la signature d’un accord était une impérieuse nécessité, cette urgence favorisant naturellement les demandes de Téhéran.</p>
<p>Mais le temps est aussi devenu une arme à double tranchant : en s’allongeant à l’infini, le temps des négociations les a rendues d’autant plus soumises aux aléas géopolitiques et domestiques, et à l’établissement d’un rapport de force de plus en plus complexe entre les deux principaux concernés, Téhéran et Washington, alors que les Européens sont relégués au rang de figurants par leur propre manque d’initiative.</p>
<h4><strong>La guerre en Ukraine occulte le danger iranien</strong></h4>
<p>Après quelques semaines d’interruption, le dernier cycle de négociations à Vienne début février 2022 promettait pourtant de s’achever sur un document convenant enfin aux deux pays. Arrive la guerre en Ukraine, qui interrompt une fois de plus les discussions et change considérablement la donne. Le premier problème est alors venu de la Russie. L’Iran s’en est certes rapproché ces dernières années, tant dans les domaines énergétiques et militaires que diplomatiques, son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU constituant un atout de poids pour l’appuyer dans les négociations sur le nucléaire. Dans la foulée de l’invasion russe en Ukraine, le gouvernement Raïssi a d’ailleurs manifesté son soutien à Moscou, souscrivant à l’idée qu’une expansion de l’OTAN aux portes de la Russie était « <em>une menace pour la sécurité et la stabilité des nations indépendantes</em> ». Le régime s’est néanmoins gardé de reconnaître les républiques de Donetsk et de Luhansk, en raison d’un lourd passif historique entre la Russie et la Perse fait de guerres et de pertes territoriales pour cette dernière. L’Iran depuis lors se méfie naturellement des ambitions du Kremlin dans son « étranger proche » et n’aime pas spécialement valider à l’étranger l’indépendantisme des peuples de crainte de nourrir l’irrédentisme de ses propres minorités, qu’elles soient kurdes, baloutches, et surtout azéries. Téhéran a tout de même voté contre la résolution onusienne devant suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme le 7 avril, dans une volonté manifeste de préserver une alliance qui lui est indispensable tant que durent les sanctions.</p>
<p>Mais bien qu’unis dans leur objectif commun d’affaiblir le modèle occidental et de participer à l’émergence d’un monde multipolaire, l’Iran et la Russie n’en connaissent pas moins une relation ambivalente. Parce qu’elle sait le poids qu’elle représente dans la réussite des négociations viennoises, la Russie n’a pas hésité à interférer dans le processus et à conditionner sa signature du nouveau traité à la préservation de ses liens économiques avec Téhéran, alors qu’elle s’est trouvée frappée par de nouvelles sanctions occidentales. Bien que sortant des limites de l’accord, cette exigence diplomatique a été agréée par les États-Unis, qui ont estimé qu’une résolution de la question nucléaire avec Téhéran valait bien, malgré le contexte, une concession à la Russie.</p>
<p>Malgré la résolution de ce court différend diplomatique, les négociations sont de nouveau entrées dans une phase de blocage. Alors que le contexte de la guerre en Ukraine pouvait significativement l’aider à normaliser les relations avec Téhéran et éviter, de ce fait, une crise nucléaire, Joe Biden a montré une frilosité qui détonne par rapport à ses promesses de campagne. Le président américain avait en effet promis de rétablir le<em> JCPoA</em> dont il a été l’artisan sous Barack Obama. Les deux pays ayant réussi à dépasser leurs divergences, l’accord, jugé vital pour contenir les progrès de l’Iran en matière nucléaire, semblait sur le point d’être conclu. Téhéran avait en effet, comme preuve de sa bonne volonté, accepté de baisser son seuil d’uranium enrichi à 3,67%, soit celui établi par l’accord de 2015, tandis qu’un compromis permettant d’éviter de détruire ses centrifugeuses (soit par le biais d’un démantèlement, ou par l’intervention d’un pays tiers pour recevoir ce matériel) avait été trouvé. Restait encore à inscrire véritablement dans le marbre la principale garantie réclamée par l’Iran, à savoir le maintien des États-Unis dans le nouvel accord en cas d’alternance politique à Washington. C’était sans compter avec l’inscription par Donald Trump des Gardiens de la Révolution sur la liste américaine des <em>Foreign Terrorist Organizations, </em>dont Téhéran réclame le retrait.</p>
<h4><strong>Le statut des Gardiens de la Révolution au cœur des négociations</strong></h4>
