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	<title>Irak &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Fri, 09 Feb 2024 10:56:58 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Que penser des récentes frappes américaines en Irak et en Syrie ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/que-penser-des-recentes-frappes-americaines-en-irak-et-en-syrie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Feb 2024 10:56:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
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					<description><![CDATA[Les États-Unis ont frappé une centaine de cibles en Irak et en Syrie dans la nuit du 2 au 3<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/que-penser-des-recentes-frappes-americaines-en-irak-et-en-syrie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les États-Unis ont frappé une centaine de cibles en Irak et en Syrie dans la nuit du 2 au 3 février dernier, en représailles à l’attaque par drone des proxys iraniens sur leur base Tower 22 en Jordanie. Cette attaque, qui fut par ailleurs une prouesse technique, avait entraîné la mort de trois soldats américains et fait une cinquantaine de blessés.</p>
<p>Washington avait été abasourdi par cette initiative. Certains sénateurs américains avaient appelé à des frappes sur le territoire iranien, et le président Biden avait promis des frappes extraordinaires en réaction. Ces frappes ont commencé immédiatement après l’hommage rendu aux corps des soldats revenus sur le territoire américain. Des bombardements des sites en Irak et en Syrie s’en sont suivis par le biais des bombardiers américains ayant décollé du territoire US.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Riposte américaine à contretemps ?</strong></h4>
<p>Or, malgré la rhétorique guerrière et le lancement de 85 bombes, le bilan humain semble être minime. Il en va de même des dégâts matériels. En effet, les États-Unis avaient annoncé plusieurs jours avant qu’ils allaient agir contre ceux qu’ils estimaient responsables de la frappe contre leur base. Ils les avaient même clairement identifiés comme un groupe récemment créé portant le nom de “Résistance islamique en Irak”. Ce groupe, d’après Washington, était responsable, et ce depuis le début de la guerre entre le Hamas et Israël, de plus de 170 attaques contre les bases américaines en Syrie et en Irak. Les proxys ont donc eu largement le temps de disparaître dans la nature avec leurs équipements.</p>
<p class="mise_en_avant">Malgré la rhétorique guerrière et le lancement de 85 bombes, le bilan humain semble être minime. Il en va de même des dégâts matériels.</p>
<p>Tous les États arabes du golfe Persique – à l’exception du Sultanat d’Oman – ont condamné l’attaque de la Tower 22 et se sont engagés à soutenir aussi bien la sécurité que la stabilité de la Jordanie. Le sultanat fut d’ailleurs le seul État du Conseil de coopération du Golfe à avoir qualifié la frappe à l’encontre des Américains de conséquence “de la poursuite de l’agression brutale israélienne contre Gaza”.</p>
<p>Pour leur part, comme à l’accoutumée, les autorités iraniennes n’ont pas tardé à nier toute forme d’implication dans cette attaque alors même qu’il ne fait aucun doute que le drone utilisé était de fabrication iranienne. L’Iran a même poussé le paradoxe plus loin en déclarant que “les groupes de résistance [à l’encontre d’Israël] ne recevaient pas d’instruction de l’Iran”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Sacralisation nucléaire du territoire iranien</strong></h4>
<p>Dans l’absolu, ni l’Iran ni les États-Unis ne souhaitent que la guerre prenne de l’envergure, l’Iran se contentant d’agir par l’intermédiaire de ses proxys en Syrie, en Irak et au Yémen. Cependant, le fait pour les Américains de se contenter de frappes contre les proxys iraniens en Irak et en Syrie, sans envisager de frapper l’Iran directement, traduit incontestablement une crainte de voir l’engrenage s’emballer davantage. Non seulement la puissance militaire iranienne fait peur, mais il est aussi à envisager que l’impunité qui entoure ce pays est également due au fait qu’il soit devenu nucléaire, sacralisant de la sorte son territoire, à l’instar de la Corée du Nord.</p>
<p class="mise_en_avant">La puissance militaire de l&rsquo;Iran fait peur. Mais l’impunité qui entoure ce pays pourrait également être due au fait qu’il soit devenu nucléaire.</p>
<p>Par ailleurs, l’ensemble des pétromonarchies du golfe Persique ne cessent de peser de leur poids pour calmer les ardeurs de Washington afin d’empêcher des frappes de l’Iran ou de ses proxys sur leur propre territoire en cas d’explosion du conflit. L’incapacité américaine à neutraliser les frappes des proxys iraniens n’est pas de nature à les rassurer non plus.</p>
<p>C’est ainsi que ces pays, loin de vouloir s’en prendre à l’Iran, font tout pour éviter l’escalade et déploient leurs efforts pour apaiser et normaliser leurs relations avec Téhéran.</p>
<p>Ainsi, la sacralisation du territoire iranien ne laisse d’autre choix à Washington que celui du renouveau du dialogue en vue du retour de l’Iran dans le concert des nations.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 09/02/2024.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Iran divise l’Irak pour mieux y régner</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-divise-lirak-pour-mieux-y-regner/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Aug 2022 09:32:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[S’exprimant récemment dans les colonnes du ‘Washington Post’, Joe Biden estimait le Moyen-Orient “plus stable et plus sûr” qu’il ne<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-divise-lirak-pour-mieux-y-regner/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S’exprimant récemment dans les colonnes du ‘Washington Post’, Joe Biden estimait le Moyen-Orient “plus stable et plus sûr” qu’il ne l’était à la fin du mandat de son prédécesseur, citant le cas de l’Irak où, effectivement, les frappes visant des troupes ou diplomates américains sont en nette diminution. Curieux critère, qui ne suffit pas – loin de là ! – à évaluer la stabilité du pays… Bien au contraire, l’Irak est aujourd’hui bien plus instable qu’en janvier 2021, et les intérêts américains plus menacés.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Fluctuations politiques en Irak</strong></h4>
