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	<title>Haut-Karabakh &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Erdogan reprend sa marche ottomane</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 11:47:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/erdogan-reprend-sa-marche-ottomane/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en tant que président depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan poursuit méthodiquement sa politique de puissance. Pensée pour restaurer une grandeur néo-ottomane, cette stratégie se déploie tous azimuts.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour de la Turquie en Syrie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, la Turquie entend s’imposer comme leader du monde musulman sunnite. À ce titre, Ankara profite largement du renversement du régime de Bachar al-Assad, allié stratégique de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’Erdogan continue de nier toute implication dans l’offensive éclair de décembre dernier, sa proximité avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa, ainsi qu’avec le groupe islamiste sunnite Hayat Tahrir al-Sham en raison de leur obédience commune à l’idéologie des Frères musulmans, lui permet de faire avancer son agenda et de renforcer sa présence dans une région jusque-là sous forte influence iranienne chiite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la chute du régime baasiste, entre 30 000 et 80 000 réfugiés syriens, selon les estimations, ont déjà été rapatriés en Syrie depuis la Turquie. Enfin, Erdogan est parvenu à manœuvrer pour bloquer définitivement la création d’un État kurde à sa frontière sud par les forces kurdes turques du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et celles syriennes, qui composent majoritairement AANES (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie), affaiblies par le renversement de leur allié alaouite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que depuis sa prison turque, Abdullah Öcalan, le leader du PKK, a appelé à la dissolution de son parti, le président par intérim syrien et Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes, ont conclu le 10 mars dernier un accord historique prévoyant l’intégration des institutions civiles et militaires de l’AANES au sein de l’État syrien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ambitions énergétiques turco-azerbaïdjannaises</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Turquie mène aussi depuis des années une stratégie énergétique ambitieuse, notamment dans le Caucase. En 2006, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE) a été mis en service et récemment, Ankara et Bakou ont convenu d’augmenter le volume des flux du TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline) qui depuis sa création a acheminé 76,1 milliards de mètres cubes de gaz azerbaïdjanais vers l’Europe en passant par la Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le 5 mars dernier, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont à nouveau renforcé leur partenariat énergétique en inaugurant un autre gazoduc Igdır-Nakhchivan, qui relie la Turquie à l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan coincée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces projets sont notamment encouragés par la Commission européenne qui, sans se soucier des droits humains et de la souveraineté de l’Arménie, y voit une opportunité de réduire sa dépendance au gaz russe en faisant de l’Azerbaïdjan, riche en gisements offshore, un fournisseur d’hydrocarbures privilégié. À ce titre, le 18 juillet 2022, Ursusla Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et Ilham Aliyev, le président azerbaïdjanais, ont signé un mémorandum visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais d’ici 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de cette ambition énergétique, la Turquie d’Erdogan entend renouer avec son passé altaïque et fédérer les populations turcophones du Caucase et d’Asie centrale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Iran et le corridor stratégique de Zanguezour</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran, significativement affaibli, peine à contenir cet expansionnisme turc. Téhéran a subi de lourdes pertes stratégiques, réduisant drastiquement son influence et son pouvoir de nuisance régionale, stratégie cardinale de sa dissuasion extérieure. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad, son allié historique par lequel transitait son soutien militaire, ont considérablement entamé ses proxys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran redoute le renforcement de la coopération énergétique entre Ankara et Bakou, craignant d’être marginalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, les autorités turques et azerbaïdjanaises ont réaffirmé leur volonté de mettre en œuvre le corridor de Zanguezour. Ce corridor, hautement stratégique car il permettrait des débouchés sur l’Europe comme sur l’Asie, ambitionne de relier la ville de Kars en Turquie à Bakou sur les bords de la mer Caspienne en passant par l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan et en longeant les frontières iraniennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran refuse catégoriquement un tel projet qui encerclerait son territoire et compromettrait la souveraineté arménienne. Téhéran craint que ses flux d’approvisionnement et d’exportation ne deviennent tributaires du bon vouloir des autorités turques et azerbaïdjanaises, faisant peser des risques de blocage à l’image des fermetures sporadiques ces dernières années des postes-frontières de Poldacht et d’Astara, qu’a pourtant démenties Bakou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré une frontière commune et une population azérie chiite représentant environ 60 % de l’Azerbaïdjan, les relations irano-azerbaïdjanaises demeurent délicates. Téhéran a adopté une position ambiguë sur le conflit du Haut-Karabakh, reconnaissant la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur ce territoire tout en maintenant une proximité avec Erevan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l’Iran redoute aussi le soutien de l’Azerbaïdjan à l’irrédentisme des Azéris d’Iran, qui représentent environ 16 % de la population et sont concentrés dans le nord-ouest du pays, près de la frontière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, malgré ses faiblesses intérieures et profitant de l’affaiblissement de l’Iran, la Turquie d’Erdogan continue d’avancer ses pions au Moyen-Orient et dans le Caucase.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/">Le nouvel Economiste</a> le 20/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">©SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Haut-Karabakh : l’attentisme inquiet des grandes puissances</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/haut-karabakh-lattentisme-inquiet-des-grandes-puissances/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2023 08:40:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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					<description><![CDATA[Après trois ans de blocus et d’exactions et d’offensive éclair qui se sont achevés par l’exil massif de près de<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/haut-karabakh-lattentisme-inquiet-des-grandes-puissances/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après trois ans de blocus et d’exactions et d’offensive éclair qui se sont achevés par l’exil massif de près de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan a achevé sa reconquête de l’enclave. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cet événement n’entérine pas le retour de la paix. Par sa centralité géographique et ses nombreuses implications géopolitiques, cette “victoire” ouvre une période d’incertitude et d’instabilité potentielle qui concerne non seulement les voisins immédiats de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, mais également leurs alliés au-delà du Caucase.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Projet d’unification panturquiste</strong></h4>
<p>La Turquie, principal soutien de Bakou, considère naturellement cette reconquête pour laquelle elle a activement œuvré sur le plan militaire comme une excellente nouvelle pour ses intérêts, notamment économiques.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La Turquie, principal soutien de Bakou, considère naturellement cette reconquête pour laquelle elle a activement œuvré sur le plan militaire comme une excellente nouvelle pour ses intérêts”</em></p>
<p>Elle tient particulièrement à la réalisation du corridor du Zanguezour, qui permettrait de relier l’enclave du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan – à condition d’amputer l’Arménie de sa province du Syunik – de résorber la dépendance de cette enclave au gaz iranien, et de faciliter enfin les échanges commerciaux et énergétiques entre Ankara et Bakou via un nouveau pipeline gazier. La Turquie soutient également un autre projet d’infrastructure ferroviaire, qui devrait relier Horadiz, en Azerbaïdjan, à Kars, en Turquie, mais qui nécessiterait de traverser environ 30 kilomètres de territoire arménien. Ces projets de connexion concrétisent les ambitions panturquistes d’Erdogan, fortement partagées par Ilham Aliyev, visant à unifier le monde turcophone dans le Caucase et jusqu’au cœur de l’Asie centrale.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Refus de l’Arménie, prudence de l’Iran</strong></h4>
