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	<title>Erdogan &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Turquie, un pas de plus vers la dictature ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Apr 2025 13:51:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Au pouvoir depuis 22 ans, et cherchant à réformer une fois de plus la Constitution pour lever l’interdiction de concourir<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/turquie-un-pas-de-plus-vers-la-dictature/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Au pouvoir depuis 22 ans, et cherchant à réformer une fois de plus la Constitution pour lever l’interdiction de concourir à un troisième mandat présidentiel, Recep Tayyip Erdogan est confronté à une crise politique intérieure qui s’ajoute aux difficultés économiques du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En arrêtant le 19 mars dernier Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et chef de l’opposition, à quelques jours de la primaire de son parti, les autorités turques n’imaginaient sans doute pas déclencher d’aussi vastes manifestations qui ont réuni à Istanbul des centaines de milliers de personnes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux modèles distincts pour la Turquie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Plébiscité par sa réélection à la mairie d’Istanbul en mars 2024, Ekrem Imamoglu a été provisoirement démis de ses fonctions. Dans les jours qui ont suivi son arrestation, 15 millions d’électeurs se sont mobilisés pour les primaires maintenues par sa famille politique, le désignant officiellement comme candidat à la prochaine élection présidentielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa supposée collusion avec le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme terroriste en Turquie, la prétendue falsification de ses diplômes nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle et une éventuelle affaire de corruption dans le cadre de marchés publics lui sont reprochés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux antipodes l’un de l’autre, Imamoglu et Erdogan incarnent deux modèles pour la Turquie. Alors que le CHP (Parti républicain du peuple), héritier de la philosophie kémaliste, plaide pour un régime séculier, l’AKP (Parti de la Justice et du développement) défend l’islamo-conservatisme et poursuit activement sa politique de réislamisation de la société turque en obédience avec l’idéologie des Frères musulmans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La capitale économique, qui abrite un cinquième de la population turque, est hautement symbolique pour le président en exercice. Originaire d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan en a été maire de 1994 à 1998, puis la ville est restée le bastion de son parti, l’AKP, jusqu’en 2019, année où Ekrem Imamoglu et son mouvement, le CHP, ont remporté les élections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Spectateur du succès de son adversaire, Erdogan est conscient, par expérience, que la mairie d’Istanbul est un parfait tremplin pour la présidence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stratégie minutieusement planifiée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’arrestation du chef de l’opposition a stupéfié la communauté internationale, la stratégie d’Erdogan semble pourtant avoir été minutieusement planifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Déjà en 2017, le maître de la Sublime Porte était parvenu à mettre en œuvre un régime présidentiel en Turquie et à renforcer sensiblement ses prérogatives. Aujourd’hui, il instrumentalise la question kurde pour verrouiller la future présidentielle et n’a pas hésité à manœuvrer pour diviser ses opposants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, en octobre 2024, le MHP (Parti d’action nationaliste) de la coalition d’Erdogan a amorcé des discussions, dont les contours restent encore flous, avec les députés du parti pro-kurde DEM (Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples), qui s’étaient alliés avec le CHP, parti du maire d’Istanbul, lors des élections municipales de mars 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques mois plus tard, en février 2025, à l’issue de pourparlers avec les autorités d’Ankara, Abdullah Öcalan, le leader du PKK, emprisonné sur l’île d’Imrali depuis 1999, a appelé son mouvement à déposer les armes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parti DEM semble aujourd’hui écartelé entre le maire d’Istanbul, dont il a dénoncé l’arrestation, et le parti présidentiel, dont il peut avoir besoin pour avancer sur la question kurde.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En attendant 2028</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que la recomposition des équilibres régionaux au Moyen-Orient profite aux ambitions néo-ottomanes d’Erdogan, il ne peut s’appuyer uniquement sur sa politique étrangère et doit affronter des difficultés intérieures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le président turc conserve un franc soutien dans l’arrière-pays, sans doute renforcé par la chute de Bachar al-Assad, l’avènement d’Ahmed al-Charaa et le retour progressif des réfugiés syriens qui représentaient un lourd problème de politique intérieure, Erdogan reste confronté à une inflation historique – malgré un récent ralentissement – qui affecte sensiblement le pouvoir d’achat des Turcs et, ce faisant, sa popularité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À moins qu’il y ait des élections anticipées, l’élection présidentielle n’aura lieu qu’en 2028. D’ici là, l’opinion publique passera-t-elle une fois de plus au-dessus des nombreuses arrestations qui ravivent les souvenirs des soulèvements populaires de Gezi de 2013 et de sa brutale répression, ou au contraire, se lassera-t-elle des éternelles manœuvres d’Erdogan pour s’accrocher au pouvoir ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/turquie-un-pas-de-plus-vers-la-dictature-124195/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/turquie-un-pas-de-plus-vers-la-dictature-124195/"><em>Le nouvel Economiste</em></a> le 03/04/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Erdogan reprend sa marche ottomane</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/erdogan-reprend-sa-marche-ottomane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 11:47:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/erdogan-reprend-sa-marche-ottomane/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en tant que président depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan poursuit méthodiquement sa politique de puissance. Pensée pour restaurer une grandeur néo-ottomane, cette stratégie se déploie tous azimuts.