<p>En octobre 2021, les élections législatives irakiennes donnaient à voir un pays où le pluralisme et la vie démocratique semblaient avoir enfin pris le dessus sur la guerre civile. Le Mouvement sadriste de Moqtada al-Sadr était alors arrivé en tête avec 73 sièges, et pouvait former un gouvernement de coalition avec ses alliés, le Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani, et le Parti du progrès de Mohamed Al-Halbousi. C’était alors une grande défaite pour les partis représentant les Hachd al-Chaabi, les milices chiites formées durant la seconde guerre civile irakienne largement soutenues par l’Iran. Leur contestation des résultats électoraux a ouvert une période de crise institutionnelle, qui n’a trouvé aucune issue satisfaisante à ce jour. Les élections présidentielles, qui devaient se tenir en février dernier, ont été reportées à deux reprises à cause du boycott des sessions parlementaires par un tiers des députés, en protestation contre l’annulation de la candidature de Hoshyar Zebari, soutenu par le Mouvement sadriste.</p>
<p class="mise_en_avant">“En octobre 2021, le Mouvement sadriste de Moqtada al-Sadr arrivait en tête des élections législatives irakiennes. C’était alors une grande défaite pour les partis représentant les Hachd al-Chaabi, les milices chiites largement soutenues par l’Iran. Leur contestation des résultats électoraux a ouvert une période de crise institutionnelle, qui n’a trouvé aucune issue satisfaisante à ce jour”</p>
<p>L’ambiguïté et les fluctuations politiques de Moqtada al-Sadr, fondateur en 2003 de l’Armée du Mahdi en lutte contre l’occupation américaine – et à ce titre ciblé par Washington – passé depuis dans le camp des nationalistes et de l’opposition à l’Iran, sont connues. Au-delà de la lutte contre la corruption et de sa nouvelle croisade en faveur d’un Irak indépendant, une des principales demandes populaires depuis 2019, nul ne connaît exactement ses intentions s’il parvenait au pouvoir – les plus pessimistes craignant qu’il ne fasse de l’Irak une théocratie sur le modèle de la République islamique voisine. Quels que soient ses objectifs, Sadr avait semble-t-il l’intention de former un gouvernement pluriel de forces kurdes, chiites et sunnites, à l’exclusion de tous les partis pro-iraniens. C’était sans compter sur le pouvoir de nuisance des Hachd al-Chaabi, qui en dix mois ont menacé de renverser le gouvernement, tenté d’assassiner le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, frappé les forces kurdes et attaqué le domicile du président du Parlement, Mohamed al-Halbousi.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Réécriture constitutionnelle et menace de nouvelle guerre civile</strong></h4>
<p>L’échec de Sadr et de ses alliés tient en grande partie à la corruption endémique des élites politiques irakiennes, dont les partis pro-iraniens ont su habilement jouer. Sous leur influence, la Cour suprême fédérale a ainsi modifié la Constitution, imposant la majorité des deux tiers du Parlement pour former un nouveau gouvernement. En réaction, les 73 députés du Mouvement sadriste ont démissionné en juin dernier. Car en filigrane se distingue nettement la guerre intestine à laquelle se livrent Moqtada al-Sadr et l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, maître d’œuvre de cette réécriture constitutionnelle qui a coupé l’herbe sous le pied de son rival.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’échec de Sadr et de ses alliés tient en grande partie à la corruption endémique des élites politiques irakiennes, dont les partis pro-iraniens ont su habilement jouer”</p>
<p>C’est d’ailleurs à la suite de la nomination d’un allié de Maliki comme nouveau Premier ministre que Sadr a encouragé ses partisans à envahir le Parlement irakien fin juillet, un mouvement qui n’est pas sans rappeler l’insurrection du Capitole le 6 janvier 2021 à Washington. Depuis lors, le clerc chiite réclame une dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections, une demande qui ne fait qu’attiser les tensions entre ses propres coreligionnaires et menace la population irakienne, qui avait pourtant voté pour le changement, d’une nouvelle guerre civile.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Désengagement américain en Irak</strong></h4>
<p>De ce chaos, seul l’Iran émerge en position de force, tandis que les États-Unis ont brillé par leur absence et leur volonté affichée de laisser les Irakiens gérer seuls leurs propres affaires. Aucune réflexion stratégique n’a vraisemblablement été élaborée à Washington pour éviter un tel scénario – si tant est qu’il aurait pu être évité. Depuis les élections d’octobre 2021, les officiels américains ne se seront rendus en Irak qu’à deux reprises, contrairement à l’administration Raïssi et aux Gardiens de la révolution qui ont réalisé dix visites à Bagdad, dans le but d’influencer leurs partenaires locaux comme leurs adversaires sur la formation du futur gouvernement. Le désengagement américain ne fait que confirmer l’Irak comme chasse gardée de l’Iran, ravi d’y maintenir ses intérêts.</p>
<p class="mise_en_avant">“De ce chaos, seul l’Iran émerge en position de force, tandis que les États-Unis ont brillé par leur absence et leur volonté affichée de laisser les Irakiens gérer seuls leurs propres affaires”</p>
<p>Comme le cas de l’Afghanistan l’a déjà démontré, le désengagement s’avère toujours la plus mauvaise des options. C’est pourtant celle que l’administration Biden semble privilégier, alors que l’Irak reste un partenaire géostratégique majeur pour les États-Unis au Moyen-Orient, tant dans le domaine énergétique – le pays recèle les cinquièmes réserves mondiales de pétrole – que sécuritaire, Bagdad s’étant véritablement engagé dans un partenariat efficace en matière de contre-terrorisme. Conserver sa stabilité à l’Irak, dont ils ont influencé le destin ces vingt dernières années, ne semble pourtant plus être une priorité pour les Américains. Elle n’a jamais cessé de l’être, en revanche, pour l’Iran. La possible normalisation des relations entre Washington et Téhéran pourrait faciliter le dialogue sur ce sujet délicat, qui demeure incontournable pour la sécurité de la région.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 31/08/2022.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Irak, Syrie, Iran, Turquie : chronique d&#8217;une guerre de l&#8217;eau annoncée</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/irak-syrie-iran-turquie-chronique-dune-guerre-de-leau-annoncee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Aug 2022 07:34:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre de l'eau]]></category>
