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	<title>Liban &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Le Liban à la croisée des chemins</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Jul 2025 09:03:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Confronté à une crise économique sans précédent marquée par une inflation galopante, le pays du Cèdre se remet laborieusement de<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-liban-a-la-croisee-des-chemins/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Confronté à une crise économique sans précédent marquée par une inflation galopante, le pays du Cèdre se remet laborieusement de l’offensive israélienne contre le Hezbollah qui s’est soldée par un cessez-le-feu le 27&nbsp;novembre dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fraîchement élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun s’était engagé auprès des Libanais à mener deux grands chantiers : redresser économiquement le pays et restaurer l’autorité de l’État en rendant à l’armée libanaise le monopole de la violence légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour y parvenir, le pays du Cèdre compte sur l’appui des États du golfe Persique et de Washington, dont il a impérativement besoin pour obtenir des financements internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Garants du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, les représentants américains enchaînent les déplacements au Liban depuis un mois. Lundi 21 juillet, l’envoyé spécial Tom Barrack entamait sa troisième visite pour accélérer le désarmement du Hezbollah.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le spectre d’une nouvelle guerre civile</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour autant, l’ambition jacobine du président Aoun se heurte à trois difficultés majeures : le refus des protagonistes d’appliquer sérieusement le cessez-le-feu, la crainte d’une nouvelle guerre civile et le retour du chaos syrien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Hezbollah refuse de rendre son arsenal militaire. Ses députés ont fustigé la pression américaine, estimant que les Israéliens, en poursuivant leurs bombardements et en maintenant leurs troupes dans cinq positions du Sud-Liban, ne respectaient pas davantage l’accord de trêve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La classe politique libanaise est de son côté divisée sur la manière de procéder, entre ceux qui prônent un désarmement par la force s’il le faut et ceux, plus prudents, qui plaident pour un dialogue afin d’éviter que le pays ne bascule à nouveau dans la guerre civile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conscient de ce risque, et malgré les pressions américaines qui réclament des actes concrets, le président Joseph Aoun, lors de sa visite au Bahreïn le 22 juillet, a rappelé vouloir agir avec “précaution afin de préserver l’unité du Liban et d’éviter toute atteinte à la paix civile”.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le risque syrien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, côté syrien, les récents affrontements de Soueïda inquiètent au plus haut point l’exécutif libanais. La perméabilité de la frontière entre les deux pays, longue de plus de 300 kilomètres, fait craindre l’extension du chaos syrien sur le territoire libanais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autant que le renvoi des détenus syriens, représentant plus de 30 % de la population carcérale libanaise, renforce les tensions entre les deux voisins. Le nouveau pouvoir de Damas exige leur retour immédiat alors que les autorités libanaises entendent bien garder en détention les auteurs de crimes de sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la rencontre, à Djeddah, le 27 mars dernier, entre les ministres de la Défense libanais et syrien, l’Arabie saoudite, qui entend profiter du retour de ces pays dans le giron sunnite, pourrait de nouveau proposer ses bons offices pour faire avancer les négociations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gagner du temps</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Entre les bombardements israéliens, les pressions américaines, l’instinct de survie du Hezbollah qui prend prétexte du chaos syrien pour conserver son arsenal, le nouveau président Joseph Aoun est condamné à gagner du temps pour préserver l’unité du pays et respecter à terme sa promesse de reconstruire l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/le-liban-a-la-croisee-des-chemins-127334/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/le-liban-a-la-croisee-des-chemins-127334/">Le nouvel Economiste</a> le 24/07/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© SIPA</p>
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		<title>La délicate reconstruction de l’État libanais</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-delicate-reconstruction-de-letat-libanais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Jun 2025 08:00:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[Samedi 24 mai se tenait le dernier tour des élections municipales libanaises, une première pour la population qui n’avait pas<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-delicate-reconstruction-de-letat-libanais/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Samedi 24 mai se tenait le dernier tour des élections municipales libanaises, une première pour la population qui n’avait pas été consultée localement depuis 2016.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’allié gouvernemental, les Forces libanaises, a enregistré des victoires face à son adversaire le Courant patriotique libre dans les régions chrétiennes, à l’exception de la municipalité de Jezzine, le Hezbollah conserve un soutien populaire significatif, comme en témoignent ses victoires dans ses localités historiques du sud-Liban, malgré une forte abstention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que le gouvernement s’attelle à la lourde tâche de reconstruire l’État libanais, la tenue d’élections a été perçue comme un signe positif. Dès son investiture en janvier dernier, le président Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, s’est fixé un double objectif : restaurer l’État régalien en désarmant les milices et endiguer la crise économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le président Aoun renoue les liens diplomatiques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Conscient des fragiles équilibres politiques et sociaux et redoutant une nouvelle guerre civile, le président libanais s’est prononcé avec précaution en faveur du désarmement du Hezbollah, qu’il dit vouloir mener par “un dialogue bilatéral”. La milice chiite est largement affaiblie militairement depuis l’offensive d’Israël et la chute du régime de Bachar al-Assad par lequel transitait son approvisionnement auprès de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, Joseph Aoun a renoué avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, en convenant les 21 et 23 mai derniers de désarmer, à compter de mi-juin, les camps de réfugiés palestiniens au Liban, administrés par les organisations palestiniennes. Mahmoud Abbas, dont la crédibilité pour incarner l’interlocuteur palestinien est souvent mise en doute, espère restaurer sa représentativité face aux autres factions comme le Hamas et le Jihad islamique dont l’influence progresse dans les camps de réfugiés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette reprise en main est fortement encouragée par les États-Unis et les pétromonarchies arabes du golfe Persique qui y conditionnent leur assistance économique. Lors de son discours devant le Forum économique américano-saoudien, le président Trump a fustigé le Hezbollah, se disant désormais “prêt à aider le Liban”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, le président libanais