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	<title>Egypte &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Fri, 06 Jun 2025 09:37:32 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Cette guerre du Soudan qui n’en finit pas</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jun 2025 09:14:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général Al-Bourhane, et les FSR (Forces de soutien rapide), milice paramilitaire du général Mohamed Hamdan dit Hemetti, ravage le Soudan dans l’indifférence générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au carrefour du Sahel et de la Corne de l’Afrique, ce pays riche en ressources et stratégique grâce à son littoral de 800 km sur la mer Rouge est malmené par les puissances étrangères, en dépit du tragique bilan humanitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2019, un soulèvement populaire renverse la dictature d’Omar El-Béchir. Après une courte tentative de transition politique, l’armée régulière dirigée par le général Abdel Al-Bourhane et les FSR, milice issue des Janjawids qui ont participé au génocide du Darfour en 2003, fomentent un putsch en octobre 2021. Mais, dès avril 2023, cette alliance est rompue et dégénère en guerre civile.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Partition en germe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début du conflit, les FSR ont progressé à une vitesse fulgurante et se sont emparées de Khartoum, obligeant l’armée régulière à se retrancher à Port Soudan et à y transférer toutes les institutions. Cependant, au terme de lourdes offensives menées depuis septembre, le général Al-Bourhane a revendiqué le 26 mars 2025 la libération de la capitale et a réinvesti le palais présidentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dorénavant, les FSR sont concentrées au sud et à l’ouest du pays, dans la région du Darfour, où elles sont accusées par le département d’État américain de mener des actes génocidaires, tandis que les FAS, auxquelles on reproche des crimes de guerre, contrôlent le nord et l’est du pays, faisant craindre une nouvelle partition du Soudan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la guerre des drones a étendu le champ des combats. Début mai, des attaques aériennes ont frappé des infrastructures stratégiques de Port Soudan, capitale de facto par laquelle transite l’aide humanitaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Émirats en soutien à la milice des FSR</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à ces attaques, l’armée régulière soudanaise a immédiatement rompu le peu de relations diplomatiques qui lui restait avec les Émirats arabes unis (EAU), qu’elle a qualifiés d’“État agresseur”. Depuis le début du conflit, Khartoum accuse l’émirat de soutenir militairement les FSR en les approvisionnant via son allié tchadien, en contrepartie de quoi Abu Dhabi profiterait du pillage des ressources aurifères organisé par les miliciens d’Hemetti. En dépit des rapports onusiens et des sanctions américaines prononcées contre plusieurs entreprises basées aux Émirats et accusées de violer l’embargo sur les armes au Darfour, Abu Dhabi continue de nier fermement ces allégations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les FAS peuvent compter sur le soutien de la Turquie et de l’Iran qui l’approvisionnent en drones, et sur l’Égypte en matière de renseignement, qui, partageant sa frontière avec l’État soudanais, redoute l’extension du conflit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menaces sur la mer Rouge</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le déplacement des combats à Port Soudan, ville côtière de la mer Rouge, inquiète de plus en plus les puissances avoisinantes qui voient leurs intérêts menacés. Large de seulement 300 kilomètres maximum, la mer Rouge, par laquelle transitent plus de 12 % du commerce mondial de marchandises, est un axe maritime cardinal. Alors que les attaques des Houthis ont révélé les coûts exorbitants et les retards significatifs du détournement des navires de leur itinéraire, l’extension du conflit soudanais préoccupe la communauté internationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Moscou est parvenu, en février dernier, à décrocher auprès des autorités soudanaises un accord de principe pour l’établissement d’une base militaire à Port Soudan, anticipant une éventuelle perte de ses bases syriennes de Tartous et Hmeimim compte tenu de la chute de son allié Bachar al-Assad, les récentes attaques ont révélé la volatilité de la situation, mettant à mal les ambitions russes.<br>De son côté l’Arabie saoudite espère relancer le processus de Djeddah qu’elle avait parrainé en 2023, afin d’obtenir enfin l’accalmie régionale dont elle a impérativement besoin pour mener à bien ses ambitions économiques post-pétrole et ses projets touristiques sur la mer Rouge.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Occident tente la réconciliation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’aggravation de la situation humanitaire, avec 150 000 victimes depuis avril 2023, plus de 12 millions de déplacés et la moitié de la population au bord de la famine, a conduit à la tenue d’une conférence à Londres le 15 avril dernier. À l’initiative du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France et de l’Union africaine, celle-ci a réuni 14 pays, dont l’Arabie saoudite et les États-Unis, pour dégager une première manne financière de 800 millions de dollars et tenter de trouver un chemin de réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le général Al-Bourhane a fustigé cette tendance de l’Occident à renvoyer dos à dos l’armée régulière et les paramilitaires. Le chef des Forces armées soudanaises a multiplié les déplacements à l’étranger – en Arabie saoudite en mars, en Égypte et Turquie en avril – afin de consolider ses alliances stratégiques dont il a impérativement besoin pour faire pression sur les EAU s’il veut, à terme, négocier une sortie de crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/">Le nouvel Economiste</a> le 05/06/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;©SIPA</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Égypte et Jordanie bientôt réconciliées avec l&#8217;Iran ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/egypte-et-jordanie-bientot-reconciliees-avec-liran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Sep 2023 13:24:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Jordanie]]></category>