<p>Néanmoins, le succès de ces entreprises dépend essentiellement de l’accord des deux principaux voisins concernés, l’Arménie et l’Iran, qui pour l’heure refusent catégoriquement la réduction de leur souveraineté territoriale impliquée par ces projets. Erdogan semble chercher une voie d’entente diplomatique avec Erevan, tentant de la convaincre des bénéfices économiques qu’elle tirerait d’une participation volontaire à ces projets. La Turquie met ainsi en avant le rôle central que l’Arménie pourrait avoir dans le transit énergétique caucasien, en plus de réduire sa dépendance au gaz russe. En dépit des timides efforts de normalisation qui occupent la Turquie et l’Arménie depuis bientôt deux ans, il paraît peu probable que le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, déjà sous pression de son opinion publique pour avoir “abandonné” le Haut-Karabakh, n’accepte cette offre. Face à cette éventualité, Erdogan aurait évoqué une autre possibilité tout aussi illusoire : un accord de l’Iran pour autoriser le passage du corridor sur son territoire… option que Téhéran a toujours refusé.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Si l’annexion du Haut-Karabakh n’a suscité aucune réaction internationale, il en serait – du moins l’espère-t-on – tout autrement d’une invasion de l’Arménie”</em></p>
<p>Les conséquences potentielles du refus de l’Arménie sont extrêmement claires, contrairement à ce que certaines analystes trop optimistes avancent. Le recours à la force et l’invasion azérie de la province arménienne du Syunik seraient en effet, à nouveau, les options les plus probables et présentées comme telles par l’ambassadeur arménien auprès de l’Union européenne. L’enjeu est néanmoins délicat, car si l’annexion du Haut-Karabakh n’a suscité aucune réaction internationale, il en serait – du moins l’espère-t-on – tout autrement d’une invasion de l’Arménie, qui déclencherait potentiellement des sanctions occidentales contre l’Azerbaïdjan, voire la Turquie, et compromettrait le projet panturquiste à moyen terme.</p>
<p>Conformément à sa traditionnelle prudence stratégique, l’Iran a tenté de conserver sa neutralité face à l’annexion du Haut-Karabakh, maintenant le dialogue ouvert tant avec l’Arménie qu’avec l’Azerbaïdjan, mais réclamant néanmoins une normalisation entre les deux pays et la protection des droits des minorités au sein de l’enclave. Pour autant, la victoire de Bakou, que Téhéran considère être aussi celle de la Turquie, suscite une grande inquiétude en Iran en raison du renforcement de cette dynamique turcophone qui menace sa stabilité et ses intérêts stratégiques. Alors que les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Iran se sont détériorées depuis deux ans, Israël a au contraire renforcé sa coopération militaire avec Bakou. En dépit de ce qu’Erdogan veut bien croire, les autorités iraniennes demeurent donc fermement opposées au corridor du Zanguezour, qui pourrait stimuler l’irrédentisme de l’Azerbaïdjan iranien, au nord-est du pays, et créer de nouveaux foyers d’instabilité.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Russie et Chine en position ambiguë</strong></h4>
<p>Deux grandes puissances exogènes, la Russie et la Chine, peuvent également avoir un rôle à jouer dans le futur géopolitique du Caucase du Sud. Alors que l’Arménie dénonce l’inaction totale de la Russie depuis 2020, Moscou rétorque que les divers pactes sécuritaires signés avec Erevan ne l’engagent qu’en cas d’invasion du territoire arménien internationalement reconnu. De fait, la Russie, pourtant force de maintien de la paix dans le Haut-Karabakh durant trois ans, s’est grandement décrédibilisée par son immobilisme et son manque de fiabilité… sauf avec l’Azerbaïdjan.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La Russie, en dépit de son relatif affaiblissement local, conserve malgré tout assez de ressources pour assurer une projection de puissance et favoriser l’instabilité dans la région”</em></p>
<p>Leur rapprochement économique s’est intensifié, les échanges commerciaux entre les deux pays ayant augmenté de 55,3 % au cours de l’année 2023. Profitant du chaos dans la région, Moscou a également renforcé sa présence en Géorgie et prévoit la construction d’une base navale en Abkhazie, région séparatiste stratégiquement positionnée au bord de la mer Noire. L’avenir que la Russie accordera à sa relation avec l’Arménie demeure incertain. En dépit de son relatif affaiblissement local, elle conserve malgré tout assez de ressources pour assurer une projection de puissance et favoriser l’instabilité dans la région.</p>
<p>La Chine enfin a observé une position ambiguë face au conflit. Méfiante envers le panturquisme en raison de l’irrédentisme ouïgour, elle n’en a pas moins développé elle aussi sa relation avec l’Azerbaïdjan, avec lequel les échanges commerciaux ont considérablement augmenté depuis 2005. Ses projets d’infrastructures et de corridors énergétiques représentent également un fort potentiel d’influence dans le cadre des Nouvelles routes de la soie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les Européens observateurs – une fois de plus</strong></h4>
<p>Face au statu quo à l’œuvre, l’Arménie se retrouve donc en situation de grande vulnérabilité, prise entre les appétits de ses voisins turcs et les intérêts “personnels” des autres puissances potentiellement alliées. Les Européens devraient logiquement faire front commun avec Erevan face à ces diverses menaces – et la France a déjà offert une assistance militaire d’envergure à l’Arménie. Le froid diplomatique avec la Russie pourrait notamment leur permettre d’entrer plus facilement sur la scène géopolitique du Caucase. Ils n’en demeurent pas moins prisonniers des contraintes énergétiques qui les lient à l’Azerbaïdjan et limitent de ce fait leur marge de manœuvre. À part sur le plan humanitaire, il y a donc de fortes chances que les Occidentaux demeurent, une fois de plus, des observateurs passifs des passages en force de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, dont l’Arménie sera la principale victime.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans le Nouvel Economiste du 02/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;annexion forcée du Haut-Karabakh, révélatrice de l&#8217;évolution des rivalités de puissance</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lannexion-forcee-du-haut-karabakh-revelatrice-de-levolution-des-rivalites-de-puissance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2023 10:24:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que l’Azerbaïdjan a entériné sa reconquête du Haut-Karabakh par la force après son premier coup de boutoir il y<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lannexion-forcee-du-haut-karabakh-revelatrice-de-levolution-des-rivalites-de-puissance/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Alors que l’Azerbaïdjan a entériné sa reconquête du Haut-Karabakh par la force après son premier coup de boutoir il y a trois ans, l’Arménie apparaît plus que jamais fragile face à la prédation de son voisin. Elle accueille déjà plus des trois quart des réfugiés issus de l’enclave et craint désormais de voir son intégrité territoriale violée par Bakou. En dépit d’une situation qui s’apparente à un nettoyage ethnique après trois ans d’exactions  – contre la population arménienne, mais aussi contre le patrimoine culturel arménien – au point de mobiliser aujourd’hui une mission de l’ONU, les réactions de la communauté internationale demeurent bien tièdes. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’inaction des Etats-Unis dans une zone où la Russie a longtemps été influente interpelle tout particulièrement. Depuis 2020, année qui a vu la « guerre des 44 jours » révéler le décalage de force militaire et de soutiens entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les Etats-Unis ont été largement spectateurs de ce « conflit gelé », héritage de l’effondrement de l’URSS en 1991. Leurs rares efforts diplomatiques n’ont jamais abouti à quelque engagement concret sur le terrain. Ce constat souligne à quel point la diplomatie américaine opère une hiérarchie des priorités, ou une sélection, entre les différents conflits actuels : lui aussi lointain vestige de la fin de la Guerre froide, le conflit ukrainien et les menaces de la Russie aux portes de l’Europe ont motivé l’intervention des Etats-Unis, qui s’insurgent contre l’annexion de la Crimée et du Donbass mais disputent beaucoup moins ce « droit » à l’Azerbaïdjan dans le cas de l’Artsakh. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Face à un monde de plus en plus multipolaire, force est de constater que les Etats-Unis persistent à lire les relations internationales selon un prisme relativement manichéen, en dépit du processus de complexification qu’elles traversent depuis le début de la décennie. « Pour » ou « contre » les Américains et leurs intérêts régionaux demeure l’unique grille d’analyse de leurs positionnements stratégiques. Ceci peut s’appliquer relativement facilement à certaines régions, comme l’Europe – contre la Russie – ou la zone Indo-Pacifique – contre la Chine. En revanche, dans les zones géographiques plus complexes, dont le Caucase est un excellent exemple, où alliés et adversaires ne sont pas aisément identifiables, Washington observe un prudent retrait stratégique. Ainsi, le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pâtit du fait qu’aucun des deux belligérants n’est engagé formellement, en bien ou en mal, avec les Etats-Unis. La présence d’une forte communauté arménienne exilée sur le sol américain n’a d’ailleurs pas suscité davantage d’intérêt de la part de Washington pour ce conflit. Cette année, tout au plus le Secrétariat d’État s’est-il borné à réclamer un accord de paix négocié qui assurera la paix et la stabilité de la région. Le fait que la Russie ait été la grande puissance médiatrice du conflit en 2020 souligne cruellement l’absence des Etats-Unis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">En outre, la lecture américaine du conflit pâtit d’une grave erreur d’analyse sur la nature politique des belligérants. Bien qu&rsquo;étant une démocratie, l&rsquo;Arménie est considérée à Washington comme une alliée de la Russie. Bien qu’étant une dictature, l’Azerbaïdjan est avant tout considéré comme proche d&rsquo;un membre de l&rsquo;OTAN &#8211; la Turquie &#8211; et par ailleurs comme un nouvel allié providentiel et même jugé « fiable » de l’Union européenne, à laquelle il va désormais fournir près de un cinquième de ses ressources en gaz d’ici 2027. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’autre difficulté est l’absence d’influence majeure de la part des Occidentaux dans certaines régions dont le potentiel stratégique ne leur apparaît pas de manière évidente. En dépit de sa centralité et des multiples interconnexions qu’il crée entre l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient sur le plan commercial et énergétique, le Caucase semble victime de son relatif enclavement et d’une histoire qui l’a longtemps placé alternativement au coeur des empires perse, ottoman et russe, bien loin des Etats européens. La sphère d’influence russe se réduit pourtant comme peau de chagrin, tant la guerre en Ukraine focalise toute l’énergie du Kremlin. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Faute d’intérêts géostratégiques majeurs des grandes puissances occidentales dans la région, le Caucase semble donc voué à « l’oubli », sauf de la part de ses voisins les plus proches qui profitent habilement du vide stratégique pour faire avancer leurs ambitions. Depuis 2020, toute l’offensive azérie contre le Haut-Karabakh s’apparente ainsi à une guerre opportuniste : la désertion russe, l’indifférence européenne et l’actif soutien turc ont créé toutes les conditions pour en favoriser la réussite. Pour toutes ces raisons, le cessez-le-feu obtenu avec la reddition du gouvernement autonome du Haut-Karabakh demeure précaire. D’autres conflits seront de nature à se manifester dans la région – et les déclarations d’Erdogan et d’Aliyev à l’encontre du rattachement du Nakhitchevan via le corridor du Zanguezour, qui menace l’intégrité territoriale arménienne, doivent déjà attirer l’attention sur cette éventualité. La nature ayant horreur du vide, l’absence stratégique des Russes et des Occidentaux, grandes puissances « traditionnelles », laissera le champ libre aux puissances régionales pour occuper le terrain. La Turquie, qui poursuit son propre agenda et ses rêves d’indépendance stratégique, ne manquera pas de saisir l’occasion, mais trouvera probablement sur sa route l’Iran soucieux de préserver la stabilité de la région et sa propre souveraineté nationale. Le Caucase risque donc fort de redevenir un terrain d’affrontement pour les nouveaux empires prédateurs, et les Occidentaux y seront, une fois de plus, des acteurs inexistants.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 08/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Second génocide arménien en cours au Haut-Karabakh</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/second-genocide-armenien-en-cours-au-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Sep 2023 12:45:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis décembre 2022, les 120 000 Arméniens vivant dans l’enclave du Haut-Karabakh, disputée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, subissent un blocus presque<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/second-genocide-armenien-en-cours-au-haut-karabakh/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis décembre 2022, les 120 000 Arméniens vivant dans l’enclave du Haut-Karabakh, disputée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, subissent un blocus presque permanent et organisé par Bakou. Les forces azéries maintiennent en effet de manière quasi continue un barrage sur le corridor de Latchine, seule connexion terrestre entre le territoire de l’Artsakh et le reste du monde. Denrées alimentaires et biens de première nécessité, aide médicale, convois de la Croix-Rouge, rien désormais ne circule plus sur cette route et n’atteint une population qui se trouve de facto en état de siège. Or, selon l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, toute situation “infligeant délibérément à un groupe humain des conditions de vie susceptibles de conduire à leur destruction physique” s’apparente à un cas manifeste de génocide. Et de fait, toutes les conditions d’une famine insidieuse ont été créées contre l’Artsakh et sa population arménienne.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Famine, nettoyage ethnique et déshumanisation</strong></h4>
<p>Dans les conflits, l’usage de la famine est d’autant plus cruel qu’il passe généralement inaperçu auprès de la communauté internationale. Les précédents sont nombreux dans l’histoire du XXe siècle. Cette arme “invisible” a ainsi frappé près d’un million d’Arméniens lors du génocide de 1915, Polonais et Juifs à la fin des années 1930 dans les différents ghettos de Pologne, Russes à Léningrad en 1942, Cambodgiens entre 1975 et 1976, enfin Bosniaques à Srebenica durant l’hiver 1993-1994.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Dans les conflits, l’usage de la famine est d’autant plus cruel qu’il passe généralement inaperçu auprès de la communauté internationale”</em></p>
<p>Aujourd’hui, plusieurs preuves tendent à démontrer que toutes les conditions pour la perpétration d’un génocide, tant en termes d’intentionnalité que de mise en œuvre, sont actuellement réunies au Haut-Karabakh. La Cour pénale internationale (CPI), saisie par l’Arménie pour analyser la situation sur le corridor de Latchine, a d’ailleurs rendu un avis confirmant le soupçon de nettoyage ethnique perpétré par l’Azerbaïdjan à l’encontre de la population arménienne du Haut-Karabakh. En effet, les conditions de vie qui lui sont imposées constituent bien selon la Cour “un risque réel et imminent pour la santé et l’existence du groupe ethnique”. Par ailleurs, l’Arménie avait dénoncé dès 2021 auprès de la CPI les manifestations de discrimination et de propagande azérie incitant à la haine raciale et à la violence ethnique envers les Arméniens, exprimées non seulement dans les médias mais aussi par les officiels azéris. La vandalisation de l’héritage culturel arménien dans les zones reconquises par l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh, suite à la “guerre des 44 jours” de 2020, est une autre preuve de ce processus de déshumanisation, préalable incontournable à tout génocide.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Ilham Aliyev inflexible face aux injonctions de la CPI</strong></h4>
<p>L’intentionnalité en matière de génocide est clairement établie par la responsabilité évidente du président Ilham Aliyev dans l’organisation du blocus, maintes fois réitérée et assumée publiquement sur des prétextes fallacieux. Le blocus est ainsi justifié par Bakou par un souci de lutte contre la contrebande de matières premières, d’armes et d’essence entre l’enclave et l’Arménie. Bakou a également refusé de répondre positivement aux injonctions de la Cour pénale internationale, formulées en février 2023 et réitérées en juillet dernier, afin de rétablir la circulation sur le corridor dans les deux sens. Son revirement concernant la reconnaissance de l’autonomie du Haut-Karabakh à la suite du conflit de 2020 confirme également cette volonté d’imposer la souveraineté azérie sur ce territoire par la force.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Bakou a refusé de répondre positivement aux injonctions de la Cour pénale internationale, formulées en février 2023 et réitérées en juillet dernier, afin de rétablir la circulation sur le corridor dans les deux sens”</em></p>
<p>Enfin, le 1er août dernier, Ilham Aliyev a de nouveau exprimé le choix simple qu’il offre aux Arméniens de l’enclave et sur lequel il semble refuser toute négociation : l’acceptation du joug de l’Azerbaïdjan, sous peine d’une détérioration de leur situation actuelle. Invoquant la nécessité de lutter contre le séparatisme, le président azéri se réfère souvent au cas de la Catalogne et de l’Espagne. On aurait beau jeu de lui répondre que Madrid ne recourt pas à l’arme du génocide pour répondre aux conflits de souveraineté et à l’irrédentisme sur son territoire !</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le temps long de la justice internationale</strong></h4>