entend bien profiter de la récente recomposition des rapports de force régionaux et du recul de l’influence iranienne pour restaurer des relations diplomatiques avec les pétromonarchies arabes du Golfe. Alors qu’il réservait sa première visite officielle à l’étranger au royaume saoudien, le président Aoun a enchaîné depuis les déplacements au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, espérant séduire des investisseurs et obtenir des aides financières dont dépend fortement l’économie libanaise, exsangue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sortir de la crise ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’effondrement financier de 2019, l’explosion du port de Beyrouth, l’offensive israélienne et le blocage institutionnel jusqu’à la récente désignation du président Aoun en janvier 2025, ont plongé le pays dans une crise sans précédent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dépit des efforts du nouveau gouvernement et de son jeu d’équilibre, l’avenir du Liban demeure incertain. Le gouvernement parviendra-t-il à imposer au Hezbollah l’abandon total de son arsenal militaire ? Quant à Israël, rien n’indique pour l’instant son respect total du cessez-le-feu de novembre dernier. Enfin, à la veille de l’arrivée d’une délégation du FMI, ce 28 mai 2025, le gouvernement libanais redouble d’efforts pour afficher sa bonne volonté, espérant enfin décrocher un accord de prêt tant attendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <em><a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/la-delicate-reconstruction-de-letat-libanais-125829/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/la-delicate-reconstruction-de-letat-libanais-125829/">Le nouvel Economiste</a></em> le 29/05/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph"> © SIPA</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ardavan Amir-Aslani : « L’Holocauste ne justifie pas les exactions d’Israël »</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/ardavan-amir-aslani-lholocauste-ne-justifie-pas-les-exactions-disrael/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Oct 2024 08:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[Dans un entretien saisissant avec Merwan Mihoubi pour la chaîne Omerta, Ardavan Amir-Aslani, avocat et essayiste d&#8217;origine iranienne, partage son<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/ardavan-amir-aslani-lholocauste-ne-justifie-pas-les-exactions-disrael/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Dans un entretien saisissant avec Merwan Mihoubi pour la chaîne <em>Omerta</em>, Ardavan Amir-Aslani, avocat et essayiste d&rsquo;origine iranienne, partage son analyse de la situation dramatique au Moyen-Orient. Avec la clarté et la franchise qui le caractérisent, il aborde des sujets sensibles tels que la mort d&rsquo;Hassan Nasrallah, la stratégie du gouvernement israélien, la position de l&rsquo;Iran, et les implications d’un conflit potentiel avec les États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soulignant l’impossibilité d’éradiquer une idéologie par la force, Me Amir-Aslani prévient que les violences actuelles ne font que nourrir une nouvelle génération de combattants, rappelant que « l&rsquo;on ne tue pas une idée avec des bombes ». Il critique également l’utilisation du terme « terroriste » pour justifier des actions contre les peuples libanais et palestinien, affirmant son refus de rester silencieux face à cette « tragédie humaine. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un entretien essentiel pour ceux qui s&rsquo;interrogent sur la justice et les réponses aux crises géopolitiques actuelles : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=UD4o6-5NauA">Regarder l&rsquo;interview</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Diffusé le 28.10.2024 sur la chaine Youtube d’Omerta, média d’enquête et de documentaires 100% digital.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le Hezbollah, une force reconnue mais critiquée au Liban</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-hezbollah-une-force-reconnue-mais-critiquee-au-liban/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2022 08:43:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L’été 2022 a vu le Hezbollah fêter ses quarante ans d’existence, bien que la date exacte de la fondation du<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-hezbollah-une-force-reconnue-mais-critiquee-au-liban/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’été 2022 a vu le Hezbollah fêter ses quarante ans d’existence, bien que la date exacte de la fondation du mouvement soit imprécise, voire plus tardive – sa première charte ayant été publiée en février 1985. Son chef Hassan Nasrallah a tenu à faire de cet anniversaire une période de festivités pour ses partisans, et l’occasion d’un rappel aux références marquantes de l’histoire du Hezbollah dans sa lutte contre Israël : l’été 1982 bien sûr, mais surtout la guerre de juillet 2006, achevée le 14 août par une absence de victoire de Tsahal contre le mouvement chiite. Inhabituellement spectaculaires pour un mouvement habitué à plus de sobriété dans ses hommages aux combattants disparus, les célébrations visaient avant tout à véhiculer l’image d’un Hezbollah prédominant au Liban, mais néanmoins appelé à se renouveler.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Légitimité dans le monde arabe</strong></h4>
<p>Quarante ans après sa fondation dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, le Hezbollah a vu son statut considérablement évoluer, passant de groupe hétéroclite à celui d’organisation la mieux armée du Moyen-Orient, dotée d’une structure solide et d’une force de frappe lui permettant de s’impliquer dans d’autres conflits régionaux. Il disposerait aujourd’hui de près de 80 000 combattants entraînés, ainsi que de missiles à guidage de précision et de drones sophistiqués, utilisés pour des frappes ciblées ou de l’espionnage. Sa première raison d’être, la guérilla contre Israël, qui a conduit in fine au retrait des troupes israéliennes en mai 2000 du sud-Liban – et sans signature d’un traité de paix semblable aux accords de Camp David – lui a conféré légitimité et respect à travers tout le monde arabe.</p>
<p class="mise_en_avant">“Quarante ans après sa fondation dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, le Hezbollah a vu son statut considérablement évoluer, passant de groupe hétéroclite à celui d’organisation la mieux armée du Moyen-Orient”</p>
<p>Certes mouvement de lutte armée, le groupe est progressivement devenu un parti politique qui a gagné une influence considérable sur la scène politique libanaise, et relaie l’influence de l’Iran, à qui il doit sa fondation et ses ressources logistiques, au Moyen-Orient.</p>
<p>La mutation du Hezbollah à partir du début des années 1990 a en effet suivi de près les évolutions stratégiques de la République islamique en matière de politique étrangère. Exploitant le potentiel séditieux des minorités chiites, souvent marginalisées, à travers le Moyen-Orient, l’Iran les a activement soutenues en échange de leur adhésion à la doctrine de la Velayat-e Faqih (“gouvernement du docte”), l’un des principaux piliers idéologiques de la République islamique, et le Hezbollah s’est inscrit dès ses débuts dans cette stratégie. Mais la mort de l’Ayatollah Khomeini en 1989 a redéfini les priorités de Téhéran, faisant passer l’exportation de la révolution islamique au second plan, au profit d’une professionnalisation de ses relais extérieurs.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>De la guérilla à la politique</strong></h4>
