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	<title>Mohammed Ben Salmane &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>MBS réécrit l’Histoire de l&#8217;Arabie saoudite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Feb 2022 15:47:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
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<p>Fin janvier, le gouvernement saoudien a initié une étrange opération de communication. Jusqu’au début de l’année, on pouvait encore lire sur le site officiel de l’ambassade d’Arabie saoudite aux États-Unis le récit communément admis concernant la fondation du premier royaume saoudien au XVIIIe siècle. Il est ainsi attesté que vers 1745, Mohammed ibn Saoud, maître de l’oasis de Dariya, non loin de Riyad, le créa avec l’appui du prédicateur Mohammed ibn Abdelwahhab, un imam chassé de sa terre natale en raison de ses prêches prônant un islam ultra-radical. Cette alliance du sabre et du turban permit à la famille Al-Saoud d’émerger comme le principal pouvoir local, conquérant jusqu’au début du XIXe siècle dans la majeure partie de ce qui constitue l’actuelle Arabie saoudite, jusqu’à ce que les Ottomans mettent un terme à cette expansion en décapitant l’arrière-petit-fils d’Ibn Saoud. Pour autant, deux autres royaumes saoudiens se succédèrent par la suite : un second de 1824 à 1891, enfin un troisième fondé en 1932 par Abdelaziz Ibn Saoud, père du roi Salmane, qui évinça les Hachémites, chérifs de La Mecque et de Médine depuis près de mille ans, notamment grâce à la milice des Ikhwans de sinistre mémoire.</p>
<p class="mise_en_avant">“Durant 300 ans et jusqu’à nos jours, le système politico-religieux associant un pouvoir tribal détenu par une famille légitimée par l’autorité religieuse du wahhabisme perdura malgré l’adversité”</p>
<p>Ainsi, durant 300 ans et jusqu’à nos jours, le système politico-religieux associant un pouvoir tribal détenu par une famille légitimée par l’autorité religieuse du wahhabisme perdura malgré l’adversité, les descendants d’Abdelwahhab, les Al ash-Sheikh, s’alliant très régulièrement par mariage aux Saoud avec lesquels ils partagent le pouvoir et qui leur ont confié la gestion des affaires religieuses en échange de leur soutien politique.</p>
<p>Telle était, jusqu’à présent, l’histoire de l’Arabie saoudite que les historiens et les autorités saoudiennes présentaient au public. Un rapide détour par le même site officiel saoudien début février racontait pourtant un tout autre récit national, puisqu’il situait la fondation du premier royaume saoudien en 1727, soit environ dix-huit ans avant la fuite d’ibn Abdelwahhab vers Dariya, ne mentionnait l’imam radical qu’à titre presque informatif, et plus du tout son objectif, avec Ibn Saoud, de “retrouver et de porter les enseignements purs de l’islam” auprès de la communauté des croyants.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Plus loin du wahhabisme, plus près du trône</strong></h4>
<p>Cette réécriture de l’Histoire tient à la publication, le 27 janvier dernier, d’un décret du roi Salmane, faisant du 22 février 1727 la nouvelle date officielle de la fondation du premier royaume saoudien, qui correspond à la prise de pouvoir de Mohammed ibn Saoud à la mort de son père. Validé “officiellement” par les recherches d’historiens saoudiens, le choix de cette date n’est pas anodin. Il fait purement et simplement disparaître toute mention au pacte politico-religieux unissant les Saoud au fondateur du wahhabisme et, par extension, à toutes ses déclinaisons fondamentalistes (dont le salafisme djihadiste), pour présenter désormais l’œuvre de l’ancêtre des Saoud comme une volonté de transformer Dariya, simple oasis devenue par la magie de la communication une “cité-État”, en un État-nation “apportant la paix et l’unité dans toute la péninsule arabique”.</p>
<p class="mise_en_avant">“Le choix de cette date n’est pas anodin. Il fait purement et simplement disparaître toute mention au pacte politico-religieux unissant les Saoud au fondateur du wahhabisme et, par extension, à toutes ses déclinaisons fondamentalistes”</p>
<p>Loin d’être motivé par une saine prise de conscience concernant les effets néfastes du wahhabisme en Arabie saoudite et plus largement dans le monde musulman, ce discret travail d’effacement répond à plusieurs objectifs du prince héritier Mohammed Ben Salmane : développer le nationalisme saoudien, rendre son pays plus fréquentable en l’éloignant en surface de l’islam fondamentaliste, enfin et surtout sécuriser son accession au pouvoir alors que la santé de son père, âgé de 86 ans, décline. De longue date, le règne des Saoud a dû faire face aux tensions historiques et aux rivalités familiales pour durer. En 1982, le roi Fahd, frère aîné du roi Salmane, ôta à la position de prince héritier son caractère héréditaire. En 2005, leur frère Abdallah créa un Conseil d’allégeance rassemblant un nombre conséquent de princes pour confirmer le futur roi dans ses fonctions. Tout ce système de régulation a cependant été considérablement mis en difficulté depuis 2015, avec le début du règne du roi Salmane et la faveur dont bénéficie son fils préféré, qui a fait emprisonner voire torturer plusieurs membres de sa propre famille, dont deux anciens princes héritiers.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La manœuvre risquée de MBS</strong></h4>
<p>Réécrire l’Histoire et réduire ainsi le rôle des Al ash-Sheikh, naturellement essentiels dans le choix du futur roi, apparaît bien comme une manœuvre politique dans la lignée de la mise au pas des princes concurrents, très critiques du jeune prince et inquiets de le voir détenir les rênes de l’Arabie saoudite pour les décennies à venir.</p>
<p class="mise_en_avant">“Dans sa volonté d’affaiblir les liens des Saoud avec le wahhabisme, MBS risque également de voir se constituer un front d’opposition réunissant aussi bien des membres de sa famille que de l’establishment religieux”</p>
<p>Si la fête nationale saoudienne demeurera le 23 septembre, en référence au 23 septembre 1932, date de la fondation du troisième royaume saoudien par Ibn Saoud, le nouveau “Foundation Day” saoudien devrait être établi le 22 février, date à laquelle le retour du roi Salmane à Riyad est attendu, après deux ans “d’exil” dans un palais de la ville nouvelle de Neom créée par son fils. De nouvelles annonces politiques devraient être faites à cette occasion. Mais dans sa volonté d’affaiblir les liens des Saoud avec le wahhabisme, MBS risque également de voir se constituer un front d’opposition réunissant aussi bien des membres de sa famille que de l’establishment religieux, qui subit déjà un fort recul de ses prérogatives. Bien qu’il l’ait entreprise depuis longtemps, la longue marche vers le pouvoir de Mohammed Ben Salmane ne présente encore aucune garantie d’avoir l’issue espérée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si à Washington, on continue de traiter directement avec le roi Salmane, tant ce qui se trame à Riyad peut encore fait l’objet de multiples rebondissements.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 15/02/2022.</strong></p>
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		<title>Le G20 de Riyad, un ratage de plus pour MBS</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-g20-de-riyad-un-ratage-de-plus-pour-mbs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Nov 2020 15:39:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[G20]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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<p>L&rsquo;année 2020 aura décidément été fatale aux nombreux projets que concevait Mohammed Ben Salmane pour son pays, et surtout pour ses ambitions personnelles. Si l&rsquo;Arabie Saoudite a bien été le premier pays arabe à accueillir le 15ème sommet du G20, l&rsquo;évènement aura été, par la force des choses, réduit à un week-end de réunions virtuelles entre les dirigeants des vingt pays les plus riches du monde, tous restés à domicile, loin de la vitrine tant espérée pour séduire les investisseurs du monde entier. Alors qu&rsquo;il prévoyait de promener les dirigeants invités à Al-Ulla, la cité nabatéenne, et même à Diriyah, le berceau familial des Saoud, qu&rsquo;il comptait leur vanter les mérites de son pharaonique projet de ville futuriste Neom, et souligner le bénéfice de ses « réformes » économiques et sociales pour l&rsquo;avenir de son pays, le Prince héritier aura vu les échanges se concentrer exclusivement sur la pandémie et les conditions d&rsquo;accès au futur vaccin. Le maintien de certaines festivités pour donner le change aux Saoudiens, et les concours de dithyrambes des médias locaux, n&rsquo;ont pas réussi à masquer cette évidence : l&rsquo;opération de communication lui aura totalement échappé. Preuve de cet échec, « MBS » ne figure nulle part sur la traditionnelle photo de famille des dirigeants, composée numériquement en raison des circonstances sanitaires. Seul son père, le roi Salmane, y représente l&rsquo;Arabie Saoudite.</p>
<p>A travers cette grand-messe du multilatéralisme, le royaume espérait « blanchir » l&rsquo;image du Prince héritier, entachée depuis ses débuts au pouvoir par son implication dans l&rsquo;assassinat de Jamal Khashoggi, son autoritarisme brutal et ses réformes sociales « Potemkine ». Outre la pandémie, les organisations de défense des droits de l&rsquo;homme se sont plues à jouer également les trouble-fête du sommet, en appelant à boycotter cette fausse « Arabie heureuse » dont les prisons comptent non seulement des militantes féministes telles que Loujain al-Hathloul, arrêtée pour avoir réclamé le droit de conduire avant que le Prince ne daigne l&rsquo;accorder aux femmes, et jamais relâchée depuis lors, mais aussi des religieux modérés, des activistes, et jusqu&rsquo;à des membres de sa propre famille. La brutalité du régime s&rsquo;exprime jusque dans la répression infligée aux tribus qui refusent l&rsquo;expropriation induite par le gigantisme du projet Neom, au point que les chefs tribaux en ont appelé aux Nations-Unies pour défendre leurs droits.</p>