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					<description><![CDATA[Si la reprise des relations bilatérales entre l’Iran et l’Arabie saoudite laisse encore planer des doutes sur les bénéfices économiques<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/egypte-et-jordanie-bientot-reconciliees-avec-liran/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si la reprise des relations bilatérales entre l’Iran et l’Arabie saoudite laisse encore planer des doutes sur les bénéfices économiques que les deux pays pourront en tirer, il est indubitable que l’accord signé en mars a déjà contribué à initier une nouvelle dynamique régionale en faveur d’une stabilisation forte. Obtenir une véritable désescalade et un Moyen-Orient apaisé est en effet dans l’intérêt des deux rivaux, quitte à faire évoluer leur position sur de nombreux dossiers clés de la région. Ainsi, la voie ouverte par l’Arabie saoudite a largement contribué ces derniers temps à favoriser un rapprochement de l’Iran avec deux autres grandes puissances du monde arabe, l’Égypte et la Jordanie, où Oman et l’Irak jouent un rôle déterminant de médiateurs.</p>
<p>Bien qu’il attire particulièrement l’attention depuis le mois de mars dernier, ce processus de normalisation avec le monde arabe a été en réalité initié dès 2021, sous l’impulsion du régime iranien et du guide suprême qui l’avait érigé en nouvelle priorité stratégique. Le cas du Caire est singulièrement majeur. Depuis la fondation de la République islamique en 1979, et en raison des nombreux bouleversements géopolitiques et idéologiques qu’elle a entraînés, l’Égypte et l’Iran ont connu un froid diplomatique durable, qui a pu être tempéré, quoique de façon éphémère, par la prise de pouvoir des Frères musulmans en Égypte en 2013. En dépit de son extrême proximité avec l’Arabie saoudite, les Émirats et les États-Unis, le président égyptien Abel Fattah al-Sissi a initié, avec l’aide de l’Irak, une très progressive reprise du dialogue avec l’Iran, l’Égypte partageant notamment ses choix stratégiques en Syrie, à la différence du gouvernement de son prédécesseur Mohammed Morsi.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Accord Iran-Égypte en vue ?</strong></h4>
<p>Alors que les États arabes du Moyen-Orient, largement influencés en cela par Riyad, partageaient une vision commune et négative de leurs relations avec l’Iran, les progrès de la normalisation irano-saoudienne ont largement contribué à décomplexer Le Caire vis-à-vis de Téhéran, ainsi qu’à favoriser le retour de Bachar El-Assad sur la scène diplomatique du Moyen-Orient en mai dernier. Menés en parallèle, les deux processus n’en ont pas moins été interconnectés depuis deux ans. Il faut souligner le rôle de l’Irak dans ses rapprochements, largement facilités par la proximité qu’entretenait l’ancien Premier ministre Moustafa al-Kazimi avec les pétromonarchies du golfe Persique et l’Égypte, à la différence de son successeur Mohammed Chia al-Soudani. Il semblerait donc qu’Oman, qui de longue date a fait du travail de médiation le cœur de son action diplomatique, ait pris le relais pour faciliter le rapprochement entre l’Iran et l’Égypte. Ainsi en mai dernier, le sultan Haïtham ben Tariq s’est tendu successivement au Caire et à Téhéran porteur de messages exprimant une volonté de dialogue, de négociations et d’entente commune sur certains dossiers régionaux.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Il semblerait qu’Oman, qui a fait de la médiation le cœur de son action diplomatique, ait pris le relais pour faciliter le rapprochement entre l’Iran et l’Égypte”</em></p>
<p>À ce stade, les négociations entre l’Égypte et l’Iran semblent à mi-chemin d’un accord d’envergure. Les dossiers relatifs au conflit israélo-palestinien, au Yémen et à la Syrie, sans oublier les questions de sécurité frontalière – cruciales pour l’Égypte – entre la bande de Gaza et le Sinaï, ont également fait partie des échanges. Selon des sources diplomatiques, les deux pays pourraient ainsi annoncer un rétablissement officiel de leurs relations diplomatiques dans les prochains mois.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Iran-Jordanie, un rapprochement plus complexe</strong></h4>
<p>S’il est également engagé depuis deux ans, le rapprochement de Téhéran avec la Jordanie semble en revanche plus lent et complexe à mettre en œuvre. Si les deux pays se sont déjà mutuellement rassurés sur leurs intentions politiques et géostratégiques, les discussions n’ont néanmoins pas dépassé le stade des dossiers sécuritaires. Sur ce point, le nécessaire renforcement de la coopération sécuritaire régionale en matière de lutte contre le trafic de drogue a été central. L’Iran et la Jordanie auraient déjà convenu d’établir une cellule de coopération trilatérale avec l’Irak, afin de limiter la circulation des substances vers la Jordanie depuis l’Irak et la Syrie. L’enjeu est d’autant plus délicat que la Jordanie soupçonne certains “mandataires” iraniens d’y tenir un rôle actif.</p>