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					<description><![CDATA[En avril dernier, l’Irak a vu mourir le lac de Sawa, paradis des oiseaux migrateurs et des Irakiens qui aimaient,<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/irak-syrie-iran-turquie-chronique-dune-guerre-de-leau-annoncee/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En avril dernier, l’Irak a vu mourir le lac de Sawa, paradis des oiseaux migrateurs et des Irakiens qui aimaient, il y a encore vingt ans, s’y baigner et y pique-niquer. Vieux de 5 000 ans, ce lac s’était formé au bord de l’Euphrate, frontière ouest du mythique Croissant fertile bordé à l’est par le Tigre, un “miracle” géographique et climatique qui donna au monde la civilisation mésopotamienne, l’agriculture et l’écriture. Aujourd’hui, de Sawa, il ne reste quasiment plus une goutte d’eau. Outre que ce désastre écologique risque d’entraîner la disparition d’un patrimoine naturel inestimable, il menace aujourd’hui des régions entières d’Irak, dépendantes de l’élevage et de l’agriculture pour leur subsistance la plus essentielle. Les agronomes irakiens estiment le lac entre 5 et 10 % de sa superficie originelle, et il est aujourd’hui réduit à une mare dépendante d’une unique nappe phréatique surexploitée par les puits illégaux qui alimentent les élevages ou les usines avoisinants.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Changement climatique et catastrophe humanitaire</strong></h4>
<p>Incontestablement, le changement climatique tient une part de responsabilité dans cette catastrophe multifactorielle. Le pays accuse un grave déficit hydrique depuis trois ans, une absence de pluies saisonnières et des températures extrêmes pouvant atteindre 50 °C, ce qui a accéléré la désertification, la baisse du niveau des fleuves et la réduction des réserves d’eau de 60 % par rapport à 2021. En vingt ans, le débit cumulé du Tigre et de l’Euphrate, qui fournissent 98 % des surfaces en eau de l’Irak, a été divisé par deux.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’Irak court au-devant d’une catastrophe écologique et humanitaire. D’ici 2040, les ingénieurs et experts irakiens les plus pessimistes estiment que le pays sera devenu inhabitable en raison du manque d’eau… alors que les prévisions démographiques annoncent un quasi-doublement de sa population d’ici 2050.”</p>
<p>Cruelle, cette situation promet malheureusement de se répéter d’ici 2040 dans de nombreuses régions du Moyen-Orient. L’Irak fait partie de ce que le World Resources Institute nomme la “diagonale de la soif”, vaste région s’étendant du Maroc à la Chine du Nord-Est qui regroupe 5 milliards de personnes et pourrait accuser de très graves pénuries d’eau en quelques décennies. En vérité, le pays court au-devant d’une catastrophe écologique et humanitaire. D’ici 2040, les ingénieurs et experts irakiens les plus pessimistes estiment qu’il sera devenu inhabitable en raison du manque d’eau… alors que les prévisions démographiques annoncent un quasi-doublement de sa population d’ici 2050.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Absence d’anticipation des politiques publiques</strong></h4>
<p>Les conditions climatiques, si elles sont indéniables, n’expliquent pourtant pas à elles seules la gravité de la situation. Ingénieurs, agronomes et militants écologistes irakiens dénoncent un trait malheureusement courant dans les pays soumis à la fois à des phénomènes climatiques extrêmes et à une instabilité politique chronique renforcée par les situations de conflits : le manque d’anticipation. Engagé régulièrement dans des guerres depuis quarante ans, l’Irak a trop longtemps négligé l’élaboration d’une politique publique volontariste pour rationaliser l’usage de l’eau. Entre le creusement de puits illégaux (5 000 dans la seule région d’Al-Mouthanna, puisant jusqu’à 400 mètres de profondeur) et le maintien des méthodes d’irrigation par inondation héritées de l’Antiquité, aucune méthode moderne économe et favorisant une répartition raisonnée de l’eau n’a été soutenue par les pouvoirs publics. En 2014, soit un an avant que le niveau du lac de Sawa ne commence à baisser, le gouvernement irakien avait défini un plan d’action globale contre la crise hydrique, avec 180 milliards de dollars d’investissements sur vingt ans. Il n’a jamais été mis en œuvre. Depuis fin 2020, l’équipe de Mustafa Al-Kadhimi multiplie plans dédiés et budgets d’urgence en coopération avec l’ONU, sans réussir à lever le doute quant à leur efficacité.</p>
<p class="mise_en_avant">“Ingénieurs, agronomes et militants écologistes irakiens dénoncent le manque d’anticipation, aucune méthode moderne économe et favorisant une répartition raisonnée de l’eau n’a été soutenue par les pouvoirs publics”</p>
<p>Face à l’augmentation de la salinité des sols qui détruit les cultures et favorise les maladies, les Irakiens abandonnent en masse l’agriculture, qui ne représente plus que 26 % du PIB du pays. Sept millions d’Irakiens (et combien de millions d’autres demain ?) sont déjà menacés de devenir des réfugiés climatiques, et cette préoccupation, globale, inquiète d’autant plus que l’Irak est également un “hotspot” géopolitique susceptible de devenir, une fois de plus, une zone de conflit pour la maîtrise de “l’or bleu”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Turquie, Syrie, Iran, Irak : guerre de l’eau entre les quatre États riverains</strong></h4>
<p>La réduction du débit du Tigre et de l’Euphrate tient en effet au choix de modèle économique et à la mauvaise gestion concertée des pays voisins qu’ils traversent. Les deux fleuves mythiques traversent la Syrie et l’Irak pour se jeter dans le golfe Persique via le delta du Chatt-el-Arab, l’Iran appartenant aussi à ce bassin fluvial car il contrôle plusieurs affluents du Tigre, comme la Diyala, qui naissent sur son territoire. Mais la majeure partie du débit des deux fleuves se constitue en Turquie, pays d’origine de leurs sources.</p>
<p class="mise_en_avant">“Point géopolitique critique, tout le bassin hydrographique du Tigre et de l’Euphrate coïncide avec le Kurdistan… ce qui a rapidement fait de l’eau une arme politique pour la Turquie, qui promet de ne pas réduire le débit des fleuves en échange de concessions de la part de ses voisins, notamment syriens, sur la question kurde”</p>