<p>Courtisé, au même titre que le Venezuela, dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine et de la hausse des prix de l’énergie, l’Iran s’estime en effet en position de force pour obtenir de nouvelles concessions des États-Unis. Après avoir systématiquement refusé que tout sujet hors nucléaire soit abordé lors des négociations, il a donc formulé cette demande très mal accueillie par les Occidentaux. Mais l’administration Raïssi ne pouvait pas se priver d’une telle occasion de se montrer plus exigeante que ses prédécesseurs réformateurs. Elle doit en effet consolider son pouvoir, et pour ce faire donner des gages à ce corps d’élite qui dépend directement du Guide suprême Ali Khamenei, et qui contrôlerait plus du tiers de l’économie iranienne, en particulier dans ses secteurs clés de l’énergie, du BTP et des télécommunications. Frappés par diverses sanctions depuis 2007, les Gardiens de la Révolution figurent de longue date soit, pour certains de leurs membres, sur la <em>Specially Designated Nationals and Blocked Persons list</em> américaine, soit sur la <em>FTO</em> en tant que groupe depuis 2019 seulement. Aucune de ces désignations n’ayant jamais réussi à tempérer leur influence, ni en Iran, ni au Moyen-Orient, celles-ci restent donc très symboliques, mais ce symbole entache le prestige d’une formation qui se présente, en Iran et dans tout le Moyen-Orient, comme le seul rempart contre Daech et le djihadisme sunnite dans la région.</p>
<p>Robert Malley, l’envoyé spécial de la Maison-Blanche pour l’Iran, et le Secrétaire d’État Antony Blinken, ont affirmé que même s’il n’était plus listé comme groupe terroriste, le corps militaire resterait soumis aux sanctions imposées depuis quinze ans. Pourquoi, dès lors, se passer d’une concession sans conséquence – du propre aveu de l’administration Biden – qui pourrait pourtant garantir la survie de l’accord sur le nucléaire iranien ?</p>
<p>D’abord pour une question de politique intérieure et de perspective électorale, intrinsèquement corrélées à la politique étrangère aux États-Unis. Les élections de <em>mid-term</em> en novembre prochain risquent en effet d’être perdues par le camp démocrate. L’administration Biden se sait donc en position de faiblesse en raison d’un bilan mitigé sur le plan domestique, et d’échecs cuisants en politique internationale – le retrait honteux des troupes américaines d’Afghanistan, certes décidé par son prédécesseur, pèse très lourd en défaveur de Joe Biden, puisque le Pentagone lui-même l’a qualifié « d’échec stratégique ». Il apparaît donc risqué d’accorder des concessions à l’Iran et de souffrir pour la peine d’un coût électoral conséquent. Les Républicains, fidèles à leur positionnement historique contre l’accord nucléaire depuis 2015, mettent tout en œuvre pour éviter une normalisation avec l’Iran, comme le prouve la motion déposée début mai par le sénateur de l’Oklahoma James Lankford, exigeant que tout accord nucléaire aborde la question de l’influence régionale de l’Iran et rende impossible la levée de l’anathème qui frappe les Gardiens de la Révolution. Votée par une large majorité sénatoriale, cette motion a également reçu le vote positif des seize sénateurs démocrates.</p>
<p>Ce vote, tout comme les hésitations de l’administration Biden, souligne au demeurant le fort clivage qui existe à la Maison-Blanche entre tenants d’une ligne de fermeté vis-à-vis de Téhéran, et ceux au contraire qui préfèrent donner sa chance à la voie diplomatique. Les premiers, représentés par l’équipe de négociateurs de Richard Nephew, envoyé spécial pour l’Iran, souhaitaient notamment imposer à Téhéran une date-butoir au-delà de laquelle il ne serait plus possible de négocier. Leur départ fin janvier 2022 a marqué la consolidation de la ligne des « modérés », incarnée par Robert Malley, conseiller de Joe Biden pour le Moyen-Orient et plus particulièrement en charge de la question nucléaire iranienne, et Antony Blinken, son Secrétaire d’État. Le camp démocrate n’en reste pas moins divisé sur la « question iranienne », notamment lorsque l’un de ses membres les plus influents, le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat Robert Menendez, s’est dit fermement opposé à un accord nucléaire devant le Congrès, tout comme dix-huit de ses collègues démocrates qui ont exprimé leur désaccord par voie de presse début avril.</p>
<h4><strong>Inquiétudes et manœuvres israéliennes</strong></h4>
<p>Israël incarne l’autre source de pression pesant sur Joe Biden. Dès 2015, Benjamin Netanyahu s’était fait la voix inlassable de l’opposition de l’État hébreu à toute normalisation entre l’Iran et les Etats-Unis, qualifiant le <em>JCPoA </em>« d’erreur historique » devant le Congrès, l’ONU ou la presse américaine. Depuis deux ans, Israël a intensifié sa guerre de l’ombre avec Téhéran, que ce soit par voie aérienne, maritime ou numérique, sans compter les assassinats de personnalités iraniennes, les frappes contre les sites sensibles iraniens et les proxies de la République islamique en Syrie, opérations jamais officiellement revendiquées par l’État hébreu mais dont l’origine ne fait aucun doute ni pour les autorités iraniennes, ni pour Washington. La toute dernière opération de ce genre, l’assassinat du colonel Sayyad Khodayi, haut gradé de la force Al-Qods, a ainsi été publiquement dévoilée par les États-Unis à la fureur de Tel-Aviv, qui a décliné tout commentaire. En intervenant précisément dans un moment où les négociations sur le nucléaire se cristallisaient autour de la question du retrait éventuel des Gardiens de la liste des FTO, l’élimination du chef présumé de l’unité 840, réputée secrète au sein de la force Al-Qods, avait pourtant valeur de message auprès de Washington, afin de rappeler l’activisme terroriste des Pasdarans. De plus en plus inquiète face aux hésitations de la Maison-Blanche, l’armée israélienne intensifierait ses efforts militaires, comme l’atteste l’entraînement dit « Chariots de feu » effectué fin mai, qui simulait pour la première fois une frappe à grande échelle sur l’Iran.</p>