<p>Mais les questions politiques demeurent en suspens, et notamment celle relative à la construction du pipeline entre Bassora et Aqaba. Ce projet d’infrastructure pétrolière, dont l’idée remonte aux années 1980, est redevenu de première importance pour l’Irak sous l’administration al-Kazimi, puisqu’il permettrait de transporter le pétrole irakien de Bassora jusqu’à la mer Rouge via le port d’Aqaba, en Jordanie, de façon à contourner le détroit d’Ormuz sous contrôle de l’Iran. Cette liaison assurerait donc un précieux recours en cas de blocus ou d’aléas géopolitiques dans le golfe Persique, afin de maintenir une connexion au marché mondial via le canal de Suez. L’administration al-Soudani a poursuivi cet engagement en dépit de la vive opposition des groupes chiites soutenus par l’Iran, qui l’apparentent à une normalisation avec Israël et reprochent également au gouvernement irakien de fournir gratuitement la Jordanie en pétrole, ce qui représenterait une perte de bénéfices pour le pays. Mais en créant une concurrence et en permettant à l’Irak de diversifier sa clientèle, le projet risque plus vraisemblablement de diminuer le poids de l’Iran dans le secteur international de l’énergie. Il n’en reste pas moins qu’il pourrait aussi faciliter l’intégration régionale et la coopération économique, ce qui, au-delà des légitimes conflits d’intérêts, demeure aujourd’hui l’objectif principal des pays du Moyen-Orient.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Le pipeline entre Bassora et Aqaba pourrait faciliter l’intégration régionale et la coopération économique, ce qui demeure l’objectif principal des pays du Moyen-Orient”</em></p>
<p>Tous ces efforts diplomatiques entrepris en dépit de multiples différents dénotent donc deux aspects : l’Iran comme ses voisins ont compris l’immense intérêt d’une coopération économique, politique et sécuritaire, d’un renforcement des relations bilatérales et de la représentation diplomatique dans leurs pays respectifs. Pour ce faire, l’accord irano-saoudien obtenu sous égide chinoise semble avoir posé un nouveau principe diplomatique efficace, le travail de médiation de pays tiers, qui motive grandement les efforts de dialogue et de négociations positifs. Le succès de toute initiative diplomatique repose désormais sur des propositions de garanties solides, et surtout leur respect, condition <em>sine qua non</em> pour de nouvelles relations basées sur la confiance.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 28/09/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Egypte et l’Iran, une nouvelle alliance stratégique au Moyen-Orient</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/legypte-et-liran-une-nouvelle-alliance-strategique-au-moyen-orient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Jun 2023 07:29:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[Preuve de sa flexibilité diplomatique, l&#8217;Iran a initié depuis 2021 un processus de normalisation avec les grandes puissances du Moyen-Orient<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/legypte-et-liran-une-nouvelle-alliance-strategique-au-moyen-orient/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Preuve de sa flexibilité diplomatique, l&rsquo;Iran a initié depuis 2021 un processus de normalisation avec les grandes puissances du Moyen-Orient qui, pour la plupart avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Téhéran, parfois depuis la fondation de la République islamique. Alors que le Guide suprême a érigé la réconciliation de l&rsquo;Iran avec le monde arabe en nouvelle priorité diplomatique, Le Caire est directement visé par la diplomatie iranienne, après l&rsquo;Arabie Saoudite et les pétromonarchies du Golfe Persique, et avec la traditionnelle médiation d&rsquo;Oman. La visite du sultan Haïtham ben Tariq à Téhéran est intervenue en effet une semaine après sa visite au Caire, laissant peu de doutes sur ses échanges avec Ali Khamenei concernant la perspective d’une normalisation irano-égyptienne. Suite à cette visite, l’administration Raïssi a missionné le ministère des affaires étrangères iranien en vue d’une restauration totale des relations diplomatiques avec Le Caire. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">L’évènement constituerait une seconde victoire diplomatique de grande importance pour l’Iran, après la réussite de son rapprochement avec l’Arabie Saoudite. Sa relation avec l’Egypte n’a en effet jamais été marquée par une entente cordiale. Après 1945, la popularité de Gamal Abdel Nasser et du panarabisme à travers le Moyen-Orient, tout comme le positionnement de l’Egypte aux côtés de l’URSS dans les premières années de la Guerre froide, créa une première rupture avec l’Iran, alors engagé du côté occidental. Si l’arrivée  d’Anouar el-Sadate au pouvoir en Egypte en 1970 apaisa un temps les tensions, l’année 1979 constitua un tournant crucial dans les relations bilatérales. A la suite de l’instauration de la République islamique en Iran, la décision du Caire d’accueillir le Shah Reza Pahlavi en exil, et surtout d’être le premier Etat arabe à normaliser ses relations avec Israël via les accords de Camp David, a entraîné une rupture durable avec Téhéran. Au cours des années 1980, le soutien militaire accordé par l’Iran au Hamas et au Jihad islamique à Gaza, renforçant la menace sécuritaire pesant sur l’Egypte, et le soutien du Caire accordé à Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak, a scellé quarante ans de froideur diplomatique entre les deux pays. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Le printemps du Caire en 2011 et l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir avec l’élection de Mohammed Morsi deux ans plus tard, auraient pu contribuer à rapprocher les deux puissances musulmanes, et l’Iran avait à cet égard salué les bouleversements politiques en Egypte. La profondeur des différents idéologiques et stratégiques entre les deux pays, notamment au regard de la guerre civile syrienne, firent échouer toute tentative de rapprochement durable. Allié indéfectible de Bachar el-Assad, tout comme Téhéran, Abdel Fattah Al-Sissi a facilité une timide reprise du dialogue, quoique progressive. A partir de 2021, l’Irak a servi de médiateur entre les deux pays, tout comme Oman. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Au-delà de la relation tumultueuse entre l’Iran et l’Egypte pour des raisons qui leur sont propres,  l’extrême proximité entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite a longtemps constitué un obstacle de taille à tout rapprochement avec la République islamique, pour les raisons idéologiques et politiques que l’on devine. Riyad aurait largement contribué à « saboter » toute tentative de rapprochement, en particulier après sa propre rupture avec l’Iran en 2016. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Face à la menace d’une extension continue des Accords d’Abraham et d’une normalisation globale entre Israël et le monde arabe, l’Iran a donc engagé depuis deux ans un processus diplomatique symétrique, pour l’heure jalonné de succès. Les pétromonarchies du Golfe Persique – le Koweit, les Emirats Arabes Unis, bientôt le Bahreïn – ont ainsi été les premières cibles de la diplomatie iranienne. Dès août 2022, le Koweit et les Emirats ont nommé de nouveaux ambassadeurs en Iran, pour la première fois en six ans. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Mais c’est l’accord de normalisation irano-saoudien, annoncé en mars dernier, qui a été un véritable « game-changer ». Il ouvre désormais la voie à l’Iran pour une normalisation durable avec les plus grandes puissances arabes du Moyen-Orient, au sein desquelles l’Egypte, en dépit de ses propres difficultés économiques, demeure incontournable en vertu de son rôle de pivot diplomatique et militaire dans la région. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Après 40 ans de relations brouillées, le processus de normalisation apparaît donc de plus en plus probable entre l’Egypte et l’Iran. Celui-ci pourrait être officialisé en septembre prochain, lors de l&rsquo;Assemblée générale des Nations Unies. D’ici là, les deux pays pourront affiner leur reprise de dialogue – Le Caire conserve en effet un prudent attentisme, conditionnant son rapprochement avec l’Iran à la durabilité de la reprise de ses relations avec l’Arabie Saoudite. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">La réouverture officielle de l’ambassade d’Iran à Riyad le 6 juin dernier marque cependant un tournant majeur et positif dans  les relations bilatérales entre la République islamique et le royaume wahhabite. Du temps sera encore nécessaire, pour des raisons protocolaires, avant que la réouverture de l’ambassade saoudienne n’intervienne à Téhéran. Dans l’attente, « l’effet-domino » de la réconciliation irano-saoudienne n’en est qu’à ses débuts. La confirmation d’une reprise des relations bilatérales entre l’Iran et l’Egypte constituera un atout majeur pour la consolidation plus vaste que l’Iran vise avec le monde arabe afin de traiter deux dossiers majeurs pour sa diplomatie. Outre la situation en Syrie, l’enlisement du processus de normalisation entre les Etats arabes et Israël demeure l’objectif essentiel de Téhéran. Avec Riyad et potentiellement Le Caire de nouveau à ses côtés, l’Iran semble déjà en voie de le concrétiser. </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 11/06/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Égypte au bord d’un nouveau printemps arabe ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/legypte-au-bord-dun-nouveau-printemps-arabe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Feb 2023 08:34:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a 12 ans, le 25 janvier 2011, l’Égypte démarrait une révolte de 18 jours qui devait déposer Hosni<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/legypte-au-bord-dun-nouveau-printemps-arabe/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a 12 ans, le 25 janvier 2011, l’Égypte démarrait une révolte de 18 jours qui devait déposer Hosni Moubarak après trente ans de pouvoir. Grâce à cette immense contribution aux printemps arabes qui ont enflammé le Moyen-Orient, le peuple égyptien a pu, pour la première fois de son histoire moderne, organiser des élections libres et choisir comme président de la République Mohammed Morsi, premier civil élu à ce poste au suffrage universel.</p>
<p>Cette ouverture démocratique n’a malheureusement pas fait long feu. Un an et trois jours après cette élection, le coup d’État de juillet 2013, déposait à son tour Mohammed Morsi au profit de son ministre de la Défense, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi. Dès lors, l’Égypte entra dans un mouvement de transition inverse, anti-démocratique et autoritaire, et renoua avec de vieilles habitudes : droits de l’homme bafoués, opposition et presse muselées, réformes constitutionnelles validant le mandat autocratique d’un nouveau président élu, comme il se doit, lors d’une parodie d’élections en 2014.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Émirats, Arabie saoudite, Chine, FMI, Banque mondiale…</strong></h4>