<p>L&rsquo;Arabie Saoudite a beau tenter de faire taire les critiques ou censurer les personnalités qu&rsquo;elle invite, à l&rsquo;instar du prix Nobel d&rsquo;économie Joseph Stiglitz &#8211; qui avait osé réclamer une minute de silence pour Jamal Khashoggi et la libération des militantes emprisonnées lors du sommet Think 20, organisé virtuellement par Riyad début novembre &#8211; la mauvaise réputation du Prince le précède, et pèse sur l&rsquo;avenir du pays plus que n&rsquo;importe quelle pandémie mondiale. Si certains diplomates se sont montrés moins circonspects, les maires de Paris, Londres, New York et Los Angeles ont ainsi décliné toute participation aux évènements du G20. En réalité, les politiques étrangers ne font que suivre la tendance déjà montrée par les investisseurs. L&rsquo;Allemand Siemens, comme le Japonais SoftBank, potentiels soutiens du projet Neom, ont ainsi retiré leur participation en invoquant l&rsquo;absence de respect des droits de l&rsquo;homme. L&rsquo;Arabie Saoudite fait fuir jusqu&rsquo;aux fans de e-sport, qui ont abreuvé de critiques le compte Twitter du développeur américain de jeux vidéos Riot Games, lorsque celui-ci envisageait d&rsquo;investir lui aussi dans le projet. Vingt-quatre heures après son annonce, l&rsquo;entreprise renonçait à son engagement.</p>
<p>Loin des rêves de villes numériques sorties du désert et d&rsquo;un tourisme florissant en ces temps de pandémie, la seule façon pour l&rsquo;Arabie Saoudite de regagner un minimum de respect de la part de la communauté internationale serait d&rsquo;accepter enfin de réécrire le contrat social qui la lie avec son peuple.  Malgré l&rsquo;urgence économique et sociale et, plus encore, malgré une contestation de plus en plus menaçante au sein même de la famille royale, on peine à croire que le Prince héritier s&rsquo;y résolve. On sait à quel point «MBS » préfère faire en sorte que « tout change pour que rien ne change »&#8230; L&rsquo;arrivée de Joe Biden à la tête des Etats-Unis menace pourtant le fragile édifice, et Riyad en a parfaitement conscience. Ainsi, un geste de bonne volonté serait attendu de la part du royaume saoudien pour se gagner les bonnes grâces du président élu.</p>
<p>La visite express et à peine secrète de Benjamin Netanyahu à Neom dimanche &#8211; niée par les autorités saoudiennes, mais confirmée par le gouvernement israélien – où le Premier ministre se serait entretenu avec Mike Pompeo et « MBS », ne donne pas de signe positif en ce sens. Elle semble au contraire affirmer la pérennité de l&rsquo;axe construit par les pétromonarchies arabes et l&rsquo;Etat hébreu contre l&rsquo;Iran sous l&rsquo;égide de l&rsquo;administration Trump, et suggère une hypothétique normalisation des relations entre Israël et l&rsquo;Arabie Saoudite.</p>
<p>Si celle-ci finissait par advenir, ce serait une trahison de plus pour un Etat qui avait de tous temps conditionné la reconnaissance de l&rsquo;existence d&rsquo;Israël à la solution à deux Etats, ainsi que le préconisait le « plan Abdallah » formulé il y a bientôt 20 ans. Mais face à la défense des intérêts saoudiens, ceux du peuple palestinien, on le sait, pèsent fort peu désormais. La stratégie pourrait néanmoins s&rsquo;avérer un mauvais calcul, compte tenu des prises de position de Joe Biden en faveur d&rsquo;un dialogue constructif avec l&rsquo;Autorité palestinienne. Habitué à transformer tout ce qu&rsquo;il touche en tragédie, Mohammed Ben Salmane sème peut-être déjà les graines d&rsquo;un échec supplémentaire, qui ne fera que diminuer un peu plus son prestige et, surtout, sa légitimité à gouverner.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 25/11/2020.</strong></p>
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		<title>Les ambitions de MBS stoppées net par le coronavirus</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-ambitions-de-mbs-stoppees-net-par-le-coronavirus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2020 14:09:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed Ben Salmane]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-6521 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/les-ambitions-de-mbs-pour-larabie-saoudite-stoppees-net-par-le-coronavirus-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/les-ambitions-de-mbs-pour-larabie-saoudite-stoppees-net-par-le-coronavirus-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/les-ambitions-de-mbs-pour-larabie-saoudite-stoppees-net-par-le-coronavirus-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/07/les-ambitions-de-mbs-pour-larabie-saoudite-stoppees-net-par-le-coronavirus-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Le coronavirus aura t-il raison du royaume des Saoud ? Face à une accélération dramatique de la propagation du virus depuis début juin, l&rsquo;Arabie Saoudite n&rsquo;a en effet pas eu d&rsquo;autre choix que de restreindre drastiquement le nombre de pèlerins qui viendront cette année accomplir le <em>Hajj</em>, le pèlerinage à la Mecque. En temps ordinaire, le royaume accueille pourtant entre 1,9 et 3,2 millions de pèlerins musulmans par an, ce qui représente près de 8 milliards de dollars de revenus. L&rsquo;année 2020 n&rsquo;en verra que 10 000, obligatoirement de nationalité saoudienne. On se figure aisément le montant de la colossale perte financière pour le royaume.</p>
<p>Cette difficile décision résume finalement à elle seule à quel point le coronavirus risque d’impacter l’équilibre de l&rsquo;Arabie Saoudite à long terme. Menacée, comme les autres pays du Moyen-Orient, par la virulence de la pandémie, affaiblie par la baisse des cours du pétrole, à la fois en raison de la guerre des prix lancée par l’Arabie Saoudite début mars et de l&rsquo;actuelle récession mondiale, elle risque non seulement de ne pas pouvoir se moderniser, comme le souhaitait si ardemment le Prince héritier Mohammed Ben Salmane, mais également de ne même plus avoir les moyens de son style de vie basé sur la rente.</p>
<p>Ironiquement, c&rsquo;est la découverte du pétrole qui avait mis fin, dans les années 1930, à la dépendance économique du royaume saoudien pour les subsides générés par le <em>Hajj</em>, alors encore modestes. De source principale de revenus, celui-ci s&rsquo;est finalement mué en outil précieux dans le cadre de la diplomatie religieuse saoudienne dans le monde musulman.</p>
<p>Depuis lors, le budget de l&rsquo;Etat-providence saoudien s&rsquo;était presque exclusivement appuyé sur les revenus pétroliers. Mais face aux aléas de la demande, aux crises économiques mondiales successives et à la raréfaction programmée des ressources naturelles, Riyad s&rsquo;était enfin résignée, sous l&rsquo;impulsion du Prince héritier, à mettre en place un programme de diversification économique. Avec une population active de seulement 42%, et entre 300 000 et 400 000 jeunes Saoudiens entrant sur le marché du travail chaque année, il y avait effectivement urgence à proposer un projet d&rsquo;envergure.</p>
<p>Le plan « Vision 2030 » présenté en 2016 par Mohammed Ben Salmane affichait ainsi son ambition de faire de l&rsquo;Arabie Saoudite un pays « moderne », où la consommation, le divertissement et l&rsquo;ouverture au tourisme étranger, mais aussi la privatisation de nombreux secteurs de l&rsquo;économie et le développement de villes futuristes comme le projet Neom, remplaceraient cette trop grande dépendance aux hydrocarbures. Le plan comptait ainsi 14 objectifs de réformes économiques, 11 réformes sociales, et huit réformes administratives à réaliser en quinze ans. Cependant, dès son annonce, le plan semblait manquer de crédibilité pour rattraper le retard accusé par le royaume par rapport à ses voisins qataris ou émiratis, déjà engagés depuis de nombreuses années dans une transition énergétique et une diversification économique bien plus avancées.</p>
<p>Dans ce cadre, un retour aux fondamentaux, avec un développement accru du tourisme religieux, s&rsquo;imposait également comme une évidence pour Riyad, avec un objectif de 30 millions de pèlerins par an – soit une multiplication par 10 du chiffre actuel ! Illustration de la fragilité globale de ce projet, à l&rsquo;heure d&rsquo;une restriction massive des déplacements vers l&rsquo;étranger, en particulier pour les pays musulmans d&rsquo;Asie et du Moyen-Orient dramatiquement touchés par une flambée de cas de contamination, l&rsquo;idée risque de ne plus faire recette&#8230;</p>
<p>Plus globalement, face aux mesures de confinement des populations et à la baisse du trafic aérien, face à un tourisme mondial qui risque de ne pas retrouver son niveau avant 2023, et à la chute de la demande mondiale de pétrole, c&rsquo;est la viabilité même du plan Vision 2030 qui est remise en cause, selon de nombreux analystes.</p>
<p>A l&rsquo;époque de son lancement, ce plan visait 1000 milliards de dollars d&rsquo;investissements étrangers, 1000 milliards de dollars consacrés à des méga-projets d&rsquo;infrastructures, un abondement du secteur minier de 67 milliards de dollars et une augmentation de la part du PIB non pétrolier de 16 à 50%.</p>
<p>Mais même avant l&rsquo;impact de la pandémie, l&rsquo;évolution était-elle déjà en marche ? C&rsquo;est douteux. La presse étrangère avait d&rsquo;ailleurs remarqué que, de façon assez significative, la section du site « Vision 2030 » attestant de l&rsquo;avancée des projets, n&rsquo;avait plus été mise à jour depuis deux ans.  Le chômage touche toujours 12% de la population active, et si la part du secteur non-pétrolier avait effectivement enregistré en 2019 une croissance de 3,3% sa meilleure augmentation depuis 2014, la croissance économique globale saoudienne n&rsquo;a augmenté que de 0,3%.</p>
<p>La privatisation d&rsquo;une partie du capital de Saudi Aramco, qui devait générer plusieurs milliards de dollars de retombées financières destinées à la soutenabilité du plan Vision 2030, a été plus que décevante. Seuls 1,5% du capital, contre les 5% prévus initialement, ont été introduits en Bourse, soit 25,6 milliards de dollars destinés au fonds public finançant le plan, très loin des bénéfices espérés il y a quatre ans. Ce d’autant que les principaux souscripteurs étaient l’Emirat d’Abou Dhabi à hauteur de 5 milliards et ceux de la famille Saoud qui avaient vu leurs actifs gelés… Enfin, les timides avancées sociales, représentées par l&rsquo;obtention du droit de conduire par les femmes et l&rsquo;ouverture des cinémas, n&rsquo;ont pas été jugées suffisamment convaincantes pour attirer les investisseurs étrangers.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, la baisse des revenus pétroliers, d&rsquo;ores et déjà divisés par deux par rapport à 2019, a considérablement fragilisé les finances du royaume. L&rsquo;agence de notation financière Fitch prévoit notamment une contraction du secteur non-pétrolier saoudien de 4% pour 2020, une très mauvaise tendance pour les efforts de diversification économique du pays. Les secteurs des transports, de la construction et de l&rsquo;habillement ont été fortement touchés par les mesures de confinement, de même que près de deux tiers des start-up et PME, qui devaient représenter 35% du PIB d&rsquo;ici 2030. Pour financer ses mesures d&rsquo;austérité face à la récession, Riyad a déjà prélevé près de 8 milliards sur le budget destiné au plan Vision 2030. Et pour l&rsquo;heure, le reste de ces fonds servent davantage à l&rsquo;achat d&rsquo;actifs étrangers à bas coût qu&rsquo;aux investissements locaux. A cet égard, le projet de ville futuriste Neom, si cher au cœur du Prince héritier, à la position particulièrement stratégique dans le cadre d&rsquo;une normalisation des relations entre l&rsquo;Arabie Saoudite et Israël, mais dont le développement accusait déjà de graves lenteurs, risque quant à lui de finir enterré sous les sables du désert, comme un rêve de grandeur vain et inachevé.</p>