<p>Tous ces États riverains du bassin se trouvent donc rivaux pour capter et gérer la précieuse ressource, la Turquie possédant grâce à sa géographie un indéniable avantage qu’elle ne manque pas d’exploiter. Depuis le premier barrage construit en 1938 jusqu’au barrage Atatürk, quatrième plus grand barrage du monde achevé au début des années 1990, Ankara a multiplié les infrastructures en amont des deux fleuves dans le cadre du Programme régional de développement de l’Anatolie du Sud-Est, qui doit la doter de 22 barrages d’ici 2029. Point géopolitique critique, tout le bassin hydrographique du Tigre et de l’Euphrate coïncide avec le Kurdistan… ce qui a rapidement fait de l’eau une arme politique pour la Turquie, qui promet de ne pas réduire le débit des fleuves en échange de concessions de la part de ses voisins, notamment syriens, sur la question kurde. Les protocoles sur l’eau signés avec l’Irak en 1984, puis avec la Syrie en 1987, garantissent ainsi un débit minimal annuel de l’Euphrate de 500 m3 d’eau, en échange d’une lutte contre le PKK. Mais cette promesse n’est pas toujours tenue. L’Irak a connu depuis les années 1980 plusieurs sécheresses induites par la réduction du débit de l’Euphrate en amont. Plus récemment, en 2020, la Turquie a inauguré le barrage Illisu sur le Tigre, qui a eu des conséquences environnementales immédiates en Irak, en plus de causer un désastre archéologique et humanitaire – la mise en service du barrage a totalement immergé le village d’Hasankeyf, douze fois millénaire. La principale difficulté est que les quatre pays riverains des deux fleuves peinent à mettre en place un partage négocié et équitable des eaux, bien que le changement climatique les concerne tous.</p>
<p>Cette gestion conflictuelle, en plus de la raréfaction de l’eau et de l’accroissement du niveau de pauvreté des populations locales, crée donc toutes les conditions pour que le mythique Croissant fertile devienne le théâtre d’une future “guerre de l’eau”. La Syrie et la Turquie avaient déjà frôlé l’affrontement en 1974. Ironie du sort, la première guerre de l’eau de l’histoire de l’humanité avait déjà eu lieu à Sumer, il y a 2 500 ans, entre les cités-États de Lagash et Umma.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 16/08/2022.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Après l&#8217;Afghanistan, l&#8217;Irak sera-t-il la nouvelle victime d&#8217;un retrait américain ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/apres-lafghanistan-lirak-sera-t-il-la-nouvelle-victime-dun-retrait-americain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Aug 2021 15:05:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[Solder les « guerres sans fin » vingt ans après leur initiation est désormais l&#8217;un des principaux objectifs de l&#8217;administration Biden. L&#8217;Irak<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/apres-lafghanistan-lirak-sera-t-il-la-nouvelle-victime-dun-retrait-americain/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-11652 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Solder les « guerres sans fin » vingt ans après leur initiation est désormais l&rsquo;un des principaux objectifs de l&rsquo;administration Biden. L&rsquo;Irak connaîtra-t-il donc le sort de l&rsquo;Afghanistan lorsque les troupes américaines quitteront le pays à la fin de l&rsquo;année, comme le président américain l&rsquo;a annoncé fin juillet ? C&rsquo;est en effet une question qui agite les cadres dirigeants irakiens lorsqu&rsquo;ils observent, comme le monde entier, la déroute qui entoure le départ des Américains d&rsquo;un pays où ils sont restés vingt ans sans avoir permis une reconstruction politique durable. Et c’est un euphémisme !</p>
<p>Dans la foulée des attentats du 11 septembre et de l&rsquo;invasion afghane, les Etats-Unis s&rsquo;étaient aussi engagés en Irak en 2003, contribuant à la chute du régime baasiste de Saddam Hussein, mais aussi, comme en Afghanistan, à l&rsquo;installation d&rsquo;une instabilité politique chronique dans le pays. Les Américains avaient pourtant tenté une reconstruction politique de l&rsquo;Irak en redonnant le pouvoir à la majorité chiite opprimée sous le régime de Saddam Hussein, ce qui a cependant contribué à attiser les tensions confessionnelles et engendré deux guerres civiles en dix ans.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui néanmoins, les officiels irakiens savent que le rempart sécuritaire représenté par les forces armées américaines va s&rsquo;effacer, les laissant pratiquement seuls pour assurer la sécurité et la stabilité de leur pays. L&rsquo;Irak a en effet deux menaces à gérer : celle, équivalente aux talibans, représentée par l&rsquo;Etat islamique, certes repoussé d&rsquo;Irak mais toujours influent dans la région, comme l&rsquo;attentat du 26 août à Kaboul a pu le démontrer ; celle également des milices chiites Hachd al-Chaabi, fondées en 2014 dans la foulée de la seconde guerre civile irakienne et très engagées contre Daech, mais dont une partie, pro-iranienne, poursuit un agenda plus proche de Téhéran que de Bagdad. Les dissensions internes entre les groupes nationalistes de Moqtada al-Sadr, rejetant l&rsquo;ingérence iranienne, et les groupes proches de l&rsquo;Iran, ajoutées à la difficulté pour le gouvernement irakien et l&rsquo;Ayatollah Ali Al-Sistani de dissoudre les Hachd al-Chaabi et de les rattacher officiellement aux Forces armées irakiennes, créent un climat de tension permanent mais encore relativement maîtrisé en Irak. Aux yeux du gouvernement du Premier Ministre Mustafa al-Kadhimi, c&rsquo;est bien à la présence militaire américaine que l&rsquo;Irak devrait le maintien de cet équilibre, néanmoins précaire.</p>
<p>En vertu d&rsquo;un accord conclu entre Joe Biden et le Premier ministre irakien, les Etats-Unis ne devraient donc pas abandonner l&rsquo;Irak en rase campagne. Afin de préserver la sécurité du pays, une présence militaire américaine devrait en effet y demeurer, dans le cadre de la coalition internationale montée contre Daech, ou de l&rsquo;OTAN. En outre, les forces américaines poursuivraient leur mission de conseil et de formation de l&rsquo;armée irakienne.</p>