<p>Particularisme américain, ce lobbying diplomatique se double d’une intense campagne d’influence de la part des diverses organisations pro-israéliennes américaines, généralement de droite voire néo-conservatrices ou chrétiennes évangélistes, comme l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), l’American Jewish Committee ou encore Christians United for Israel. En 2015, ce sont près de 20 millions de dollars et 300 lobbyistes qui avaient été mobilisés pour faire barrage à la signature de l’accord de Vienne, en vain. Mais là encore, un puissant clivage divise la communauté juive américaine, puisque les groupes plus libéraux défendent la normalisation avec l’Iran et que d’après un sondage de J Street, le groupe le plus emblématique de cette tendance, deux tiers des Juifs américains souhaiteraient voir les États-Unis réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien.</p>
<p>Il apparaît donc regrettable que les États-Unis ne parviennent pas à trancher le nœud gordien, alors qu’un accord renouvelé sur le nucléaire iranien reste plus pertinent que jamais. Le gain d’une normalisation des relations occidentales avec l’Iran serait pourtant significatif. Dans le contexte actuel de forte tension du marché énergétique, son retour sur la scène internationale permettrait de réguler le cours des hydrocarbures, puisqu’il possède près de 100 millions de barils de brut en réserve et, une fois débarrassé des sanctions économiques, une capacité de production supplémentaire de près de 500 000 barils par jour. Également dépositaire des deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel, l’Iran pourrait constituer l’alternative la plus crédible pour les Européens et leur permettre de regagner leur indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Cette option devra néanmoins s’inscrire sur le long terme, les infrastructures permettant des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en Europe de l’Est en particulier étant encore balbutiantes, tandis que l’Iran lui-même manque d’investissements dans ce secteur notamment à cause des sanctions qui le coupent de tous les circuits internationaux depuis plus de quarante ans.</p>
<h4><strong>L’économie iranienne résiliente</strong></h4>
<p>En Iran, le régime croit pourtant pouvoir se passer éventuellement d’un accord pour sortir l’économie de l’impasse où elle se trouve, une priorité annoncée par Ali Khamenei lui-même lors de ses vœux de Nouvel an iranien en mars. Échaudée par l’inconstance occidentale, la République islamique s’est en effet employée depuis 2018 à renforcer sa coopération bilatérale avec la Russie et surtout la Chine, sa principale cliente en hydrocarbures, qui prouve que les sanctions américaines peuvent être contournées. Au demeurant, fin 2021, la Banque centrale iranienne faisait état de prévisions plutôt optimistes et d’une résilience plus forte qu’attendue du secteur économique. Les exportations d’hydrocarbures pour 2020 auraient ainsi largement dépassé celles des deux années précédentes, tandis que les revenus pétroliers réalisés sur six mois en 2021 dépassaient déjà ceux réalisés sur la totalité de l’année 2020. La guerre en Ukraine et la forte hausse du cours du brut renflouent effectivement ses caisses, et entraînent de ce fait moins d’empressement de la part du régime pour conclure un accord avec les Américains.</p>
<p>Pour autant, à près de 45,2%, l’inflation reste à un niveau jamais atteint depuis vingt ans, et près de 33% des Iraniens vivraient sous le seuil de pauvreté. La décision du gouvernement de supprimer le taux de change de 42 000 rials pour un dollar a contribué à augmenter l’inflation et les prix des biens de première nécessité, une proposition incompréhensible compte tenu de ses ambitions pour améliorer le quotidien des Iraniens. De fait, le régime lui-même est divisé sur la conduite à tenir vis-à-vis de l’Occident et de l’accord nucléaire. Sans surprise, les conservateurs préféreraient s’en passer, quand les réformateurs estiment qu’il est nécessaire et que le soutien à la stratégie russe en Ukraine est contre-productif pour l’avenir de l’Iran.</p>
<p>Arrivé au pouvoir, Ebrahim Raïssi avait l’ambition de faire construire un million de nouveaux logements par an, de créer un million d’emplois, d’augmenter le salaire des enseignants et de maîtriser l’inflation comme les variations monétaires. Des promesses qui restent impossibles à tenir sous un régime de sanctions, ce que les conservateurs ne peuvent publiquement admettre, mais qui demeure pourtant une triste réalité. En aggravant la crise économique et environnementale – aucune priorité n’est accordée à la transition énergétique alors que l’Iran est l’un des principaux pays émetteurs de CO2 et connaît une insécurité hydrique extrêmement préoccupante – les sanctions créent tous les ingrédients d’une grave crise sociale : paupérisation et exil des Iraniens, notamment de ses intellectuels, et multiplication des mouvements de contestation. L’effondrement d’un immeuble à Abadan, dans la province du Khouzistan, a rappelé récemment le climat de tension extrême au sein de la population iranienne qui ronge la stabilité du régime. Certes, cela fait près de quarante ans que l’Occident parie sur un « <em>regime change »</em> émanant des Iraniens eux-mêmes, ce qu’une stratégie d’étranglement économique devait d’ailleurs accélérer. Certes, depuis quarante ans, la République islamique est toujours debout. Mais le phénomène d’accumulation menace de ne plus être tenable.</p>