<p>La question de la traduction en justice d’Ilham Aliyev pour crime de génocide se posera in fine. Par nature, la justice internationale s’inscrit dans un temps parfois très long, mais parvient le cas échéant à s’accomplir. Le cas du conflit du Darfour et de la responsabilité de l’ancien président soudanais Omar El-Béchir dans son évolution est un exemple récent. De la même manière en 2011, l’ancien président libyen Mouammar Khadafi avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pour l’heure, Ilham Aliyev demeure certes protégé par son immunité en tant que chef d’État. Néanmoins, la CPI pourrait contourner cette difficulté, sous réserve qu’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU dénonçant la situation au Haut-Karabakh soit adoptée et lui soit transmise.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La question de la traduction en justice d’Ilham Aliyev pour crime de génocide se posera in fine”</em></p>
<p>La réalité d’un génocide au Haut-Karabakh pourrait au demeurant permettre de jeter un éclairage nouveau sur le conflit de souveraineté entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, qui s’est mué ces trente dernières années en une guerre culturelle et ethnique où la haine raciale est particulièrement exacerbée côté azéri. C’est une dimension largement ignorée dans le cadre des négociations, et qui pourtant doit appeler l’attention des pays médiateurs en faveur d’une protection accrue des intérêts arméniens.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le devoir d’action urgente de la communauté internationale</strong></h4>
<p>Alors que la réalité du génocide semble évidente, la communauté internationale, et en particulier les principaux pays médiateurs du conflit – à savoir la Russie et l’Union européenne – ont donc le devoir d’agir de toute urgence. L’administration Biden, la première à avoir reconnu formellement le génocide arménien de 1915, s’est dite fermement engagée dans l’identification et la prévention des génocides. Elle a aujourd’hui face à elle l’opportunité de traduire ces intentions en actes concrets.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“L’administration Biden s’est dite fermement engagée dans l’identification et la prévention des génocides. Elle a aujourd’hui face à elle l’opportunité de traduire ces intentions en actes concrets”</em></p>
<p>Membres du Conseil de sécurité de l’ONU, ces États sont également membres de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. À eux de respecter leurs engagements en répondant au crime qui s’opère actuellement au Haut-Karabakh à la mesure de sa gravité. Pour mémoire, la France avait d’ailleurs proposé en 2013 que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité voient leur droit de veto suspendu lors de l’étude de cas de génocide.</p>
<p>À court terme, la communauté internationale doit donc œuvrer au rétablissement complet de la liaison terrestre menant au Haut-Karabakh dans les deux semaines, ainsi qu’à l’élaboration d’un dispositif de gestion concret et efficace sur les territoires disputés d’ici 2025, date à laquelle la force de maintien de la paix russe perdra son mandat d’action. Toute la difficulté réside actuellement dans la capacité de ces États à mettre leur relation conflictuelle de côté pour parvenir à une intervention commune au Haut-Karabakh, qui rétablirait une situation normale en très peu de temps.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 19/09/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Azerbaïdjan au bord d&#8217;une nouvelle opération militaire dans le Haut-Karabakh ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-au-bord-dune-nouvelle-operation-militaire-dans-le-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jul 2023 10:16:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L’état de siège que l’Azerbaïdjan impose au Haut-Karabakh depuis décembre dernier semble prendre une orientation explicitement belliciste, si l’on en<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-au-bord-dune-nouvelle-operation-militaire-dans-le-haut-karabakh/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">L’état de siège que l’Azerbaïdjan impose au Haut-Karabakh depuis décembre dernier semble prendre une orientation explicitement belliciste, si l’on en juge par la rhétorique employée ces dernières semaines par les médias azéris. Le patron de la télévision d’État a ainsi déclaré publiquement que Bakou était en droit de conduire « une opération anti-terroriste » au Haut-Karabakh, dont le nom de code pourrait être « Revenge 3 », en référence à l’opération éclair d’août 2022 où l’Azerbaïdjan avait annexé de nouvelles parties de l’enclave suite au décès d’un soldat azéri.</p>
<p style="font-weight: 400;">La possibilité d’une nouvelle attaque militaire de grande ampleur suit la série d’incidents frontaliers qui se sont multipliés ces derniers mois entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, et qui ont entraîné plusieurs morts au sein des forces armées des deux pays. Qualifiés de « provocations arméniennes » par Bakou, ces évènements alimentent la recherche de prétextes pour engager une annexion définitive du Haut-Karabakh, sous couvert de désarmement de « groupes militaires et paramilitaires arméniens de l’enclave », qui désignent en réalité l’Armée de défense de l’Artsakh. Le président Ilham Aliyev estime d’ailleurs publiquement que ces démantèlements sont un prérequis indispensable à la mise au point d’un accordde paix avec l’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’escalade se poursuit donc en raison de la stagnation des négociations entre les deux pays et de l’échec des deux processus de paix engagés parallèlement par les Occidentaux et la Russie avec les deux belligérants. Chacun campe en effet sur des positions extrêmement fermes et non négociables. Bakou estime que le Haut-Karabakh devrait faire intégralement partie du territoire azéri, exigence de surcroit validée par sa victoire en novembre 2020 grâce à l’appui logistique et tactique de la Turquie. A travers les autorités du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan vise avant tout l’Arménie qu’il accuse d’utiliser les communautés arméniennes de l’enclave pour organiser des manœuvres de déstabilisation, puisque celles-ci refusent de devenir citoyens azéris. L’Arménie pour sa part a su faire preuve de bonne volonté diplomatique, puisque le Premier ministre Nikol Pachinian avait clairement signifié en mai dernier qu’Erevan serait prête à reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh, précisément en échange de garanties sur la sécurité et le statut des Arméniens de l’enclave, qui ne bénéficient plus depuis des mois de conditions d’existence normales et vivent au quotidien avec la menace constante de l’exil ou du nettoyage ethnique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour l’heure, le combat de deux légitimités, à l’origine du différend territorial entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, se poursuit donc inlassablement et risque fort de ne trouver comme instrument de résolution que la guerre. Certains analystes en doutent encore et évoquent une forme de « diplomatie coercitive » employée par l’Azerbaïdjan pour faire plier sa voisine, qui combine des épisodes de violences avec le maintien du canal diplomatique tant que les négociations se poursuivent. Or, pour l’heure c’est la violence qui prédomine à mesure que l’étau se resserre sur la population arménienne de l’enclave. Alors qu’un nouveau blocus du corridor de Lachine empêchait l’entrée des convois humanitaires, ce sont désormais les véhicules de la Croix-Rouge qui ne peuvent absolument plus pénétrer dans le Haut-Karabakh depuis le 11 juillet, sous prétexte d’opérations illicites de contrebande venant d’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">En frappant directement la population de l’Artsakh, et non les forces armées, ces mesures de coercition révèlent en réalité leur objectif véritable : une tentative accélérée de détruire le gouvernement autonome de la province et de forcer l’annexion totale du territoire, faute d’avancées concrètes dans les négociations. Au demeurant, le président du Haut-Karabakh Arayik Harutyunyan semble parfaitement conscient de la séquence politique telle que l’Azerbaïdjan souhaite l’imposer à l’Arménie : démanteler l’armée de l’Artsakh, ce qui reviendra de facto à détruire le système institutionnel autonome de l’enclave, organiser une parodie d’élections municipales, avant de rouvrir l’accès au corridor de Lachine et de rétablir les conditions de vie des résidents arméniens, devenus de fait des citoyens azéris.</p>