<p>Mais plus encore que ses ambitions économiques, la récession menace gravement la stabilité même du royaume. Le gouvernement a d&rsquo;ores et déjà annoncé un triplement de la TVA sur les biens et les services de 5 à 15%, la suppression d&rsquo;une aide de 266 dollars destinée aux fonctionnaires et envisage d&rsquo;autres mesures d&rsquo;austérité. Les Saoudiens, habitués depuis toujours à un généreux Etat-providence, les accepteront-ils sans exiger de réécrire le contrat social qui les lie à leurs dirigeants ? Rien n&rsquo;est moins sûr&#8230; En 2016, « MBS » promettait un avenir brillant à son pays. Mais aujourd&rsquo;hui, sous les traits du coronavirus, l&rsquo;imprévisible semble avoir considérablement assombri à la fois celui de l&rsquo;Arabie Saoudite, et le sien.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 08/07/2020.</strong></p>
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		<title>La gifle de Trump à MBS, ou le rappel du pacte de Quincy</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-gifle-de-trump-a-mbs-ou-le-rappel-du-pacte-de-quincy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2020 15:25:11 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed Ben Salmane]]></category>
		<category><![CDATA[Trump]]></category>
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<p>En cet Orient si compliqué, les observateurs ont trop souvent tendance à écarter l’évidence des faits en faveur d’une explication alambiquée fondée sur la théorie du complot. Comme si l’évidence n’était pas de nature à expliquer les faits et qu’il fallait impérativement rechercher l’explication véritable ailleurs, qui elle, serait forcément occulte. L’idée sous-jacente étant qu’il faut chercher un sens caché dans chaque chose car la vérité n’est pas transparente ni librement consultable.</p>
<p>C’est ainsi que fut appréhendé le retrait américain de l’Arabie Saoudite de ses quatre batteries de missiles Patriot et la flotte de deux escadrons de F15 que ces missiles étaient censés protéger. L’explication américaine qui consistait à insister sur le besoin d’assurer la maintenance aussi bien des missiles que des avions de chasse n’a convaincu personne en cette période de tension dans le golfe persique.</p>
<p>Or, pour expliquer ce retrait, il est difficile de ne pas se référer à la menace que les Etats-Unis ont proféré à l’égard de l’Arabie Saoudite en la personne de son prince héritier le 2 avril dernier lors d’un entretien téléphonique entre Trump et Mohammad bin Salmane (« MBS »). A l’occasion de cette conversation téléphonique, Trump a clairement fait comprendre à MBS que si l’Arabie Saoudite ne réduisait pas sa production pétrolière, le parapluie de défense que les Etats-Unis apportaient à son pays allait se refermer mettant de la sorte un terme à 75 années de protection militaire.</p>
<p>Cette protection militaire, souvent appelée l’accord Quincy, d’après le bâtiment de la marine américaine sur lequel Roosevelt et Ibn Saoud se sont rencontrés, prévoyait justement la protection américaine pour les Saoud et leurs installations pétrolières en échange de l’accès américain à leurs gisements miniers d’hydrocarbures. Aujourd’hui, plus de trois mille soldats américains sont stationnés en Arabie Saoudite et la 5<sup>e</sup> flotte américaine ancrée au Bahreïn protège les exportations pétrolières saoudiennes.</p>
<p>Dix jours après ce fameux entretien téléphonique du 2 avril, les Saoudiens obtempéraient. L’OPEP a accepté sous la pression saoudienne de réduire sa production pétrolière de 10% correspondant à 9,7 millions de baril/jours, dont 2,5 millions de barils sur les seuls quotas de l’Arabie Saoudite.</p>
<p>La tâche de Trump n’était pas difficile car il est vrai de surcroit que l’Arabie Saoudite ne jouit pas d’une grande sympathie au sein du Congrès américain. Toutes tendances confondues les sénateurs ne cessent de critiquer l’Arabie Saoudite dont l’image se dégrade depuis le tragique affaire Khashoggi. Le 16 mars dernier, presqu’un mois avant la décision de l’OPEP de réduire sa production pétrolière et deux semaines avant l’entretien entre MBS et Trump, 13 sénateurs républicains ont interpellé le prince héritier saoudien par écrit en lui rappelant la totale dépendance aussi bien de sa famille que de son pays au soutien militaire de Washington.</p>
<p>Deux jours après l’envoi de ce courrier collectif par des sénateurs républicains à MBS, le même groupe de signature s’est rendu à l’Ambassade saoudienne à Washington afin de relayer verbalement leur message à l’ambassadrice saoudienne, Reema bint Bandar bin Sultan avec une violence qui reflétait à l’identique le désarroi du secteur pétrolier américain, notamment celui du pétrole de schiste et les conséquences de la guerre désastreuse saoudienne au Yémen ayant déjà fait 100,000 morts civils.</p>
<p>Il n’en demeure pas moins que malgré l’acceptation par les Saoudiens d’assumer le coût du déploiement des missiles et des F15, à hauteur de 500 millions de USD, ce contingent n’est pas encore revenu, histoire pour Trump de rappeler la dépendance de Ryad à l’égard de Washington en ces temps troubles où le programme spatial iranien place des missiles militaires en orbite….</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 13/05/2020.</strong></p>
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		<title>Les paris hasardeux de MBS dans la guerre des prix du pétrole</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-paris-hasardeux-de-mbs-dans-la-guerre-des-prix-du-petrole/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2020 20:39:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed Ben Salmane]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-5893 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/les-paris-hasardeux-de-mbs-dans-la-guerre-des-prix-du-petrole-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/les-paris-hasardeux-de-mbs-dans-la-guerre-des-prix-du-petrole-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/les-paris-hasardeux-de-mbs-dans-la-guerre-des-prix-du-petrole-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/les-paris-hasardeux-de-mbs-dans-la-guerre-des-prix-du-petrole.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>L&rsquo;irrésistible ascension de Mohammed Ben Salmane a connu un nouveau rebondissement le weekend dernier. Après une année sans coups d&rsquo;éclat particuliers, sans doute pour faire oublier sa réputation de dirigeant autoritaire et son implication dans l&rsquo;assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le Prince héritier a marqué l&rsquo;actualité par plusieurs démonstrations de force aussi brutales que surprenantes, qui ont soulevé de nombreuses interrogations.</p>
<p>Première décision, l&rsquo;annonce de l&rsquo;arrestation de quatre princes issus de son cercle familial le plus proche. Parmi eux, son cousin Mohammed Ben Nayef, ancien Prince héritier, et le propre frère du souverain, son oncle Ahmed Ben Abdelaziz Al-Saoud.<br />
Bien que l&rsquo;information ait été d&rsquo;abord dévoilée par le New York Times et le Wall Street Journal vendredi matin, après avoir été transmise par plusieurs sources issues de la famille royale elle-même, les autorités saoudiennes n&rsquo;ont fait aucun commentaire. Selon ces mêmes sources, les princes seraient accusés de « trahison », une charge passible de la peine de mort ou d&rsquo;un emprisonnement à vie. Mohammed Ben Nayef vivait déjà en résidence surveillée depuis juin 2017, date à laquelle « MBS » lui a ravi son statut de Prince héritier. Mais son aura au sein de la famille royale et à l&rsquo;étranger, qu&rsquo;il s&rsquo;était forgée en tant que chef du contre-terrorisme saoudien dans les années 2000, continuait vraisemblablement d&rsquo;inquiéter Mohammed Ben Salmane.<br />
Son oncle, Ahmed Ben Abdelaziz Al-Saoud, dernier frère encore en vie du souverain et membre comme lui des « sept Soudaïri », faisait également figure d&rsquo;alternative potentielle dans la succession depuis septembre 2018, lorsque ce prince avait critiqué la guerre au Yémen lancée à l&rsquo;initiative de Mohammed Ben Salmane. De retour à Riyad après un semi-exil à Londres au moment de l&rsquo;assassinat de Jamal Khashoggi, Ahmed Ben Abdelaziz Al-Saoud avait pourtant observé une grande discrétion. Seule sa grande proximité avec le roi l&rsquo;avait jusqu&rsquo;ici prémuni des foudres de son royal neveu.</p>
<p>Depuis, les spéculations sur les raisons de cette nouvelle purge fusent. Certains membres de la famille royale estiment que « MBS » a éliminé ses potentiels rivaux pour sécuriser encore un peu plus sa désignation comme successeur de son père, âgé aujourd&rsquo;hui de 84 ans, dans le cas où celui-ci décèderait ou abdiquerait. D&rsquo;autres estiment qu&rsquo;une fois de plus, le Prince a fait taire des foyers de critiques au sein de sa propre famille, en guise d&rsquo;avertissement pour les autres princes qui n&rsquo;auraient pas la sagesse de garder le silence et critiqueraient son exercice du pouvoir.<br />
L&rsquo;autre possibilité, sans doute la plus crédible, serait que le Prince, anticipant les probables difficultés économiques de l&rsquo;Arabie Saoudite dans les mois à venir, ait préféré museler ceux qui l&rsquo;auraient nécessairement accusé d&rsquo;en être responsable et l&rsquo;auraient ainsi fragilisé sur le plan politique, alors que « MBS » s&rsquo;est proclamé garant de l&rsquo;avenir économique de son pays et lancé dans un vaste programme de modernisation et de diversification.</p>
<p>Cette théorie est d&rsquo;autant plus plausible que, dans la foulée immédiate de ces arrestations, le Prince a engagé une nouvelle guerre des prix du pétrole avec la Russie. Lundi, les cours ont chuté de 25%, portant le prix du baril à 35 dollars, son plus fort décrochage depuis 2016, et les bourses asiatiques et européennes ont immédiatement accusé une forte chute. La guerre économique et géopolitique larvée entre l&rsquo;Arabie Saoudite, la Russie et les Etats-Unis, déjà tendue depuis plusieurs mois, a finalement basculé dans le conflit ouvert à cause de l&rsquo;épidémie de coronavirus.</p>