<p>La survie à long terme de l’Iran tient, qu’on le veuille ou non, à la levée des sanctions, donc à l’obtention d’un accord renouvelé. Tester la patience occidentale risque en effet de refermer la fenêtre de négociation, sans laquelle l’Iran ne parviendra sans doute pas à faire front. Les Occidentaux multiplient les coups de pression à son encontre, comme l’illustre la résolution critique déposée auprès de l’AIEA par les États-Unis et les Européens afin d’appeler l’Iran à coopérer avec l’Agence atomique. L’accord, ont-ils prévenu, ne restera pas indéfiniment sur la table. Et si la fenêtre se referme, il n’est pas certain qu’il sera possible de la rouvrir.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Causeur le 13/06/2022.</strong></p>
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		<title>Pour l&#8217;Iran, l&#8217;urgence d&#8217;un nouvel accord sur le nucléaire</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/pour-liran-lurgence-dun-nouvel-accord-sur-le-nucleaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Jan 2022 11:10:47 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-14301 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/01/000_9_MQ_9_AY_b6ea53a9cf-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/01/000_9_MQ_9_AY_b6ea53a9cf-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/01/000_9_MQ_9_AY_b6ea53a9cf-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/01/000_9_MQ_9_AY_b6ea53a9cf.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Chacun campe ainsi sur ses positions depuis des mois, tandis que le pays reste soumis à des sanctions destructrices pour sa stabilité. Certes, Téhéran a su démontrer une relative capacité de résilience face à des conditions qui l&rsquo;isolent du système bancaire et des marchés internationaux. La stratégie du « regard tourné vers l&rsquo;Est », avec le renforcement des partenariats avec la Chine, la Russie, et ses voisins d&rsquo;Asie centrale, lui a permis de mettre en place une économie de résistance. Elle risque néanmoins de s&rsquo;essouffler et de ne pas permettre au régime de gérer les graves problématiques qui attendent l&rsquo;Iran. Economique, mais aussi diplomatique, politique, sécuritaire et surtout environnementale : de fait, le pays accumule les crises. Or, si l&rsquo;Iran ne parvient pas à sortir de son statut de paria, d&rsquo;ici quelques années, aucun gouvernement, réformateur comme conservateur, ne sera en mesure d&rsquo;y répondre efficacement.</p>
<p>Il est difficile de hiérarchiser les priorités, tant les sujets sont transversaux et nécessiteraient un programme de politiques publiques de vaste ampleur. Si l&rsquo;on considère le plus prégnant à l&rsquo;heure actuelle, à savoir l&rsquo;économie, les défis sont colossaux. Le président Raïssi a ainsi promis la construction d&rsquo;un million de nouveaux logements par an, la création d&rsquo;un million d&#8217;emplois, de répondre aux revendications salariales des enseignants, de maîtriser l&rsquo;inflation galopante et les variations monétaires qui frappent les Iraniens au quotidien.</p>
<p>Or, avec un pays sous sanctions internationales, ces ambitions restent techniquement impossibles à mettre en œuvre, même partiellement. Si la persistance des sanctions n&rsquo;entraînerait pas à elle seule l&rsquo;effondrement total de l&rsquo;Iran, leur levée contribuerait néanmoins à le sortir de sa stagnation, et à normaliser enfin ses relations commerciales avec le reste du monde. En matière de développement et d&rsquo;investissement, l&rsquo;économie de survie affiche de sérieuses limites et entraîne des effets sociaux délétères pour l&rsquo;équilibre du pays : paupérisation des Iraniens, exil des forces vives, mouvements de contestation de plus en plus récurrents qui menacent constamment la stabilité de la République islamique.</p>
<p>Les sanctions aggravent surtout la crise environnementale qui promet d&rsquo;être le défi le plus impérieux de l&rsquo;Iran dans les années à venir. De longues années durant, focalisées sur d&rsquo;autres urgences, les politiques publiques iraniennes ont négligé tout investissement en faveur d&rsquo;une transition écologique et du développement durable, notamment dans le secteur énergétique, faisant de l&rsquo;Iran l&rsquo;un des principaux émetteurs de CO2 au monde et surtout, un pays potentiellement sensible aux conflits liés à la raréfaction de l&rsquo;eau. Les manifestations dans la région d&rsquo;Ispahan à l&rsquo;automne 2021 ont d&rsquo;ailleurs démontré que l&rsquo;accès à cette ressource essentielle pour la survie du pays et de ses habitants allait devenir un enjeu politique majeur.</p>
<p>« Coincés » entre un avenir des plus critiques et un déficit démocratique croissant (et particulièrement manifeste lors de la dernière élection présidentielle), les Iraniens apparaissent plus que jamais au bord de la rupture avec un régime qui ne sait plus répondre à leurs préoccupations. Il ne manque, en réalité, qu&rsquo;une étincelle pour que leur colère ne l&#8217;emporte définitivement.</p>