<p>Mais si Al-Sissi gouverne l’Égypte d’une main de fer, il a cependant failli, en neuf ans, à répondre à la principale promesse qu’il avait faite aux Égyptiens : la prospérité économique. Or, cet échec pourrait lui être fatal. Son emprise sur toutes les institutions du pays ne lui a en effet pas permis d’avoir une influence efficace pour juguler la crise économique sans précédent que connaît aujourd’hui l’Égypte.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Si Al-Sissi gouverne l’Égypte d’une main de fer, il a cependant failli, en neuf ans, à répondre à la principale promesse qu’il avait faite aux Égyptiens : la prospérité économique”</em></p>
<p>En 2014, lors de son arrivée au pouvoir, la perspective de l’abondance semblait pourtant crédible grâce à ses principaux bailleurs de fonds, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Inquiets face à l’essor de l’islam politique dans l’une des principales puissances du monde arabe, Riyad et Abou Dhabi ont largement financé le coup d’État de 2013 et soutenu leur “créature”, Al-Sissi, contre Mohammed Morsi, président démocratiquement élu mais issu d’une formation, les Frères musulmans, considérée comme terroriste par les deux pétromonarchies. À ce partenariat financier durable se sont également ajoutés des prêts de la Chine, de la Banque mondiale, du FMI, du Fonds monétaire arabe et de la Banque africaine de développement. Mais pour quel résultat ?</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les projets pharaoniques d’Al-Sissi</strong></h4>
<p>En neuf ans à la tête du pays, Al-Sissi n’a en effet entrepris aucun investissement d’envergure dans des secteurs pourtant essentiels au développement de l’Égypte, tels que la santé, l’éducation, ou des programmes de logements sociaux à destination des 109 millions d’habitants qui font de l’Égypte le troisième pays le plus peuplé d’Afrique. La manne financière a en revanche beaucoup profité au BTP et au tourisme – secteurs majoritairement détenus par l’institution miliaire égyptienne. Les projets pharaoniques, à l’utilité discutable, et les achats somptuaires – le nouveau jet présidentiel acquis en 2022 aurait ainsi coûté la bagatelle de 500 millions de dollars – se sont multipliés, tandis que l’Égypte s’enfonçait dans la crise.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Le chantier d’une nouvelle capitale administrative à 45 kilomètres à l’est du Caire, en plein désert a surtout permis à l’élite financière et militaire de s’enrichir grâce à de juteux appels d’offres”</em></p>
<p>Le projet le plus emblématique de cette “politique” demeure sans doute la décision, en 2016, de lancer le chantier d’une nouvelle capitale administrative à 45 kilomètres à l’est du Caire, en plein désert. Dotée du plus grand gratte-ciel d’Afrique et d’une “méga-mosquée”, cette future capitale a surtout permis à l’élite financière et militaire de s’enrichir grâce à de juteux appels d’offres, et pourrait potentiellement lui servir de refuge… en cas de nouveau printemps arabe au Caire. Le fait que cette perspective ait été envisagée de longue date confirme qu’elle a toujours été possible. Elle confirme également l’état de fébrilité dans lequel le pouvoir égyptien demeure.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Après l’arrêt du tourisme, la guerre en Ukraine</strong></h4>
<p>Frappée depuis trois ans par les conséquences de la pandémie de Covid-19, qui l’a notamment privée de touristes étrangers, soit de sa première source de revenus, l’économie égyptienne peinait à se relever quand l’invasion russe de l’Ukraine lui a porté le coup de grâce. Jadis grenier à blé du monde antique, l’Égypte moderne a cédé cette place à la Russie et à l’Ukraine, pour devenir le premier importateur de blé tendre au monde.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“À raison de 61 % du blé achetés auprès de Moscou, et de 23 % achetés auprès de Kiev, l’Égypte est dans un tel état de dépendance alimentaire que l’inflation menace sa survie”</em></p>
<p>À raison de 61 % du blé achetés auprès de Moscou, et de 23 % achetés auprès de Kiev, l’Égypte est dans un tel état de dépendance alimentaire que l’inflation menace sa survie. Le mois dernier, presque un an après l’invasion, la livre égyptienne a poursuivi sa chute et s’échangeait à 29 livres contre un dollar. Cette dévaluation a augmenté les prix des importations, phénomène qui contribue à l’inflation, qui a augmenté de 22 % pour le seul mois de janvier 2023. Pour les Égyptiens ordinaires, qui en plus de cette situation, ont été privés de nombreuses aides publiques, la situation est déjà intenable.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Don du Nil, État mendiant</strong></h4>
<p>Chose inimaginable, “le don du Nil” est donc devenu un “État mendiant”, dont les emprunts successifs ne servent plus qu’à rembourser une dette qui se creuse, après avoir servi à financer des projets inutiles et à suréquiper l’armée égyptienne, preuve de l’incurie du gouvernement égyptien depuis 2014. Sous la présidence d’Al-Sissi, la dette extérieure de l’Égypte a triplé, pour s’élever aujourd’hui à 160 milliards de dollars.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La fin des financements extérieurs</strong></h4>