<p>Néanmoins, la comparaison entre les deux contextes, afghan et irakien, comporte des limites. L&rsquo;Etat central irakien reste malgré tout plus solide que son homologue afghan, et dispose précisément des forces des Hachd al-Chaabi pour le protéger des menaces extérieures. Implicitement, c&rsquo;est reconnaître que celles-ci, en démontrant leur efficacité face à Daech, sont devenues indispensables au maintien de la sécurité du pays, et dès lors plus difficiles à contrôler.</p>
<p>Mais si l&rsquo;Irak n&rsquo;est pas l&rsquo;Afghanistan, Bagdad ne pourra néanmoins s&rsquo;exonérer d&rsquo;une prise de position face au bouleversement en cours à Kaboul, qui affectera nécessairement toute la région. Pour l&rsquo;heure pris entre deux feux, la nécessité d&rsquo;user des Hachd al-Chaabi pour assurer sa sécurité et le risque d&rsquo;être débordé par elles, le gouvernement irakien tarde à faire connaître son positionnement face à la situation afghane, alors qu&rsquo;au sein de l&rsquo;opinion publique irakienne, les craintes augmentent de jour en jour. Les minorités sunnites et kurdes, les plus inquiètes face à l&rsquo;éventualité d&rsquo;une contagion du scénario afghan à l&rsquo;Irak, s&rsquo;opposent ainsi de longue date à tout retrait américain du pays, ce qui paverait la voie à une ingérence totale de l&rsquo;Iran. Même si aux yeux de toutes les tendances iraquiennes, quitte à choisir, une hyper présence iranienne serait préférable à l’avènement de Daech.</p>
<p>Une autre différence contextuelle fondamentale reste, selon les analystes, que les Hachd al-Chaabi se garderont de toute action violente sans approbation de la « communauté internationale », et plus précisément des pétromonarchies du Golfe Persique avec lesquelles, malgré eu proximité avec l’Iran, elles entretiennent d&rsquo;étroites relations. L&rsquo;anarchie ne leur serait donc guère profitable, ce qui semblerait exclure toute prise de décision irréfléchie par simple souci d’assurer leur pérennité.</p>
<p>Si les Etats-Unis décident bel et bien de retirer l&rsquo;essentiel de leurs troupes d&rsquo;Irak, il apparaît donc peu probable qu&rsquo;ils disparaissent totalement du paysage irakien. Ce pays-clé, zone-tampon entre la Syrie et l&rsquo;Iran au cœur du Moyen-Orient, reste en effet un des rares pôles de stabilité indispensable à leur stratégie sécuritaire, à la fois pour contenir les visées de groupes terroristes comme Al-Qaïda ou l&rsquo;EI, tout comme les ambitions régionales de l&rsquo;Iran. Quitter le pays serait en donner <em>de facto</em> les clés à la République islamique ce qui, compte tenu de l&rsquo;impasse dans laquelle se trouvent actuellement les négociations sur le nucléaire iranien, est une situation inenvisageable pour les Etats-Unis, incapables d&rsquo;assumer un tel échec après celui de l&rsquo;Afghanistan. Les Américains en outre peuvent s&rsquo;abriter derrière un relatif soutien de la part des Irakiens, notamment sunnites, kurdes et parfois chiites, inquiets des ingérences étrangères de l&rsquo;Iran, et d&rsquo;une expansion territoriale des talibans. Paradoxalement, c&rsquo;est la pluralité des forces politiques, communautaires et sectaires présentes en Irak qui le préserve du risque de voir une seule faction l&#8217;emporter sur les autres. Contrôler le pays impliquerait à la fois l&rsquo;effondrement d&rsquo;un gouvernement soutenu par les Etats-Unis et la communauté internationale, de forces armées aux multiples avatars, et de multiples groupes politiques et ethniques. Rien à voir, donc, avec le scénario qui aura prévalu en Afghanistan.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/08/2021.</strong></p>
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		<title>Qui pour porter la sortie du régime confessionnel en Irak ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/qui-pour-porter-la-sortie-du-regime-confessionnel-en-irak/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Dec 2019 20:31:36 +0000</pubDate>
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<p>« Une première étape », qui est aussi une première fois en Irak depuis l&rsquo;invasion américaine en 2003 : vendredi 29 novembre, le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a enfin consenti à démissionner face à la pression de la rue. Deux jours plus tard, le Parlement acceptait cette démission. Le jour restera également dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;Irak comme celui où les sunnites ont enfin rejoint le soulèvement populaire mené depuis début octobre par les chiites irakiens.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>En annonçant cette décision, Mahdi soulignait que seule la démocratie permettait cette option et ainsi une transition de pouvoir pacifique. C’est vrai, du moins&#8230; sur le papier. Pour l’heure, selon l’article 81 de la Constitution irakienne, c’est le Président de la République, Barham Salih, qui officiera comme Premier ministre. Mais la question du successeur d&rsquo;Abdel Mahdi reste largement ouverte. Elle sera particulièrement difficile à résoudre, dans un contexte où la violence croît de jour en jour, et où les ambitions et les ambiguïtés des diverses figures politiques locales se heurtent aux attentes des Irakiens, qui veulent en finir avec un régime confessionnel mis en place il y a quinze ans sous l’égide de l&rsquo;envahisseur américain.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Abdel Mahdi n’avait sans doute plus d’autre choix que de quitter son poste. Démarrée début octobre comme un mouvement social à la suite d&rsquo;appels sur les réseaux sociaux, la contestation a pris l&rsquo;ampleur d’une révolution, notamment à Bagdad et dans le sud chiite de l&rsquo;Irak. Réclamant unanimement des emplois et la fin de la corruption, les manifestants ont rapidement exigé la chute du régime, et le renouvellement complet d’une classe politique qui aurait déjà détourné près du double du PIB de l’un des pays les plus riches en pétrole du monde.