<p>Axée à l’origine sur la guérilla, l’action des proxies chiites s’est donc progressivement orientée vers la politique. Le Hezbollah a ainsi démontré une rapide capacité d’adaptation à ces évolutions en participant, dès 1992, à ses premières élections législatives. Mais c’est précisément cette évolution qui lui est aujourd’hui reprochée. Salué encore récemment pour son engagement contre Israël, le Hezbollah s’est éloigné du rôle d’organe de résistance pour devenir un pouvoir de nuisance et d’influence, tant au Liban que dans les pays voisins.</p>
<p>Aux yeux de l’opinion publique libanaise, le Hezbollah fait partie intégrante de cette classe dirigeante corrompue jugée responsable de la dramatique crise économique dans laquelle le Liban s’enfonce depuis 2019, et est régulièrement accusé de résister aux réformes d’un système qui le favorise. Son rôle de relais d’influence de l’Iran, qui demeure incontestable et fait partie intégrante de la politique étrangère iranienne depuis 1979, explique en partie cette volonté d’empêcher toute évolution de la scène politique libanaise, et le mouvement répond généralement par la force aux manifestations et à toute initiative qui viendrait amoindrir son emprise.</p>
<p class="mise_en_avant">“Le Hezbollah s’est éloigné du rôle d’organe de résistance pour devenir un pouvoir de nuisance et d’influence, tant au Liban que dans les pays voisins. Son rôle de relais d’influence de l’Iran, explique en partie cette volonté d’empêcher toute évolution de la scène politique libanaise”</p>
<p>Sur la scène extérieure, son engagement dans la guerre civile syrienne a également été très controversé. Depuis 2013, le Hezbollah aurait envoyé plusieurs milliers de combattants en Syrie, certes pour lutter contre les groupes liés à Al-Qaïda et Daech, mais aussi pour soutenir Bachar el-Assad contre l’opposition syrienne. Cette “ingérence” dans un conflit voisin a essentiellement été interprétée à travers le monde arabe comme une preuve supplémentaire du caractère sectaire du mouvement, une force chiite aux ordres de l’Iran vouée à combattre les sunnites au lieu de se consacrer à sa mission première, la lutte contre Israël. De la même manière, son intervention au Yémen aurait incité six pays arabes à désigner les Houthis comme une organisation terroriste.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Vers un retour aux sources de la lutte contre Israël ?</strong></h4>
<p>Certains prônent de longue date un désarmement du mouvement, force incontestable mais fragilisée par les critiques, afin de réduire sa capacité d’action et d’influence. Les Libanais demeurent néanmoins divisés sur cette question, tant l’aura du Hezbollah comme rempart contre l’agressivité d’Israël et la démonstration de son efficacité en la matière à plusieurs reprises restent prégnantes. Cet été, le Hezbollah a justement rappelé le systématisme de ses ripostes en cas “d’agression” israélienne. Les tensions avec Tel-Aviv se sont en effet intensifiées autour de l’exploitation de gisements gaziers dans une zone frontalière maritime contestée.</p>
<p class="mise_en_avant">“C’est avant tout son statut ambivalent qui demeure pour le Hezbollah la meilleure garantie de sa pérennité, et de son maintien au cœur du jeu politique libanais”</p>
<p>Ainsi, début juillet, l’armée israélienne a abattu trois avions sans pilote lancés par le Hezbollah en direction d’une plateforme gazière israélienne récemment installée en Méditerranée. Hassan Nasrallah a alors prévenu qu’Israël ne pourrait pas exploiter ses gisements avant qu’un accord ne soit conclu avec le Liban. De par sa proximité géographique et son arsenal, estimé entre autres à 150 000 roquettes par l’armée israélienne, l’organisation chiite reste considérée comme une menace “très sérieuse” par Tsahal. Ainsi, si renouvellement il doit y avoir, celui-ci s’imposera peut-être par un retour aux sources pour le mouvement. Mais c’est avant tout son statut ambivalent qui demeure pour le Hezbollah la meilleure garantie de sa pérennité, et de son maintien au cœur du jeu politique libanais.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 08/09/2022.</strong></p>
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			</item>
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		<title>Le Liban au bord d’une nouvelle guerre civile </title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile%e2%80%89/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jul 2021 14:04:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre civile]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[“Que Dieu vienne en aide au Liban.” Ces mots viennent du Premier ministre Saad Hariri qui, après neuf mois de<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile%e2%80%89/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-10544 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/le-liban-au-bord-dune-nouvelle-guerre-civile-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>“Que Dieu vienne en aide au Liban.” Ces mots viennent du Premier ministre Saad Hariri qui, après neuf mois de tentatives infructueuses pour former un gouvernement de crise, a préféré démissionner. En quittant son poste, il laisse effectivement son pays au bord du chaos le plus total, et il n’y a plus guère que la Providence divine pour venir au secours d’un État hier considéré comme l’un des rares pôles de stabilité au Moyen-Orient, devenu aujourd’hui un État failli à l’effondrement d’une ampleur sans précédent. Explosion du chômage, cours de la monnaie au plus bas, banques insolvables, biens de première nécessité hors de prix et pénuries de médicaments et d’essence structurent désormais le quotidien des Libanais qui s’appauvrissent de jour en jour.</p>
<p class="mise_en_avant">“Le Premier ministre Saad Hariri, après neuf mois de tentatives infructueuses pour former un gouvernement de crise, a préféré démissionner.”</p>
<p>Comment en est-on arrivé là ? C’est là une question maintes fois posée, et dont la réponse reste invariablement la même : crises politiques à répétition, corruption endémique de l’élite politique et économique, assassinats et pressions extérieures… La mise en accusation de Riad Salamé, le président de la Banque centrale du Liban, qui aurait amassé une fortune colossale à l’étranger, cristallise ces explications, tout comme la colère des Libanais qui le tiennent pour responsable de l’effondrement de l’économie et des pénuries qui les frappent de plein fouet.</p>
<p class="inter-titre"><strong>Clientélisme politique du président Michel Aoun</strong></p>
<p>Ce sont aussi les tractations clientélistes et les ambitions personnelles qui ont eu raison des efforts de Saad Hariri. Durant ses neuf mois au pouvoir, l’ex-Premier ministre a présenté un nouveau cabinet près de 18 fois au président Michel Aoun, qui a systématiquement rejeté ces projets d’équipes composées de 24 personnes représentant à parts égales les principales confessions religieuses du Liban – sunnites, chiites et chrétiens. En la matière, Michel Aoun est notoirement connu pour subir l’influence de son gendre et actuel ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui ambitionne de lui succéder.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’ex-Premier ministre a présenté un nouveau cabinet près de 18 fois au président Michel Aoun, qui a systématiquement rejeté ces projets d’équipes”</p>
<p>Ses exigences en faveur de la communauté chrétienne – de nombreux postes ministériels et un droit de veto étendu – formulées au mépris de l’équilibre politique voulu par la Constitution libanaise – qui répartit les principaux rôles politiques en attribuant la fonction de président à un chrétien, celle de Premier ministre à un sunnite et celle de président du Parlement à un chiite – ont naturellement poussé Saad Hariri à jeter l’éponge. C’est précisément cette répartition politique, héritée de la fin de la guerre civile, que Bassil souhaiterait remettre en question, afin de favoriser davantage sa communauté et s’assurer une clientèle fidèle pouvant le soutenir lors des prochaines élections. Il en aurait en effet bien besoin, lui qui incarne sans doute le politicien le plus unanimement détesté du Liban. Qu’il contribue, ce faisant, au chaos, et se prépare à gouverner un pays en ruine ne semble guère le préoccuper.</p>