<p>Déjà fragilisés par un ralentissement de la demande mondiale et la concurrence des énergies renouvelables, les prix des hydrocarbures ont commencé à fortement chuter au cours du mois de février face au ralentissement de l&rsquo;économie chinoise, grande importatrice de pétrole. L&rsquo;Arabie Saoudite, qui a réuni la semaine dernière à Vienne les membres de l&rsquo;OPEP + &#8211; qui inclut la Russie depuis 2016 – souhaitait s&rsquo;accorder sur une baisse importante de la production pétrolière pour maintenir les prix du baril. Cette demande s&rsquo;est vue opposer un « niet » retentissant de la part des Russes, décidés à maintenir leur production et surtout à jouer, à la faveur de l&rsquo;épidémie, leur propre agenda. Ceux-ci veulent en effet profiter de la crise qui menace l&rsquo;économie mondiale pour frapper directement la production de pétrole de schiste américaine en maintenant des prix bas aussi longtemps que possible, et fragiliser ainsi Donald Trump à quelques mois de l&rsquo;élection présidentielle. Une façon de le « sanctionner » après ses menaces contre le projet de gazoduc Nord Stream 2 en Europe de l&rsquo;Est, et ses propres sanctions contre la compagnie pétrolière russe Rosneft pour ses contrats au Venezuela. En réaction, l&rsquo;Arabie Saoudite a décidé d&rsquo;augmenter sa production et d&rsquo;en baisser le prix pour étouffer ses concurrents – la Russie ne produit que 12% du pétrole mondial &#8211; et les faire plier à ses exigences.</p>
<p>« MBS » est connu pour ne pas hésiter à prendre des risques. Mais les divers partenaires étrangers de l&rsquo;Arabie Saoudite s&rsquo;interrogent de nouveau sur sa fiabilité et la pertinence de ses décisions. Car à l&rsquo;inverse du roi Midas, tout ce qu&rsquo;il touche ne se transforme pas en or, mais en désastre. Ainsi, sa réaction vis-à-vis de la Russie est perçue comme particulièrement hasardeuse, et le timing de cette guerre des prix n&rsquo;a semblé guère opportun aux analystes financiers – mais pas à Donald Trump qui a salué dans un tweet cette « baisse des prix, idéale pour le consommateur ! »&#8230; oubliant au passage que la première victime collatérale de cette guerre pétrolière entre l&rsquo;Arabie Saoudite et la Russie risquait bien d&rsquo;être les Etats-Unis.</p>
<p>Cependant, l&rsquo;Arabie Saoudite aurait bien plus à pâtir d&rsquo;une telle décision que la Russie, dont l&rsquo;économie reste malgré tout plus diversifiée, et qui s&rsquo;est constitué de solides réserves de trésorerie depuis la dernière chute des cours du pétrole en 2014. A l&rsquo;inverse, l&rsquo;Arabie Saoudite est encore largement dépendante des hydrocarbures – elle a notoirement besoin d&rsquo;un prix du baril avoisinant les 80 dollars pour boucler son budget de fonctionnement – et ses plans de diversification économique n&rsquo;en sont qu&rsquo;à leurs timides débuts.<br />
De toute évidence, cette baisse des cours menace directement les économies déjà fragiles – notamment celles de pays exportateurs comme l&rsquo;Algérie, le Venezuela et l&rsquo;Iran, déjà au bord de la faillite &#8211; mais aussi les projets de Mohammed Ben Salmane. La véritable menace ne vient pas de ses oncles ou cousins, mais bien de cette chute drastique des revenus pétroliers, qu&rsquo;il a suscitée, et dont dépend pourtant l&rsquo;équilibre social et économique de tout le royaume wahhabite, ainsi que l&rsquo;avenir de ses ambitieux plans économiques et politiques.</p>
<p>Ceux qui croyaient que l&rsquo;âge avait apporté un soupçon de sagesse et de réflexion au Prince ont dû réviser leur analyse. Force est de constater que rien, dans le caractère du personnage, ne semble avoir changé, et aucune leçon n&rsquo;a été tirée des difficultés et évènements passés. « MBS » se montre toujours aussi autocratique et avant tout soucieux de son propre avenir à la tête de l&rsquo;Arabie Saoudite, plus que des conséquences réelles pour son pays et l&rsquo;économie régionale et mondiale.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 10/03/2020.</strong></p>
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		<title>L&#8217;entrée en Bourse de Saudi Aramco : un échec de plus pour Mohammed Ben Salmane</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lentree-en-bourse-de-saudi-aramco-un-echec-de-plus-pour-mohammed-ben-salmane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Nov 2019 20:48:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed Ben Salmane]]></category>
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					<description><![CDATA[A l&#8217;inverse du roi Midas, tout ce que touche Mohammed Ben Salmane ne se transforme pas en or, mais en<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lentree-en-bourse-de-saudi-aramco-un-echec-de-plus-pour-mohammed-ben-salmane/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-4012 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/11/000_1M55DS-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/11/000_1M55DS-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/11/000_1M55DS-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/11/000_1M55DS.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p class="lettrine"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">A l&rsquo;inverse du roi Midas, tout ce que touche Mohammed Ben Salmane ne se transforme pas en or, mais en fiasco. En 2016, le Prince héritier avait annoncé son plan « Vision 2030 », un vaste projet économique qui allait assurer la transition énergétique de l&rsquo;Arabie Saoudite en diversifiant son économie via diverses privatisations. Tout ce plan reposait sur une clé de voûte essentielle : la vente de 5% du capital de Saudi Aramco, permettant de financer le programme de réformes voulu par « MBS » et de développer les investissements en dehors du secteur énergétique. Las, depuis trois ans, l&rsquo;entrée en Bourse de la première compagnie pétrolière mondiale et joyau de la couronne saoudienne, longtemps présentée comme « l&rsquo;opération du siècle », n&rsquo;a cessé d&rsquo;être reportée. Si l&rsquo;introduction de Saudi Aramco devrait enfin se faire en décembre 2019, les Saoudiens ont néanmoins dû réviser leur proposition de cotation, et n&rsquo;en tireront donc pas les bénéfices escomptés, car la faiblesse du projet réside essentiellement dans son manque de crédibilité. </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">Saudi Aramco, qui représente près de 10% de toute la production mondiale de pétrole, s&rsquo;estime être l&rsquo;entreprise la plus rentable du monde. Certes, ses bénéfices annuels auraient atteint pour le seul premier semestre 2019, selon les résultats rendus publics au mois d&rsquo;août dernier, près de 47 milliards de dollars. Mais Mohammed Ben Salmane a longtemps estimé la valeur boursière de la compagnie pétrolière au chiffre astronomique de 2000 milliards de dollars, soit plus que les valeurs de Google et Apple réunis. Le Prince rêvait en outre de réaliser son introduction à la Bourse de New York et d&rsquo;en obtenir 100 milliards de dollars. Mais face à la froideur des investisseurs étrangers pour un projet aussi douteux, il obtiendra finalement beaucoup moins que ce qu&rsquo;il avait promis. Faute de transparence, aucune grande place financière n&rsquo;a voulu coter l&rsquo;entreprise, et les analystes avaient même proposé une estimation à la baisse, de l&rsquo;ordre de 1400 ou 1500 milliards de dollars. </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">De guerre lasse, le weekend du 16 novembre, les officiels saoudiens ont annulé une tournée de rencontres avec des investisseurs potentiels en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. A la place, ils ont annoncé que seuls 1,5% du capital de Saudi Aramco serait proposé à la vente, au lieu des 5% initialement prévus. La période de pré-achat des titres se terminera le 5 décembre avec une fourchette de prix comprise entre 8 et 8,50 dollars, ce qui ramènera la valeur boursière de la compagnie à&#8230; 1600 milliards de dollars, soit à peu près l&rsquo;estimation précitée, jugée plus vraisemblable. Bien loin de l&rsquo;objectif de 100 milliards de dollars, la vente de ces actions ne devrait générer que 25 milliards de dollars. Depuis une semaine, les analystes se plaisent à rappeler que finalement, l&rsquo;introduction de Saudi Aramco en Bourse aura moins d&rsquo;éclat que celle d&rsquo;Ali Baba en 2014, mais la raison en est très simple : le projet chinois était bien plus solide. </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">Certes, si tout se passe comme prévu, Saudi Aramco comptera, dès le mois prochain, des actionnaires privés pour la première fois en quarante ans. Mais, comble de l&rsquo;échec, devant la défiance des principales places boursières, son introduction n&rsquo;aura pas lieu à New York mais uniquement à Riyad, sur le Tadawul, le marché saoudien. D&rsquo;après un banquier saoudien, cette IPO n&rsquo;en a plus que le nom et deviendra une affaire nationale, puisque l&rsquo;introduction reposera essentiellement sur des investisseurs saoudiens, avec comme seuls partenaires étrangers la Chine et la Russie. Les banques saoudiennes proposent même des crédits pour inciter les petits investisseurs à devenir actionnaires ! Et nul n&rsquo;est dupe du fait que le Prince héritier, dépité, imposera fusse-ce par la force aux plus grandes fortunes de son pays et aux membres de sa propre famille d&rsquo;investir dans ce projet, bancal depuis sa conception. </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">Sans surprise, « MBS » a péché par excès d&rsquo;orgueil en sous-estimant la perception de l&rsquo;Arabie Saoudite par les investisseurs étrangers. Investir dans le pétrole saoudien n&rsquo;a plus rien d&rsquo;un placement sûr. D&rsquo;un point de vue géopolitique voire idéologique, la défiance envers le royaume n&rsquo;est plus à démontrer depuis un certain 11 septembre 2001. Plus récemment, les sordides affaires d&rsquo;exécutions de masse et l&rsquo;assassinat du journaliste Jamal Khashoggi ont entaché la réputation du Prince, malgré une communication active à le laver de toute responsabilité. En outre, qui voudrait investir dans une compagnie pétrolière incapable de sécuriser ses sites d&rsquo;exploitation d&rsquo;attaques extérieures, comme les frappes du 14 septembre dernier sur Abqaïq et Khurais l&rsquo;ont démontré ? </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">Par ailleurs, l&rsquo;échec du projet Saudi Aramco dénote un manque total de compréhension de l&rsquo;état du monde de la part de Mohammed Ben Salmane. L&rsquo;économie mondiale ralentit, ce qui augure d&rsquo;une baisse des consommations de pétrole, et donc d&rsquo;une chute des prix. Mais surtout, à l&rsquo;heure où les pays développés entament leur propre transition énergétique et cherchent à sortir à tout prix de la dépendance aux hydrocarbures, pourquoi investiraient-ils dans le pétrole saoudien ? Les constructeurs automobiles, conscients de l&rsquo;importance du virage, se tournent de plus en plus vers les véhicules électriques ce qui, d&rsquo;ici 10 ans, devrait entraîner une chute considérable de la consommation de pétrole. Saudi Aramco tente bien de diversifier ses activités en s&rsquo;orientant vers la pétrochimie, mais le plastique aussi est désormais banni des sociétés modernes. Non, décidément, le pétrole n&rsquo;est plus un investissement d&rsquo;avenir au XXIème siècle, et Mohammed Ben Salmane ne l&rsquo;a pas compris. L’entrée en Bourse ratée d’Aramco acte la fin de la domination pétrolière saoudienne. </span></p>