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Que le Premier ministre ait été soutenu presque jusqu&rsquo;au bout par l&rsquo;Iran ne devait pas jouer en sa faveur, tant le voisin iranien est honni des manifestants. C&rsquo;est jeudi 28 novembre que les manifestations ont clairement pris un tournant plus radical et sanglant, lorsque le consulat iranien de Nadjaf a été incendié, après celui de Kerbala début novembre. Dépassé, le gouvernement a alors dépêché des militaires pour « restaurer l&rsquo;ordre ». Bilan à la fin de la journée : des dizaines de morts, portant le nombre de « martyrs » à 420 depuis début octobre, et à plus de 15 000 blessés. Etrange cas de figure où les Etats-Unis et l&rsquo;Iran se sont trouvés d&rsquo;accord pour soutenir Abdel Mahdi jusqu&rsquo;au bout, bien que pour des raisons différentes&#8230; Les Américains craignaient entre autres que son départ ne plonge encore davantage l&rsquo;Irak dans le chaos. Mais le fait est que Mahdi s&rsquo;est montré totalement incapable de réfréner la spirale de violence qui n&rsquo;a cessé de s&rsquo;aggraver depuis début octobre. La sanglante journée du 28 novembre aura été l&rsquo;ultime limite au-delà de laquelle il lui était désormais impossible de rester.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le soir même, Moqtada Al-Sadr appelait une nouvelle fois à sa démission. Le lendemain matin, quelques heures avant l&rsquo;annonce du Premier ministre, lors de la grande prière hebdomadaire, c&rsquo;est le grand ayatollah Al-Sistani qui soutenait publiquement les manifestants, et exhortait le Parlement irakien à retirer sa confiance au gouvernement.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Pour autant, le départ d&rsquo;Abdel Mahdi ne signifie certainement pas que le soulèvement trouve enfin sa résolution, bien au contraire.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>La formation d&rsquo;un nouveau gouvernement prendra vraisemblablement plusieurs semaines, voire des mois, et les manifestants ont d&rsquo;ailleurs très vite été conscients du danger du « temps long ». Dans l&rsquo;attente d&rsquo;une décision du Parlement, Mahdi et son gouvernement assureront la transition, jusqu&rsquo;à ce que le Président Bahram Salih ne demande aux parlementaires de désigner un nouveau Premier ministre et d&rsquo;approuver sa nouvelle équipe. Cette période plus qu&rsquo;incertaine laissera largement la place aux combats de factions et de personnalités, et d&rsquo;aucuns s&rsquo;interrogent déjà sur le rôle potentiel qu&rsquo;y jouera l&rsquo;Iran, malgré la haine que lui vouent désormais beaucoup des Irakiens, y compris chiites. Avant même que le Parlement irakien n&rsquo;accepte la démission du Premier Ministre, le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods et chargé des affaires irakiennes, était déjà de retour à Bagdad.</p>
<p>A son corps défendant, Abdel Mahdi est devenu le bouc émissaire idéal de ceux qui ont pourtant leur part de responsabilité dans le chaos ambiant. L&rsquo;ayatollah Al-Sistani par exemple, qui donne aujourd&rsquo;hui sa bénédiction aux manifestants, est en grande partie responsable de la situation politique du pays : sous son égide ont été créés le présent régime et les milices pro-iraniennes Hachd Al-Chaabi, tous deux conspués par les Irakiens. C&rsquo;est également à lui, rappellent historiens et analystes, que l&rsquo;on doit la Constitution de 2005 et les élections successives qui, au lieu d&rsquo;œuvrer à la création d&rsquo;un espace commun pour le peuple irakien, ont au contraire instrumentalisé le confessionnalisme.</p>
<p>Quant au leader religieux et politique Moqtada Al-Sadr, il a bien évidemment tout intérêt à ce que le régime tombe pour devenir à nouveau un faiseur de rois – comme à la suite des législatives de 2018 &#8211;<span class="Apple-converted-space">  </span>voire roi lui-même d&rsquo;un Irak débarrassé de l&rsquo;influence iranienne. L&rsquo;imam a ainsi habilement incarné un contre-pouvoir et soutenu le soulèvement dès ses premiers jours, dont il a repris le discours nationaliste et anti-iranien.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Pour l&rsquo;heure, la sortie de crise est plus qu&rsquo;incertaine en Irak. Le pays est désormais à la recherche d&rsquo;un Premier ministre qui réconcilie à la fois chiites, sunnites, kurdes et laïcs, et apaisent les puissances voisines, l&rsquo;Iran et l&rsquo;Arabie Saoudite en tête. Comment procéder, alors que l&rsquo;absence de cohésion des manifestants les a, jusqu&rsquo;à présent, rendus inaptes à dépêcher une délégation porteuse de leurs revendications ? Rappelons qu&rsquo;après les législatives de 2018, il fallut six mois de discussions avant de nommer Abdel Mahdi&#8230; Or, l&rsquo;Irak ne peut plus se permettre d&rsquo;user du temps long, face à des manifestants « prêts à mourir jusqu&rsquo;au dernier » pour obtenir un nouveau régime politique. Il est devenu urgent de sortir du système confessionnel qui a entraîné le pays dans l&rsquo;abîme actuel. Qui portera ce combat ? La question reste ouverte.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 4/12/2019.</strong></p>
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		<title>La population irakienne réclame la fin de l’ingérence étrangère</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-population-irakienne-reclame-la-fin-de-lingerence-etrangere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2019 15:13:45 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2962 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/La-population-irakienne-réclame-la-fin-de-l’ingérence-étrangère-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/La-population-irakienne-réclame-la-fin-de-l’ingérence-étrangère-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/La-population-irakienne-réclame-la-fin-de-l’ingérence-étrangère-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/10/La-population-irakienne-réclame-la-fin-de-l’ingérence-étrangère-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>En mai 2018, à l&rsquo;issue des élections législatives qui ont permis à la coalition de Moqtada Al-Sadr et des communistes d&rsquo;arriver en tête, les observateurs voyaient en Barham Saleh, actuel Président de la République d&rsquo;Irak d&rsquo;origine kurde, et Abdul Mahdi, son Premier ministre, d&rsquo;obédience chiite, deux technocrates suffisamment compétents pour dépasser les clivages religieux et les factions politiques. Certes, chômage, corruption, absence de services publics et destruction des zones reprises à Daech s&rsquo;imposaient comme autant de dossiers difficiles à affronter, mais ils apparaissaient en tout cas comme deux personnalités engagées dans l&rsquo;amélioration de la situation du pays.</p>