<p>En dépit de son indéniable force militaire, ces fragilités politiques et sociales entament également le crédit diplomatique de l&rsquo;Iran dans la région. Menacé par la guerre civile, isolé sur la scène mondiale, Téhéran semble avoir du mal à exploiter à son avantage les rapides évolutions géopolitiques qui l&rsquo;entourent. Ainsi, il n&rsquo;a pas su capitaliser sur le retrait américain d&rsquo;Afghanistan, pays pourtant situé dans sa sphère d&rsquo;influence immédiate, et son rôle s&rsquo;est borné à accueillir et maîtriser le flot de réfugiés à sa frontière orientale. Sur ce dossier, l&rsquo;Iran est largement apparu comme un figurant et a pâti d&rsquo;une lenteur de réaction qui a bénéficié à d&rsquo;autres acteurs, à commencer par le Pakistan, toujours politiquement proche des talibans, et même le Qatar, pays sunnite du Golfe Persique qui ne partage pourtant aucune frontière commune avec le monde irano-afghan. La perte de crédit diplomatique de l&rsquo;Iran est palpable lorsqu&rsquo;on observe l&rsquo;attitude de la Russie, alliée de poids qui semble faire peu de cas de ses objectifs régionaux, ou celle de ses voisins, le Pakistan, l&rsquo;Azerbaïdjan et la Turquie, qui se sont engouffrés dans la brèche et multiplient les exercices militaires conjoints à sa frontière nord-ouest.</p>
<p>La synchronicité du rapprochement irano-saoudien avec les quelques avancées issues du premier cycle de négociations sur le nucléaire iranien à Vienne n&rsquo;est, à ce titre, guère surprenante. Il est évident qu&rsquo;une restauration, même partielle, du JCPoA contribuerait à réduire les tensions avec les Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient, pour le bénéfice de tous. Il faudrait pour cela que l&rsquo;Iran surmonte ses réticences et exigences, même légitimes, à savoir refuser toute mise en conformité avec les termes du traité sans premier pas de la part de Washington, et surtout sans garantie sur la pérennité de l&rsquo;accord en cas d&rsquo;alternance politique aux Etats-Unis. Le jeu en vaut pourtant la chandelle, car en cas de réussite des négociations, et avant la fin du mandat de Joe Biden, l&rsquo;Iran disposera tout de même de trois années pour réintégrer l&rsquo;économie mondiale, rendant tout potentiel retrait américain plus difficile à mettre en œuvre par la suite.</p>
<p>L&rsquo;obtention d&rsquo;un nouvel accord sur le nucléaire reste donc un objectif essentiel, voire existentiel, pour la région, et singulièrement pour Téhéran. Sans faire pour autant de l&rsquo;Iran une puissance dévastatrice comme le craint tout particulièrement l&rsquo;Etat hébreu, une normalisation de ses relations avec Washington contribuerait à apaiser les tensions régionales, d&rsquo;autant que l&rsquo;efficacité militaire de l&rsquo;alliance américano-iranienne a déjà fait ses preuves face aux talibans et à Daech. Elle obligerait aussi les rivaux de l&rsquo;Iran à réviser une politique ultra-sécuritaire qui n&rsquo;aurait plus lieu d&rsquo;être à son égard.</p>
<p>Mais pour l&rsquo;heure, la stratégie déployée par la République islamique les sert bien davantage, car elle compromet la réalisation d&rsquo;un tel objectif. Outre le retard accumulé et les exigences irréalistes de la nouvelle administration iranienne lors des négociations, le développement du programme nucléaire de l&rsquo;Iran l&rsquo;a présenté comme un partenaire aux intentions ambiguës et manquant de fiabilité aux yeux des autres parties. Si la situation persiste ainsi, Washington n&rsquo;aurait aucun mal à fédérer les Européens pour envisager de nouvelles sanctions, voire même des actions directes contre les installations nucléaires iraniennes ou des personnalités de renom.</p>
<p>Force est de constater que malheureusement, l&rsquo;Iran ne parviendra donc pas à éviter une lente agonie sans normalisation de sa relation avec les Etats-Unis. A cet égard, l&rsquo;année 2022 sera probablement décisive pour son avenir.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 2/01/2021.</strong></p>
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		<title>Nucléaire iranien : que penser des maladresses françaises ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/nucleaire-iranien-que-penser-des-maladresses-francaises/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Dec 2021 08:38:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-13572 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/000_9_N76_TD_ccc4da6987-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/000_9_N76_TD_ccc4da6987-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/000_9_N76_TD_ccc4da6987-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/000_9_N76_TD_ccc4da6987.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>La France est le troisième marchand d&rsquo;armes au monde, derrière les Etats-Unis et la Russie. En tournée dans le Golfe Persique pour effectuer trois visites aux Emirats Arabes Unis, au Qatar et hier en Arabie Saoudite, point d&rsquo;orgue très décrié de ce déplacement, Emmanuel Macron a souhaité rencontrer ces alliés controversés pour évoquer la lutte contre le terrorisme et la géopolitique locale, mais aussi pour obtenir quelques accords commerciaux. Le manque à gagner engendré par la perte du contrat des sous-marins avec l&rsquo;Australie a sans doute justifié une compromission de plus avec des monarchies autoritaires et ambigües dans leurs relations avec les mouvements islamistes, en revanche très transparentes lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de museler leurs opposants.</p>