<p>La survie de l’Égypte – et surtout d’Al-Sissi à sa tête – dépend plus que jamais du bon vouloir de ses “parrains” arabes, chose dont le président égyptien est tellement conscient qu’il affirme publiquement que son pays ne pourrait continuer à exister sans leur aide. Mais depuis l’été 2022, ses appels insistants à l’attention des “frères du golfe Persique” semblent rester lettre morte. Lassés de la dépendance de l’Égypte, où leur retour sur investissement est discutable, l’Arabie saoudite et les Émirats ont en effet largement ralenti leurs versements spontanés auprès du Caire, mais les ont troqués contre une prédation économique accrue. En 2022, les deux pays ont ainsi pris des participations à hauteur de plusieurs milliards de dollars dans toutes les compagnies égyptiennes génératrices de revenus, et pire encore, dans des actifs clés de l’État égyptien. Dans la lignée de la cession des îles de Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite, le président Al-Sissi aurait même envisagé la vente du Canal de Suez, en dépit de l’intolérable perte de souveraineté que cela représenterait pour l’Égypte.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“À raison de 61 % du blé achetés auprès de Moscou, et de 23 % achetés auprès de Kiev, l’Égypte est dans un tel état de dépendance alimentaire que l’inflation menace sa survie”</em></p>
<p>Lucide, Al-Sissi concède que la situation de l’Égypte est inquiétante, mais pas autant que la colère des Égyptiens face à la perspective de la misère, une colère qu’il tente encore de maîtriser par la répression et le contrôle des médias. Le président égyptien jure publiquement que nul ne pourrait en faire plus que lui pour résoudre les problèmes du pays. Mais le jour où l’Égypte ne le croira plus, elle connaîtra sans nul doute son second “printemps arabe”.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 01/02/2023.</strong></p>
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		<title>L&#8217;Égypte, grande perdante de la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/legypte-grande-perdante-de-la-normalisation-des-relations-entre-israel-et-les-emirats-arabes-unis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2020 19:59:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-6758 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/09/legypte-grande-perdante-de-la-normalisation-des-relations-entre-israel-et-les-emirats-arabes-unis-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/09/legypte-grande-perdante-de-la-normalisation-des-relations-entre-israel-et-les-emirats-arabes-unis-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/09/legypte-grande-perdante-de-la-normalisation-des-relations-entre-israel-et-les-emirats-arabes-unis-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/09/legypte-grande-perdante-de-la-normalisation-des-relations-entre-israel-et-les-emirats-arabes-unis-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Cela faisait 26 ans qu&rsquo;aucun rapprochement israélo-arabe n&rsquo;avait eu lieu, depuis la reconnaissance d&rsquo;Israël par son voisin jordanien en 1994. Si de nombreuses analyses saluèrent la signature de l&rsquo;accord de normalisation des relations entre Israël et les Emirats Arabes Unis comme « historique », d&rsquo;autres se sont rapidement montrées plus circonspectes. Certes, Abdel Fattah Al-Sissi, le président égyptien, avait d&#8217;emblée salué cet accord réalisé sous l&rsquo;égide des Etats-Unis, tweetant ainsi que « <em>s&rsquo;il permettait d&rsquo;arrêter l&rsquo;annexion des territoires palestiniens par Israël</em> » et « <em>d&rsquo;assurer la prospérité et la stabilité de la région</em> », ce rapprochement se justifiait. Mais Benjamin Netanyahu avait immédiatement rectifié la déclaration des Emirats, expliquant que l&rsquo;annexion de la Cisjordanie était simplement « <em>reportée </em>».</p>
<p>Nombreux sont ainsi les pays arabes à contester le rapprochement entre les Emirats et Israël, qui vise bien davantage à initier un front uni contre les ambitions régionales de l&rsquo;Iran qu&rsquo;à préserver les Palestiniens d&rsquo;une annexion inique. La communication des Emirats a eu beau comparer leur « coup » diplomatique au geste d&rsquo;Anouar El-Sadate, qui avait scellé la paix avec Israël en 1979, ni la presse égyptienne, ni même les éditorialistes les plus proches du pouvoir égyptien, n&rsquo;ont daigné commenter ce rapprochement réalisé sans concertation avec le monde arabe ni consensus (contrairement à ce que le « plan Abdallah » de 2002 prévoyait), et dès lors majoritairement considéré dans le pays comme un affront. Le Parlement égyptien ne s&rsquo;est pas davantage exprimé, lui qui d&rsquo;ordinaire soutient toutes les initiatives émiraties portées contre les intérêts du Qatar ou de la Turquie.</p>
<p>Ce mutisme de la part de la sphère médiatico-politique, qui contraste avec les intenses critiques exprimées sur les réseaux sociaux, n&rsquo;a pourtant rien de surprenant. Car, plus qu&rsquo;aucun autre pays de la région, l&rsquo;Egypte a toutes les raisons de considérer d&rsquo;un très mauvais œil cette reconnexion diplomatique qui risque de l&rsquo;isoler et de lui faire de l&rsquo;ombre.</p>
<p>Depuis les accords historiques de Camp David signés en 1978 où elle fut le premier pays arabe à reconnaître l&rsquo;existence d&rsquo;Israël, l&rsquo;Egypte s&rsquo;était imposée comme l&rsquo;interlocuteur privilégié entre le monde arabe et l&rsquo;Etat hébreu. Inquiète depuis plusieurs années face à la montée en puissance des pays arabes du Golfe Persique, l&rsquo;Egypte considère donc ce nouveau rapprochement israélo-arabe comme une menace directe pour sa propre influence, et une confirmation du pouvoir grandissant des Emirats, forts d&rsquo;une diplomatie efficace et de vastes ressources financières à même de susciter de tels développements stratégiques.</p>