<p class="inter-titre"><strong>Panique de la société civile</strong></p>
<p>Aujourd’hui, le départ de Saad Hariri, bien qu’il soit peu aimé, a entraîné un véritable sentiment de panique au sein de la population libanaise. La crainte d’une nouvelle guerre civile – les souvenirs de la précédente sont encore vifs dans les mémoires – se fait de plus en plus présente, tandis que la classe populaire menace d’user une nouvelle fois de son seul recours, la manifestation et la rue, pour lutter contre cet état de fait et renverser une classe politique toujours aussi préoccupée de ses seuls intérêts. Face à une situation économique et politique de plus en plus sombre, les possibilités de négociations avec la communauté internationale et le FMI vont également se réduire comme peau de chagrin.</p>
<p class="inter-titre"><strong>En attendant les élections de 2022…</strong></p>
<p>Une sortie de crise est-elle seulement possible ? La Constitution prévoit, en cas de vacance au poste de Premier ministre, la tenue d’une session extraordinaire des membres du Parlement à la demande du président de la République, afin de désigner un nouveau Premier ministre. Mais qui voudrait remplacer Saad Hariri dans un tel contexte ? Il est possible que Hassan Diab, qui avait pourtant démissionné à la suite de l’explosion du 4 août 2020 à Beyrouth, assure l’intérim, mais sans réel pouvoir ni capacité à gérer la crise, ou à négocier une énième aide financière d’urgence avec les puissances occidentales et arabes.</p>
<p class="mise_en_avant">“Tout peut arriver, y compris une nouvelle guerre civile nourrie par l’effondrement de l’économie et le risque, très réel, de famine et d’une explosion sociale renforcée par la colère d’ordre confessionnelle des sunnites”</p>
<p>Il faudra donc tirer sur la corde jusqu’aux prochaines élections, prévues au printemps 2022. Dans l’attente, tout peut arriver, y compris une nouvelle guerre civile nourrie par l’effondrement de l’économie et le risque, très réel, de famine et d’une explosion sociale renforcée par la colère d’ordre confessionnelle des sunnites, scandalisés par le départ de Saad Hariri.</p>
<p class="inter-titre"><strong>La main de l’Iran</strong></p>
<p>Le blâme de la situation retombe également sur le Hezbollah, pour l’heure bien en peine de proposer un autre candidat sunnite aussi complaisant qu’Hariri à son égard. De fait, le mouvement chiite n’a exercé aucune pression sur le président Aoun pour accepter un nouveau gouvernement, faute d’obtenir suffisamment de concessions en retour. Mais derrière le Hezbollah, c’est bien sûr la main de l’Iran que l’on devine, qui a tout intérêt à maintenir le chaos au Liban afin d’en user comme argument face aux États-Unis dans les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne.</p>
<p class="mise_en_avant">“Derrière le Hezbollah, c’est bien sûr la main de l’Iran que l’on devine, qui a tout intérêt à maintenir le chaos au Liban afin d’en user comme argument face aux États-Unis dans les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne”</p>
<p>Téhéran conditionnerait volontiers une sortie de crise au Liban – ce que la République islamique est parfaitement capable de mettre en œuvre très rapidement – à un assouplissement de la position américaine vis-à-vis de ses proxies au Moyen-Orient et de son programme balistique. Malheureusement, le statu quo perdurera, en raison du refus catégorique des Américains de céder à un tel marchandage.</p>
<p class="inter-titre"><strong>Bientôt des sanctions internationales ?</strong></p>
<p>Pour résoudre la crise libanaise, Occidentaux et puissances arabes de la région semblent pencher en faveur, non pas de la candidature de Gebran Bassil, au demeurant sous le coup de sanctions américaines pour corruption dans le cadre du Magnitsky Act, mais du chef des armées Joseph Aoun à la tête d’un mouvement issu de la société civile. En outre, les Occidentaux persistent à conditionner toute aide financière à l’assurance que celle-ci ira bien à la reconstruction du pays, et non à l’engraissement d’une élite politique corrompue.</p>
<p class="mise_en_avant">“La démission d’Hariri devrait démontrer de façon éloquente aux Occidentaux que sans sanctions attribuées de façon collégiale à l’ensemble de la classe politique libanaise, aucune sortie de crise ne sera possible”</p>
<p>La démission d’Hariri devrait démontrer de façon éloquente aux Occidentaux que sans sanctions attribuées de façon collégiale à l’ensemble de la classe politique libanaise, aucune sortie de crise ne sera possible. On ne peut donc qu’espérer un sursaut de la part de l’Union européenne, qui devrait annoncer de telles mesures d’ici la fin du mois.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 21/07/2021.</strong></p>
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		<title>Le Liban victime de la naïveté française</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-liban-victime-de-la-naivete-francaise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jul 2021 12:25:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-10191 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/000_13_R55_K_0fdef63e05-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/000_13_R55_K_0fdef63e05-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/000_13_R55_K_0fdef63e05-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/07/000_13_R55_K_0fdef63e05.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">Tout partait pourtant sur une note d&rsquo;espoir. Le 6 août 2020, Emmanuel Macron était le tout premier chef d&rsquo;Etat étranger à se rendre à Beyrouth après l&rsquo;explosion qui avait dévasté une partie de la ville, faisant 200 morts et plusieurs milliers de blessés. Il était alors apparu comme un sauveur providentiel auprès des Libanais désespérés par la situation de leur pays, et plus encore exaspérés par la défaillance d&rsquo;une classe politique jamais renouvelée depuis la fin de la guerre civile. Tous les espoirs de changement reposaient alors sur la France, l&rsquo;ancienne puissance coloniale qui s&rsquo;est souvenue dans ce moment de crise avoir un droit de regard privilégié sur la situation et l&rsquo;avenir de son ancien protectorat. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs elle qui, depuis plus de 30 ans, jouait le rôle d&rsquo;honnête courtier entre le Liban et la communauté internationale pour l&rsquo;obtention d&rsquo;aides financières vitales à la survie de l&rsquo;économie libanaise. La feuille de route d&rsquo;Emmanuel Macron pour « sauver » le Liban et résoudre ses nombreux problèmes économiques et politiques se basait ainsi sur la formation dans les quinze jours d&rsquo;un gouvernement composé d&rsquo;experts indépendants, à même de mettre en place les réformes structurelles nécessaires – notamment dans le secteur de l&rsquo;énergie &#8211; et regagner ainsi la confiance des bailleurs internationaux.</span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">Près d&rsquo;un an après le lancement de ce plan de sauvetage, la situation du Liban n&rsquo;a évolué en rien : les prix des biens de première nécessité sont toujours aussi élevés, l&rsquo;essence se fait de plus en plus rare et même l&rsquo;armée, engagée sur deux fronts – la surveillance de frontières parmi les plus conflictuelles du monde et la gestion de la crise intérieure – menace de ne plus être apte à assurer ses missions.