<p>Le président français s&rsquo;est donc fait le VRP de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement nationale et a obtenu d&rsquo;Abou Dhabi une promesse d&rsquo;achat historique de 80 Rafale pour la somme de 16 milliards d&rsquo;euros, le plus important contrat jamais conclu par Dassault Aviation. Déjà critiqué pour cet accord, Emmanuel Macron est allé encore plus loin en devenant samedi à Djeddah le premier chef d&rsquo;Etat occidental à rencontrer Mohammed Ben Salmane depuis l&rsquo;assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018, dont le prince héritier saoudien serait le commanditaire.</p>
<p>Autant de gestes qui en disent long sur les intentions stratégiques françaises. Si Joe Biden se refuse obstinément à rencontrer « MBS » et n&rsquo;hésite pas à remettre en cause l&rsquo;alliance saoudienne, Paris ne s&#8217;embarrasse pas d&rsquo;autant de scrupules. Les temps sont durs, en particulier lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;assurer le financement des plans de relance et la reprise de l&rsquo;économie française malgré la pandémie de Covid-19&#8230; Alors, pour fidéliser cette précieuse clientèle, Emmanuel Macron se doit de lui donner quelques gages géopolitiques, au risque de nier la réalité des équilibres locaux.</p>
<p>Outre la situation au Liban et au Proche-Orient, c&rsquo;est sans surprise le sujet du nucléaire iranien qui a occupé les discussions. L&rsquo;Iran constitue en effet pour l&rsquo;Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis – beaucoup moins pour le Qatar qui lui est resté proche – un inquiétant « problème » au Moyen-Orient, et surtout pour leur propre stabilité en raison de sa puissance militaire et de ses principes idéologiques. L&rsquo;obsession est telle que les deux pays ont fini, en dépit de divergences religieuses et politiques évidentes, par se rapprocher d&rsquo;Israël, farouche contempteur du JCPoA et partisan d&rsquo;une solution militaire contre l&rsquo;Iran. Soucieux de rassurer ses deux alliés, Emmanuel Macron a donc joué les Cassandre, prophétisant un échec des nouvelles négociations rouvertes depuis seulement cinq jours, et réitérant sa proposition d&rsquo;y intégrer « les pays du Golfe, Israël, et tous ceux qui sont directement touchés dans leur sécurité » par le dossier iranien.</p>
<p>Flatteuse pour les pétromonarchies sunnites, l&rsquo;idée demeure insultante pour l&rsquo;Iran, alors que la renégociation de l&rsquo;accord de Vienne constitue sans doute le challenge diplomatique le plus complexe du moment. Chacune des parties reste campée sur ses positions, la question de la levée des sanctions n&rsquo;étant pas le moindre des blocages. Il est difficile de penser que l&rsquo;administration Raïssi sera disposée aux compromis avec de telles propositions émanant du camp occidental.</p>
<p>Emmanuel Macron justifie l&rsquo;intégration de l&rsquo;Arabie Saoudite en la qualifiant de « premier pays du Golfe en termes de taille ». Mais quelle est la pertinence d&rsquo;une telle remarque, aussi saugrenue qu&rsquo;imprécise, face à un pays de 85 millions d&rsquo;habitants éduqués, œuvrant quotidiennement à la vitalité de leur société en dépit des restrictions qu&rsquo;ils subissent depuis l’avènement de la République islamique ? Quel est son intérêt, face à un pays dont le potentiel économique aurait dû exploser, s&rsquo;il n&rsquo;y avait eu Donald Trump et un nouveau régime de sanctions ?</p>
<p>De longue date, Paris a préféré faire le choix de Riyad et d&rsquo;Abou Dhabi plutôt que celui de Téhéran, malgré les promesses que l&rsquo;accord de 2015 faisait miroiter aux grandes entreprises françaises voulant faire des affaires en Iran. C&rsquo;était déjà un choix regrettable par le passé, il est aujourd&rsquo;hui toujours aussi contestable au regard de la situation géopolitique du Moyen-Orient.</p>
<p>Depuis 2015, les équilibres ont nettement changé. Le mandat catastrophique de Donald Trump, le désastre du retrait américain d&rsquo;Afghanistan, ont gravement entamé la crédibilité de l&rsquo;Occident dans le monde entier. L&rsquo;Iran sous sanctions ne s&rsquo;est pas perdu plus longtemps dans une attente illusoire auprès de ses alliés occidentaux, décidant de tourner son regard vers l&rsquo;Est, vers la Russie et la Chine, ces deux grandes puissances qui siègent également au Conseil de Sécurité de l&rsquo;ONU et empêchent, par leur droit de veto, le camp occidental d&rsquo;obtenir la moindre résolution contre Téhéran. Preuve d&rsquo;un basculement stratégique vers l&rsquo;Asie, Pékin l&rsquo;a enfin intégré à l&rsquo;Organisation de la Coopération de Shanghai et reste la principale cliente de ses hydrocarbures malgré les sanctions américaines.</p>
