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	<title>Mike Pompeo &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Mike Pompeo, commis voyageur d&#8217;une politique étrangère hors normes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Nov 2020 13:37:16 +0000</pubDate>
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<p>L&rsquo;administration Trump n&rsquo;a décidément pas son pareil pour mettre ses interlocuteurs mal à l&rsquo;aise. Toujours cramponné au pouvoir et refusant de reconnaître la victoire de son adversaire démocrate, Donald Trump a envoyé Mike Pompeo en tournée d&rsquo;adieux d&rsquo;abord en Europe, puis au Moyen-Orient. Ce circuit diplomatique de 10 jours au cours duquel, malgré la pandémie, le Secrétaire d&rsquo;Etat se rendra dans 7 pays différents, ressemble à s&rsquo;y méprendre à un éloquent résumé de la diplomatie qui a prévalu à la Maison-Blanche ces quatre dernières années : un profond embarras pour les alliés européens des Etats-Unis, et un favoritisme assumé accordé à leurs alliés du monde arabo-musulman, opposés à l&rsquo;Iran.</p>
<p>La France, première étape de cette tournée, a été ainsi le théâtre d&rsquo;un curieux numéro d&rsquo;équilibriste de la part de l&rsquo;Elysée. Si par respect des institutions américaines, Emmanuel Macron ne pouvait pas refuser la demande de rencontre de Mike Pompeo, il a dû néanmoins aborder les sujets « <em>qui rassemblent et ceux qui fâchent </em>» avec un homme tout aussi convaincu que son président qu&rsquo;il y aura « <em>une transition en douceur vers une seconde administration Trump </em>»&#8230; et qui ne s&rsquo;était pas privé de critiquer ouvertement les dirigeants étrangers qui s&rsquo;étaient empressés de prendre contact avec Joe Biden après sa victoire.</p>
<p>On imagine en effet assez mal un échange harmonieux compte tenu du nombre de « sujets qui fâchent », l&rsquo;administration Trump et les Européens étant en désaccord sur à peu près tout, de l&rsquo;accélération du retrait des troupes américaines d&rsquo;Irak et d&rsquo;Afghanistan en passant par le dossier iranien, le climat et la guerre commerciale avec la Chine. Néanmoins, que le point de départ de cette tournée ait été la France, l&rsquo;une des signataires du <em>Joint Comprehensive Plan of Action,</em> farouchement opposée au retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018, et désireuse de sauver l&rsquo;accord, est significatif et pourrait presque sonner comme un avertissement : encore au pouvoir jusqu&rsquo;en janvier 2021, l&rsquo;administration Trump poursuivra sa campagne de « pression maximale » sur l&rsquo;Iran et fera tout son possible pour la rendre irréversible.</p>
<p>Autre étape significative des positionnements de Donald Trump, la visite turque sera axée non pas sur l&rsquo;expansionnisme d&rsquo;Erdogan en Méditerranée orientale ou dans le Caucase du Sud – Mike Pompeo ne devrait pas rencontrer ni le président turc, ni les membres de son gouvernement – mais sur la liberté religieuse. Le Secrétaire d&rsquo;Etat rencontrera ainsi le patriarche Bartholomée de Constantinople, chef de l&rsquo;église orthodoxe, et le patriarche Elie lors de l&rsquo;étape suivante en Géorgie voisine, un signe envoyé à l&rsquo;électorat chrétien et évangéliste de Donald Trump qui l&rsquo;a fortement soutenu dans sa campagne.</p>
<p>Quant au passage au Moyen-Orient, il devrait permettre de confirmer les intentions de l&rsquo;administration Trump dans le conflit israélo-palestinien ou face à l&rsquo;Iran. Mike Pompeo va ainsi inscrire son nom dans l&rsquo;Histoire en initiant en Israël quelques tristes premières fois : il sera le premier Secrétaire d&rsquo;Etat américain à se rendre sur le plateau du Golan – dont l&rsquo;annexion par l&rsquo;Etat hébreu a été reconnue par la seule administration Trump au mépris du droit international – ainsi que dans une colonie israélienne de Cisjordanie. Et pas n&rsquo;importe laquelle, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agira de Psagot, célèbre productrice de vin israélien, qui avait même dédié une cuvée spéciale à Mike Pompeo pour le remercier de son soutien indéfectible à la politique israélienne. Psagot avait déjà fait parler d&rsquo;elle lorsqu&rsquo;un viticulteur avait contesté devant la Cour de justice de l&rsquo;Union européenne l&rsquo;obligation européenne d&rsquo;étiquetage spécifique des produits fabriqués dans les colonies.</p>
<p>Au-delà de l&rsquo;anecdote, cette visite israélienne devrait d&rsquo;abord confirmer la volonté de Donald Trump de sanctuariser son « plan de paix pour le Proche-Orient » voire d&rsquo;accélérer sa mise en œuvre avant l&rsquo;intronisation de Joe Biden. Pour autant, Benjamin Netanyahu, si désireux qu&rsquo;il soit d&rsquo;annexer la Cisjordanie, préférera peut-être temporiser, car à l&rsquo;inverse de son « meilleur ami » américain, il a pour sa part reconnu la victoire du candidat démocrate, et sait donc qu&rsquo;il devra composer avec une administration Biden bien moins favorable à ses projets.</p>
<p>C&rsquo;est enfin le dossier iranien qui occupera Mike Pompeo non seulement à Tel-Aviv, mais aussi dans les dernières étapes de son voyage, aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite et au Qatar. A cet égard, les accords de normalisation dits « d&rsquo;Abraham » entre l&rsquo;Etat hébreu, les Emirats et Bahreïn, seront bien sûr évoqués en préambule de la stratégie conjointe à tenir contre l&rsquo;Iran. De nombreux experts s&rsquo;attendent en effet à ce que l&rsquo;administration Trump cherche, d&rsquo;ici janvier, à pérenniser la « pression maximale », voire à entraîner Téhéran dans une escalade de tensions à travers sanctions économiques et attaques sur le terrain, menées soit par les Etats-Unis, soit par leurs alliés dans la région. La fin justifiant les moyens, tout porte à croire que Donald Trump ne se refusera pas à prendre le sentier le plus belliqueux si celui-ci peut rendre impuissant Joe Biden, qui souhaite reprendre le chemin de la diplomatie. Pour l&rsquo;Iran, l&rsquo;heure est donc plus que jamais à la prudence et à la circonspection en attendant que la terrible année 2020 s&rsquo;achève, et que 2021 apporte, à défaut de bonnes nouvelles, a minima une porte de sortie à la crise qui l&rsquo;étrangle depuis deux ans.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 17/11/2020.</strong></p>
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