<p style="box-sizing: border-box; orphans: 2; -webkit-text-stroke-width: 0px; word-spacing: 0px;"><span style="font-family: Bitter; color: #3b3b3b;">Avec une vente du capital bien moins importante que prévue, c&rsquo;est tout le plan « Vision 2030 », bâti financièrement sur ce projet central, qui risque d&rsquo;être fortement fragilisé, voire rendu caduc. Or, lors de son accession au pouvoir, Mohammed Ben Salmane avait fait de l&rsquo;entrée de l&rsquo;Arabie Saoudite dans l&rsquo;économie moderne le cœur de son action politique. En perdant son principal argument, que lui reste t-il finalement à faire valoir dans son bilan ? Certainement pas le succès de l&rsquo;opération « Tempête décisive » au Yémen ; certainement pas, non plus, la promesse de porter la guerre jusqu&rsquo;à Téhéran, qui n&rsquo;a fait que fragiliser un peu plus l&rsquo;équilibre déjà précaire du Golfe Persique, et a fait perdre à l&rsquo;Arabie Saoudite le soutien des Emirats Arabes Unis, mais aussi des Etats-Unis. L&rsquo;opération autour de Saudi Aramco est donc pleine d&rsquo;incertitude pour l&rsquo;avenir économique de l&rsquo;Arabie Saoudite, mais aussi l&rsquo;avenir personnel de « MBS ». </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 23/11/2019. </strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Saudi First : comment le nouveau nationalisme saoudien instrumentalisé par MBS pourrait bien lui revenir en boomerang</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/saudi-first-comment-le-nouveau-nationalisme-saoudien-instrumentalise-par-mbs-pourrait-bien-lui-revenir-en-boomerang/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jul 2019 09:33:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed Ben Salmane]]></category>
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					<description><![CDATA[Mohammed ben Salmane a développé un nationalisme très fort en Arabie saoudite. Les répercussions de ce nationalisme sont nombreuses sur<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/saudi-first-comment-le-nouveau-nationalisme-saoudien-instrumentalise-par-mbs-pourrait-bien-lui-revenir-en-boomerang/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-2788 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/07/atlantico4-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/07/atlantico4-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/07/atlantico4-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/07/atlantico4.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Mohammed ben Salmane a développé un nationalisme très fort en Arabie saoudite. Les répercussions de ce nationalisme sont nombreuses sur les relations internationales, la religion et au coeur de la société saoudienne.</p>
<h4 class="s2 rtejustify"><strong>Atlantico.fr : Mohammed ben Salmane a instauré un nationalisme très fort en Arabie saoudite. Sur quels éléments s&rsquo;est appuyée cette évolution du régime ?</strong></h4>
<p class="rtejustify"><strong>Ardavan Amir-Aslani :</strong> Il est difficile de parler de nationalisme en ce qui concerne l&rsquo;Arabie saoudite. Quelle identité nationale Mohammed Ben Salmane peut-il bien exalter ? Le peuple saoudien ne s&rsquo;est jamais battu contre un envahisseur, n&rsquo;a jamais eu à lutter pour sa liberté, n&rsquo;a jamais fait de révolution ni inventé un projet commun progressiste.</p>
<p class="rtejustify">La culture et les coutumes de l&rsquo;Arabie saoudite, son « identité nationale », si vraiment il faut en définir une, tournent autour de deux axes : la famille Saoud et le wahhabisme. C&rsquo;est un pacte de soutien mutuel, très stratégique et politique, établi dès le XVIIIème siècle entre les Al-Saoud et la famille de Mohammed Ibn Abdelwahhab, le fondateur du wahhabisme, qui a permis de créer le premier Etat saoudien. Aux Saoud, la gestion des questions politiques et militaires, à Abdelwahhab et ses descendants – les Al-Sheikh – la gestion des questions sociales et religieuses. Les Al-Sheikh dirigent toujours aujourd&rsquo;hui les Oulémas saoudiens, c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;ensemble des chefs religieux.</p>
<p class="rtejustify">Ces deux familles sont les deux seuls piliers qui ont construit le pays et sur lequel il repose tout entier encore aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;Arabie saoudite est d&rsquo;ailleurs le seul pays au monde qui porte le nom de la famille qui la gouverne !</p>
<p class="rtejustify">Quant à l&rsquo;Etat saoudien moderne, il a été fondé en 1932 par Ibn Saoud, l&rsquo;aïeul du prince Mohammed Ben Salmane, après près de trente ans de luttes incessantes avec les tribus concurrentes et les Ottomans, avec l&rsquo;aide très intéressée des Britanniques, qui les ont préféré aux Hachémites, pourtant gardiens tutélaires des Lieux saints de la Mecque et de Médine depuis le XIIème siècle. C&rsquo;est l&rsquo;épopée, bien connue, de Lawrence d&rsquo;Arabie, qui d&rsquo;ailleurs rêvait sincèrement de voir les Arabes libres, sous l&rsquo;égide des Hachémites, la famille la plus légitime pour les guider. Trahi par les Anglais, les Hachémites se sont réfugiés en Jordanie, et ce sont les Saoud qui ont hérité du pouvoir en Arabie.</p>
<p class="rtejustify">Donc, dire que le régime évolue est un contre-sens, puisque ses éléments fondateurs, qui constituent son identité, n&rsquo;ont pas évolué eux-mêmes. Tout au plus peut-on affirmer que Mohammed Ben Salmane ne fait que rappeler des fondamentaux.</p>
<p class="rtejustify"><strong>Emmanuel Dupuy :</strong> Mohammed Ben Salmane (MBS) avant d’être désigné prince héritier en juin 2017, avait pris le titre de ministre de la Défense, dès janvier 2015, devenant ainsi le plus jeune titulaire du poste en Arabie Saoudite. La « geste » nationaliste des Al-Saoud s’est ainsi vue conforter dès les premières semaines de cette prise de fonction avec le déclenchement de l’opération « Tempête décisive » (26 mars – 21 avril 2015), immédiatement suivie par celle en cours « Restaurer l’espoir » et qui enclenchèrent la terrible guerre qui saigne et ravage le Yémen depuis.</p>
<p class="rtejustify">Pourtant le nationalisme n’a pas attendu MBS pour s’exprimer dans la péninsule arabique. Les Al-Saoud ont souvent été porté, du reste, depuis l’unification de l’Arabie Saoudite &#8211; entre 1902 et 1932 &#8211; à brandir le drapeau du nationalisme. Ce nationalisme s’exprime ainsi dès le début du règne des Al-Saoud dans et autour du Royaume. Le Traité de Sèvres en 1920 &#8211; qui démantèle l’Empire ottoman &#8211; et celui de Hadda en 1925 &#8211; qui fixe les frontières entre la future Arabie Saoudite et la Transjordanie (incluant la Cisjordanie occupée et annexée entre 1948 et 1949 et une partie de l’actuelle Syrie) récemment crée &#8211; offre ainsi la première expression du pan-arabisme. Celui-ci fut l’instrument que la famille régnante n’hésita pas à brandir, alimenter et instrumentaliser, notamment par le truchement des organisations palestiniennes, à partir des années 1970, et plus récemment, les mouvements salafistes opérant en Syrie, en Egypte, en Libye, au Soudan.</p>
<p class="rtejustify">Né de l’unification par les armes des différentes régions de la péninsule arabique, le nationalisme saoudien s’est progressivement mué après 1932 et le Pacte de Quincy en février 1945, en nationalisme économique, grâce aux 12 millions de barils de pétrole extraits par jour du sous- sol de la péninsule arabique.</p>
<p class="rtejustify">Depuis, et en parallèle, les conflits récurrents avec le Yémen &#8211; via les guerres civiles de 1962, de 1994 ou encore celle de 2014 -, les frictions avec le Qatar (dont la dernière remonte à juin 2017) et le soutien aux guerres menées contre l’Irak de Saddam Hussein (à l’instar de celle résultant de l’invasion du Koweït en 1990 et 1991 ou celle qui débuta en mars 2003) sont venus confirmer l’ardente nécessité pour la dynastie des Al-Saoud de maintenir, coute que coute, l’idée d’un pays constamment obligé de se défendre et de promouvoir, pour ce faire, l’idée de devoir aller porter la guerre hors de ses frontières.</p>
<p class="rtejustify">MBS aura pourtant fait évoluer ce nationalisme initialement vecteur d’unité nationale, en instrument de légitimisation de sa propre personne. Le but en est, dans l’attente d’accéder au trône, d’exercer et d’incarner un pouvoir « alternatif » quoique non concurrentiel à celui exercé par son père.</p>
<p class="rtejustify">Il faut ainsi se rappeler que MBS est non seulement prince héritier et ministre de la Défense, mais qu’il exerce aussi la fonction de Président du Conseil des affaires économiques et du développement de l’Arabie Saoudite.</p>
<p class="rtejustify">Cette position centrale au sein du Palais fait de MBS, l’homme clé aussi sur le plan social et sociétal. Néanmoins, il aura fallu l’affaire Kashoggi pour réduire à quasi néant, les timides évolutions réformistes engagées au sein du Royaume, avec l’appui et la bénédiction très médiatisée de MBS, à l’instar de l’autorisation des femmes à conduire, à se rendre dans des stades, ou encore la réouverture de cinémas, après 35 années de fermeture.</p>