<p>De longue date, la relation entre l&rsquo;Egypte et les Emirats se nourrit de frustrations car, bien qu&rsquo;alliée aux Emirats dans leur haine mutuelle des Frères musulmans et leur opposition à la Turquie, qui se manifeste notamment sur le théâtre libyen, l&rsquo;Egypte en est surtout dépendante financièrement. Les derniers évènements ne feront qu&rsquo;approfondir ce ressentiment. L&rsquo;accord israélo-émirati prévoit, outre l&rsquo;ouverture d&rsquo;ambassades respectives et de liaisons aériennes, d&rsquo;importantes collaborations dans les domaines touristiques, universitaires, et surtout scientifiques, notamment autour de la recherche sur le Covid-19, soit autant de perspectives financières et commerciales qui excluent l&rsquo;Egypte. C&rsquo;est même son prestige en tant qu&rsquo;autorité religieuse au sein du monde musulman qui a été atteint, puisque les Emirats devraient œuvrer à l&rsquo;organisation des visites de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.</p>
<p>La négociation de cet accord souligne le manque de crédit diplomatique dont semble jouir Abdel Fattah Al-Sissi et le peu de cas qu&rsquo;en fait Mohammed Ben Zayed, prince héritier d&rsquo;Abou Dhabi. Face à une élite égyptienne qui reste soit très imprégnée par le panarabisme de Nasser – et donc farouchement opposée à toute normalisation avec Israël – soit prônant au contraire un rapprochement mesuré et stratégique – partant du principe que la négation de l&rsquo;Etat hébreu n&rsquo;a finalement jamais menacé son existence – le président égyptien apparaît désormais comme un dirigeant décrédibilisé qui n&rsquo;a pas su anticiper ni faire l&rsquo;Histoire, contrairement à son illustre prédécesseur.</p>
<p>Néanmoins, en raison de l&rsquo;historicité de leur relation, la coopération entre l&rsquo;Egypte et Israël devrait rester prédominante en matière de lutte contre le terrorisme – notamment dans le Sinaï – mais aussi de partenariats énergétiques, avec la construction du gazoduc EastMed en Méditerranée orientale. Dans l&rsquo;optique de faire oublier ses propres difficultés diplomatiques, tant face à la Turquie dans le dossier libyen et méditerranéen, que face à l&rsquo;Ethiopie avec la construction du barrage de la Renaissance, l&rsquo;Egypte aurait tout intérêt à réaffirmer sa position au Proche-Orient et à oeuvrer auprès des Etats-Unis pour une reprise du dialogue entre Israël et l&rsquo;Autorité Palestinienne, Le Caire ayant conservé un rôle crucial en tant que médiateur entre l&rsquo;Etat hébreu et le Hamas à Gaza. Retrouver un rôle diplomatique ne se fera sans doute pas sans contrepartie, et on peut attendre des Américains qu&rsquo;ils exigent du Caire qu&rsquo;il abandonne sa politique ambigüe à l&rsquo;égard d&rsquo;Israël et renforce au contraire sa coopération avec l&rsquo;Etat hébreu. Il s&rsquo;agit là d&rsquo;un choix entre l&rsquo;isolement régional et, <em>in fine</em>, économique – ce que l&rsquo;Egypte ne peut guère se permettre à l&rsquo;heure actuelle – ou une implication politique de nouveau à la hauteur de son prestige au Moyen-Orient, chacun de ces deux choix pouvant engager son avenir.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Économiste du 01/09/2020.</strong></p>
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		<title>Egypt, a bomb in waiting</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/egypt-a-bomb-in-waiting/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Dec 2018 16:50:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
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<p>Egypt is not doing very well – a fact everyone seems to be aware of except for Egypt itself. The past year has entailed <a href="https://foreignpolicy.com/2018/12/19/sisi-isnt-mubarak-hes-much-worse/?utm_source=PostUp&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=7883&amp;utm_term=Editor&amp;#39;s%20Picks%20OC">potato and water shortages</a>, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-10-10/egypt-annual-inflation-accelerates-shattering-rate-cut-hopes">rising inflation</a>, and while it is difficult to find unbiased polls, a recent UAE-funded survey found that <a href="http://www.jordantimes.com/opinion/james-j-zogby/poll-has-troubling-news-about-state-affairs-tunisia-and-egypt">only 19% feels</a> the country is moving in the right direction.</p>
<p>Aside from the government and its supporters, everyone else can see that Egypt is perpetually sinking and will continue to sink unless some serious changes happen. It is appropriate to say “perpetually sinking” because there is no bottom, no “game over.” The country will just continue to sink further and further into authoritarianism, debt, and public discontent, but the prospects of any significant change to the current situation look so slim that perhaps it explains why President Abdel Fattah al-Sisi does not feel he has much to worry about. Why are the prospects so slim? Because the president and his cronies have powerful friends (ie. Saudi Arabia) and are not afraid to <a href="https://foreignpolicy.com/2018/12/19/sisi-isnt-mubarak-hes-much-worse/?utm_source=PostUp&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=7883&amp;utm_term=Editor&amp;#39;s%20Picks%20OC">rely heavily</a> on oppression  to keep the country under their control, raising the stakes for any challenger.</p>