<p style="font-weight: 400;">Deux médiations, celle de la Russie et celle des Européens sous l’égide des Etats-Unis, sont pourtant ouvertes depuis plusieurs mois et travaillent parallèlement. Leurs résultats sont maigres, les appels multiples de l’Union européenne comme les échanges directs entre Antony Blinken et Ilham Aliyev péchant tous deux par leur inefficacité, tandis que les forces de maintien de la paix russes n’ont eu jusqu’à présent aucun pouvoir pour empêcher les blocus successifs et les abus de l’Azerbaïdjan. De guerre lasse, le gouvernement de l’Artsakh a sollicité directement Vladimir Poutine par l’intermédiaire de l’Arménie, pour l’appeler à agir et obtenir une levée du blocus azéri. En l’attente, la situation des Arméniens du Haut-Karabakh est déjà jugée comme ayant atteint un stade critique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Alors que s’approche le troisième anniversaire de la «  guerre des 40 jours », il est permis de penser que la « diplomatie coercitive », loin de faire évoluer le rapport de force en direction d’un traité de paix avec l’Arménie, prépare en réalité le dernier acte de l&rsquo;annexion du Haut-Karabakh par l&rsquo;Azerbaïdjan. Ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;une question de temps, et encore une fois, l&rsquo;assurance de l&rsquo;Azerbaïdjan démontre la faiblesse ou l&rsquo;indifférence des grandes puissances sur ce dossier.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 16/07/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>Nouveau blocus du Haut-Karabakh : une asphyxie stratégique menée par l’Azerbaïdjan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/nouveau-blocus-du-haut-karabakh-une-asphyxie-strategique-menee-par-lazerbaidjan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Jul 2023 07:50:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Depuis le 15 juin, le Haut-Karabakh est de nouveau coupé du monde. Si le précédent blocus initié il y a<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/nouveau-blocus-du-haut-karabakh-une-asphyxie-strategique-menee-par-lazerbaidjan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Depuis le 15 juin, le Haut-Karabakh est de nouveau coupé du monde. Si le précédent blocus initié il y a sept mois par l’Azerbaïdjan autorisait a minima la circulation des forces de maintien de la paix russes et des véhicules humanitaires, la situation est désormais plus radicale. Ni l’aide médicale d’urgence, ni les biens de première nécessité alimentaires, ne pénètrent désormais dans l’enclave. Aux 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan impose une vie de citadelle assiégée, sans qu’aucune puissance extérieure, pas même la Russie, ne se soit interposée. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Ce blocus total intervient dans un contexte d’incidents frontaliers récurrents entre forces armées azéries et arméniennes, alors même que les deux pays sont à Washington pour tenter de négocier un traité de paix. Le nouveau poste-frontière imposé par l’Azerbaïdjan sur le corridor de Lachine, qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie et cristallise le rapport de force entre les deux pays, a ainsi été récemment le théâtre de plusieurs affrontements mortels. L’Azerbaïdjan est notamment accusé de tenter régulièrement des incursions militaires en territoire arménien, portant ainsi directement atteinte à sa souveraineté territoriale. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">L’Azerbaïdjan semble avoir changé de méthode pour mettre fin au conflit qui l’oppose à l’Arménie sur la souveraineté du Haut-Karabakh. Alors que Bakou se plaignait des atermoiements de sa voisine dans le cadre des négociations, exprimant régulièrement son souhait d’obtenir rapidement un accord officiel sous peine d’action militaire, Ilham Aliyev ne manifeste plus la même urgence. Sa rhétorique met aujourd’hui en avant une terrible évidence : en position de force dans les négociations, en position de force en termes d’occupation territoriale, l’Azerbaïdjan a tout le loisir de faire de la vie des Arméniens un enfer. Deux évènements majeurs ont favorisé ce retournement stratégique de la part de Bakou. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">La réélection du président Erdogan a en premier lieu assuré à l’Azerbaïdjan de conserver son principal parrain dans le conflit pour les cinq prochaines années, tant d’un point de vue diplomatique que militaire. Par ailleurs, l’installation d’un check-point sur le corridor de Lachine, par le simple fait qu’elle n’ait rencontré aucune résistance de la part de la communauté internationale, réaffirme la prédominance des Azéris sur ce territoire. La maîtrise du corridor de Lachine assure en effet à l’Azerbaïdjan le contrôle total du quotidien de l’enclave du Haut-Karabakh, lui offrant un moyen de pression d’une redoutable efficacité. Si l’accord de paix avec l’Arménie demeure une priorité, la véritable urgence est désormais de l’obtenir selon les conditions de l’Azerbaïdjan. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L</span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">e dernier incident frontalier en date et la nouvelle imposition du blocus signifient clairement que Bakou, lassé du peu de l’inefficacité des négociations, est désormais déterminé à obtenir des concessions de l’Arménie par la force. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian s’est pourtant dit prêt à reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh. Mais le sort des Arméniens de l’enclave en cas de passage sous la tutelle azérie demeure un point de rupture entre les négociateurs occidentaux et arméniens et Bakou, qui rejette leur demande au prétexte qu’il s’agit d’une « affaire domestique ». Aucune mesure en effet n’a été obtenue sur le sort des habitants, qui craignent à raison un « nettoyage ethnique », ou l’exil forcé. La multiplication des incidents frontaliers en pleine séquence diplomatique est également un moyen pour l’Azerbaïdjan de justifier le désarmement des forces armées de l’Artsakh, déjà accusées en décembre dernier d’obtenir illégalement des armes de l’Arménie. Preuve d’un manque de cohésion côté arménien, et de l’efficacité de l’instrumentalisation de la peur par l’Azerbaïdjan, le Parlement du Haut-Karabakh a demandé la suspension des négociations afin d’obtenir un cessez-le-feu, quand Erevan souhaite maintenir malgré tout la voie diplomatique ouverte. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Alors que l’enclave vit de nouveau dans l’isolement le plus total depuis quinze jours, l’absence de réaction efficace des puissances extérieures impliquées dans le dossier pose question. Une fois de plus, l’Arménie n’a pu que constater amèrement le manque de solidarité de son alliée russe, dont les forces de maintien de la paix subissent sans réaction les manœuvres de l’Azerbaïdjan. Bien qu’ils aient symétriquement ouvert leur propre canal diplomatique avec les deux belligérants,  Russes comme Occidentaux ont totalement failli à faire avancer le dossier. Mais si tous s’accordent pour condamner l’illégalité du blocus, aucun ne propose d’action concrète allant au-delà des injonctions à le faire cesser. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L&rsquo;Azerbaïdjan a donc toute latitude pour faire avancer le dossier à sa façon et en sa faveur. Dans le pire des cas, le maintien de l’actuel statu-quo serait parfaitement acceptable pour Bakou, qui obtient par la force ce que la diplomatie ne lui a jamais accordé en trente ans. Le changement rhétorique d’Ilham Aliyev pourrait par ailleurs indiquer qu’en cas d’usage de la force militaire, la Turquie sera de nouveau, et naturellement, de son côté pour appuyer l’opération. Les diplomates se donnent jusqu’à la fin de l’année 2023 pour tenter d’obtenir un accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. C’est largement assez pour permettre à Bakou d’acter définitivement sa mainmise sur le Haut-Karabakh. Le temps est en effet de son côté, non du côté arménien, et encore moins du côté des habitants de l’Artsakh, plus que jamais pris entre le marteau et l’enclume. </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 02/07/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>L&#8217;Occident doit empêcher une nouvelle guerre ethnique au Haut-Karabakh</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-doit-empecher-une-nouvelle-guerre-ethnique-au-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Jan 2023 11:02:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Toujours en cours depuis le 12 décembre, le blocus du corridor de Lachine entrave la seule connexion terrestre entre le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/loccident-doit-empecher-une-nouvelle-guerre-ethnique-au-haut-karabakh/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-23512 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/haut_karabkah_eda5e466c6.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p style="font-weight: 400;">Toujours en cours depuis le 12 décembre, le blocus du corridor de Lachine entrave la seule connexion terrestre entre le Haut-Karabakh, où vivent près de 120 000 personnes, et le reste du Caucase. Les manifestants azéris qui bloquent la route depuis bientôt trois semaines empêchent en effet la libre circulation des biens et des personnes. Leurs revendications, d’abord formulées au prétexte d’un état des lieux de l’exploitation des mines de l’enclave, ont rapidement révélé leur véritable motivation. La remise en cause de l’efficacité de l’armée russe, force de maintien de la paix dans la région depuis novembre 2020, et la demande de contrôles accrus sur le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan, ont avant tout des visées nationalistes. En manque de matériel médical, de ressources énergétiques et de denrées alimentaires, les habitants du Haut-Karabakh, essentiellement d’origine arménienne, subissent directement ce chantage.</p>