<p class="rtejustify">Effet « plastron », en effet, qui ne peut passer sous silence les 149 exécutions capitales en 2018, dont plusieurs à l’encontre de mineurs. Pour rappel, 65% de la population d’Arabie Saoudite à moins de 30 ans et aspire, elle aussi, comme celle de Téhéran, du reste, aux mêmes perspectives de développement économique et personnel. MBS a parfaitement compris cette nouvelle réalité, qui lui permet de s’appuyer sur une nouvelle génération de responsables, qui lui devront leurs carrières et leurs enrichissements financiers.</p>
<p class="rtejustify">C’est, d’ailleurs, cette génération Y composé des « millennials » parmi les 30 millions de Saoudiens qui constitue la première « garde » du jeune prince héritier.</p>
<h4 class="s2 rtejustify"><strong>Quelles sont les répercussions de ce nationalisme sur les relations internationales ?</strong></h4>
<p class="rtejustify"><strong>Ardavan-Amir Aslani :</strong> L&rsquo;idée même de nationalisme entraîne nécessairement du ressentiment, de l&rsquo;agressivité, et donc une politique belliciste. Ce n&rsquo;est pas un hasard si, dans la seconde moitié du XIXème siècle, Nietzsche la considérait comme un poison qui tuait lentement l&rsquo;Europe&#8230; Les Saoud, forts de leur influence en raison de leur manne pétrolière, ne se sont néanmoins jamais sentis suffisamment sûrs d&rsquo;eux pour être totalement sereins. Sinon, pourquoi auraient-ils cherché une alliance stratégique avec les Etats-Unis – c&rsquo;est le fameux pacte de Quincy « pétrole contre protection » &#8211; dès 1945 ? Ces dernières années, ce bellicisme s&rsquo;est singulièrement traduit dans la région du Golfe Persique, sous l&rsquo;égide de Mohammed Ben Salmane, en de multiples occasions : la guerre lancée contre le Yémen en 2015 – un fiasco militaire et une catastrophe humanitaire ; « l&rsquo;enlèvement » &#8211; toujours nié par l&rsquo;Arabie saoudite &#8211; du Premier ministre libanais Saad Hariri et le blocus organisé contre le Qatar, deux évènements survenus en novembre 2017.</p>
<p class="rtejustify">Ces actions extérieurs ne sont que quelques exemples de ces « guerres par procuration » menées par l&rsquo;Arabie saoudite contre l&rsquo;Iran, son ennemi juré – car l&rsquo;Iran soutient les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Qatar face à l&rsquo;Arabie saoudite. C&rsquo;est une guerre pour ainsi dire idéologique qui se joue entre les deux pays depuis des décennies pour gagner la domination politique et culturelle sur le Moyen-Orient, et plus largement sur le monde musulman. L&rsquo;Iran, très attaché à sa culture millénaire et admiré pour cela, très influent au Moyen-Orient, est un concurrent dangereux pour les Saoud depuis le début de leur existence. D&rsquo;où la nécessité, sans doute, d&rsquo;affirmer ou de réaffirmer une prétendue identité nationale pour tenter de faire le poids.</p>
<p class="rtejustify"><strong>Emmanuel Dupuy :</strong> Voulue comme une légitimisation de sa volonté réformiste, incarnée par son projet « Vision 2030 », lancé en 2016, la volonté de MBS visant à redorer l’image de l’Arabie Saoudite semble, en effet, mal engagée.</p>
<p class="rtejustify">L’affaire du meurtre de Jamal Kashoggi a certes accéléré la défiance personnelle à l’égard d’un MBS, dont toutes les indices semblent confirmer comme ayant été le seul commanditaire, mais l’image ternie de l’Arabie Saoudite, jugée responsable de la pire catastrophe humanitaire, en cours au Yémen s’explique aussi par les choix économiques hasardeux décidés par la famille régnante à Riyad.</p>
<p class="rtejustify">L’Arabie Saoudite, depuis le début de la crise pétrolière, en 2008, a dû entamer un plan drastique dans ses propres services publics en baissant, par exemple, de 20 % les salaires des 3 millions de fonctionnaires.</p>
<p class="rtejustify">Sur le plan financier, Riyad cherche surtout à éviter à tous prix que l’Iran ne mette sur le marché d’ici 2021, près de 5 millions de barils/ jours (ce qui correspond, du reste, à son niveau d’avant les sanctions en 2006). Ce serait là, une opération « salutaire » pour Riyad, qui a perdu 150 milliards de dollars de réserves de change et a vu baisser son PIB de 13,5 % en 2016 à cause de la surproduction d’or noir.</p>
<p class="rtejustify">La transformation de la pétro-monarchie en une économie plus diversifiée, plus ouverte, plus moderne et surtout moins dépendante des énergies fossiles est pourtant une urgente nécessité, tant la rente pétrolière s’essouffle inexorablement, malgré les quelques 260 milliards de barils de réserve prouvées. Il convient aussi de mettre ceci en perspective également à l’aune de la volonté exprimée collectivement et poussée par la Russie, au sein de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) de réduire pour les neuf prochains mois, la production pétrolière et ce jusqu’en mars 2020. L’Arabie Saoudite semble ainsi perdre de son influence, à mesure que les 14 membres de l’OPEP ne représente plus que 30% de la production mondiale.</p>
<p class="rtejustify">Riyad cherche surtout à renouer avec les Etats-Unis. Sous la présidence de Barack Obama, le Royaume avait menacé de retirer ses actifs  &#8211; estimés à près de 750 milliards de dollars – sur fond de polémique suite à la divulgation par la presse américaine de preuves compromettantes sur un éventuel lien entre Riyad et les auteurs des attentats du 11 septembre 2001, dont 15 sur 19 étaient saoudiens.</p>
<p class="rtejustify">Depuis, l’élection de Donald Trump, la donne s’est complétement inversée. Le 45ème président avait ainsi « symboliquement » effectué, en mai 2017, son premier déplacement à Riyad, sur fond de lancement d’un front arabo-musulman contre l’Iran. MBS a ainsi passé plus de trois semaines aux Etats-Unis en mars 2018, ne gratifiant la Grande-Bretagne, l’Espgane et la France, que de quelques journées, et relativement peu de contrats dans la foulée. Il y a néanmoins un domaine qui fait exception : celui de l’industrie de l’armement. La France ne peut ainsi plus passer sous silence que la volonté de ré-armement de l’Arabie Saoudite &#8211; devenu en 2017, le premier importateur d’armement dans le monde, devant l’Inde &#8211; lui aura permis de vendre pour près de 11 milliards d’euros d’équipement depuis 2010, soit 1,2 milliards d’euros par an.</p>
<p class="rtejustify">Du reste, le Royaume a besoin de trouver beaucoup de liquidités. Les sommes évoqués pour le projet pharaonique de MBS (300 milliards de dollars actifs actuellement, 700 milliards en 2020, 2000 milliards dollars en 2030…) impliquent néanmoins que les partenaires économiques y soient pleinement associés.</p>
<p class="rtejustify">C’est là où le bât blesse, si j’ose dire, car la confiance semble un peu s’être érodée, à l’aune de la guerre civile en Syrie, qui aura pointé aussi ouvertement la responsabilité saoudienne dans le soutien à des organisations considérées comme terroristes.</p>
<p class="rtejustify">La récente tension dans le Golfe persique, autour de la libre circulation des navires et des attaques contre plusieurs pétroliers à travers le détroit d’Ormuz vient également confirmer que l’Arabie Saoudite n’a pas totalement les coudées franches dans sa volonté frontale de s’opposer à l’Iran. Riyad cherche à juguler l’expansionnisme chiite, au Liban, en Irak, au Yémen, en Syrie et vise à réduire à néant la relation jugée « incestueuse » entre Doha, Téhéran et Ankara, sur fond de mise au ban du Qatar depuis juin 2017 du Conseil de Coopération du Golfe. Ce dernier n’a, d’ailleurs, de facto plus de raison d’être.</p>
<p class="rtejustify">MBS et l’Arabie Saoudite vise ainsi à utiliser le « parapluie » américain, fort des 70 000 soldats américains présents dans la région, ainsi que le récent rapprochement avec Israël pour parvenir à cette volonté de containment de l’influence iranienne. L’arrivée d’un détachement de soldats américains directement sur le territoire saoudien vient néanmoins démontrer la fragilité de l’Arabie Saoudite en cas de conflit armé avec Téhéran, de part et d’autre, du Golfe Persique.</p>
<p class="rtejustify">Enfin, l’image internationale de MBS et de l’Arabie Saoudite pâtit également des soutiens que Riyad a récemment prodigué &#8211; aux côtés des EAU, de l’Egypte dans la prolongation du Quartette s’étant opposé au Qatar &#8211; au Maréchal Khalifa Haftar dans son offensive désormais bloquée sur Tripoli, contre le gouvernement de Fayez el-Serraj, toujours « officiellement » soutenu par la Communauté internationale. Il en va de même, avec le soutien politique et financier au général Abdel Fattah al-Burhane au Soudan. On évoque la somme de 3 milliards de dollars d’investissements promis dans le secteur agricole et hôtelier et pétrolier par Riyad au Conseil militaire de transition, alors que les récentes répressions de début juin ont causé la mort de plus de 120 soudanais, lors de la dispersion sanglante du sit-in de manifestants devant le siège de l’état-major et des services de renseignements, à Khartoum. Il est vrai, qu’avec la relative réduction des troupes des Emirats Arabes Unis de la coalition militaire arabe menée par Riyad au Yémen, l’Arabie Saoudite a ardemment besoin des forces armées et mercenaires soudanais qu’elle utilise abondamment dans le conflit.</p>
<h4 class="s2 rtejustify"><strong>L&rsquo;establishment religieux pâtit-il de ce nationalisme ?</strong></h4>
<p class="rtejustify"><strong>Ardavan Amir-Aslani </strong>: Au contraire, il ne peut pas en pâtir puisque, comme je l&rsquo;ai expliqué plus haut, l&rsquo;establishment religieux est constitutif de l&rsquo;identité nationale saoudienne. Le pays se définit essentiellement par son idéologie religieuse, le wahhabisme, et les Oulémas sont les garants du respect des principes de ce courant, qui est le plus rigoriste et archaïque de l&rsquo;Islam.</p>
<p class="rtejustify">En outre, le fait que les Saoud soient les gardiens des Lieux saints de l&rsquo;Islam leur confèrent, théoriquement, une autorité religieuse à part, qui renforce cette identité. Mais leur légitimité est néanmoins régulièrement contestée dans l&rsquo;ensemble du monde musulman depuis la prise d&rsquo;otages de la Mecque en 1979, organisée par des terroristes qui allaient notamment inspirer Oussama Ben Laden dans les années 1990.</p>
<p class="rtejustify"><strong>Emmanuel Dupuy :</strong> Il y a, en effet, de prime abord, une apparente contradiction entre cet ultra-nationalisme qui n’a pour but, comme évoqué précédemment, que de redorer -quoique difficilement le blason de MBS -, sur fond de réformisme politique, social et sociétal, et le conservatisme religieux fondé sur le wahhabisme qui constitue l’ossature du Royaume depuis sa fondation.</p>
<p class="rtejustify">Pourtant, le wahhabisme, vecteur de l’islam hanbalite (une des quatre écoles de pensée religieuse de l’islam sunnite), s’inscrivait lui aussi dans un mouvement réformiste au milieu du 18ème siècle et dans une logique de remise en cause des pratiques religieuses de l’époque dans la péninsule arabique.</p>