</span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">Un tel échec n&rsquo;est pas surprenant. La France, qui pouvait utilement tirer profit de l&rsquo;accident de Beyrouth et du soutien populaire pour imposer de véritables réformes, n&rsquo;a pas su faire preuve de courage politique. Dans l&rsquo;application de sa feuille de route, le président français a en effet commis une erreur fatale : s&rsquo;appuyer sur une classe politique libanaise qui avait pourtant largement donné la preuve de son incompétence et de sa corruption, au lieu de la congédier sans état d&rsquo;âmes. « Pas de chèque en blanc », disait-il alors pour rappeler que l&rsquo;aide internationale serait conditionnée à l&rsquo;engagement de réformes. Mais n&rsquo;était-il pas naïf de confier la réforme d&rsquo;un pays en crise à cette même élite conspuée depuis l&rsquo;automne 2019 par le peuple libanais, responsable de la paralysie du pays, et certainement peu à même de susciter un changement qui réduirait sévèrement ses prérogatives et ses intérêts ?</span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">Sans surprise, cette classe politique mise en face de ses responsabilités a choisi non seulement de n&rsquo;engager aucune réforme, mais aussi de torpiller autant que possible tous les efforts mis en œuvre pour les initier. Elle aura même empêché la formation d&rsquo;un gouvernement par intérim, une condition préalable aux négociations avec le FMI pourtant indispensable, et n&rsquo;a certainement pas donné son aval à l&rsquo;organisation d&rsquo;élections anticipées. Les mêmes manœuvres politiciennes, clientélistes ou népotiques, ont été observées, et à cet égard, en refusant d&rsquo;en sanctionner les membres le plus sévèrement possible, la France a définitivement péché par naïveté. Le problème est qu&rsquo;une telle erreur aura des conséquences destructrices.</span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">La question de savoir pourquoi la France n&rsquo;a pas choisi de s&rsquo;appuyer sur la communauté maronite – à laquelle appartient le Président Michel Aoun – communauté avec laquelle elle conserve pourtant les liens les plus étroits pour des raisons historiques, reste à ce jour une énigme. Cela a en tout cas laissé le champ libre à l&rsquo;ancien ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, l&rsquo;un des politiciens les plus unanimement détestés du Liban, si corrompu qu&rsquo;il a été sanctionné par les Etats-Unis dans le cadre du <em style="box-sizing: border-box; max-width: calc(-1rem + 100vw);"><span style="font-family: 'Arial',sans-serif;">Magnitsky Act, </span></em>pour accentuer sa pression sur son beau-père, le président Aoun, dont il rêve d&rsquo;occuper le poste, fusse-ce au détriment de la survie de son propre pays. Nombreux sont les observateurs libanais à souligner que cette proximité familiale et politicienne coûte cher au Liban.  Pour autant, la France n&rsquo;a pas su agir rapidement et efficacement. Son attentisme a au contraire permis à l&rsquo;élite politique libanaise de jouer la montre pour laisser la pression populaire, pourtant intense après l&rsquo;accident du 4 août, s&rsquo;essouffler, et pour laisser la situation économique empirer, acculant <em style="box-sizing: border-box; max-width: calc(-1rem + 100vw);"><span style="font-family: 'Arial',sans-serif;">in fine</span></em> l&rsquo;Occident à son devoir d&rsquo;assistance via un énième plan d&rsquo;aide financière d&rsquo;urgence qui ne résoudra aucun des problèmes de fond, nourrissant au contraire le cercle vicieux dans lequel le pays reste désespérément enfermé sans espoir de sortie. L&rsquo;autre problématique à prendre en compte, si elle n&rsquo;explique pas à elle seule le blocage politique, reste bien sûr l&rsquo;influence de l&rsquo;Iran via le Hezbollah. La situation au Liban restant l&rsquo;un des arguments des Iraniens dans le cadre de leurs négociations avec les Etats-Unis sur l&rsquo;avenir du <em style="box-sizing: border-box; max-width: calc(-1rem + 100vw);"><span style="font-family: 'Arial',sans-serif;">JCPoA</span></em>, il semblerait que rien n&rsquo;avancera avant une résolution de ce dossier.</span></p>
<p><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Arial',sans-serif; color: #3b3b3b;">Dans le cas du Liban comme pour de nombreux autres sujets diplomatiques, il en va désormais de la responsabilité de la France pour prendre les sanctions qui s&rsquo;imposent à l&rsquo;égard des politiques libanais. Néanmoins, la mise en place fin avril par Paris de restrictions d&rsquo;accès au territoire français pour les politiques libanais, des sanctions jugées des plus légères par les analystes, n&rsquo;est pas apparue comme une réponse à la hauteur de la gravité de la situation. Face à la défaillance française, reste en dernier recours l&rsquo;Union européenne, qui a ouvert depuis quelques semaines des discussions techniques autour d&rsquo;un régime de sanctions, à l&rsquo;image de celui mis en place contre le président biélorusse Loukachenko. Dans l&rsquo;attente, acculée à la fois par l&rsquo;échec de sa stratégie et par l&rsquo;incurie de la classe politique libanaise, la France n&rsquo;a d&rsquo;autre choix que d&rsquo;endosser une fois de plus son rôle de pèlerin humanitaire pour rassembler une aide internationale censée soutenir les services de base des Libanais. Que le Liban soit toujours dépendant de la générosité et de la compassion internationale, au lieu d&rsquo;avoir été véritablement aidé à prendre son destin en main en favorisant l&rsquo;émergence d&rsquo;une nouvelle classe politique issue de l&rsquo;opposition, est sans doute la preuve la plus éloquente et dramatique de l&rsquo;échec français pour résoudre cette crise.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 04/07/2021.</strong></p>
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		<title>La situation libanaise reste inextricable</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-situation-libanaise-reste-inextricable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2020 11:14:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Liban]]></category>
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					<description><![CDATA[« On prend les mêmes et on recommence »&#8230; C&#8217;est un peu le triste résumé de la situation du Liban, pourtant<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-situation-libanaise-reste-inextricable/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-6920 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/10/saad-hariri-de-nouveau-premier-ministre-du-liban-un-eternel-recommencement-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/10/saad-hariri-de-nouveau-premier-ministre-du-liban-un-eternel-recommencement-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/10/saad-hariri-de-nouveau-premier-ministre-du-liban-un-eternel-recommencement-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/10/saad-hariri-de-nouveau-premier-ministre-du-liban-un-eternel-recommencement-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>« On prend les mêmes et on recommence »&#8230; C&rsquo;est un peu le triste résumé de la situation du Liban, pourtant au bord de la guerre civile et cherchant désespérément à renouveler sa classe politique. Ce ne sera donc visiblement pas pour cette fois : un an après avoir été contraint à la démission par la volonté du peuple libanais, Saad Hariri est redevenu Premier ministre pour un quatrième mandat, après avoir été désigné par une faible majorité de parlementaires – 65 sur 128 seulement &#8211; jeudi dernier. Former un nouveau gouvernement ne sera pas la moindre des épreuves qui l&rsquo;attendent. La colère de la rue en est une autre, car il est peu probable que les Libanais, qui avaient réussi à obtenir son départ, acceptent de gaité de cœur de voir leur volonté bafouée.</p>
<p>En retrouvant son siège de Premier ministre, Saad Hariri retrouve également un Liban dont la situation n&rsquo;a fait qu&#8217;empirer. On peut dès lors douter fortement de sa capacité à résoudre des problèmes devenus abyssaux, la plus grave crise financière que le pays ait connue, une pandémie de Covid-19 à maîtriser, les questions encore sans réponses qui entourent l&rsquo;épouvantable explosion du 4 août à Beyrouth, enfin un système politique à bout de souffle, qui nécessiterait une véritable remise en question. Mais comment être à la fois juge et partie ?</p>