<p>Egypt is firmly on Saudi Arabia’s side on any and all issues. It cut off diplomatic ties <a href="https://www.middleeastmonitor.com/20181112-egypt-bahrain-renew-support-for-qatar-blockade/">with Qatar</a> in the 2017 Gulf crisis, its relations with Turkey remain at the <a href="http://www.mfa.gov.tr/relations-between-turkey-egypt.en.mfa">chargés d’affaires level</a> (Egypt has its own reasons for this as well as those of Saudi Arabia), and any real thaw with Iran is likely to stay <a href="https://intpolicydigest.org/2018/12/02/why-egypt-cannot-afford-warmer-relations-with-iran/">outside of the realm of possibilities</a> – these three being the three countries at the top of Saudi Arabia’s list of enemies. So zealous is Egypt’s support for Saudi Arabia that it even weighed into Saudi Arabia’s recent crisis with <a href="https://www.reuters.com/article/us-saudi-canada-egypt/egypt-says-it-supports-saudi-arabia-in-rights-row-with-canada-idUSKBN1KS2EU">Canada</a> in support of the Kingdom. It has also <a href="https://www.reuters.com/article/us-egypt-saudi-islands/egypts-top-court-waives-legal-challenges-to-red-sea-islands-transfer-to-saudi-idUSKCN1GF0HP">donated two islands</a> in the Red Sea to Saudi Arabia despite the contrary decision of the Egyptian supreme court , and in return for its <a href="https://news.yahoo.com/egypt-puts-show-support-saudi-crown-prince-173719322.html">support and loyalty</a>, it is handsomely rewarded: Saudi Arabia provides <a href="https://www.hoover.org/research/saudi-arabia-and-egypt-uneasy-relationship">tens of billions of dollars</a> to Egypt in aid and fuel supplies that it is <a href="https://www.nytimes.com/2018/10/29/opinion/saudi-arabia-checkbook-diplomacy-arab-world-uae-egypt-mbs-khashoggi.html">highly dependent on</a>, <a href="http://www.arabnews.com/node/1259236/saudi-arabia">a proposed bridge</a> to connect the two countries over the Red Sea would purportedly generate <a href="https://www.constructionweekonline.com/article-50809-saudi-arabia-may-constr">$200 billion</a> of trade revenues per year, and perhaps most importantly, Sisi knows he has Saudi Arabia’s <a href="https://www.bbc.com/news/world-middle-east-26487092">unconditional support</a> against the Muslim Brotherhood – their common enemy.</p>
<p>It is a deal that works well for Sisi, who came to power after the Muslim Brotherhood’s elected president Morsi was <a href="https://www.washingtonpost.com/world/egypts-morsi-defiant-under-pressure-as-deadline-looms/2013/07/03/28fda81c-e39d-11e2-80eb-3145e2994a55_story.html?utm_term=.19371f095057">ousted</a> by the military in a bloody coup (led by none other than then-General Sisi). The ouster included the massacre of <a href="https://www.hrw.org/report/2014/08/12/all-according-plan/raba-massacre-and-mass-killings-protesters-egypt">at least 800 pro-Muslim Brotherhood protesters</a> in Rabaa Square alone. Since then, hundreds, if not thousands of people, composed not only of Muslim Brotherhood members and supporters but also of human rights defenders, political critics, journalists, NGO workers, and others <a href="https://www.amnesty.org/en/countries/middle-east-and-north-africa/egypt/report-egypt/">have been subject</a> to arbitrary detentions, asset freezes, unfair trials, and death sentences. According to Human Rights Watch, Egypt is now going through <a href="https://www.hrw.org/middle-east/n-africa/egypt">one of the worst human rights crises</a> the country has experienced in decades.</p>
<p>Despite this, or one might argue because of it, the Egyptian government and security forces have had to step up their efforts to both fight extremism and crack down on any and all political dissent, particularly from Muslim Brotherhood members and supporters, lest they come back with a vengeance one day. Egypt’s inability to secure the Sinai Peninsula so far, where ISIS is rampant and the Egyptian military has struggled for years to assert authority and order, has resulted in repeated attacks particularly targeting <a href="https://www.nytimes.com/2016/12/13/world/middleeast/egypt-isis-bombing-coptic-christians.html">the Coptic Christian community</a>. The government also continues to persecute and prosecute Muslim Brotherhood members and supporters out of existence: it <a href="https://www.theguardian.com/world/2013/sep/23/muslim-brotherhood-egyptian-court">banned</a> the group from politics in 2013 and the witch hunt continues to this day. Former president Hosni Mubarak is <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-12-26/two-arab-ex-leaders-in-court-one-testifying-against-the-other">appearing in court</a> this week to testify against Mohamed Morsi (who was already <a href="https://www.nytimes.com/2015/05/17/world/middleeast/egyptian-court-sentences-ousted-president-morsi-to-death.html">sentenced to death</a> in 2015) on charges related to his own ouster in 2011. There is also an <a href="https://www.middleeastmonitor.com/20181204-egyptian-campaign-to-congress-targeting-muslim-brotherhood/">effort to lobby</a> the West to designate the Muslim Brotherhood as a terrorist organization. It all strongly resembles the beginning of a film we have seen many times before in the Middle East: ruthless and indiscriminate oppression convincing more and more people that violence is the only way to achieve their goals. In 2014, one <a href="https://www.brookings.edu/opinions/now-that-the-muslim-brotherhood-is-declared-a-terrorist-group-it-just-might-become-one/">Brookings Institution op-ed</a> ominously predicted that the radicalization of the Muslim Brotherhood is less a question of “if” than “when”, and if things continue this way, with a repressive Egyptian government propped up by external actors, a backlash will come.</p>
<p>And whether things will continue this way is not much of a mystery either: Egypt is now preparing to cancel the two-term limit to presidency, which would clear the way for Sisi to remain in power beyond the second term he is currently serving. A court recently <a href="https://www.latimes.com/world/la-fg-egypt-presidential-terms-20181225-story.html">agreed</a> to consider a petition to change the constitution to this effect. As such, it seems highly likely that Egypt’s future will follow a script that is quite similar to cases we have seen before.</p>
<p><strong>By Ardavan Amir-Aslani</strong></p>
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