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour de la Turquie en Syrie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, la Turquie entend s’imposer comme leader du monde musulman sunnite. À ce titre, Ankara profite largement du renversement du régime de Bachar al-Assad, allié stratégique de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’Erdogan continue de nier toute implication dans l’offensive éclair de décembre dernier, sa proximité avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa, ainsi qu’avec le groupe islamiste sunnite Hayat Tahrir al-Sham en raison de leur obédience commune à l’idéologie des Frères musulmans, lui permet de faire avancer son agenda et de renforcer sa présence dans une région jusque-là sous forte influence iranienne chiite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la chute du régime baasiste, entre 30 000 et 80 000 réfugiés syriens, selon les estimations, ont déjà été rapatriés en Syrie depuis la Turquie. Enfin, Erdogan est parvenu à manœuvrer pour bloquer définitivement la création d’un État kurde à sa frontière sud par les forces kurdes turques du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et celles syriennes, qui composent majoritairement AANES (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie), affaiblies par le renversement de leur allié alaouite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que depuis sa prison turque, Abdullah Öcalan, le leader du PKK, a appelé à la dissolution de son parti, le président par intérim syrien et Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes, ont conclu le 10 mars dernier un accord historique prévoyant l’intégration des institutions civiles et militaires de l’AANES au sein de l’État syrien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ambitions énergétiques turco-azerbaïdjannaises</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Turquie mène aussi depuis des années une stratégie énergétique ambitieuse, notamment dans le Caucase. En 2006, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE) a été mis en service et récemment, Ankara et Bakou ont convenu d’augmenter le volume des flux du TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline) qui depuis sa création a acheminé 76,1 milliards de mètres cubes de gaz azerbaïdjanais vers l’Europe en passant par la Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le 5 mars dernier, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont à nouveau renforcé leur partenariat énergétique en inaugurant un autre gazoduc Igdır-Nakhchivan, qui relie la Turquie à l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan coincée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces projets sont notamment encouragés par la Commission européenne qui, sans se soucier des droits humains et de la souveraineté de l’Arménie, y voit une opportunité de réduire sa dépendance au gaz russe en faisant de l’Azerbaïdjan, riche en gisements offshore, un fournisseur d’hydrocarbures privilégié. À ce titre, le 18 juillet 2022, Ursusla Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et Ilham Aliyev, le président azerbaïdjanais, ont signé un mémorandum visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais d’ici 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de cette ambition énergétique, la Turquie d’Erdogan entend renouer avec son passé altaïque et fédérer les populations turcophones du Caucase et d’Asie centrale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Iran et le corridor stratégique de Zanguezour</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran, significativement affaibli, peine à contenir cet expansionnisme turc. Téhéran a subi de lourdes pertes stratégiques, réduisant drastiquement son influence et son pouvoir de nuisance régionale, stratégie cardinale de sa dissuasion extérieure. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad, son allié historique par lequel transitait son soutien militaire, ont considérablement entamé ses proxys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran redoute le renforcement de la coopération énergétique entre Ankara et Bakou, craignant d’être marginalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, les autorités turques et azerbaïdjanaises ont réaffirmé leur volonté de mettre en œuvre le corridor de Zanguezour. Ce corridor, hautement stratégique car il permettrait des débouchés sur l’Europe comme sur l’Asie, ambitionne de relier la ville de Kars en Turquie à Bakou sur les bords de la mer Caspienne en passant par l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan et en longeant les frontières iraniennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran refuse catégoriquement un tel projet qui encerclerait son territoire et compromettrait la souveraineté arménienne. Téhéran craint que ses flux d’approvisionnement et d’exportation ne deviennent tributaires du bon vouloir des autorités turques et azerbaïdjanaises, faisant peser des risques de blocage à l’image des fermetures sporadiques ces dernières années des postes-frontières de Poldacht et d’Astara, qu’a pourtant démenties Bakou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré une frontière commune et une population azérie chiite représentant environ 60 % de l’Azerbaïdjan, les relations irano-azerbaïdjanaises demeurent délicates. Téhéran a adopté une position ambiguë sur le conflit du Haut-Karabakh, reconnaissant la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur ce territoire tout en maintenant une proximité avec Erevan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l’Iran redoute aussi le soutien de l’Azerbaïdjan à l’irrédentisme des Azéris d’Iran, qui représentent environ 16 % de la population et sont concentrés dans le nord-ouest du pays, près de la frontière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, malgré ses faiblesses intérieures et profitant de l’affaiblissement de l’Iran, la Turquie d’Erdogan continue d’avancer ses pions au Moyen-Orient et dans le Caucase.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/">Le nouvel Economiste</a> le 20/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">©SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les ambiguïtés politiques d’Erdogan, plus que jamais révélées par le conflit israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-ambiguites-politiques-derdogan-plus-que-jamais-revelees-par-le-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 08:47:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[Les premiers jours de relatif silence et de retenue n’auront rien changé. Depuis l’offensive du Hamas contre Israël le 7<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-ambiguites-politiques-derdogan-plus-que-jamais-revelees-par-le-conflit-israelo-palestinien/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premiers jours de relatif silence et de retenue n’auront rien changé. Depuis l’offensive du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier, la position de la Turquie est particulièrement étudiée en raison de sa proximité ancienne, idéologique et stratégique, avec le mouvement palestinien. Jusqu’à présent, ce lien entre un pays membre de l’OTAN et une organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne ne semblait guère poser de problèmes, hormis dans la perspective d’une normalisation en bonne et due forme entre la Turquie et Israël. Le contexte s’est chargé de faire évoluer ces perceptions.</p>