<p>Le retour de Hariri est une preuve de plus de l&rsquo;absence totale de renouvellement de la classe dirigeante libanaise, qui conserve en grande partie les mêmes personnalités – ou les mêmes familles &#8211; depuis l&rsquo;époque de la guerre civile (1975-1990). Et le fait est que sa démission il y a un an n&rsquo;a pas ouvert l&rsquo;ère du renouveau dont le Liban a pourtant cruellement besoin. Les gouvernements – d&rsquo;abord d&rsquo;Hassan Diab, puis de Mustapha Adib – se sont succédés sans parvenir à dépasser le niveau de corruption et d&rsquo;incurie qui gangrènent les institutions, parfois même sans réussir à former une équipe. Et pour cause&#8230; D&rsquo;une part, la République libanaise impose que les principales communautés religieuses du pays soient représentées aux plus hautes fonctions. Le Président de la République doit ainsi être chrétien maronite, le Premier ministre musulman sunnite, et le Président du Parlement musulman chiite. D&rsquo;autre part, la composition du gouvernement ne peut faire l&rsquo;économie des exigences des différents partis représentatifs des multiples minorités religieuses du pays. Le Hezbollah et le parti Amal ont ainsi notoirement fait savoir qu&rsquo;ils exigeaient un des leurs aux Finances, le ministère le plus important au sein d&rsquo;un gouvernement puisqu&rsquo;il commande au budget de tous les autres.</p>
<p>Alors, face à ses données, le choix de Saad Hariri semblait, malgré tout, s&rsquo;imposer de lui-même comme le plus consensuel, une autre preuve du caractère « endogamique » du sérail politique qui a justement poussé les Libanais à la révolte. Son père, Rafik Hariri, a fait fortune en Arabie Saoudite avant d&rsquo;occuper lui-même le poste de Premier Ministre pendant une décennie, jusqu&rsquo;à son assassinat en 2005. Le gendre de Michel Aoun était jusqu&rsquo;à l&rsquo;année dernière ministre des Affaires étrangères. Et si le fils de Walid Jumblatt, le leader druze, refuse de faire de la politique, il a confirmé publiquement qu&rsquo;il s&rsquo;agissait bien au Liban d&rsquo;une « affaire de familles ».</p>
<p>Compte tenu de son ancienneté dans ce milieu, Saad Hariri a certes pu acquérir une réelle expertise des équilibres partisans, et semble plus apte que Diab ou Adib à former un gouvernement satisfaisant pour l&rsquo;ensemble de la classe politique libanaise. Cependant, ce succès n&rsquo;est pas garanti, car si le propre parti de Hariri, les partis chiites et druzes, ainsi que le Parti social nationaliste syrien l&rsquo;ont soutenu, ce n&rsquo;est pas le cas des partis chrétiens, le Mouvement Patriotique libre du Président Michel Aoun et les Forces libanaises chrétiennes. Le processus, qui n&rsquo;a rien de démocratique, pourrait donc prendre plusieurs mois avant d&rsquo;aboutir. Et en cas d&rsquo;échec, c&rsquo;est le Liban qui pâtirait une nouvelle fois d&rsquo;un retard préjudiciable à sa sortie de crise.</p>
<p>Les regards se tournent alors du côté du peuple libanais, qui a pourtant réussi pendant un an, par la force de ses mobilisations, à peser sur les choix des personnalités politiques censées remettre le pays debout. « <em>Killon yani killon </em>», « tout le monde veut dire tout le monde », tel était le slogan des manifestants qui réclamaient une classe politique radicalement nouvelle, mais aussi une réforme institutionnelle qui ne s&rsquo;est pas produite. Le système politique en vigueur depuis la signature de l&rsquo;accord de Taif, qui a mis fin à la guerre civile mais a assuré à ses principaux « seigneurs de guerre » de se muer en politiciens et de rester aux commandes du pays, paraît inamovible. Nul ne sait, surtout, par quoi le remplacer, tant ce système nourri par le clientélisme apparaît encore, pour de nombreux Libanais, comme le seul rempart contre l&rsquo;effondrement économique et sanitaire.</p>
<p>Certes courageux et déterminés, les Libanais ont peut-être manqué d&rsquo;organisation et de véritable stratégie sur le long terme, ce qui explique aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;ils soient saisis d&rsquo;un certain désenchantement et paraissent, pour le moment, accepter le retour de ce « sortant » qu&rsquo;ils avaient pourtant réussi à sortir. Il est difficile de leur en tenir grief, tant la situation paraît inextricable. De guerre lasse, certains considèrent déjà l&rsquo;exil comme seule solution pour s&rsquo;assurer un avenir.</p>
<p>La tâche qui attend Saad Hariri est donc colossale. Car les opportunités économiques qui permettront au Liban de se relever dépendent en grande partie de sa capacité à engager des réformes structurelles crédibles pour répondre aux conditions imposées par le FMI et la France, et ainsi obtenir l&rsquo;aide financière nécessaire à son redressement. Cela ne suffira pas néanmoins à le libérer de sa profonde dépendance aux importations, rendue d&rsquo;autant plus insoutenable avec une monnaie qui a perdu 80% de sa valeur en un an. Près de la moitié des Libanais vivent aujourd&rsquo;hui sous le seuil de pauvreté, et seront directement impactés par des mesures d&rsquo;austérité qui supprimeront les subventions sur le carburant et les denrées de première nécessité. Le « nouveau » Premier ministre n&rsquo;a pourtant pas le choix : le miracle ne pourra venir que du Liban lui-même, et non de la communauté internationale.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 27/10/2020.</strong></p>
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		<title>La France n’apparaît plus comme une puissance crédible au Liban</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-france-napparait-plus-comme-une-puissance-credible-au-liban/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2020 19:17:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;onde de choc de la double explosion qui a coûté la vie à 158 personnes et fait plus de 6000<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-france-napparait-plus-comme-une-puissance-credible-au-liban/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-6699 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/08/le-liban-a-la-recherche-dun-nouveau-pacte-socia-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/08/le-liban-a-la-recherche-dun-nouveau-pacte-socia-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/08/le-liban-a-la-recherche-dun-nouveau-pacte-socia-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/08/le-liban-a-la-recherche-dun-nouveau-pacte-socia-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>L&rsquo;onde de choc de la double explosion qui a coûté la vie à 158 personnes et fait plus de 6000 blessés à Beyrouth mardi dernier atteint désormais la classe politique libanaise. Tout le weekend, les rues de Beyrouth ont vibré aux cris de « Révolution ! » lancés par les Libanais en colère, qui réclamaient plus que jamais la démission de leur gouvernement jugé incompétent, corrompu, et surtout responsable de l&rsquo;accident. Les affrontements entre forces de l&rsquo;ordre et manifestants ont atteint un tel niveau de violence que le Premier ministre Hassan Diab a proposé la tenue d&rsquo;élections parlementaires anticipées et leur a finalement donné gain de cause, en annonçant la démission de son gouvernement hier soir. Une façon d&rsquo;admettre la faillite de son équipe gouvernementale et, plus largement, de toute la classe politique libanaise traditionnelle.</p>