<p>Pour sa part, l&rsquo;écrivain Zaid Al-Ali, auteur du livre <em>The struggle for Iraq future, how corruption, incompetence and sectarism have undermine democracy,</em> lançait une prédiction désabusée qui fissurait ce bel unanimisme : « <em>Rien d&rsquo;extraordinaire ne va se produire. Abdul Mahdi, qui est un apparatchik, a été choisi non pas à cause de sa vision pour l&rsquo;Irak, mais parce qu&rsquo;il ne menace aucun des partis majoritaires. Ceux qui souhaitaient une continuité du pouvoir seront ravis. Ceux qui voulaient des réformes ou un changement majeur de politique, seront déçus. C&rsquo;est un vote pour la continuité. </em>» Les récents évènements vécus par l&rsquo;Irak ces dernières semaines lui ont étrangement donné raison.</p>
<p>Depuis le 1er octobre, des manifestants, en majorité des jeunes chômeurs et des hommes issus de quartiers défavorisés, s&rsquo;opposent aux forces de l&rsquo;ordre dans les rues de Bagdad, surtout dans le bastion chiite de Sadr Citr, ainsi que dans le sud chiite du pays. La contestation a démarré sur fond de revendications sociales, contre la corruption qui gangrène le pays, contre le chômage et l&rsquo;absence quasi totale de services publics fonctionnels. Celles-ci ne sont pas surprenantes, dans un pays riche de son pétrole, où un habitant sur cinq vit pourtant sous le seuil de pauvreté. Les habitants des provinces chiites contestataires vivent sans eau courante ni électricité depuis 14 ans.</p>
<p>Pour autant, la réponse du gouvernement Mahdi a été d&#8217;emblée la violence, et les forces de l&rsquo;ordre tirent délibérément dans la foule avec l&rsquo;intention de tuer. Six jours après le début des manifestations, le ministère de l&rsquo;Intérieur irakien comptabilisait ainsi plus d&rsquo;une centaine de personnes tuées et 6100 blessées. Chaque côté revendique ses « martyrs », les manifestants se disant prêts à lutter « jusqu&rsquo;à la chute du régime », tandis que les forces de sécurité, en grande partie renforcées par des milices chiites pro-iraniennes, stigmatisent les « ennemis » qui suscitent le chaos et jurent pour leur part, comme la virulente milice Hashd Al-Chaabi, d&rsquo;arrêter le « coup d&rsquo;Etat » par tous les moyens.</p>
<p>Des chiites irakiens qui manifestent contre leur gouvernement chiite, dans un pays où ceux-ci, majoritaires &#8211; en Irak, 60% des 39 millions d&rsquo;habitants sont chiites – ont longtemps été oppressés par le régime sunnite de Saddam Hussein, la situation pourrait étonner.</p>
<p>Il faut cependant comprendre qu&rsquo;en plus des demandes initialement sociales, les manifestants revendiquent désormais la fin de l&rsquo;ingérence extérieure, qu&rsquo;elle soit américaine ou iranienne, dans les affaires intérieures d&rsquo;Irak. Depuis le début des manifestations, les slogans contre les partis et factions chiites au pouvoir, ainsi que leur parrain iranien, se font ainsi largement entendre. Plusieurs de leurs sièges ont été incendiés par des manifestants dans le sud du pays.</p>
<p>Ce qui se passe dans les rues irakiennes depuis une dizaine de jours ressemble fort à l&rsquo;explosion de toutes les tensions accumulées depuis quatorze ans au sein de la population. Outre la demande d&rsquo;une vie décente, celle-ci est désormais animée par la défense nationaliste de son « irakité ». Après l&rsquo;invasion américaine de 2003 et le chaos qui s&rsquo;en est suivi, l&rsquo;Irak est devenu la proie de factions politiques, relayées sur le terrain par des milices d&rsquo;obédience chiite. La chute du régime de Saddam Hussein a surtout incarné pour le puissant voisin iranien, qui n&rsquo;en espérait pas tant, l&rsquo;occasion rêvée de faire du pays une arrière-cour et une zone à la fois d&rsquo;influence et de sécurité, qui ainsi ne représenterait plus jamais la moindre menace pour Téhéran. Le souvenir de la guerre entre les deux pays, qui fit près de 800 000 morts entre 1980 et 1988, a suffisamment traumatisé l&rsquo;Iran pour que celui-ci cherche à tout prix à éviter qu&rsquo;une telle situation se reproduise à l&rsquo;avenir. Aussi, ces dernières années, la République islamique a largement oeuvré pour favoriser les chiites d&rsquo;Irak, grâce à un vaste réseau de relais politiques et paramilitaires, afin non seulement de développer son influence, mais aussi de maintenir l&rsquo;Irak dans une relative situation de faiblesse.</p>
<p>Las, l&rsquo;arrivée de Daech en Irak en 2014, et toute l&rsquo;entreprise de reconquête de Falloudjah,  Mossoul et Tikrit par les Irakiens, a plongé de nouveau le pays dans la guerre civile. L&rsquo;ayatollah Al-Sistani, en appelant au djihad contre l&rsquo;Etat islamique, suscite l&rsquo;enrôlement de milliers de volontaires dans les milices chiites. Mais la reconquête des territoires occupées, couronnée de succès, entraîne aussi un regain de nationalisme et de fierté au sein de la population irakienne, et donc une défiance croissante contre les « étrangers », Américains et surtout Iraniens.</p>
<p>Un homme, en particulier, a su saisir les aspirations profondes des Irakiens et la mesure du ressentiment populaire dans une période de refondation, pour confectionner un discours populiste et contestataire : ce n&rsquo;est donc pas un hasard si Moqtada Al-Sadr s&rsquo;exprime beaucoup depuis le début des manifestations et les soutient.</p>
<p>Faiseur de rois suite aux législatives de 2018, où il est arrivé en tête avec les communistes et surtout devant l&rsquo;Alliance Fatah soutenu par l&rsquo;Iran (dirigée notamment par la milice chiite Badr) il a eu l&rsquo;habileté de ne pas réclamer le poste de Premier ministre pour mieux incarner un contre-pouvoir. L&rsquo;excellent tribun, fils d&rsquo;une illustre famille de clercs chiites – son père en particulier, Mohammed Sadeq Al-Sadr, assassiné en 1999 sur ordre de Saddam Hussein, jouit toujours d&rsquo;une aura incontestable – n&rsquo;aime pas l&rsquo;Iran&#8230; et aimerait bien être maître en son royaume, l&rsquo;Irak, sans intervention extérieure.</p>
<p>Habile politique – d&rsquo;aucuns diront opportuniste spécialiste du retournement de veste – il a réussi à s&rsquo;allier les sunnites, les Kurdes et même les laïcs. Entre l&rsquo;Iran et le chef religieux, la méfiance constitue l&rsquo;essentiel des relations. Au Moyen-Orient, la presse pose même ouvertement la question : Al-Sadr est-il fondamentalement opposé à l&rsquo;influence iranienne en Irak, ou tient-il ce discours à des fins électoralistes, compte tenu de ses relations ambivalentes avec Téhéran ? Sa milice, dit-on, n&rsquo;aurait jamais vu le jour sans le soutien de l&rsquo;Iran&#8230; Cependant, le séjour qu&rsquo;Al-Sadr effectua en Iran entre 2008 et 2011 affermit radicalement sa pensée politique en faveur d&rsquo;un nationalisme xénophobe, dont le slogan pourrait être « Iraq First », et qui est aujourd&rsquo;hui son fond de commerce électoral.</p>