<p>Mais c’est un euphémisme de dire que le souhait des Etats-Unis et Israël de voir Ankara couper ses liens avec le Hamas est un vœu pieux. Appelant dans un premier temps à la désescalade et à la négociation d’une solution à deux Etats, Erdogan a soudainement changé de registre après la frappe sur l’hôpital Al-Ahli de Gaza le 17 octobre dernier, rejetant publiquement la responsabilité sur l’armée israélienne. Le président turc a dès lors multiplié les gestes marquants : trois jours de deuil en Turquie suite à l’attaque, annulation de tous les déplacements présidentiels prévus en Israël, déclarations sans ambiguïtés devant les parlementaires turcs, en brandissant la carte de l’évolution territoriale de la Palestine – la même utilisée par Mahmoud Abbas à  l’ONU il y a trois ans – et en rappelant, comme il l’avait déjà fait en 2018, que « <em>le Hamas n’était pas une organisation terroriste mais un mouvement de résistance défendant la patrie des Palestiniens contre une force d’occupation</em> ».</p>
<p>L’art de l’équilibre et les revirements spectaculaires caractérisent de longue date la politique étrangère d’Erdogan. Soucieux depuis sa réélection de normaliser ses relations avec ses voisins et notamment avec Israël, le président turc a d’abord choisi d’être discret avec le Hamas. Mais comme les groupes islamistes palestiniens le lui ont rapidement rappelé avec colère, il est singulièrement difficile pour Erdogan, formé à l’islamisme des Frères musulmans, de renier durablement ses attaches idéologiques avec sa branche palestinienne – son dirigeant Ismaël Haniyeh partage d’ailleurs généralement son temps entre la Turquie et le Qatar pour des raisons évidentes, et se trouvait à Istanbul le 7 octobre, avant d’être discrètement invité à quitter la Turquie.</p>
<p>Dans sa jeunesse au sein des mouvements islamistes de son « père spirituel » Necmettin Erbakan, Erdogan ne cachait pas son antisémitisme, qu’il exprimait encore en tant que maire d’Istanbul en évoquant « <em>le complot mondial ourdi par les juifs sionistes qui menacent de prendre le contrôle de la planète</em> ». Relativement discret sur ce point à partir de 2003 lorsqu’il devint Premier ministre, Erdogan renoua avec une position plus radicale à partir de 2009, avec son coup d’éclat au Forum économique de Davos contre Shimon Pérès lorsqu’il dénonçait – déjà – l’opération israélienne contre le Hamas à Gaza. Ceci inaugura alors une nouvelle phase de son positionnement diplomatique en tant que champion autoproclamé de la cause palestinienne. L’objectif était ainsi de séduire la rue arabe et de s’imposer comme leader du monde musulman face à l’Arabie Saoudite, dont le désintérêt pour ce dossier était déjà manifeste. Erdogan multiplia alors les saillies anti-sionistes et défendit la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, concept totalement inconcevable pour l’État hébreu. En 2010, l’envoi de la flottille turque pour soutenir Gaza sous blocus israélien – la fameuse affaire du « Mavi-Marmara » – avait acté l’éloignement durable entre Israël et la Turquie. Et depuis 2012, le Hamas bénéficie d’un bureau à Istanbul, tandis que plusieurs responsables du mouvement se sont vus octroyer la nationalité turque.</p>
<p>Pour autant, et c&rsquo;est là toute l&rsquo;ambiguïté d’Erdogan, la Turquie n&rsquo;a jamais totalement rompu ses relations avec Israël. Aujourd’hui encore, le président turc ménage l’État hébreu pour diverses raisons, d’abord historiques. La Turquie a en effet été le premier Etat musulman à reconnaître son existence en 1949, et jusqu’à l’arrivée d’Erdogan au pouvoir, considérait Israël comme un partenaire stratégique de premier plan au Moyen-Orient. Depuis ces deux dernières années, les considérations géostratégiques et économiques ont contribué à renforcer le dialogue entre Ankara, financièrement en difficulté, et Tel-Aviv. Le partenariat militaire entre les deux pays s’est notamment développé, et pour ne citer qu’un seul exemple illustrant cette collaboration étroite, la Turquie et Israël se trouvent des intérêts communs dans le Caucase du Sud, comme l’a illustré leur participation indirecte à l’annexion du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan. En se rapprochant d’Israël, Erdogan ne désespérait pas non plus d’adoucir l’inflexibilité américaine concernant la vente des avions de combat F-35.</p>
<p>Enfin, les effets de la proximité d’Erdogan et du Hamas sur la politique domestique turque ne sauraient être minimisés, son électorat étant traditionnellement antisémite et attaché à la défense de la cause palestinienne. Alors que les rassemblements publics non autorisés par le gouvernement sont interdits depuis le printemps de Gezi en 2013, plusieurs manifestations de soutien aux Palestiniens ont pu être organisées à Istanbul, vraisemblablement avec la bénédiction tacite des autorités turques.</p>
<p>Jamais à un paradoxe près, Erdogan chercherait aujourd’hui à utiliser habilement sa proximité avec le Hamas pour s’imposer comme un médiateur incontournable dans les négociations visant la libération des otages israéliens et la désescalade du conflit. Exactement comme il l’a fait entre la Russie et l’Ukraine, le président turc ne perdant jamais son objectif de faire de la Turquie une puissance clé sur la scène géopolitique. Peu dupe de la nature de l’offre, Israël a rappelé tout son personnel diplomatique de Turquie, y compris son ambassadeur. Même si Joe Biden a omis de se rendre à Ankara durant sa récente tournée dans la région, les Etats-Unis, par pragmatisme, auraient en revanche laissé entendre qu’ils pourraient accepter l’intervention de la Turquie, sous réserve qu’elle ratifie le processus d’adhésion de la Suède à l’OTAN. Celui-ci a déjà été soumis au Parlement turc lundi dernier… Il importe finalement peu à Erdogan que ses affinités idéologiques soient ouvertement connues : jusqu’à présent, elles ne l’ont jamais empêché de satisfaire ses ambitions.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Géopolitique : Élections turques, prochains objectifs d&#8217;Erdogan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/geopolitique-elections-turques-prochains-objectifs-derdogan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jun 2023 15:27:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<category><![CDATA[Sud Télévision]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani a eu le plaisir d&#8217;être l&#8217;invité de Sud Télévision afin d&#8217;évoquer les élections turques qui ont remis à<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/geopolitique-elections-turques-prochains-objectifs-derdogan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ardavan Amir-Aslani a eu le plaisir d&rsquo;être l&rsquo;invité de Sud Télévision afin d&rsquo;évoquer les élections turques qui ont remis à la tête du pouvoir le président Recep Tayip Erdogan.</p>
<p>Retrouvez l&rsquo;interview <a href="https://www.youtube.com/watch?v=RWtKFJhD2rQ" target="_blank" rel="noopener">ici</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Turquie au coeur d&#8217;une nouvelle géopolitique entre l&#8217;Europe et l&#8217;Asie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-turquie-au-coeur-dune-nouvelle-geopolitique-entre-leurope-et-lasie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jun 2023 07:38:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Médias]]></category>