<p>Comment 2750 tonnes de nitrate d&rsquo;ammonium, un produit chimique hautement toxique et dangereux servant à la composition d&rsquo;engrais et d&rsquo;explosifs, ont-elles pu rester entreposées durant six ans dans un hangar du port de Beyrouth ? Sans doute grâce à de nombreuses négligences, et une corruption qui gangrène le Liban depuis trop longtemps. Arrivé le 20 novembre 2013 dans la capitale libanaise, meurtrie la veille par un attentat d&rsquo;un groupuscule d&rsquo;Al-Qaïda contre l&rsquo;ambassade d&rsquo;Iran, le navire <em>Rhosus, </em>qui transportait la marchandise, n&rsquo;est jamais reparti vers sa destination finale, le Mozambique, via Aqaba en Jordanie, en raison de nombreux défauts techniques. Après la faillite de son propriétaire, l&rsquo;homme d&rsquo;affaires russe Igor Grechushkin, la gestion de la cargaison est revenue aux autorités du port de Beyrouth, qui l&rsquo;ont transférée dans le hangar 12 en août 2014. Il n&rsquo;en est jamais reparti. Malgré de multiples avertissements émanant des services des douanes durant les cinq années suivantes, les autorités judiciaires ont laissé ce dangereux chargement aux oubliettes du port. Il a fallu attendre 2019 pour que la sûreté de l&rsquo;Etat entame une enquête et établisse la dangerosité de l&rsquo;entrepôt.</p>
<p>Le déclenchement de l&rsquo;explosion suscite encore plus d&rsquo;interrogations. Pour l&rsquo;heure, une enquête locale et une commission ont été ouvertes et des investigations sont menées par l&rsquo;armée, les services douaniers et les autorités portuaires s&rsquo;accusant mutuellement de négligence. Vendredi, en marge de la visite d&rsquo;Emmanuel Macron à Beyrouth, le président libanais Michel Aoun soulevait la « <em>possibilité d&rsquo;une interférence extérieure au moyen d&rsquo;un missile ou d&rsquo;une bombe</em> » &#8211; certaines images vidéos, dont l&rsquo;origine et la fiabilité restent néanmoins à vérifier, l&rsquo;attestent – tout en rejetant la mise en place d&rsquo;une enquête internationale, tout comme Hassan Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah. Pourtant, la responsabilité de l&rsquo;accident reviendrait bien, <em>in fine</em>, au gouvernement, la direction des ports dépendant du ministère des Travaux publics et du Transport.</p>
<p>Dans un pays déjà meurtri depuis des mois par une crise économique catastrophique, et où la moitié des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté, ce drame souligne avec une cruelle acuité la faillite de l&rsquo;ensemble des élites libanaises. Si des voix s&rsquo;élèvent en particulier contre le Hezbollah, le peuple libanais, lui, animé par une envie de « dégagisme » radicale, ne se trompe pas de procès politique et incrimine tous les partis, qu&rsquo;ils soient chrétiens, sunnites ou chiites, pour leur incurie et leur corruption.</p>
<p>Comment alors réinventer un pacte social dans un pays multi-confessionnel, dont l&rsquo;Etat failli est en proie aux appétits extérieurs ? C&rsquo;est là le principal défi du Liban, et pour l&rsquo;heure, seule sa population semble faire preuve d&rsquo;un volontarisme politique à la hauteur de l&rsquo;enjeu. Si les conférences et l&rsquo;aide internationale restent bienvenues et nécessaires, la première étape doit indubitablement passer par un renouvellement de la classe politique libanaise. Or, proposer des élections anticipées ne répond pas à cette problématique qui est la principale revendication de la population, le Parlement libanais restant en effet largement la proie de ces forces politiques qu&rsquo;elle souhaite renouveler.</p>
<p>Pour sortir le Liban du chaos, d&rsquo;aucuns suggèrent une mise sous tutelle internationale sous l&rsquo;égide de l&rsquo;ONU pour restaurer un Etat failli tant sur le plan politique qu&rsquo;économique. Les regards, y compris au Liban, se tournent alors spontanément vers la France pour y assurer, comme par le passé, son rôle de puissance mandataire. La levée de 250 millions d&rsquo;euros en une journée, lors d&rsquo;une visio-conférence tenue sous l&rsquo;égide de l&rsquo;ONU et de la France, tendrait à démontrer qu&rsquo;un tel attelage pourrait mener cette sortie de crise à bien. Certes, l&rsquo;intérêt de la France pour le Liban, pays qu&rsquo;elle considère comme l&rsquo;avant-poste de son influence au Moyen-Orient, est très ancien. La venue, deux jours après l&rsquo;accident, du président français à Beyrouth, seul chef d&rsquo;Etat étranger à avoir accompli à ce jour une telle démarche, traduit l&rsquo;importance géopolitique de cette relation. Dans son discours de la Résidence des Pins, Emmanuel Macron a ravivé toute une mémoire commune, et rappelé la responsabilité de la France en tant que protectrice des chrétiens d&rsquo;Orient au Liban et en Syrie.</p>
<p>Mais malgré tout le lyrisme déployé et l&rsquo;apparente humilité d&rsquo;un discours suggérant aux « <em>forces politiques libanaises </em>» la définition d&rsquo;un « <em>ordre politique nouveau</em> », la brillante opération de communication n&rsquo;a pas échappé aux accusations de néo-colonialisme. On oublie largement, et notamment au Liban, que la France de 2020 n&rsquo;est plus celle d&rsquo;il y a tout juste un siècle. L&rsquo;ex-puissance mandataire, désormais en proie à une grave récession, a déjà largement démontré qu&rsquo;elle n&rsquo;avait plus les moyens de ses ambitions militaires ou diplomatiques. Inapte à soutenir l&rsquo;Iran lorsque les Etats-Unis ont quitté le <em>Joint Comprehensive Plan of Action</em> en mai 2018, absente lorsque Daech menaçait d&rsquo;envahir le Liban et de pourchasser les chrétiens d&rsquo;Orient, ambiguë dans le conflit libyen et incohérente face à la Turquie, pourtant allié de plus en plus « gênant » au sein de l&rsquo;OTAN, la France n&rsquo;apparaît plus comme une puissance crédible, sauf aux yeux des nostalgiques d&rsquo;un certain passé. Que peut la France, que peuvent les Européens, lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;acceptent plus que leurs propres forces militaires meurent au combat ? Or, l&rsquo;échiquier géopolitique laisse aujourd&rsquo;hui apparaître une vérité dérangeante : l&rsquo;avantage appartient non pas à la plus grande puissance militaire, mais au pays capable des sacrifices les plus lourds.</p>
<p>Dans ce domaine, bien d&rsquo;autres grandes puissances, ces « prédateurs » que sont l&rsquo;Iran, la Russie et la Chine, mais aussi la Turquie, ont désormais remplacé les Etats-Unis et les Européens au Proche et au Moyen-Orient. Autant de nations qui disposent de relais financiers et humains plus puissants que la France dans la région, et qui n&rsquo;auront aucun intérêt à voir le Liban basculer dans la révolution ou la réforme pour préserver leur propre agenda en Méditerranée orientale. L&rsquo;Iran notamment, mis en cause en raison de ses liens avec le Hezbollah et les autres partis chiites, peut se sentir effectivement libre d&rsquo;intervenir s&rsquo;il estime devoir protéger ses coreligionnaires. La classe politique libanaise elle-même poursuit un jeu ambigu, en appelant à l&rsquo;intervention des « forces extérieures ». Lesquelles, et dans quel but  &#8211; le bien commun, ou sa propre préservation ? &#8211; cela reste à voir. A l&rsquo;image du Hirak en Algérie, c&rsquo;est peut-être de la rue libanaise, animée par la colère et le désespoir, qu&rsquo;émergera la force de changement la plus capable.</p>
<p><strong> Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 18/08/2020.</strong></p>
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		<title>Liban : la fièvre du « dégagisme »</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Nov 2019 11:24:08 +0000</pubDate>
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<p>Depuis la mi-octobre, les rues du Liban ne désemplissent pas des dizaines de milliers de manifestants qui réclament la démission du gouvernement et surtout une classe politique renouvelée, chose qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas connue depuis bientôt 30 ans. Fait rare, ce sont des Libanais de toutes les confessions – sunnites au Nord, chiites au Sud, chrétiens dans l&rsquo;est – qui manifestent chaque jour. Ce soulèvement populaire inédit a été allumé le 17 octobre dernier par l&rsquo;annonce d&rsquo;une taxe sur les appels passés via l&rsquo;application Whatsapp. Mais l&rsquo;annonce de son retrait n&rsquo;a apaisé en rien les Libanais, qui ne cessent depuis lors de dénoncer l&rsquo;état de délabrement dans lequel se trouve le Liban : une dette publique qui dépasse les 160%, un coût de la vie exorbitant, des services fondamentaux comme l&rsquo;eau et l&rsquo;électricité absents ou dysfonctionnels, un système scolaire et des transports publics médiocres, des soins médicaux inaccessibles aux citoyens les plus défavorisés, des infrastructures, à commencer par un réseau routier, dans un état catastrophique.</p>