<p>Le président français lit encore le Moyen-Orient avec d&rsquo;anciennes cartes. Se tourner vers les pétromonarchies sunnites du Golfe Persique, c&rsquo;est méconnaître délibérément le rôle incontournable que l&rsquo;Iran joue désormais dans la région, que ce soit en Syrie – son implication a contribué au maintien du régime de Bachar el-Assad et de facto à la mise en échec des Occidentaux qui voulaient sa chute – ou au Yémen, avec la prise imminente de Marib par les Houthis, ville stratégique dont la conquête leur donnerait une grande marge de manœuvre dans les pourparlers avec le gouvernement yéménite. Même en Irak, l&rsquo;influence des partis politiques proches de l&rsquo;Iran reste intacte en dépit de leur défaite aux dernières élections législatives. Reste enfin la question cruciale de l&rsquo;Afghanistan, en proie à une catastrophe humanitaire sans précédent et à un possible exil massif de sa population jusqu&rsquo;en Europe. En la matière, à l&rsquo;inverse des pétromonarchies, l&rsquo;Iran incarne l&rsquo;interlocuteur de premier plan en raison de sa frontière commune avec l&rsquo;Afghanistan, et même de ses bonnes relations avec les talibans. Pourtant, son importance demeure ignorée par les chancelleries occidentales.</p>
<p>Emmanuel Macron s&rsquo;illusionne en pensant que la France a encore une voix qui porte. Doit-on rappeler le peu de cas que Washington a fait de Paris dans la formation de l&rsquo;AUKUS ? Une telle accumulation de maladresses et de mauvais choix stratégiques, si elle venait à persister, risque d&rsquo;accentuer fortement son isolement diplomatique et de lui faire perdre son traditionnel rôle d&rsquo;honnête courtier, rendant sa voix totalement inaudible et laissant la place à d&rsquo;autres acteurs plus réalistes.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 05/12.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Partie de poker sur le nucléaire iranien</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/partie-de-poker-sur-le-nucleaire-iranien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Dec 2021 08:28:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Nucléaire iranien]]></category>
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					<description><![CDATA[Après une pause de plusieurs mois, des négociations entre les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, la France et le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/partie-de-poker-sur-le-nucleaire-iranien/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-13507 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/jcpoa-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/jcpoa-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/jcpoa-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/12/jcpoa-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Après une pause de plusieurs mois, des négociations entre les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont repris avec l’Iran, le 29 novembre dernier à Vienne, en vue de relancer le plan d’action global conjoint (JCPoA), prévoyant une réintégration internationale de Téhéran en échange d’un gel vérifiable de son programme nucléaire.</p>
<p>Les négociations avaient déjà repris en avril, après l’accession au pouvoir de Joe Biden, mais avaient été suspendues en raison de la victoire en juin d’un nouveau président ultraconservateur, Ebrahim Raïssi, à Téhéran.</p>
<h4 class="inter-titre">Accélération récente du programme nucléaire iranien</h4>
<p>L’Iran, qui a pu accélérer ces derniers mois sa marche vers le seuil du nucléaire grâce à des erreurs stratégiques de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu, a suivi à la lettre la rhétorique du guide suprême Ali Khamenei en appliquant une ligne stricte sur la question du nucléaire. En effet, depuis le retrait de l’accord des États-Unis en 2018 décidé par Donald Trump sous pression de la part de Benjamin Netanyahou, et surtout depuis le début de l’année, l’Iran a franchi plusieurs lignes rouges, notamment en portant le taux d’enrichissement d’uranium à un niveau inédit et en restreignant l’accès aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).</p>
<p class="mise_en_avant">“Depuis le retrait de l’accord des États-Unis en 2018 et surtout depuis le début de l’année, l’Iran a franchi plusieurs lignes rouges, notamment en portant le taux d’enrichissement d’uranium à un niveau inédit et en restreignant l’accès aux inspecteurs de l’AIEA”</p>
<p>Le but était de forcer la main de Washington pour obtenir une suppression totale des sanctions économiques appliquées à l’économie iranienne. Le négociateur nucléaire en chef, Ali Bagheri-Kani, a déclaré à la chaîne Al Jazeera le 22 novembre qu’il n’y avait aucune raison pour que l’Iran cesse ses activités nucléaires qui violent le JCPoA, puisque “la partie violatrice et non conforme à l’accord ne démontre pas, dans la pratique, son engagement envers le JCPoA”, utilisant ainsi le retrait de Washington de l’accord en 2018 comme prétexte idéal pour justifier le développement du programme nucléaire iranien.</p>
<h4 class="inter-titre">La levée totale des sanctions en tête de liste des demandes de l’Iran</h4>
<p>Pour ce nouveau cycle de négociations, les demandes de l’Iran sont nombreuses, de nouvelles venant s’ajouter aux anciennes.</p>