<p>Un pied dedans, un pied dehors, Al-Sadr joue alternativement sur le côté anti-système et sur sa connaissance parfaite des rouages de l&rsquo;establishment chiite au pouvoir. Aujourd&rsquo;hui, il voit sans doute l&rsquo;occasion d&rsquo;asseoir encore davantage son hégémonie sur la scène politique irakienne, et de défier l&rsquo;Iran, en reprenant à son compte les slogans anti-corruption et anti-sectaires des manifestants. Il a ainsi sans surprise appelé le gouvernement à démissionner face à la pression de la rue.</p>
<p>Les pouvoirs en place, pour leur part, semblent dépassés par l&rsquo;ampleur de la situation. Particulièrement fragilisé, le Premier ministre Mahdi n&rsquo;a pas su trouver les mots pour apaiser les tensions, et ses promesses de réformes sociales n&rsquo;ont trouvé aucun écho. Sortant de sa réserve, le Président Saleh lui-même a appelé hier à cesser l&rsquo;escalade. Plus étonnant, l&rsquo;ayatollah Al-Sistani a largement déçu les manifestants en ne prenant pas clairement fait et cause pour leur combat. Du bout des lèvres, il a également réclamé du gouvernement qu&rsquo;il accède à leurs demandes légitimes, sans plus d&rsquo;implication. Pris entre deux feux, celui de l&rsquo;Iran et celui des chiites irakiens, l&rsquo;ayatollah ne peut que jouer sur l&rsquo;ambiguïté. Peut-être, aussi, hésite t-il sur la position à adopter, alors que le chaos menace à nouveau d&#8217;emporter l&rsquo;Irak. L&rsquo;Iran en effet a tout à perdre à voir les manifestations prendre de l&rsquo;ampleur et servir, avant tout, les intérêts d&rsquo;un populiste opportuniste qui retirerait l&rsquo;Irak de sa sphère d&rsquo;influence et en ferait potentiellement, à nouveau, un ennemi à ses portes.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 09/10/2019.</strong></p>
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		<title>Irak, the place to be</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/irak-the-place-to-be/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Mar 2019 14:29:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-2166 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/03/Irak-the-place-to-be-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/03/Irak-the-place-to-be-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/03/Irak-the-place-to-be-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/03/Irak-the-place-to-be-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>La visite hier du Président iranien à Bagdad traduit le rôle accru que l’Iraq est appelé à exercer aussi bien dans la politique régionale que sur l’échiquier minier des hydrocarbures. L’arrivée au pouvoir de l’ancien vice-président chiite, Adel Abdel Mahdi, et le Président Kurde, Bahram Saleh, tous deux des personnalités respectées, démontre la volonté de ce pays de sortir du marasme dans lequel il s’est retrouvé depuis l’émergence de Daech. Or, avec la fin de l’épisode de l’Etat Islamique, de nouveaux horizons s’ouvrent pour ce pays.</p>
<p>Sur le plan énergétique, l’Iraq connait un véritable bouleversement. Détenant le rang de la cinquième place de par ses réserves pétrolières prouvées, le secteur énergétique a vu sa production doubler les dix dernières années. Les champs pétroliers se trouvant principalement dans le sud du pays dans la région de Basorah, loin des champs de bataille de Daech, sa production a été épargnée. Aujourd’hui, l’Iraq est le deuxième producteur  au sein de l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole, derrière l’Arabie Saoudite avec une production quotidienne de 4,5 millions de baril/jour. Comme le pays consomme beaucoup moins qu’il ne produit, les exportations ne cessent d’augmenter.</p>
<p>La moyenne journalière des exportations a atteint 3,7 millions de baril/jour ce qui place ce pays loin devant l’Iran qui a vu ses exportations se réduire à une peau de chagrin depuis le retrait américain de l’accord nucléaire avec seulement 700 mille baril/jour. Même si l’Asie est le principal acquéreur du pétrole iraquien, 17% de sa production est destinée au marché américain ce qui a pour effet d’ancrer durablement les Etats-Unis sur la destinée énergétique de l’Iraq. Les experts considèrent que l’Iraq pourra exporter 6 millions de baril/jour à l’horizon 2030 et dépasser la production saoudienne dix ans plus tard.</p>
<p>C’est parce que tout reste à faire et qu’il faudra reconstruire toute l’infrastructure du pays après tant d’années de destruction et de guerre que l’Iraq est aujourd’hui probablement le plus grand marché d’infrastructures pour les acteurs du secteur. Le voyage du Président de la République française prévue pour fin avril traduit l’importance que le marché iraquien revêt pour les acteurs industriels français. L’Elysée a même encouragé la création d’une commission franco-iraquienne des affaires afin de pousser les entreprises françaises vers ce marché qui fut traditionnellement attractif pour les grands groupes du CAC 40 français.</p>
<p>Sur le plan de l’influence politique, l’Iraq marque des points également. Pays arabe mais chiite, il se situe au carrefour du monde iranien et du monde arabe. Le pouvoir actuel joue un rôle délicat entre l’Iran et l’Arabe Saoudite ainsi qu’entre l’Iran et les Etats-Unis. En interdisant à Washington d’utiliser sa présence militaire en Iraq afin de contrer l’expansionnisme iranien, Bagdad a marqué des points avec Téhéran. Parallèlement, jouant sa carte de l’Arabité, l’Iraq essaie de se rapprocher des pétromonarchies du golfe persique. A un moment où un conflit d’influence est engagé entre l‘Iran et les Etats-Unis sur le choix des derniers postes vacant au sein du gouvernement iraquien, c’est à dire les postes sensibles des Ministères de l’Intérieur et de la Défense, les différents candidats font l’aller et retour avec les pays belligérants afin de démontrer leur indépendance.</p>
<p>Ce n’est qu’ainsi que Bagdad pourra surfer sur les vagues de cette région du Moyen-Orient où autant d’intérêts contradictoires s’opposent.</p>
<p>C’est là le gage de sa stabilité et de sa survie à long terme.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><em><strong>Article paru dans Le Nouvel Economiste du 14 mars 2019.</strong></em></p>
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