<p class="rtejustify">Depuis le pacte scellé entre les Al-Saoud et les descendants du théologien fondateur du wahhabisme, Mohammed ben Abdelwahhab, en 1744, au moment de la création du premier état dans la péninsule arabique, l’arrestation par MBS de plusieurs prédicateurs influents en septembre 2017 est venue, pourtant, remettre quelque peu en cause cette alliance « structurelle » entre pouvoir temporel et spirituel.</p>
<p class="rtejustify">Quelques semaines plus tôt, MBS était accusé par certains religieux d’être celui qui avait influencé la décision d’avril 2017 de limiter les pouvoirs de la police religieuse. Le jeune prince provoquait également le courroux de l’establishment wahhabite en déclarant qu’il souhaitait que l’Arabie Saoudite en revienne à un « islam modéré, ouvert au monde, ouvert à toutes les religions ». Tous ces signaux pourraient donner l’impression que MBS cherche à remettre en cause l’alliance renouvelé par son grand-père, Abdel Aziz ben Abderrahmane al-Saoud, au moment de la création de l’actuelle Arabie Saoudite, en 1932.</p>
<p class="rtejustify">Or, en réalité, MBS et plusieurs personnalités religieuses partagent le même objectif, celui de lutter contre l’influence grandissante du mouvement al-Sahwa, réputé proche des Frères musulmans. Les arrestations des chefs religieux s’inscrivaient dans cette logique, d’où la référence par MBS à la tentative de prise de la grande mosquée menée en 1979 par des fondamentalistes islamistes.</p>
<p class="rtejustify">C’est ainsi, sur fond de lutte contre la corruption, néanmoins, que des convergences entre milieux religieux et financiers existent. Alors que MBS embastillait, certes dans les chambres feutrées du Ritz-Carlton de Riyad, plusieurs prédicateurs influents du Royaume, tels que Salman al-Awdah ou Awad al-Qarni, le Comité des grands oulémas, plus haute instance religieuse du pays, rappelait que le combat contre la corruption était le premier des devoirs des croyants.</p>
<p class="rtejustify">Ce « transformisme » des autorités religieuses wahhabite sert, en réalité, les ambitions du jeune prince. Les élites religieuses du Royaume sont elles aussi sous la pression générationnelle de jeunes oulémas, désireux d’accompagner la promesse de réforme générale promise par MBS.</p>
<p class="rtejustify">Ce dernier peut ainsi s’appuyer sur ces derniers aux dépens de ceux qui conseillaient son père, ses oncles et son grand-père.</p>
<h4 class="s2 rtejustify"><strong>Le nationalisme saoudien se couple-t-il avec des évolutions sociales ?</strong></h4>
<p class="rtejustify"><strong>Ardavan Amir-Aslani :</strong> C&rsquo;est intrinsèquement impossible ! Par définition, le nationalisme fige une réalité dans le temps et l&rsquo;espace. C&rsquo;est son principe fondamental : s&rsquo;attacher à préserver, à défendre, à revendiquer un modèle de société comme étant constitutif de son identité, et refuser que la réalité d&rsquo;un pays soit vivante et en perpétuelle évolution. Ainsi, si on considère que le ferment du « nationalisme saoudien » est la préservation de son modèle, à savoir l&rsquo;alliance entre le politique et le religieux et toutes les conséquences que cela implique pour la société saoudienne, alors on comprend mieux pourquoi l&rsquo;Arabie saoudite se modernise si peu.</p>
<p class="rtejustify">La levée de l&rsquo;interdiction de conduire pour les femmes est un leurre. Dans les faits, quelques permis seulement ont été accordés en un an. En revanche, les féministes qui réclamaient une mise en place plus rapide et effective de cette autorisation ont été arrêtées et sont toujours incarcérées. Tout comme le bloggeur Raïf Badawi, emprisonné depuis 2012 et condamné à 1000 coups de fouet et dix ans de prison pour « apostasie » &#8211; c&rsquo;est-à-dire reniement de l&rsquo;Islam – et insulte à la religion.</p>
<p class="rtejustify">La réforme des lois sur la tutelle – qui obligent les femmes à sortir systématiquement accompagnées par leur mahram, leur gardien, un membre masculin de leur famille – que le prince Ben Salmane a aussi promise, subira sans doute le même sort que la levée de l&rsquo;interdiction de conduire. Ces mesures ne sont que des effets d&rsquo;annonce, du story-telling pour redorer l&rsquo;image de l&rsquo;Arabie saoudite, gravement écornée depuis la guerre au Yémen et l&rsquo;assassinat de Jamal Khashoggi, à l&rsquo;échelle internationale. Mais dans les faits, rien ne change pour le peuple saoudien.</p>
<p><em><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/07/2019.</strong></em></p>
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			</item>
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		<title>MBS, l’illusion du bon prince réformateur</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/mbs-lillusion-du-bon-prince-reformateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jun 2019 20:59:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le régime autoritaire saoudien a encore de de beaux jours devant lui.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-2475 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/06/MBS-l’illusion-du-bon-prince-réformateur-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/06/MBS-l’illusion-du-bon-prince-réformateur-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/06/MBS-l’illusion-du-bon-prince-réformateur-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/06/MBS-l’illusion-du-bon-prince-réformateur-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Les médias occidentaux, toujours à l&rsquo;affût d&rsquo;un fol espoir de changement en Arabie Saoudite, ont cru discerner chez Mohammed Ben Salmane prince de 33 ans l&rsquo;étoffe d&rsquo;un réformateur, un futur souverain qui sortirait son pays de l&rsquo;extrémisme religieux pour le remettre sur le chemin d&rsquo;un Islam modéré,  libérerait les femmes de l&rsquo;oppression patriarcale et de nombreux interdits aussi absurdes qu&rsquo; archaïques – le plus célèbre étant l&rsquo;interdiction de conduire – et ferait ainsi du royaume saoudien un Eldorado pour les investisseurs du monde entier.</p>
<p>Tel était le <em>story-telling</em> que « MBS » cherchait notamment à diffuser lors du Davos du Désert en octobre 2018&#8230; alors même que ce récit contrevenait brutalement à la réalité, dix jours après l&rsquo;horrible assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, un crime dans lequel la responsabilité du Prince est largement suspectée.</p>
<p>Par son impact médiatique, ce crime fut en quelque sorte le point culminant d&rsquo;une série de décisions en matière de politique intérieure hasardeuses ou arbitraires prises par « MBS » depuis 2015, chacune prouvant que le Prince héritier poursuit une patiente mais certaine ascension vers le pouvoir le plus absolu, bien plus qu&rsquo;il ne s&rsquo;engage à réformer profondément son pays.</p>
<p>De multiples signes ont été pourtant donnés au cours des 18 derniers mois. En novembre 2017, le Ritz Carlton a été transformé en prison dorée à destination de certains membres de la propre famille de Mohammed Ben Salmane, des princes qui avaient eu l&rsquo;outrecuidance de contester son leadership. Si en juin 2018, le Prince a effectivement levé l&rsquo;interdiction de conduire faite aux femmes, la délivrance des permis n&rsquo;a cependant pas explosé, et les militantes féministes qui réclament bien d&rsquo;autres droits fondamentaux sont toujours en prison à l&rsquo;heure actuelle. L&rsquo;exécution de 37 prisonniers majoritairement chiites le 23 avril dernier a interpellé la communauté internationale, néanmoins celle-ci est restée impuissante face à cette frénésie d&rsquo;exécutions.</p>
<p>Prochainement, un nouvel exemple des méthodes arbitraires du Prince pourrait être donné, très exactement le 4 juin, jour qui sonnera la fin du Ramadan pour les musulmans du monde entier. Cette date risque de marquer aussi le procès et l&rsquo;exécution de trois religieux saoudiens détenus depuis septembre 2017 :  Salmane Al-Oudah, Awad al-Qarni et Ali Al-Omari, oulémas parmi les plus modérés et réformateurs du pays, accusés de « terrorisme » par Riyad.</p>
<p>Au moment de son arrestation, le plus célèbre d&rsquo;entre eux, Al-Oudah, comptait sur son compte Twitter près de 14 millions de followers et dirigeait l&rsquo;édition arabe du site Islam Today. Mais son engagement politique remonte au début des années 1990. Il participa notamment au mouvement Sahwa (« éveil ») inspiré des Frères musulmans et réclamait la monarchie constitutionnelle en Arabie Saoudite&#8230; ce qui lui valut son premier séjour en prison. Personnalité connue depuis plus de 30 ans dans le monde arabe, Al-Oudah se réclame d&rsquo;un Islam libéral et a toujours exprimé des opinions allant parfois à l&rsquo;encontre de la ligne officielle de Riyad. Ainsi lorsqu&rsquo;il soutient les printemps arabes à partir de 2011, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;exprime pour la dépénalisation de l&rsquo;homosexualité – crime puni de mort en Arabie Saoudite – et plus récemment, lorsqu&rsquo;il appela à une entente avec le Qatar en septembre 2017. Ce fut d&rsquo;ailleurs son dernier « coup d&rsquo;éclat » public contre le régime.  Un an après son arrestation, Al-Oudah était entendue par la Cour spéciale criminelle, un tribunal dépendant du ministère de l&rsquo;Intérieur saoudien chargé de juger les affaires de terrorisme. Le clerc est en effet sous le coup de 37 chefs d&rsquo;accusation en lien avec une activité terrorisme, et également accusé d&rsquo;avoir « témoigné des injustices réservées aux prisonniers » et exprimé « cynisme et sarcasme face aux réussites du gouvernement ». Al-Oudah est en outre accusé de complicité avec la famille royale qatari, ce qui expliquerait son manque de soutien envers le blocus mis en place par l&rsquo;Arabie Saoudite à l&rsquo;automne 2017.</p>
<p>Ses co-détenus, Ali Al-Omari et Awad Al-Qarni (par ailleurs l&rsquo;une des têtes pensantes du mouvement Sahwa) sont également des figures médiatiques de première importance dans le monde arabe sunnite, militants de la cause des femmes et de la lutte contre l&rsquo;extrémisme religieux.</p>