		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<category><![CDATA[France TV Info]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Après la réélection de Recep Tayyip Erdogan, quid de la Turquie ? Pour commenter ces élections dans « Micro européen », Ardavan<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-turquie-au-coeur-dune-nouvelle-geopolitique-entre-leurope-et-lasie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Après la réélection de Recep Tayyip Erdogan, quid de la Turquie ? Pour commenter ces élections dans « Micro européen », Ardavan Amir Arslani, avocat, auteur de « La Turquie, nouveau califat ? » aux éditions de l&rsquo;Archipel.</strong></p>
<p><a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/turquie/election-presidentielle-en-turquie/turquie-erdogan-est-reelu-president-pour-un-troisieme-mandat_5854958.html">Recep Tayyip Erdogan</a> a été réélu président en Turquie pour un troisième mandat, avec plus de 52% des voix et 20 ans passés au pouvoir. Erdogan reste à la tête du pays pour <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/turquie/election-presidentielle-en-turquie/presidentielle-en-turquie-recep-tayyip-erdogan-reelu-pour-un-troisieme-mandat_5854667.html">cinq nouvelles années,</a> alors que les sondages le donnaient perdant avant le premier tour. Décryptage avec Ardavan Amir Arslani, avocat et auteur de<em> <a href="https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/micro-europeen/la-turquie-nouveau-califat-par-ardavan-amir-aslani_5691269.html">La Turquie, nouveau califat ?,</a> </em>paru aux éditions de l&rsquo;Archipel.</p>
<p><strong>franceinfo : Ardavan Amir Aslani, votre première réaction face à ce résultat ?</strong></p>
<p><strong>Ardavan Amir Aslani : </strong>Je ne vais pas jouer le rôle de ceux qui se considèrent comme étant des « Madame Soleil » en puissance, mais je dirais que mon livre, qui s&rsquo;appelle <em>La Turquie, nouveau califat ?,</em>  aujourd&rsquo;hui je l&rsquo;intitulerai : <em>La Turquie, nouveau califat !, </em>avec un point d&rsquo;exclamation, c&rsquo;est inévitable pour moi.</p>
<p><strong>Est-ce que c&rsquo;est un mal nécessaire ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est un mal nécessaire, parce qu&rsquo;il faut que les Turcs aillent jusqu&rsquo;au bout, de cette pensée extrémiste, le nationalisme, l&rsquo;islamisme, qu&rsquo;incarne Erdogan pour pouvoir s&rsquo;en sortir, ils ne sont pas arrivés jusqu&rsquo;au bout encore. Il faut qu&rsquo;ils descendent encore plus bas dans leurs fantasmes imagés de ce que fut naguère l&rsquo;Empire ottoman.</p>
<p><strong>Comme dit Vladimir Fédorovski, il ne faut pas prendre ses fantasmes pour des réalités ?</strong></p>
<p>Absolument, il a parfaitement raison. La réalité, c&rsquo;est que ces élections-là n&rsquo;étaient pas qu&rsquo;à propos de l&rsquo;économie. Erdogan a mobilisé et monopolisé tout le champ du débat, le nationalisme, l&rsquo;islamisme, il ne restait que l&rsquo;économie, et il s&rsquo;est totalement désintéressé, et, on le connaît, <a href="https://www.francetvinfo.fr/monde/turquie/election-presidentielle-en-turquie/direct-presidentielle-en-turquie-suivez-le-second-tour-de-l-election-qui-oppose-recep-tayyip-erdogan-a-kemal-kilicdaroglu_5849420.html">l&rsquo;opposition</a> s&rsquo;est engouffrée dans ce dossier-là, en laissant les questions les plus primordiales, les plus importantes dans les mains d’Erdogan. Et il en a usé et abusé.</p>
<p><strong>Avec une inflation autour de 120% ?</strong></p>
<p>L&rsquo;inflation explose, le chômage explose, le pouvoir d&rsquo;achat turc baisse, les investissements étrangers baissent. Tout cela, c’est vrai. Il y a eu la tragédie du tremblement de terre, c&rsquo;est vrai, mais ça n&rsquo;a pas suffi pour faire barrage à Erdogan. Il est passé, même dans les provinces qui ont connu cette tragédie abominable, il est quasiment arrivé en tête, dans l&rsquo;ensemble des départements concernés.</p>
<p><strong>La date importante, après ces élections, c&rsquo;est octobre 2023, les 100 ans de la République de Mustafa Kemal Atatürk. Là, il faut qu&rsquo;il fasse un coup politique ? </strong></p>
<p>Vous avez raison. Erdogan s&rsquo;est positionné en cette année du centenaire de la création de la République, en l&rsquo;anti-Atatürk, donc il faut qu&rsquo;il fasse quelque chose. Un feu d&rsquo;artifice simple ne suffirait pas. Pour ma part, je pense qu&rsquo;il peut faire un coup d&rsquo;éclat en occupant quelques îles grecques, près de sa frontière. Il pourra se retirer de l&rsquo;OTAN.<strong> </strong>J&rsquo;ai eu cette idée, et il se trouve que je suis le seul à le penser…</p>
<p><strong>Mais c&rsquo;est une théorie qui court ?</strong></p>
<p>Les faits semblent donner raison à cette thèse, ce serait un tremblement de terre&#8230;</p>
<p><strong>Ce qui est important dans les félicitations, bien sûr, Vladimir Poutine a chaleureusement félicité Recep Tayyip Erdogan, et l&rsquo;Egypte, le général Sissi, qui félicite Erdogan et qui veut améliorer immédiatement les relations diplomatiques avec la Turquie. Ça, c&rsquo;est nouveau ? </strong></p>
<p>Vous avez raison de souligner ce fait majeur. Sissi est arrivé au pouvoir, dans le cadre d&rsquo;un coup d&rsquo;État, financé par les Saoudiens et les Emiratis contre les Frères musulmans, et bien aujourd&rsquo;hui, il tend la main, il court vers la réconciliation avec la Turquie, dirigée par un autre Frère musulman. C&rsquo;est assez étonnant.</p>
<p><strong>Le chancelier allemand félicite le président Recep Tayyip Erdogan, bien sûr par rapport à la communauté turque en Allemagne, on comprend pourquoi&#8230;</strong></p>
<p>Au moins, les Allemands ont le sens de la realpolitik…</p>
<p><strong>Et le président français qui félicite&#8230;</strong></p>
<p>Et après avoir été insulté par Erdogan. Pourquoi ? Parce que je pense qu&rsquo;il y a une attitude qui est celle de la capitulation : la Turquie fait peur, la Turquie, c&rsquo;est soi-disant le pragmatisme qui amène le président turc à faire un chantage aux réfugiés…</p>
<p><strong>La facture&#8230;</strong></p>
<p>Bien sûr, envoyez la facture, et il y en a d&rsquo;autres qui se réjouissent parce qu&rsquo;ils se disent : <em>« nous avons une bonne relation historique avec la Turquie, on va pouvoir s’entendre avec lui ».</em></p>
<p><strong>Et ceux qui veulent s&rsquo;entendre, ceux qui veulent renforcer les liens : il y a le Pakistan, l&rsquo;Afghanistan, l&rsquo;Afrique du Sud, l&rsquo;Irak, les pays du Golfe, et le Premier ministre indien Modi, ça fait beaucoup ? </strong></p>
<p>Bien sûr, tous ces pays que vous avez cités sont contents de la réussite d’Erdogan. Déjà, l&rsquo;Afrique du Sud ne lésine pas devant les moyens pour annoncer sa proximité avec Poutine. Les autres sont avec Erdogan, parce que, pour eux, Erdogan est une donne incontournable de la région.</p>
<p><strong>Donc, nous sommes à une bascule&#8230;</strong></p>