<p>La première exigence de Téhéran est que l’objet des négociations doit strictement porter sur la levée des sanctions. L’Iran refuse en effet, à ce stade, de discuter de son programme de missiles balistiques ou de parler des problématiques liées à la politique régionale, considérant que seuls les acteurs régionaux sont concernés. En plus de vouloir focaliser les discussions sur ce point, les responsables iraniens insistent sur leur volonté d’obtenir une levée totale des sanctions, sans compromis possible, afin d’accepter un retour au respect des engagements nucléaires pris dans le cadre du JCPoA. Cela concerne ainsi 1 500 sanctions individuelles imposées par l’administration Trump après son retrait du JCPoA en mai 2018, ainsi que les sanctions non nucléaires et autres mesures unilatérales clés imposées sous le président Obama, telles que les décrets concernant l’embargo sur les armes et la loi de 2017 Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA).</p>
<p class="mise_en_avant">“L’Iran refuse en effet, à ce stade, de discuter de son programme de missiles balistiques ou de parler des problématiques liées à la politique régionale, considérant que seuls les acteurs régionaux sont concernés”</p>
<p>La deuxième demande de l’Iran est l’indemnisation des pertes subies par Téhéran à la suite du retrait de Washington décidé par Donald Trump en 2018. Téhéran demande en effet à l’administration Biden de montrer qu’elle diffère de la précédente et qu’elle souhaite sérieusement lever les sanctions et instaurer un climat de confiance nécessaire entre les négociateurs pour la suite des discussions. Le 27 octobre dernier, le ministre iranien des Affaires étrangères a réitéré sa demande à Washington de débloquer 10 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés en guise de geste de bonne foi.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un mécanisme de vérification de la levée effective des sanctions</strong></h4>
<p>Enfin, la dernière exigence de Téhéran, justifiée par les récentes désignations américaines des entités iraniennes, est la mise en place d’un mécanisme de vérification de la levée des sanctions afin de réévaluer en permanence son effectivité. Khamenei, lors de son discours du nouvel an iranien en mars 2021, a accusé l’administration Obama de n’avoir levé les sanctions que sur le papier au cours des premières années du JCPoA, tout en continuant sur le terrain à dissuader les entreprises du monde entier de faire des affaires avec l’Iran. Les responsables iraniens indiquent être enclins à autoriser un organisme impartial à superviser le processus de vérification.</p>
<p class="mise_en_avant">“Les responsables iraniens proposent comme indicateurs de l’efficacité du processus la capacité du pays à acheter et vendre du pétrole ou encore la capacité à transférer ses réserves de devises étrangères dans son pays”</p>
<p>Ils proposent comme indicateurs de l’efficacité du processus la capacité du pays à acheter et vendre du pétrole (avec un seuil minimal de deux millions de barils de pétrole vendus par jour) ou encore la capacité à transférer ses réserves de devises étrangères dans son pays. Prévoyant la possibilité de l’échec des discussions, Téhéran demande également aux gouvernements européens de mettre en place une loi de blocage pour annuler les effets des sanctions américaines sur les entreprises européennes, si les sanctions étaient amenées à persister.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les Etats-Unis et Israël en veulent plus</strong></h4>
<p>Du côté de Washington, l’administration Biden exige que Téhéran se remette d’abord à appliquer les termes de l’accord d’origine. De plus, Washington souhaite que des nouveaux sujets tels que les missiles balistiques et les ingérences régionales du pouvoir iranien, non évoqués dans le JCPoA initial, soient traités dans ce nouveau cycle de négociations. Pour l’instant, les États-Unis appliquent la doctrine de politique étrangère du président Théodore Roosevelt – “parler doucement tout en portant un gros bâton” – car ils souhaitent éviter une crise majeure avec des répercussions inconnues au Proche-Orient, région clé pour le commerce mondial d’or noir. Cependant, il est possible que cela ne dure pas. En effet, l’émissaire américain Robert Malley a mis en garde Téhéran en déclarant que les États-Unis ne resteraient pas “les bras croisés” si l’Iran s’approche trop près de l’obtention de l’arme nucléaire. Ennemi numéro un de l’Iran, Israël se dit quant à elle, “très préoccupé par la volonté de lever des sanctions en échange de restrictions insuffisantes sur le programme nucléaire”.</p>
<p class="mise_en_avant">“Washington souhaite que des nouveaux sujets tels que les missiles balistiques et les ingérences régionales du pouvoir iranien, non évoqués dans le JCPoA initial, soient traités dans ce nouveau cycle de négociations”</p>
<p>Ainsi, compte tenu de l’objectif premier des pays occidentaux qui est d’endiguer la prolifération nucléaire de la région et surtout de l’Iran, le refus total de la part de l’Iran de parler d’autre chose que des sanctions pourrait constituer un réel point bloquant lors de ce nouveau cycle de négociations. Les négociations revêtent donc les atours d’une véritable partie de poker, où le bluff est au centre des stratégies.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani et Inès Belkheiri. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 01/12/2021.</strong></p>
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