<p>Si leur détention a été condamnée par l&rsquo;ONU ainsi que par les ONG Human Rights Watch et Amnesty International, peu de journalistes s&rsquo;en sont fait l&rsquo;écho, hormis évidemment Jamal Khashoggi. Quelques jours avant son assassinat, le journaliste résumait l&rsquo;affaire en ces termes : « Il [Mohammed Ben Salmane] détruira la dissidence par tous les moyens. Ils ne veulent pas exécuter Al-Oudah parce qu&rsquo;il serait extrémiste, mais au contraire parce que c&rsquo;est un modéré. C&rsquo;est la raison pour laquelle il constitue une menace ». Aux amis auxquels il confiait sa pensée, il disait également : « Vous devez dénoncer le ridicule des charges retenues contre eux ! » Pour avoir critiqué publiquement l&rsquo;hyperpersonnalisation du pouvoir de Mohammed Ben Salmane, Khashoggi a été assassiné puis découpé en morceaux en Turquie, au consulat saoudien d&rsquo;Istanbul. Sa mort prouve que dans l&rsquo;Arabie Saoudite réformée, moderne et ouverte de « MBS », le fait de dénoncer les atteintes aux droits de l&rsquo;homme, les arrestations arbitraires et l&rsquo;absence de procès équitable reste un crime puni de mort.</p>
<p>Le scandale qui a suivi l&rsquo;annonce de son assassinat et la probable responsabilité de Ben Salmane dans ce crime ont certes entaché l&rsquo;image du prince, y compris aux Etats-Unis. Pour faire face à cette « crise », la communication de Riyad n&rsquo;a pas hésité à déresponsabiliser le prince, présenté comme bon et charitable, pour faire endosser toutes les charges à ses conseillers mal avisés. Et cette « version officielle » fut abondamment étayée : ainsi, le prince aurait été temporairement dépossédé de ses prérogatives par le roi, son père, ce qui expliquerait son absence lors de plusieurs réunions ministérielles et diplomatiques de premier ordre. Or, lorsque l&rsquo;on sait à quel point la santé mentale du roi est défaillante, l&rsquo;argument ne tient pas longtemps. Pour nombre d&rsquo;observateurs, il est évident que si le roi règne, c&rsquo;est bien son fils qui commande.</p>
<p>Depuis qu&rsquo;il a été fait Prince héritier en juin 2017, celui qui cumule désormais toutes les fonctions régaliennes contrôle non seulement l&rsquo;ensemble des forces de sécurité et de renseignements, mais décide de tout ce qui se passe dans le royaume wahhabite. Le sort de toute voix qui exprime son désaccord ou une critique envers lui se trouve également entre ses mains, comme une bonne partie de la famille royale et de la dissidence a pu le constater à ses dépens.</p>
<p>Loin de faire de la monarchie saoudienne un régime modéré, le réel objectif de Mohammed Ben Salmane est bien de se façonner un pouvoir absolu sur-mesure et pour ce faire, il a besoin au préalable de se débarrasser des personnalités gênantes. Comment expliquer autrement l&rsquo;assassinat de Jamal Khashoggi ? Comment expliquer autrement l&#8217;emprisonnement de Salmane Al-Ouda, l&rsquo;une des rares voix parmi les religieux saoudiens à réclamer une monarchie constitutionnelle et à considérer que l&rsquo;homosexualité ne doit pas être punie par la loi des hommes ?</p>
<p>Le régime saoudien est bicéphale, la famille Al-Saoud bénéficiant de l&rsquo;allégeance théoriquement indéfectible de l&rsquo;<em>establishment</em> religieux wahhabite, dont la famille Al-Sheikh fait figure de cheffe. En échange de quoi, l&rsquo;application de la <em>sharia</em> ne sera jamais remise en question par le pouvoir, et les questions sociales et religieuses sont laissées à la libre appréciation des Oulémas. Mohammed Ben Salmane n&rsquo;a jamais réellement osé toucher à cet organe essentiel du pouvoir saoudien, mais a cependant toujours fait taire les voix dissidentes en son sein. Les trois clercs qui risquent de perdre leur tête passé le 4 juin sont la preuve que plus aucune fonction n&rsquo;est sacrée, hormis celle du roi. Ce n&rsquo;est pas par hasard que le Prince héritier a choisi le 21 juin 2017, la 27ème nuit du Ramadan connue sous le nom de Laylat Al-Qadr, la « Nuit du Destin » (au cours de laquelle le Coran fut révélé au Prophète) pour être intronisé dans ses nouvelles fonctions. Autre effet de communication, autre symbole lourd de sens.</p>
<p>Aucun chef d&rsquo;Etat n&rsquo;a rien fait pour empêcher l&rsquo;exécution de masse des 37 prisonniers en avril dernier. Personne n&rsquo;a cessé tout commerce avec l&rsquo;Arabie Saoudite après l&rsquo;assassinat de Jamal Khashoggi. Tout au plus la Maison-Blanche s&rsquo;est-elle sentie très embarrassée par la dérive sanguinaire de Mohammed Ben Salmane. Sa radicalisation est d&rsquo;autant plus encouragée par les tensions grandissantes entre les Etats-Unis et l&rsquo;Iran ces dernières semaines, Washington voulant satisfaire les Saoudiens.</p>
<p>Le fait que « MBS » se sente autorisé à agir à sa guise et en toute impunité traduit surtout les arrière-pensées des Etats-Unis sur le sort qui attend le Moyen-Orient : les régimes autoritaires, qu&rsquo;ils se trouvent à Riyad, au Caire ou à Abou Dabi, ont de beaux jours devant eux, pour le plus grand bonheur de ceux qui feront du business avec eux, et pour le plus grand malheur de leurs peuples.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Article paru dans Le Nouvel Economiste du 04/06/2019.</strong></p>
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		<title>Le récent remaniement gouvernemental en Arabie Saoudite : « Much ado about nothing »</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Jan 2019 16:06:34 +0000</pubDate>
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<p>Lorsque les portes du consulat américain se sont fermées sur Jamal Khashoggi, les portes de l’enfer se sont ouvertes sur l’Arabie Saoudite qui affronte depuis lors la pire crise politique que ce régime a eu à connaitre depuis sa création dans les années 30. En effet, suite à l’assassinat de ce journaliste, toute la campagne de réhabilitation menée par le prince héritier afin de peindre ce pays, perçu comme une féodalité moyenâgeuse, comme un Etat moderne en pleine évolution, a succombé aux déluges de condamnations venant de la planète entière. Même le Président américain, Donald Trump, acquis, fait et cause, à la diplomatie du portefeuille de ce pays, n’a pu s’empêcher de condamner l’assassinat de Khashoggi qui, d’après les dires des services américains, avait été directement ordonné par le prince héritier. Ce dernier s’est même retrouvé dans le statut de paria international, quasiment aucun des chefs d’Etat présent au sommet du G20 à Buenos Aires n’ayant accepté de le rencontrer dans le cadre de rencontres bilatérales séparées.</p>
<p>C’est ainsi que les attentes furent grandes à l’approche de cette fin de l’année 2018 au niveau d’un remaniement qui tardait à se réaliser. Lorsque finalement, un remaniement fut annoncé les derniers jours de l’année 2018, au sein du cabinet royal (le conseil pour les affaires politiques et de sécurité) en Arabie Saoudite, la déception fut grande. Plus précisément, le 27 décembre dernier, par un décret royal signé par le Roi Salmane, un certain nombre de ministres ont été désignés et d’autres limogés. Etonnamment, loin de limiter le pouvoir exorbitant de ce prince tumultueux, la composition du nouveau cabinet n’a fait qu’enraciner davantage sa position. Ainsi loin d’être amoindri dans ses prérogatives, le pouvoir de Mohammed Ben Salmane fut au contraire renforcé.</p>
<p>Le frère du Prince héritier, actuellement ambassadeur à Washington, qui avait été rappelé au pays et qui fut à un moment pressenti comme une solution probable de remplacement, n’a pas été gratifié d’un quelconque poste alors que les book-makers avaient parié sur sa désignation comme Conseiller à la Sécurité Nationale, fonction de nouveau créée, mais au profit d’un intime du prince héritier: Musaid al-Aiban, précédemment le second en charge de la cour royale. Par ailleurs, et c’est une curiosité, l’ancien ministre des affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a été nommé Ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères aux côtés d’un nouveau ministre des affaires étrangères, le ministre des finances de feu le Roi Abdallah, Ibrahim al-Assaf, un repris de l’affaire du Ritz Carlton pour laquelle il avait été incarcéré un temps par celui qui est devenu son bénéfacteur. Les postes très importants du Ministre de l’énergie et celui des finances continuent d’être occupés par les mêmes à savoir, Khalid al-Falih et Muhammad al-Jadaan. De même, alors que le jeune prince se targuait d’être un partisan des droits des femmes, aucune femme n’entre au gouvernement, même pas aux rangs subalternes.</p>
<p>Sur les questions diplomatiques d’importance, à savoir, la guerre tragique au Yémen, le conflit avec l’Iran ou encore le blocus continue du Qatar, rien semble destiné à être modifié. La seule nouveauté étant l’inauguration des ambassades des Emirats Arabes Unis et celle du Bahreïn à Damas qui préfigurent l’ouverture prochaine de celle de l’Arabie Saoudite. Les saoudiens semblent enfin avoir compris que la politique de la chaise vide ne peut que profiter à leur concurrent, en l’occurrence, l’Iran. Mais, ce remaniement, qui n’est qu’un changement de façade, aurait pu arriver à bon point, pour tenter de renverser la vague hostile qui souffle sur le congrès américain, s’il avait été structuré autrement. Rappelons que par deux résolutions, le 13 décembre dernier, l’une demandant l’arrêt du soutien logistique américain à l’Arabie Saoudite dans la guerre au Yémen adoptée avec le concours de 7 sénateurs Républicains (56/41) et l’autre, adoptée à l’unanimité, condamnant nommément le Prince héritier saoudien comme instigateur et ordonnateur de l’assassinat de Jamal Khashoggi, le sénat a montré qu’il en avait assez des exactions saoudiennes.</p>
<p>Or, ce remaniement, qui aurait pu être une réponse aux inquiétudes américaines n’a, finalement, fait qu’entériner une réalité de fait, celle de la toute-puissance du jeune prince rappelant le titre d’une pièce bien connue de Shakespeare, « Much ado about nothing » ou beaucoup de bruit pour rien !</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani</strong></p>
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		<title>Qui a les cartes en main au Moyen-Orient ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Nov 2018 20:40:19 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mise en cause dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, la monarchie saoudienne se retrouve isolée. Son grand rival, l’Iran, est lui aussi affaibli, en raison des sanctions américaines. Cette nouvelle donne diplomatique peut-elle faire avancer les dossiers de la guerre au Yémen et en Syrie ?</p>
<p>Retrouvez l&rsquo;intégralité de l&rsquo;interview sur <a href="https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/du-grain-a-moudre-du-mardi-20-novembre-2018" target="_blank" rel="noopener">France Culture</a>.</p>
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