<p>Une bascule totale du paysage géopolitique de l&rsquo;Europe et du Moyen Orient, qui va voir ces nations émergentes, profondément convaincues de leur destin, du sens de leur avenir, fiers de ce qu&rsquo;ils étaient, ce qu&rsquo;ils sont et ce qu&rsquo;ils espèrent devenir, tenir tête face à cet Occident qui connaît malgré tout un réel de déclassement. Il faut que l&rsquo;Occident arrête de s&rsquo;endormir, et se réveille, parce que le temps n&rsquo;est pas à son avantage.</p>
<p>Retrouvez l&rsquo;interview sur<a href="https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/micro-europeen/la-turquie-au-coeur-d-une-nouvelle-geopolitique-entre-l-europe-et-l-asie_5837171.html" target="_blank" rel="noopener"> France TV Info</a>.</p>
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		<title>En Turquie, le triomphe de l’autoritarisme</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/en-turquie-le-triomphe-de-lautoritarisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Jun 2023 14:08:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Au lendemain de sa victoire du 28 mai, Recep Tayyip Erdogan peut enfin s’enorgueillir d’avoir dépassé celui qui est à<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/en-turquie-le-triomphe-de-lautoritarisme/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au lendemain de sa victoire du 28 mai, Recep Tayyip Erdogan peut enfin s’enorgueillir d’avoir dépassé celui qui est à la fois un repoussoir et un modèle. Ce troisième mandat présidentiel à la tête de la Turquie va lui permettre de demeurer au pouvoir plus longtemps que Mustapha Kemal Atatürk, le “Père de la Turquie” qu’il a désormais remplacé dans ce rôle dans l’esprit de tous ses partisans les plus fidèles. Même si le président turc sort de la campagne électorale la plus difficile de sa carrière, le résultat des urnes semble lui confirmer son destin messianique : redonner une grandeur digne des premières heures de l’Empire ottoman à la Turquie.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Erdogan et Kilicdaroglu ont fait campagne sur la peur : la peur de l’étranger, du réfugié, des minorités, des Kurdes, de l’Occident. Mais les Turcs ont préféré l’original à la copie”</em></p>
<p>S’il s’en sort avec un score honorable, Kemal Kilicdaroglu n’a pas su convaincre. Pire : de mesuré et rassembleur, son discours est progressivement devenu une pâle imitation de celui d’Erdogan, bataillant avec peine pour sonner plus nationaliste et vindicatif encore que celui de son rival. Erdogan et Kilicdaroglu ont fait campagne sur la peur : la peur de l’étranger, du réfugié, des minorités, des Kurdes, de l’Occident. Mais les Turcs ont préféré l’original à la copie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un bilan négatif transformé en avantage</strong></h4>
<p>On pouvait légitimement penser que la crise économique et la fracture de la société, principaux points faibles de la Turquie largement imputables à Erdogan, allaient causer sa chute. La catastrophe du 6 février dernier et son colossal bilan humain (50 000 morts) devaient être le coup de grâce. Au contraire, tout ce bilan négatif a servi de base à un discours combatif, qui a habilement capitalisé sur les clivages idéologiques et religieux entretenus depuis vingt ans. C’est plus encore le considérable avantage comparatif que lui procurait sa maîtrise des médias et des institutions, ainsi que son efficace réseau clientéliste qui touche les classes moyennes conservatrices et pieuses via les confréries religieuses, qui lui ont permis de déjouer les pronostics. Cette hégémonie lui a permis de reléguer la question centrale de l’économie au second plan au profit de questions secondaires comme les valeurs familiales, ou encore la “question kurde”. Face à Erdogan, le combat était trop inégal : si la Turquie demeure une démocratie, le glissement progressif de ses institutions vers un régime hyper-présidentiel favorisait de facto le sortant.</p>
<p>Cette élection est d’autant plus inquiétante pour l’avenir démocratique de la Turquie qu’elle confirme pour la première fois la victoire des fake news au détriment de la vérité. Dénoncer son opposant comme un affidé du PKK, attribuer la responsabilité de la catastrophe du 6 février à Dieu seul, autant d’arguments acceptés comme tels par une majorité d’électeurs, également aveugles au fait que le responsable de la baisse de leur niveau de vie est précisément celui pour lequel ils ont de nouveau mis leur bulletin dans l’urne.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Des perspectives sociales et économiques bien sombres</strong></h4>
<p>Pourtant, des perspectives plus sombres attendaient déjà le pays, et cette réélection ne contribuera en rien à les éloigner. Face au risque de radicalisation du pouvoir, les femmes, les intellectuels, les minorités sexuelles et ethniques, sont directement menacés. 75 % des jeunes Turcs souhaitent s’expatrier, y compris au sein des électeurs de l’AKP. Médecins, ingénieurs, hauts diplômés donnent déjà l’exemple depuis plusieurs années, et cette fuite des forces vives de la Turquie contribuera à son appauvrissement alors que tant de défis l’attendent. La crise économique, irrésolue depuis 2018, ne va faire que s’aggraver sous le poids des annonces électoralistes mais financièrement insoutenables d’Erdogan, et constituera sa première urgence. Galvanisé par sa victoire, le président ne changera vraisemblablement rien à sa politique si peu orthodoxe, qui a largement nourri la crise actuelle, poursuivant son éloignement des marchés financiers occidentaux dans l’optique de rendre la Turquie plus indépendante et davantage tournée vers la Russie et les pétromonarchies du Golfe persique.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Pour l’Occident, un allié encombrant mais stratégique</strong></h4>
<p>On imagine le dépit des Occidentaux, qui ne relâcheront pas leur vigilance face à la relation ambivalente entre Ankara et Moscou, promise à un renforcement, ni face au chantage exercé par la Turquie concernant l’extension de l’Otan ou les réfugiés. Le maintien d’Erdogan au pouvoir confirmera le divorce d’Ankara avec les valeurs européennes et son virage vers l’Asie. Mais tout en demeurant cet “encombrant allié” qu’elle n’a cessé jamais d’être, la Turquie restera stratégiquement incontournable en vertu de son ouverture vers le Caucase, l’Asie centrale et le Moyen-Orient, et de son rôle crucial dans la gestion des flux migratoires. Erdogan continuera vraisemblablement à tirer profit de ce jeu d’équilibriste au milieu des rivalités de puissances. Cette réélection sera donc synonyme de continuité politique et diplomatique, et a été saluée comme telle notamment à travers le Moyen-Orient. Pour le Qatar, l’Arabie saoudite ou même l’Iran, conserver Erdogan à la tête de la Turquie assurera une certaine stabilité régionale, en dépit des effets néfastes de sa politique néo-ottomane.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Quel avenir pour la démocratie turque ?</strong></h4>