<p style="font-weight: 400;">Plus que jamais, le Caucase du sud est au bord d’une crise humanitaire, et peut-être d’un nouvel affrontement entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Conscients du danger, les Etats-Unis et l’ONU ont appelé le gouvernement de l’Azerbaïdjan, qui nie sa responsabilité directe dans la situation, à lever le blocus. Mais pour l’heure, ces manifestations de la communauté internationale restent bien trop légères pour exercer la moindre pression sur Bakou, tandis que sur place, le gouvernement Aliyev profite du vide stratégique pour régler ses différends avec l’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">Désignée par le cessez-le-feu de novembre 2020 comme la garante de la sécurité de l’enclave, la Russie déploie sur le terrain une force de 2500 hommes, dont les prérogatives et les missions n’ont cependant jamais été clairement définies. Affaibli par les coûts humains et logistiques de l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin semble clairement en difficulté pour assurer sa tâche à la hauteur de l’enjeu. De fait, les Russes n’ont pas été en mesure d’empêcher le blocus du corridor de Lachine, connexion pourtant essentielle où la libre circulation doit être maintenue.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Parallèlement aux négociations menées sous l’égide de la Russie, l’autre canal de négociations avec l’Arménie, ouvert par les Occidentaux, n’a pour l’instant abouti à aucune résolution. Nullement tempéré dans ses ardeurs par une grande puissance régionale, au contraire largement encouragé et soutenu militairement par la Turquie, Bakou manifeste un nationalisme à l’agressivité croissante, et n’hésite plus à recourir à la force pour résoudre la question du statut du Haut-Karabakh – en clair, l’annexer intégralement à son propre territoire. Preuve de ce dédain pour une résolution diplomatique, deux semaines après la reprise des discussions avec son homologue arménien à Bruxelles, Ilham Aliyev lançait de nouvelles attaques-éclair directement contre l’Arménie le 12 septembre dernier. En réalité, la seule paix envisageable par Bakou est une paix conclue selon ses propres termes, en recourant à la violence militaire si nécessaire pour obtenir satisfaction, et cette méthode laisse présager d’autres abus.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le sort des Arméniens de l&rsquo;enclave est en effet au coeur de la problématique. Les autorités locales du Haut-Karabakh craignent avec raison qu’une intégration pleine et entière de leur territoire à l’Azerbaïdjan ne soit le prélude à un nettoyage ethnique, soit par l’usage direct de la violence, soit par l’exil forcé. Bakou assure que les Arméniens du Haut-Karabakh jouiraient de la même égalité de traitement que les citoyens azéris. Le doute est permis compte tenu de la brutalité des exactions déjà commises depuis 2020 contre les militaires et les civils arméniens, ou de la destruction systématique du patrimoine culturel et religieux arménien dans l’enclave du Nakhitchevan, désormais rattachée à l’Azerbaïdjan. Pour les Arméniens, il est donc difficile de croire qu’ils bénéficieront d’une quelconque sécurité au sein de la société azérie. Au demeurant, la principale revendication de l’Azerbaïdjan, l’annexion pleine et entière du Haut-Karabakh à son territoire, ne s’accompagne explicitement d’aucun statut spécial accordé aux Arméniens qui y résident.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans ce contexte, le risque d’une escalade des tensions est parfaitement explicite, au point d’être verbalisée par le président Aliyev. Celui-ci a promis une nouvelle guerre de grande ampleur si les conditions posées par l’Azerbaïdjan n’étaient pas satisfaites. Sur le dossier du corridor du Zanguezour, qui doit relier la république autonome du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan et à la Turquie via le sud de l’Arménie, le président azéri envisage tout simplement de régler le problème en annexant les territoires arméniens concernés, et en confiant l’administration de la section arménienne de cette nouvelle connexion à la Russie. Peu importe, dans l’affaire, si Erevan, la capitale arménienne, se trouve dès lors coupée du sud de l’Arménie et soumise à une catastrophe économique, administrative et humaine.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sans l’intervention de grandes puissances extérieures, les conditions garantissant la stabilité du Caucase du Sud ne pourront que se dégrader. La présence de la Russie aurait dû prévenir la situation actuelle. Mais sa défection croissante sur le terrain n’a fait qu’exacerber les provocations de l’Azerbaïdjan et l’agressivité entre les deux parties. En raison de leur rivalité idéologique et militaire, les Occidentaux ont accepté jusqu’ici de laisser Moscou gérer son « étranger proche » et de perdre en capacité d’influence dans la région. La menace d’instabilité qui pèse désormais, non plus seulement sur le Haut-Karabakh, mais sur tout le Caucase du Sud, doit les encourager à intervenir dans le conflit.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il est désormais urgent d’avoir un médiateur capable de ramener l’Azerbaïdjan et l’Arménie à la table des négociations, et cet objectif ne pourra être atteint que par la menace de sanctions occidentales, économiques et diplomatiques, contre Bakou. En la matière, les Etats-Unis, qui demeurent les principaux moteurs diplomatiques de l’Occident, doivent agir comme superviseurs de ce nouveau processus, et surtout affirmer un positionnement clair. L’aide militaire allouée à l’Azerbaïdjan, qui s’est chiffrée à 164 millions de dollars entre 2002 et 2020 sans véritable conditionnalité (notamment celle de ne pas l’utiliser à des fins d’agression de l’Arménie), doit être suspendue <em>sine die </em>par Washington. L’imposition de sanctions dans le cadre du <em>Global Magnitsky Human Rights Accountability Act,</em> remis en vigueur par Joe Biden en avril dernier, doit être invoqué contre les responsables azéris qui se seraient rendus responsables d’entraves aux droits de l’homme, sanctions qui seraient parallèlement adoptées par l’Union européenne. L’investissement diplomatique est conséquent, mais après trente ans d’atermoiements et de retards, celui-ci est devenu plus urgent que jamais. En cas d’échec ou de demi-mesures, le conflit du Haut-Karabakh ne trouvera aucune résolution et le Caucase, en devenant une nouvelle poudrière, impactera toutes les parties prenantes largement au-delà de ses frontières.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 01/01/2023.</strong></p>
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		<title>Blocus du Haut-Karabakh : l’Azerbaïdjan use désormais de la terreur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Dec 2022 11:05:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-23515 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/000_8_R72_MU_1_778efa4e3c-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/000_8_R72_MU_1_778efa4e3c-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/000_8_R72_MU_1_778efa4e3c-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/01/000_8_R72_MU_1_778efa4e3c.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Officiellement, ceux-ci exigeaient des forces de maintien de la paix russes qu’elles permettent l’accès des inspecteurs de l’environnement aux mines du Karabakh afin de vérifier l’état des ressources minières, soupçonnées d’être illégalement dérobées par l’Arménie. Face au refus des Russes, les Azéris ont alors entrepris de bloquer la route.</p>
<p>Officiellement, promesse a été faite de laisser circuler les Arméniens librement. En de très rares occasions, notamment pour laisser passer des convois de la Croix Rouge internationale, ou de l’armée russe, cette promesse a été tenue, aussi l’Azerbaïdjan affirme t-il que le corridor de Lachine demeure ouvert.</p>
<p>En réalité, les habitants du Haut-Karabakh se trouvent depuis plus de dix jours pris au piège d’un véritable blocus qui refuse de dire son nom.</p>
<p>La circulation est ainsi autorisée, mais sous conditions azéries : les Arméniens du Haut-Karabakh doivent organiser leur déplacement en concertation avec les manifestants, et surtout se soumettre aux fouilles et inspections de leur véhicule afin de vérifier l’absence de trafic d’armes ou de biens. Ces conditions, équivalentes à celles d’un régime douanier, et pour ainsi dire préalables à l’installation de check-points, sont jugées inacceptables par les habitants et les Arméniens, qui estiment avec raison qu’elles ouvrent la porte à tous les abus. De fait, de peur de représailles ou de pressions de la part des Azéris, de plus en plus d’habitants restés sur place n’osent plus emprunter le corridor, tandis que d’autres restés « prisonniers » côté arménien, n’ont pour l’heure aucune possibilité de rejoindre l’enclave.</p>
