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	<title>Hirak &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>En Algérie, le Hirak est parti pour durer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Dec 2019 19:17:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
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		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-4210 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/en-algerie-le-hirak-est-parti-pour-durer-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/en-algerie-le-hirak-est-parti-pour-durer-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/en-algerie-le-hirak-est-parti-pour-durer-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/en-algerie-le-hirak-est-parti-pour-durer.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Les « vendredi 13 » sont parfois connus pour porter malheur&#8230; Le pouvoir algérien aurait dû s&rsquo;en souvenir dès le lendemain de la parodie d&rsquo;élection présidentielle qui a fait élire Abdelmadjid Tebboune, ex-fidèle du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Plus déterminés que jamais, des millions d&rsquo;Algériens sont ainsi descendus dans toutes les rues du pays, notamment en Kabylie où des heurts violents ont eu lieu, pour dénoncer un « vote truqué, une élection qui ne les concernait pas » et un  « président qui ne les gouvernerait pas ». Le chef d&rsquo;état-major Ahmed Gaïd Salah comptait pourtant sur cette élection pour consolider son pouvoir. Elle risque peut-être de le lui coûter.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le chiffre que tout le monde retiendra de cette élection ne sera pas le score réalisé par Abdelmadjid Tebboune – 58,15% des voix dès le premier tour – mais bien celui du taux d&rsquo;abstention, qui a battu des records en atteignant près de 60% (la participation n&rsquo;a été officiellement que de 39,83%) Les partis d&rsquo;opposition l&rsquo;estiment même encore plus important, avec 10 à 15% de participation seulement dans certains bureaux de vote. Les isoloirs étaient vides, mais les rues étaient bondées : le seul véritable gagnant du scrutin est bien le « Hirak », le mouvement de contestation qui rythme la vie de l&rsquo;Algérie tous les vendredis depuis le 22 février dernier, et qui avait appelé au boycott massif du scrutin.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le résultat de cette élection et l&rsquo;obstination du vice-ministre de la Défense, seul homme véritablement aux commandes de l&rsquo;Algérie depuis le mois de mars dernier pour sauver un système pourtant à bout de souffle, démontrent qu&rsquo;une sortie de crise est encore bien lointaine et, surtout, que la responsabilité même de cette crise incombe bien à Ahmed Gaïd Salah.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Initialement soutien d&rsquo;un cinquième mandat pour un Abdelaziz Bouteflika extrêmement diminué et incapable de gouverner l&rsquo;Algérie, le général Gaïd Salah a finalement préféré suivre l&rsquo;opinion publique lorsque les manifestations ont pris de l&rsquo;ampleur, jusqu&rsquo;à pousser le président à la démission en avril dernier. Mais depuis la fin de l&rsquo;intérim constitutionnel assuré par le président du Sénat Abdelkader Bensalah, en juillet dernier, l&rsquo;Algérie connaît un vide constitutionnel total, le chef d&rsquo;état-major ayant systématiquement refusé les propositions de l&rsquo;opposition visant à mettre en place une transition politique.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Pour ce militaire décrit comme autoritaire, habitué à être obéi et formé à l&rsquo;école soviétique, la répression visant à faire le vide autour de lui est apparue rapidement comme la seule option possible. Se servant du « Hirak » comme caution morale, Gaïd Salah a ainsi procédé à l&rsquo;arrestation et au jugement de la plupart des membres du clan présidentiel – le « président-frère » Saïd Bouteflika, plusieurs anciens ministres, sans oublier Mohamed Médiene, le tristement célèbre « Toufik », ex-chef des renseignements. Désormais seul représentant du système et dépositaire du pouvoir face au « Hirak », Gaïd Salah a commencé à réprimer durement les manifestations, pourtant scrupuleusement non-violentes à dessein. Les restrictions aux libertés de manifester, de réunion et d&rsquo;expression ont considérablement augmenté depuis l&rsquo;été, sans compter les arrestations d&rsquo;une centaine de militants du « Hirak » dont les emblématiques Karim Tabbou et Samir Benlarbi.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>De façon à retrouver un semblant de stabilité politique en mettant en place un président civil qui lui laisserait l&rsquo;exercice réel du pouvoir, Gaïd Salah a finalement décidé unilatéralement en septembre dernier qu&rsquo;un scrutin présidentiel devrait se tenir d&rsquo;ici la fin de l&rsquo;année 2019. La décision a été validée en 24h par les deux chambres du Parlement dépourvues de toute indépendance législative. Gaïd Salah promettait alors une « participation massive » : la réaction rétive des Algériens l&rsquo;a non seulement décrédibilisé, mais aussi averti que le bras de fer avec l&rsquo;opinion publique était loin d&rsquo;être gagné.</p>
<p>Ce scrutin forcé ne peut que resserrer les rangs du « Hirak » : parce qu&rsquo;aucun des cinq candidats en lice ne représentait les manifestants, mais uniquement ce « système » d&rsquo;où sont d&rsquo;ailleurs issus les anciens ministres condamnés à des peines d&#8217;emprisonnement la semaine dernière ; parce que la fiabilité des résultats est déjà contestée, des troubles ayant de surcroit jalonné cette journée de vote ; parce que pour toutes ces raisons, l&rsquo;élection de Tebboune manque totalement de légitimité. Les Algériens ne sont pas dupes : si Tebboune préside, c&rsquo;est bien Gaïd Salah qui a l&rsquo;intention de gouverner. Or aujourd&rsquo;hui, les militaires ne sont pas plus populaires en Algérie que dans d&rsquo;autres pays du Maghreb, et les manifestants refusent désormais catégoriquement ses ersatz du « système » Bouteflika.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Néanmoins, sauf à démontrer que des fraudes ont bien eu lieu, Abdelmadjid Tebboune a été démocratiquement élu. Que peut-il faire désormais de ce mandat mort-né, lui qui représente comme les autres ce système rejeté massivement par les Algériens, et a pourtant la lourde tâche de recréer l&rsquo;unité d&rsquo;un peuple ? Comment instaurer un dialogue entre un pouvoir isolé, qui l&rsquo;a refusé jusqu&rsquo;à présent, mais qui ne peut recourir à l&rsquo;usage de la force, et un peuple qui milite pacifiquement dans les rues depuis dix mois, mais se refuse à désigner des porte-paroles par crainte de leur arrestation ?<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les optimistes penchent pour des concessions engagées par le pouvoir envers le « Hirak », et l&rsquo;ouverture d&rsquo;une véritable période de transition démocratique. C&rsquo;est mal connaître Gaïd Salah qui ne souscrira certainement pas à un effacement de l&rsquo;armée au sein du pouvoir exécutif. Par ailleurs, les premières déclarations de Tebboune ne semblent pas augurer d&rsquo;un véritable changement politique.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>En somme, l&rsquo;élection du 12 décembre n&rsquo;aura résolu en rien la situation de l&rsquo;Algérie, bien au contraire : celle-ci achève cette année cruciale dans son Histoire récente comme elle l&rsquo;a commencée, avec autant de désir de changement et tout autant d&rsquo;incertitude quant à la possibilité de le faire advenir. Même si le général Gaïd Salah semble dire « moi ou le chaos » aux millions d&rsquo;Algériens qui peuplent les rues, ce discours ne convainc plus depuis longtemps. Les manifestations de « vendredire » sont bien parties pour durer. Celles du 13 décembre ne font que préfigurer la ferveur et la détermination des Algériens pour renverser « le système ».<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 17/12/2019. </strong></p>
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