<p>Certes, la violence de cette campagne et ses résultats serrés peuvent aussi sonner comme un avertissement, alors qu’Erdogan a déjà les élections municipales de 2024 et la reconquête de sa ville natale d’Istanbul, tombée aux mains de l’opposition, en ligne de mire. Pour la première fois en vingt ans, l’opposition a su proposer une alternative organisée et positive aux Turcs, et a pu inquiéter le président sortant. Mais elle a aussi un bilan à tirer de cette campagne, et notamment le fait que son alliance avec les déçus de l’AKP et les partis islamistes ne lui a pas apporté de réels bénéfices électoraux, brouillant au contraire ce qui faisait le cœur de son identité : son héritage kémaliste. Il est d’ailleurs probable que cette alliance si polarisée ne tienne pas jusqu’aux prochaines élections locales.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Pour la première fois en vingt ans, l’opposition a su proposer une alternative organisée et positive aux Turcs, et a pu inquiéter le président sortant”</em></p>
<p>Avec Erdogan triomphe aujourd’hui une tendance à la croissance alarmante dans de nombreuses démocraties à travers le monde : celle qui promeut une politique avant tout identitaire, un pouvoir fort à la tête d’un État faible, les nationalismes et le fait religieux, une politique diplomatique agressive et en rejet des valeurs occidentales, dans l’optique de bâtir un ordre mondial alternatif. La question de l’évolution du système politique turc vers un modèle russe ou chinois est aujourd’hui crédible. Mais le risque de voir émerger une Turquie plus religieuse et plus nationaliste, au terme de ce nouveau mandat, est indubitable. Le modèle de l’État kémaliste, fondé il y a un siècle par Atatürk, est désormais menacé d’une disparition définitive.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 01/06/2023.</strong></p>
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		<title>L&#8217;Arménie n&#8217;attend rien d&#8217;une Turquie sans Erdogan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/larmenie-nattend-rien-dune-turquie-sans-erdogan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 May 2023 15:28:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Dimanche soir, la Turquie est entrée dans une nouvelle séquence d’incertitude politique. Aucun des deux candidats à l’élection présidentielle n’a<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/larmenie-nattend-rien-dune-turquie-sans-erdogan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dimanche soir, la Turquie est entrée dans une nouvelle séquence d’incertitude politique. Aucun des deux candidats à l’élection présidentielle n’a franchi la barre des 50 % plus une voix, nécessaire à une victoire dès le premier tour. Kemal Kilicdaroglu et Recep Tayyip Erdogan ont désormais quinze jours pour convaincre les Turcs qu’ils seront aptes à diriger leur pays, quinze jours qui seront sans nul doute marqués par de multiples rebondissements et tensions.</p>
<p>Outre les enjeux domestiques, cette élection inédite à bien des égards aura nécessairement des conséquences sur la politique étrangère turque. Son évolution est considérée avec inquiétude par les voisins et alliés de la Turquie, et l’Arménie pose naturellement un regard particulier sur l’issue du scrutin. Engagée dans un difficile et incertain processus de normalisation avec Ankara, Erevan demeure circonspecte face à l’éventuel changement politique qui se présente chez sa voisine.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Quelques pas vers la normalisation</strong></h4>
<p>Pour des raisons historiques évidentes qui remontent au génocide de 1915 perpétré par l’Empire ottoman, la Turquie et l’Arménie n’ont jamais eu de relations diplomatiques formelles. Depuis 1993 et le début de la première guerre du Haut-Karabakh, leur frontière commune a été fermée par la Turquie, par solidarité avec l’Azerbaïdjan. C’est plus encore la politique ouvertement panturquiste du président Erdogan dans le Caucase qui a accru la méfiance de l’Arménie – avec raison. Dans la perspective de reconquérir les territoires perdus dans le Haut-Karabakh en 1994, l’Azerbaïdjan a bénéficié du soutien militaire d’Ankara plusieurs années durant, ce qui lui a permis d’organiser sa supériorité militaire et d’imposer une humiliante défaite à l’Arménie à l’automne 2020.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“La forte proximité d’Erdogan avec Ilham Aliyev, président d’Azerbaïdjan, dont la rhétorique est de plus en plus agressive, laisse craindre le pire pour les intérêts de l’Arménie en cas de réélection du président turc”</em></p>
<p>Depuis lors, la Turquie a ouvert avec sa voisine affaiblie un processus de normalisation de leurs relations bilatérales, qui demeure chaotique en dépit de quelques avancées. Les deux pays se sont en effet accordés sur la reprise des vols directs de voyageurs et de fret, et sur un traité, non encore ratifié, d’ouverture de la frontière terrestre aux citoyens de pays tiers et aux personnes titulaires d’un passeport diplomatique. Dans cette optique, le gouvernement arménien a accepté de financer la rénovation du poste de contrôle frontalier de Margara.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le génocide arménien en toile de fond</strong></h4>
<p>Pour autant, l’ombre du génocide arménien semble toujours planer sur ces efforts, qui parviennent mal à effacer le poids du passé. Quelques semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle turque, Ankara a fermé son espace aérien à certains vols en provenance d’Arménie, en réaction à l’inauguration d’une fontaine-mémorial dédiée aux membres de l’opération “Némésis”, ces “Justiciers arméniens” qui avaient tenté d’assassiner les futurs génocidaires ottomans. Aujourd’hui, c’est la forte proximité d’Erdogan avec Ilham Aliyev, président d’Azerbaïdjan, dont la rhétorique est de plus en plus agressive, qui laisse craindre le pire pour les intérêts de l’Arménie en cas de réélection du président turc.</p>
<p>Renforcé à la tête de la Turquie, ayant tout loisir de donner libre cours à sa politique panturquiste, Erdogan sera en mesure d’exiger de l’Arménie qu’elle accepte non seulement une résolution du conflit du Haut-Karabakh conforme aux intérêts de l’Azerbaïdjan, mais aussi qu’elle cesse de militer pour une reconnaissance internationale du génocide de 1915 pour prix de leur réconciliation diplomatique. Face à l’Arménie en difficulté, Ankara pourrait affermir ses exigences et aller jusqu’à lui imposer d’accepter la réalisation du corridor du Zanguezour, qui traversera sa province de Syunik pour ouvrir la voie à la Turquie vers les pays turcophones d’Asie centrale à travers le Caucase, au détriment de sa propre souveraineté territoriale.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Quelques concessions arméniennes</strong></h4>
<p>Faute d’un soutien international significatif, Erevan a déjà fait évoluer certaines de ses positions. Si la Turquie demeure dans l’esprit collectif arménien une menace, voire une ennemie, la perspective de normaliser leurs relations ouvrirait néanmoins de vastes opportunités économiques. Le gouvernement arménien estime qu’une réouverture de la frontière commune réduirait la distance entre Ankara et Erevan de 200 kilomètres, et entraînerait donc des économies d’énergie pour le transport routier.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Une réorientation de la diplomatie turque vers des positions atlantistes passera nécessairement par une relation plus conciliante avec l’Arménie”</em></p>