<p>En faillite économique, l&rsquo;Etat libanais est surtout en faillite morale. Face à l&rsquo;ampleur de la crise, le Premier ministre Saad Hariri a proposé un ensemble de mesures économiques, dont la baisse de 50 % du traitement des ministres et des députés, une ponction sur les banques et une aide aux plus pauvres, qui n&rsquo;ont cependant convaincu personne. Il a alors choisi de démissionner. Mais c&rsquo;est surtout la démission du gouvernement et du président Michel Aoun, accusés d&rsquo;incurie et de corruption, qui est réclamé sans relâche par l&rsquo;immense majorité des manifestants depuis le début du soulèvement, ainsi que l&rsquo;ouverture de poursuites judiciaires contre les politiciens ayant détourné des fonds publics. Après l&rsquo;Irak, la fièvre du « dégagisme » a bel et bien gagné le Liban.</p>
<p>Malgré le soutien de ses militants, enfin descendus dans la rue dimanche 3 novembre, Michel Aoun semble totalement dépassé par les évènements. Son discours télévisé du 24 octobre dénué de toute proposition concrète l&rsquo;a particulièrement bien montré. C&rsquo;est bien davantage Hassan Nasrallah qui est apparu comme le véritable chef de l&rsquo;Etat. Le patron du Hezbollah, allié de la formation de Michel Aoun au Parlement, a ainsi signifié sans ambiguïté qu&rsquo;il était hors de question de changer ni de gouvernement ou de président, ni d&rsquo;organiser des élections anticipées, encore moins de réduire les prérogatives de son parti-milice. Soit un refus en bloc de toutes les revendications de la rue.</p>
<p>Le Hezbollah ne voit pas ce soulèvement d&rsquo;un bon œil, et pour cause : comme les autres partis politiques, le mouvement est accusé d&rsquo;avoir appauvri le Liban en favorisant la corruption, reproche auquel s&rsquo;ajoute sa forte proximité avec l&rsquo;Iran. Hassan Nasrallah a ainsi appelé les chiites à ne pas participer aux manifestations, en vain.</p>
<p>En 2020, le Liban fêtera son centenaire et les 30 ans de la fin de la guerre civile. Ce soulèvement spontané, sans leader individuel ou partisan, pourrait bien signer le renouveau du pays. Mais bien des risques pèsent également sur cet immense espoir.</p>
<p>Pour l&rsquo;heure, à l&rsquo;inverse de la société civile, la classe politique joue l&rsquo;immobilisme, et le Hezbollah n&rsquo;a pas hésité à décrédibiliser le mouvement populaire en y voyant la main de puissances étrangères manipulatrices, voire à agiter le risque d&rsquo;une « nouvelle guerre civile ».</p>
<p>Le fait est que l&rsquo;issue du soulèvement est très incertaine, pour plusieurs raisons internes et externes. Le peuple libanais a raison de réclamer une réforme totale du système. Comment réussir à obtenir un renouvellement de la classe politique, alors que la Constitution libanaise est basée sur le communautariste et que le découpage des circonscriptions se fait en fonction de l&rsquo;appartenance religieuse ? Mais au-delà de la corruption généralisée de leurs partis politiques et des rivalités claniques, les Libanais ont aussi compris depuis longtemps que la proximité du Hezbollah avec l&rsquo;Iran pouvait compromettre grandement leur sécurité.</p>
<p>Ils en ont eu la preuve vendredi dernier, avec l&rsquo;annonce de Donald Trump de geler l&rsquo;aide militaire de 105 millions de dollars accordée chaque année à l&rsquo;armée libanaise. Cette décision a été prise contre l&rsquo;avis du Congrès, du Département d&rsquo;Etat et du Pentagone, pour satisfaire une demande israélienne très claire survenue mercredi dernier. L&rsquo;Etat hébreu a en effet demandé à ses partenaires internationaux – dont les Etats-Unis – de conditionner toute aide au Liban à des actions visant à se débarrasser des armes de pointes présentes sur son territoire. Des armes qui seraient fournies par l&rsquo;Iran au Hezbollah et qui menacent directement, du point de vue israélien, la sécurité d&rsquo;Israël. Donald Trump, unilatéralement, aurait donc décidé de satisfaire ces exigences en coupant l&rsquo;aide américaine à l&rsquo;armée libanaise.</p>
<p>Or, compte tenu du contexte explosif au Liban, les officiels américains dans leur grande majorité craignent que ce retrait ne désarme le seul élément de stabilité dans un Etat en faillite, élément par ailleurs extrêmement populaire, contre les extrémistes et les factions armées telles que le Hezbollah – mouvement considéré par les Etats-Unis comme par Israël comme un groupe terroriste. Un tel désengagement pourrait ouvrir la porte à davantage de financements venus d&rsquo;Iran ou de Russie pour renforcer leur influence dans le pays, sans oublier la menace constante de Daech et Al-Qaïda. Jim Mattis, ex-secrétaire d&rsquo;Etat à la Défense américain, va même jusqu&rsquo;à penser que jusqu&rsquo;à présent, seule l&rsquo;armée garantissait une relative stabilité au Liban et permettait d&rsquo;apaiser les tensions entre le Hezbollah et Israël. A l&rsquo;inverse, certains conservateurs militent depuis plus de dix ans pour que l&rsquo;aide américaine octroyée au Liban cesse, en raison des liens parfois ambigus qui lient l&rsquo;armée au Hezbollah.</p>
<p>L&rsquo;annonce n&rsquo;a finalement pas de quoi surprendre puisqu&rsquo;elle confirme, quelques semaines après les débuts de l&rsquo;offensive turque et l&rsquo;annonce du retrait des forces américaines de Syrie, que Donald Trump ne souhaite pas préserver les intérêts américains au Moyen-Orient, quitte à laisser un vide béant qui sera sans nul doute comblé par d&rsquo;autres puissances régionales. L&rsquo;évènement ne contribuera pas à accroître la popularité des Américains au Liban, ces derniers ayant préféré soutenir le gouvernement en place plutôt que les manifestants, et plus largement dans la région.</p>
<p>Le soulèvement populaire est donc, pour l&rsquo;heure, menacé de toutes parts : autant par l&rsquo;incurie de sa classe dirigeante que par le désengagement des alliés traditionnels du Liban, qui risquent ainsi de le livrer, en plein chaos, aux appétits toujours plus aigus des puissances régionales. La situation est d&rsquo;autant plus critique que des actions violentes émaillent de plus en plus les manifestations, et que les Libanais descendus dans la rue n&rsquo;ont plus rien à perdre. Pour l&rsquo;heure, le basculement dans la guerre civile ne tient qu&rsquo;à un fil.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 05/11/2019. </strong></p>
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		<title>Liban : ceux qui détiennent les clés de législatives à haut risque</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 May 2018 18:53:48 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De nombreux enjeux entourent les élections législatives du 6 Mai au Liban. Premières élections depuis neuf ans, premier mandat à la proportionnelle : autant de nouveautés qui devraient rebattre les alliances traditionnelles. Néanmoins, les chiites du parti Amal et du Hezbollah ont abordé ces élections avec une plus grande sérénité que les autres. Plus que leur implantation dans la vie politique libanaise, ils cherchent à asseoir leur légitimité.</p>
<p>Lisez l&rsquo;intégralité de l&rsquo;interview sur <a href="http://www.atlantico.fr/decryptage/liban-ceux-qui-detiennent-cles-legislatives-haut-risque-ardavan-amir-aslani-3384599.html" target="_blank" rel="noopener">l&rsquo;Atlantico</a>.</p>
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