<p>Mais après dix jours de crise, les ressources énergétiques, les denrées alimentaires et les pénuries de médicaments se font déjà sentir au sein de l’enclave qui importe en grande partie ses biens de première nécessité de l’Arménie voisine, au point d’avoir nécessité la mise en place de rationnements par les autorités locales. La prise en charge médicale connaît de loin l’impact le plus inquiétant, les transferts de malades nécessitant des soins de qualité en Arménie devant être différés. Les échanges ou livraisons par hélicoptère ne peuvent être envisagés, de crainte que les appareils ne soient abattus à vue par les forces militaires azéries.</p>
<p>Face à la multiplication des condamnations à l’échelle internationale et de la défiance des Arméniens du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan récuse l’accusation de blocus et affirme par ailleurs que la fermeture du corridor vise avant tout à faire pression sur les forces russes, et non sur les habitants. Il est néanmoins évident que cette crise et ce blocus répondent à des objectifs politiques. Motivés soi-disant par des considérations « environnementales », les manifestants ont rapidement laissé entendre des slogans nationalistes. Nombreux sont les Azéris à avoir été observés faisant le signe de ralliement des Loups-Gris, cette milice d’extrême-droite turque et panturquiste. De nombreux experts azéris estimaient d’<wbr />ailleurs nécessaire d’installer un check-point sur cette route afin de limiter les échanges dits « illégaux ».</p>
<p>L’usage d’un climat de terreur, fait de coupures intermittentes d’électricité et de gaz alors que l’hiver et le froid s’installent dans le Caucase, de pénuries alimentaires et médicales, et d’impossibilité de circuler librement, est donc désormais devenu un outil de pression pour l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, la Russie et les autorités locales du Haut-Karabakh. En effet, Bakou s’impatiente face au différend qui les oppose sur l’avancée du corridor du Zanguezour et la fermeture à terme du corridor de Lachine, qui doit pourtant demeurer ouvert pour assurer la circulation entre l’Arménie et le Haut-Karabakh, en vertu de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2020.  En créant une situation de crise, l’objectif insidieux de l’Azerbaïdjan est de discréditer les autorités locales de l’enclave tout comme la force de maintien de la paix russes, présentées auprès de la population comme inaptes à assurer la sécurité de la région.</p>
<p>Les Azéris le reconnaissent eux-mêmes, cela fait trente ans qu’ils « manifestent » leur désaccord sur le statut du Haut-Karabakh, et ce de diverses manières. Face à l’échec de la voie diplomatique, depuis 2020, c’est l’usage de la force militaire qui prédomine. Le blocus que subit le Haut-Karabakh depuis dix jours n’est que la continuité de la politique de terreur déployée par l’Azerbaïdjan, une étape de plus pour assurer sa mainmise sur l’enclave et l’exclusion des Arméniens de la région.</p>
<p>Pour l’heure, aucune piste de sortie de crise ne semble en vue. Si la force de maintien de la paix parvient occasionnellement à circuler via le corridor, elle ne semble apporter aucune aide substantielle aux habitants. La menace de la catastrophe humanitaire est donc réelle et nécessite, pour la communauté internationale, de réagir à la hauteur de l’enjeu face à la faillite russe et aux abus croissants de l’Azerbaïdjan, qui suscite et profite du climat de crise pour faire avancer son agenda politique. Cela passe par une assistance immédiate à la population du Haut-Karabakh, mais aussi par une reprise urgente des négociations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, avec l’aide d’une médiation internationale digne de ce nom.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 25/12/2022.</strong></p>
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		<title>La Russie en sursis au Haut-Karabakh ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-russie-en-sursis-au-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Dec 2022 13:54:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-22874 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/12/corridor-de-latchine-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/12/corridor-de-latchine-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/12/corridor-de-latchine-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/12/corridor-de-latchine-826x459.jpg 826w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>L’Azerbaïdjan déploie une nouvelle rhétorique agressive. Cette fois, l’Iran n’en est pas la cible, car c’est l’ancienne grande puissance tutélaire, <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/poutine-lache-par-ses-propres-allies-de-lex-urss-95909/">la Russie, qui en fait les frais</a>. Ainsi la semaine dernière, pas un seul jour n’a passé sans que les autorités azéries n’aient formellement protesté contre l’usage de “toponymes arméniens fictifs” par la force de maintien de la paix russe dans la région du Haut-Karabakh, ou par le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou. Depuis la signature du cessez-le-feu de novembre 2020, qui mit fin à la guerre éclair des 44 jours, la Russie n’a en effet jamais cessé d’employer les noms arméniens des localités de l’enclave, avec raison.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Querelle rhétorique autour de toponymes arméniens</strong></h4>
<p>Mais ces critiques se sont particulièrement intensifiées après que les forces azéries aient été accusées par les autorités russes d’avoir violé le cessez-le-feu le 24 novembre dernier près du village de Maghavouz, son nom arménien, quand l’Azerbaïdjan le nomme Chardakhly. Bakou s’est immédiatement saisi du prétexte pour rejeter l’accusation, et demander formellement à la Russie d’user des noms azéris des localités du Haut-Karabakh, fournies à dessein.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“L’Azerbaïdjan vise à éradiquer tout le passé arménien, linguistique et historique, de l’enclave, dans une logique d’appropriation qui flirte dangereusement avec le génocide culturel. ”</em></p>
<p>Ces revendications ne sont pas que des détails pour l’Azerbaïdjan. Elles touchent deux objectifs, le premier concernant la guerre idéologique qu’il livre à l’Arménie depuis deux ans. Bakou a récupéré non seulement les territoires conquis au Haut-Karabakh et les sept districts azerbaïdjanais qui l’entourent, mais vise à éradiquer tout le passé arménien, linguistique et historique, de l’enclave, dans une logique d’appropriation qui flirte dangereusement avec le génocide culturel. Les changements de toponymes s’inscrivent naturellement dans cette tentative d’effacement injustifié. Légalement, la Russie est parfaitement en droit de conserver notamment l’appellation “Nagorny Karabakh” de l’enclave, terme que le texte tripartite du cessez-le-feu de 2020 mentionne cinq fois et que le président azéri Ilham Aliyev a lui-même signé.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le casus belli du corridor de Latchine</strong></h4>
<p>Mais ces querelles rhétoriques avec la Russie traduisent également des tensions croissantes entre les deux pays, alors que Moscou s’enferre dans le bourbier ukrainien. <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/pourquoi-linvasion-de-lukraine-fait-trembler-le-caucase-91490/">Sa perte d’influence dans le Caucase</a> enhardit l’Azerbaïdjan, qui vise à réduire son rôle de force de maintien de la paix dans la région pour in fine l’en exclure tout à fait et donner toute latitude à son projet pantouraniste, commun avec la Turquie.</p>
<p>Le casus belli s’est récemment cristallisé sur la gestion du corridor de Latchine. Seule communication terrestre entre l’Arménie et le Haut-Karabakh, cette route a été placée par le cessez-le-feu de 2020 sous le contrôle des forces russes, qui doivent assurer la libre circulation entre les deux zones pendant cinq ans renouvelables.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Alors que Moscou s’enferre dans le bourbier ukrainien. Sa perte d’influence dans le Caucase enhardit l’Azerbaïdjan, qui vise à réduire son rôle de force de maintien de la paix dans la région pour in fine l’en exclure tout à fait et donner toute latitude à son projet pantouraniste, commun avec la Turquie”</em></p>
<p>Or, depuis l’été 2022, des affrontements récurrents entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont eu lieu le long de ce corridor, essentiellement à l’initiative de Bakou, au prétexte qu’Erevan en refuse la fermeture et le remplacement par le corridor de Zanguezour, qui doit connecter la région autonome du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan mais menace l’intégrité territoriale de l’Arménie. Les autorités azéries menacent régulièrement d’avoir épuisé toutes les options diplomatiques et d’avoir recours à la force pour régler la querelle. Au Haut-Karabakh, la perspective d’une fermeture de la seule liaison avec l’Arménie et le monde extérieur est vécue par les populations locales comme une menace existentielle qui pourrait les pousser à un exil forcé ou les livrer totalement aux forces azéries.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Au Haut-Karabakh, la perspective d’une fermeture de la seule liaison avec l’Arménie et le monde extérieur est vécue par les populations locales comme une menace existentielle”</em></p>