<p>Une augmentation des échanges commerciaux est espérée, puisqu’en dépit de ses différends avec la Turquie, l’Arménie importe déjà de nombreux biens de consommation turcs, aluminium et fruits. Aussi ne conditionne-t-elle plus la reprise des relations bilatérales à une reconnaissance formelle par l’État turc de sa responsabilité dans le génocide arménien. Elle demeure cependant catégoriquement opposée à toute perte d’emprise territoriale impliquée par le tracé du corridor du Zanguezour, qui la couperait de sa frontière stratégique avec l’Iran et créerait un sentiment d’encerclement et de vulnérabilité face à ses voisins et rivaux.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’hypothèse d’une victoire de Kilicdaroglu</strong></h4>
<p>La défaite du président turc sortant, certes peu probable, serait donc accueillie favorablement par les Arméniens Pour autant, une alternance politique à Ankara ne signifiera pas nécessairement un changement profond des relations entre les deux pays.</p>
<p>En cas de victoire de Kemal Kilicdaroglu, très peu probable, l’apaisement pourrait néanmoins être de mise, étant donné que le candidat kémaliste souhaite rouvrir un canal plus franc avec les instances occidentales, renforcer la coopération avec les États-Unis dans le cadre de l’Otan, et reprendre le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Compte tenu du soutien de longue date des Occidentaux à la cause arménienne, une réorientation de la diplomatie turque vers des positions atlantistes passera nécessairement par une relation plus conciliante avec l’Arménie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Changement de méthode</strong></h4>
<p>Une incidence peut être légitimement attendue sur le dossier du Haut-Karabakh, bien qu’il soit peu probable que l’étroite relation entre la Turquie et l’Azerbaïdjan soit révisée, compte tenu de la profondeur de leurs liens économiques, stratégiques et culturels. La présidence d’Erdogan laissera un héritage pesant et durable en termes de défense des intérêts géopolitiques du son pays, que l’opposition pourra difficilement rejeter en bloc au risque de devenir impopulaire.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Près de 89 % des Arméniens considèrent la Turquie comme une “menace politique”, et cette opinion monte à 93 % de la population concernant l’Azerbaïdjan. Vox populi !”</em></p>
<p>Des changements notamment dans la méthode sont donc prévisibles en cas d’alternance politique en Turquie, et l’Arménie en bénéficiera certainement. Pour autant, attendre une reconfiguration totale de la diplomatie turque dans le Caucase serait une erreur stratégique. Au demeurant, l’opinion publique arménienne n’est pas dupe des intentions de sa voisine, et demeure ambivalente face à la perspective d’une normalisation : près de 89 % des Arméniens considèrent la Turquie comme une “menace politique”, et cette opinion monte à 93 % de la population concernant l’Azerbaïdjan. Vox populi !</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 17/05/2023.</strong></p>
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			</item>
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		<title>Le régime présidentiel d’Erdogan va-t-il causer sa chute ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-regime-presidentiel-derdogan-va-t-il-causer-sa-chute/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 May 2023 15:13:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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		<category><![CDATA[Turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[Aujourd’hui, 64 millions de Turcs sont appelés aux urnes pour décider de leur nouveau président et du nouveau Parlement qui<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-regime-presidentiel-derdogan-va-t-il-causer-sa-chute/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd’hui, 64 millions de Turcs sont appelés aux urnes pour décider de leur nouveau président et du nouveau Parlement qui dirigera la destinée de la Turquie pour les cinq prochaines années, et c’est là sans doute le scrutin le plus serré et le plus incertain qui se joue depuis vingt ans. Pour la première fois, Recep Tayyip Erdogan se voit menacé d’éviction par l’Alliance de la Nation, une coalition de six partis d’opposition menés par le CHP, le parti kémaliste.</p>
<p>Certes, en dépit de l’avance dont les sondages créditent Kemal Kilicdaroglu, le leader de l’alliance d’opposition, le président sortant conserve une popularité qui avoisine les 45 à 50% de la population, un record après 20 ans au pouvoir. Les intentions de vote de milliers de Turcs demeurent également incertaines, et sont susceptibles de faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre. Pour autant, l’AKP n’a jamais été aussi proche d’une défaite qui signera la fin de son hégémonie à la tête de la Turquie. Ironiquement, c’est le dévoiement des institutions turques vers un régime hyper-présidentiel, imposé par Erdogan en 2018 en vue de s’assurer les pleins pouvoirs, qui pourrait aujourd’hui lui coûter sa réélection.</p>
<p>En introduisant une logique majoritaire dans le paysage politique turc, la réforme constitutionnelle de 2018 a en effet considérablement favorisé la constitution de coalitions. Le code électoral a d’ailleurs été amendé en ce sens, en autorisant les partis politiques à participer aux élections dans ce cadre. Alors même que la réforme était pensée comme un renforcement du pouvoir exécutif, elle a paradoxalement induit plusieurs effets non anticipés qui dynamisent le multipartisme. Ce nouveau dispositif permet en effet l&rsquo;émergence de petits partis aux élections nationales, et ce faisant crée un double phénomène : dispersion des voix pour le parti dominant, qui peuvent dès lors venir renforcer l’opposition.</p>
<p>La constitution de l&rsquo;Alliance de la Nation le prouve. Sous ses dehors hétéroclites, cet assemblage de six partis lui permet de toucher un plus large électorat en améliorant sa représentativité et sa crédibilité à représenter l’ensemble de la société turque, tout en la créditant de réserves de voix potentielles. De surcroit, le contraste volontairement souligné entre l’attachement au système démocratique et l’autoritarisme du pouvoir en place, a permis d&rsquo;unir idéologiquement des groupes politiques très divers, séduisant bien au-delà du simple clivage « conservateurs contre laïcs » utilisé par l’AKP depuis 1999. Cette double dynamique a largement contribué à la défaite de l&rsquo;AKP aux élections municipales de 2019.</p>
<p>Aujourd’hui comme hier, l’opposition a élaboré une stratégie de campagne reposant sur trois axes : éviter la confrontation directe avec Erdogan et les valeurs populaires qu’il incarne ; représenter l’ensemble de la société turque ; promettre une politique de redistribution à destination des publics les plus défavorisés. La politique étrangère a été soigneusement écartée des débats, en raison de l&rsquo;avantage comparatif qu&rsquo;elle constitue pour le président sortant, même si son bilan est discutable. En désinstitutionnalisant la Turquie et en privant la vie politique de contre-pouvoirs efficaces, la réforme de 2018 l&rsquo;a donc grandement fragilisée dans une période d&rsquo;enjeux économiques et politiques colossaux, alors que l&rsquo;opposition, en remportant des victoires fortement symboliques dans des villes comme Istanbul, le cœur économique et culturel du pays, a bénéficié de quatre ans pour démontrer sa légitimité à gouverner et se concentrer sur l’amélioration de la vie quotidienne des Turcs.</p>
<p>En tant que président sortant, Erdogan demeure néanmoins susceptible de remporter l’élection, même si sa campagne difficile a montré les effets de l’usure du pouvoir. Pour autant, ses potentielles chances ne lui garantissent aucunement une réélection confortable. Le secret du succès politique de l’AKP reposait en effet sur ses performances économiques et sur un usage efficace des mécanismes de redistribution de richesses. Mais 2023 n&rsquo;est pas 2018, et sa popularité a tout de même nettement diminué dans un contexte économique beaucoup plus difficile, résultat de décisions politiques hasardeuses, et face au désenchantement de la population turque.</p>
<p>Erdogan risque donc, pour la première fois en vingt ans, d&rsquo;être évincé du pouvoir. La désaffection progressive de la base électorale de l’AKP rend désormais difficile de franchir la barre des 50 % nécessaires à une victoire aux élections présidentielles. A titre de comparaison, l’AKP totalisait à lui seul 43 % des intentions de vote en 2018, auxquels s’ajoutaient les 11 % émanant du MHP, son allié ultra-nationaliste. Aujourd’hui, le MHP ne représente plus que 7 %, l’AKP 35 %, selon les instituts de sondage turcs. Un tel écart de points face à Kilicdaroglu lui promet certainement, en cas de victoire à l’arrachée, un procès en illégitimité de la part de ses opposants.</p>
<p>L’Alliance de la Nation bénéficie pour sa part du soutien décisif du HDP, le parti pro-kurde interdit d’élections par Erdogan, qui représente généralement 10 % des votants. Mais si Kemal Kilicdaroglu apparaît comme favori de l’élection présidentielle, rien ne permet d’assurer que les Turcs rejetant Erdogan reporteront leurs voix sur le candidat de l’opposition. L’équilibre est en effet difficile à tenir pour une coalition qui compte en son sein des anciens de l’AKP comme Ahmet Davutoglu ou les nationalistes du Bon Parti de Meral Aksener, qui réclament une politique plus rigoriste sur l’immigration ou la question kurde.</p>
<p>La présence d’un autre candidat indépendant, Sinan Ogan, rend une victoire dès le premier tour très improbable pour Erdogan comme pour Kilicdaroglu. De fait, alors que s’ouvre le scrutin le plus critique de l’histoire centenaire de la République turque, ce sont tous ces Turcs encore indécis qui seront aujourd’hui les faiseurs de roi. Leur vote, ou leur abstention, seront décisifs sur son issue, comme sur l’avenir démocratique de la Turquie.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 14/05/2023.</strong></p>
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		<title>La Turquie d&#8217;Erdogan n&#8217;a que du mépris pour l&#8217;Europe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Apr 2023 15:32:22 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<category><![CDATA[Le courrier de l'atlas]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;avocat et enseignant à l&rsquo;Ecole de guerre économique analyse les visées politiques et internationales du président turc. Ce dernier va remettre son mandat en jeu lors des présidentielles en mai, dans un pays meurtri par le séisme.</p>
<p><strong>Le Courrier de l&rsquo;Atlas: le président Recep Tayyip Erdogan a demandé « pardon » pour les retards dans les secours lors des séismes qui ont fait 40 000 morts. Quelle est sa responsabilité dans la gestion de cette catastrophe naturelle? </strong></p>
<p>Dans les premières heures, pour contrôler l&rsquo;information, Erdogan a coupé Twitter alors que cela permettait la géolocalisation des sinistrés. De plus, il a empêché l&rsquo;armée d&rsquo;arriver immédiatement sur les lieux. Cette catastrophe traduit la corruption du pouvoir, notamment dans la région de l&rsquo;Anatolie où les partisans de l&rsquo;AKP sont majoritaires. En 1999, Erdogan avait vivement critiqué le gouvernement en place pour la gestion d&rsquo;un séisme qui avait fait 17 000 morts. Aujourd&rsquo;hui, il subit les mêmes reproches.</p>
<p><strong>A-t-il la volonté de devenir le nouveau calife en réunifiant les musulmans sunnites derrière lui? </strong></p>
<p>Dans son esprit, il en a la légitimité car l&rsquo;Empire ottoman a contrôlé les lieux saints de l&rsquo;Islam. [&#8230;]</p>
<p>Retrouvez l&rsquo;intégralité de l&rsquo;interview <a href="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2023/04/Amir-Aslani_La-Turquie-nouveau-califat_Le-Courrier-de-lAtlas_avril-2023.pdf" target="_blank" rel="noopener">ici</a>.</p>
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		<title>Turquie : « Erdogan veut les pleins pouvoirs pour l’éternité »</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/turquie-erdogan-veut-les-pleins-pouvoirs-pour-leternite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Feb 2023 09:44:19 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[L'express]]></category>
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					<description><![CDATA[Après 20 ans au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan doit repasser devant les électeurs le 14 mai 2023, au cœur d’une tempête sans<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/turquie-erdogan-veut-les-pleins-pouvoirs-pour-leternite/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après 20 ans au pouvoir, <a href="https://www.lexpress.fr/monde/l-enquete-de-l-ete-erdogan-le-sultan-sur-un-fil_2156181.html" target="_blank" rel="noopener">Recep Tayyip Erdogan</a> doit repasser devant les électeurs le 14 mai 2023, au cœur d’une tempête sans précédent : la Turquie traverse une crise économique profonde, se trouve en conflit avec la plupart de ses voisins et compte ses dizaines de milliers de morts après <a href="https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/turquie-le-tremblement-de-terre-qui-peut-faire-vaciller-erdogan-Y5CSWTWANVBHLO67XY5RNCTZEY/" target="_blank" rel="noopener">le séisme du 6 février.</a> Une partie du pays est à terre, la colère gronde et <a href="https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/erdogan-est-pret-a-tout-en-turquie-colere-apres-la-condamnation-du-maire-distanbul-5B5D6PPD3ZEJHKKID7J4BS7GFE/" target="_blank" rel="noopener">la répression</a> se fait plus forte que jamais. [&#8230;]</p>
<p>Retrouvez la suite de l&rsquo;article sur <a href="https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/turquie-erdogan-veut-les-pleins-pouvoirs-pour-leternite-UN6IUS2OTZAFVOPXBHYALXKTBU/" target="_blank" rel="noopener">l&rsquo;Express</a>.</p>
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