<p>C’est justement lors d’un énième affrontement le 24 novembre dernier entre les deux forces arméniennes et azéries que la Russie a jugé l’Azerbaïdjan responsable de la rupture du cessez-le-feu. Samedi 3 décembre, la riposte est venue de Bakou, qui a délibérément bloqué le corridor de Latchine près de Chouchi plusieurs heures durant, au prétexte que la route permettait de la contrebande de ressources naturelles “spoliées” à l’Azerbaïdjan (notamment de l’or en provenance des mines du Haut-Karabakh), et la livraison de matériel militaire entre l’Arménie et la Russie. Selon le texte du cessez-le-feu de novembre 2020, le corridor de Latchine ne peut en effet être utilisé qu’à des fins humanitaires et de fait, il a servi à évacuer les populations arméniennes du Haut-Karabakh vers l’Arménie il y a deux ans. Fantasme ou réalité, tous les prétextes sont bons pour l’Azerbaïdjan afin d’établir la culpabilité de l’Arménie et justifier ses mesures de rétorsion. Cent vingt mille habitants de l’enclave se sont ainsi retrouvés dans une situation de blocus, au risque d’un “désastre humanitaire et de nettoyage ethnique”, selon les autorités locales. Après plusieurs heures de pourparlers entre l’Azerbaïdjan et les forces russes, le corridor a finalement été rouvert.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les visées de l’Azerbaïdjan sur le Caucase</strong></h4>
<p>Ces événements témoignent véritablement du risque d’une escalade et de futures agressions de la part de l’Azerbaïdjan, qui souhaite reprendre le contrôle total de la région et en exclure toutes les grandes puissances rivales, fussent-elles d’anciennes alliées. Certes, la Russie a pu résoudre l’incident de Latchine, mais cet apaisement n’est que temporaire. Si les provocations de l’Azerbaïdjan ciblent désormais la Russie, c’est bien parce qu’il y sent une faiblesse. L’irruption des Européens dans le jeu caucasien ne sera pas de nature à apaiser les tensions envers l’Arménie, bien au contraire. Les alertes contre un nouvel affrontement de grande ampleur entre les deux voisins se multiplient depuis des mois. Qui sera à même de les entendre et d’y répondre avant qu’il ne soit trop tard ?</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 06/12/2022.</strong></p>
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		<title>Au Haut-Karabakh, l&#8217;Arménie abandonnera-t-elle son passé pour l&#8217;illusion de la paix ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/au-haut-karabakh-larmenie-abandonnera-t-elle-son-passe-pour-lillusion-de-la-paix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Apr 2022 07:23:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-16382 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/0000_8_RW_6_Z8_e8abfdf830-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/0000_8_RW_6_Z8_e8abfdf830-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/0000_8_RW_6_Z8_e8abfdf830-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/0000_8_RW_6_Z8_e8abfdf830.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Si pour l&rsquo;heure, rien n&rsquo;est explicite du côté des autorités arméniennes, analystes et diplomates ont noté un changement rhétorique évident lorsqu&rsquo;en mars dernier, l&rsquo;Arménie a déclaré qu&rsquo;elle ne s&rsquo;opposerait pas à une reconnaissance mutuelle, avec l&rsquo;Azerbaïdjan, de l&rsquo;intégrité territoriale des deux pays – ce qui revient à reconnaître la souveraineté azérie sur le Haut-Karabakh. Elle n&rsquo;a posé qu&rsquo;une seule condition, la garantie des « droits et libertés » des quelque 150 000 Arméniens de souche vivant dans l&rsquo;enclave depuis les années 1990, et dont l&rsquo;avenir deviendrait particulièrement incertain si d&rsquo;aventure cette reconnaissance était actée.</p>
<p>Pour le gouvernement arménien, cette évolution découlerait d&rsquo;une pénible constatation : il ne sera pas en mesure de regagner ni de conserver le contrôle de l&rsquo;Artsakh. Le ministère arménien des Affaires étrangères justifie donc ce recul en faisant du conflit au Haut-Karabakh « non pas une question territoriale, mais une question de droits ».</p>
<p>L&rsquo;un et l&rsquo;autre sont pourtant indissociables et constituent le cœur d&rsquo;un conflit où ni l&rsquo;Azerbaïdjan, ni l&rsquo;Arménie, ne parviennent à assurer leur supériorité l&rsquo;un sur l&rsquo;autre. L&rsquo;Azerbaïdjan revendique l&rsquo;Artsakh comme l&rsquo;une de ses possessions féodales, mais la présence culturelle et ethnique des Arméniens y est attestée depuis l&rsquo;Antiquité. A l&rsquo;époque moderne, le conflit s&rsquo;est exacerbé après la décision de Staline d&rsquo;accorder la souveraineté sur le Haut-Karabakh, où vivaient en 1920 près de 90% d&rsquo;Arméniens, à l&rsquo;Azerbaïdjan, dans le but de fidéliser cette nouvelle république soviétique musulmane face à la Turquie. Ce sont donc deux légitimités historiques et territoriales qui s&rsquo;affrontent, l&rsquo;une revendiquant une appartenance vieille de 70 ans, l&rsquo;autre une histoire multiséculaire, mais également deux principes, l&rsquo;intangibilité des frontières et le droit à l&rsquo;autodétermination des peuples, qui ont rendu toute entente politique impossible jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>Bien que l&rsquo;Arménie elle-même n&rsquo;ait jamais reconnu l&rsquo;indépendance de la république de l&rsquo;Artsakh, elle considère que le statut de la région doit être déterminé uniquement par la volonté de son peuple. Pour la population arménienne, et jusqu&rsquo;au Premier ministre Nikol Pachinian (qui déclarait en 2019 que « l&rsquo;Artsakh est l&rsquo;Arménie, et c&rsquo;est tout », et en 2020 « sans le Karabakh, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;Arménie »), la parenté culturelle entre les deux entités demeure incontestable. Face à la guerre de « reconquête » déclenchée par l&rsquo;Azerbaïdjan en septembre 2020, l&rsquo;Arménie a ainsi envisagé de reconnaître enfin l&rsquo;indépendance du Haut-Karabakh en se basant sur le concept de « sécession-remède » issu du droit international, qui reconnaît au peuple d&rsquo;un territoire le droit de faire sécession s&rsquo;il est victime d&rsquo;une oppression. Cette position n&rsquo;a pourtant fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune suite et s&rsquo;oppose diamétralement à celle désormais observée officieusement par le gouvernement arménien, qui rappelle, comme pour justifier son recul, que l&rsquo;ONU reconnaît la souveraineté de l&rsquo;Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh et que les droits des résidents azéris doivent y être respectés. Mais tout comme ceux des résidents arméniens !</p>
<p>Pourquoi, alors que l&rsquo;Histoire appuie sa légitimité, l&rsquo;Arménie semble t-elle aujourd&rsquo;hui prête à renoncer à son passé ?</p>
<p>La situation locale et le contexte international apportent des éléments de réponse. Doutant qu&rsquo;elle réussisse à revenir à la situation de 1994 et à obtenir un soutien international pour défendre sa légitimité sur l&rsquo;enclave, l&rsquo;Arménie préfère faire preuve de réalisme et céder ses droits territoriaux contre la garantie que la population arménienne locale sera protégée par l&rsquo;Azerbaïdjan. La création d&rsquo;un statut autonome spécial accordé au Haut-Karabakh et à ses résidents, qui pourraient y bénéficier de droits culturels et d&rsquo;une relative autonomie si l&rsquo;Arménie y reconnaissait la souveraineté azérie, fut longtemps une promesse de Bakou. Mais depuis sa victoire de l&rsquo;automne 2020, son discours s&rsquo;est nettement durci, et rien ne garantit plus que les 150 000 Arméniens de l&rsquo;Artsakh verront leurs droits protégés. Dans les faits, que ce soit lors de la victoire de l&rsquo;Arménie en 1994, ou de l&rsquo;Azerbaïdjan en 2020, les populations de chacun des deux pays ont dû trouver refuge dans leur patrie d&rsquo;origine.</p>
<p>Par ailleurs, les enjeux géopolitiques de la guerre en Ukraine inquiète singulièrement l&rsquo;Arménie, qui craint de devenir l&rsquo;otage des intérêts de Moscou et de voir sa propre souveraineté remise en cause au profit de l&rsquo;Azerbaïdjan, voire de la Turquie. Consciente que la solution ne viendra pas de la Russie, pourtant force de maintien de la paix au Haut-Karabakh, Erevan préfère régler ses différends directement avec ses deux voisins, sans médiateur extérieur. La normalisation des relations avec Ankara suit donc de près les négociations avec Bakou, dans une volonté manifeste pour l&rsquo;Arménie de raffermir sa position dans la région. C&rsquo;est sans compter sur le radicalisme de l&rsquo;Azerbaïdjan, convaincue d&rsquo;être en position de force, qui se refuse à la considérer d&rsquo;égal à égal et n&rsquo;accepterait de négocier sur le statut de l&rsquo;Artsakh que par l&rsquo;entremise de la Russie. Déjà déconsidérée, l&rsquo;Arménie n&rsquo;a donc aucun intérêt à céder sur ses droits et ses revendications : elle y perdrait considérablement, à la fois en crédit diplomatique et en souveraineté, ce qui la rendrait particulièrement vulnérable face à ses ambitieux voisins.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 03/04/2022.</strong></p>
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