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	<title>Coronavirus &#8211; Amir Aslani</title>
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		<title>Crise du coronavirus ou pas, la guerre par proxy entre l’Iran et les Etats-Unis continue en Iraq</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2020 18:33:02 +0000</pubDate>
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<p>Après l’assassinat du Général Soleimani à l’aéroport de Bagdad le 3 janvier 2020 et la réaction iranienne, matérialisée par des frappes contre des bases américaines en Iraq, il était permis de croire que les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran avaient pris le chemin de la pente descendante. Surtout que les deux pays semblaient davantage préoccupés par une crise majeure du coronavirus sur le plan domestique. Tout le contraire semble être le cas aujourd’hui. Etonnamment, à un moment où les américains s’apprêtaient à réduire leur présence militaire en Iraq, entre autres du fait des craintes de voir les troupes qui y sont stationnées être frappées par le virus du Covid-19, un rapport du Pentagon vient d’être rendu public, où il est question pour les Etats-Unis de se lancer dans une initiative militaire particulièrement hasardeuse contre un groupe de miliciens chiites, Kataeb Hezbollah, en Iraq. Cette initiative visait, aussi bien à détruire l’infrastructure militaire de ce groupe que de cibler ses dirigeants, dont l’un d’entre eux, Abu-Mahdi Al-Muhandis, avait été pris pour cible concomitamment avec le général Soleimani.Or, dès réception de ce rapport, le lieutenant-général Robert P. White, commandant l’armée américaine en Iraq, a réagi très violemment en soulignant qu’une telle initiative allait être sanglante et risquerait d’entrainer des conséquences contre-productives avec une guerre possible en ligne de mire avec l&rsquo;Iran. Ce dernier, a parallèlement soulignait qu’une telle initiative militaire nécessiterait des milliers de soldats américains supplémentaires en Iraq et ne manquerait pas de détourner l’armée américaine de sa mission historique qui consistait à assurer la formation des troupes iraqiennes dans leur combat contre l&rsquo;État islamique. Ce général a, par ailleurs, insisté sur le fait que cette initiative allait également à l&rsquo;encontre des dispositions de l’accord américain avec le gouvernement iraqien autorisant les troupes américaines à opérer dans le pays.</p>
<p>De même, la hiérarchie militaire américaine, incarnée par le secrétaire à la Défense Mark T. Esper et le général Mark A. Milley, le chef d&rsquo;état-major des armées a manifesté son opposition en soulignant le fait qu’une action militaire était susceptible de déstabiliser encore davantage le Moyen-Orient, à un moment où la politique américaine, suite à une déclaration de Donald Trump, consistait à réduire le nombre de troupes américaines dans la région. Ces mêmes responsables américains ont rappelé que toute initiative militaire à l’encontre de ce mouvement devait nécessairement faire appel aux dizaines de milliers de soldats américains déployés dans la région et actuellement stationnés notamment en Arabie saoudite et dans les autres pétro-monarchies du golfe Persique.</p>
<p>Dans ce contexte de tension croissante, les Etats-Unis ont aussi déployé, aux pourtours du golfe persique, des batteries de défense antiaérienne Patriot, un deuxième porte avion nucléaire, des bombardiers B-52 ainsi que des drones Reaper armés.</p>
<p>L’idée sous-jacente à ce rapport, établi sur instructions du secrétaire d&rsquo;État Mike Pompeo et Robert C. O&rsquo;Brien, le conseiller à la sécurité nationale, était de tenter d’anéantir les milices soutenues par l&rsquo;Iran sur le territoire iraquien, à un moment où l’Iran était occupait par le combat contre la crise pandémique du coronavirus qui touchait sévèrement sa population.</p>
<p>Pour compliquer davantage les conséquences d’une telle initiative, il convient de rappeler que le Kataeb Hezbollah, à l’instar du Hezbollah libanais, comprend à la fois des composantes militaires et un parti politique entretenant des liens très proches avec le gouvernement et les parlementaires iraquiens, sans même parler du milieu des affaires et des organisations caritatives. En effet, c’est un secret de polichinelle que l&rsquo;Iran emploie depuis des décennies des milices chiites autant en qualité de milices combattantes que comme un moyen d’exercer son influence politique.</p>
<p>Tout ceci n’augure de rien de bon dans un avenir proche. Il est fort à parier qu’un conflit militaire d’envergure se dessine à un moment où aussi bien Donald Trump, en pleine campagne présidentielle, que la théocratie iranienne, fortement critiquée pour la détresse économique qui sévit dans le pays et sa gestion désastreuse de la crise du coronavirus, ont intérêt à la surenchère.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/03/2020.<br />
</strong></p>
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		<title>Coronavirus, le moment Tchernobyl du pouvoir iranien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2020 14:37:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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<p>Déjà marqué par les difficultés politiques et économiques, l&rsquo;Iran doit désormais faire face à l&rsquo;épidémie de coronavirus qui se propage inexorablement à travers le monde. Dimanche, le ministère iranien de la Santé confirmait le décès de 11 personnes infectées, portant le bilan à 54 morts. C&rsquo;est le taux de mortalité au virus le plus lourd après celui de la Chine, d&rsquo;où l&rsquo;épidémie est partie. A ce jour, on compte 978 cas de personnes infectées en Iran, pays fort de 83 millions d&rsquo;habitants et d&rsquo;une position géographique centrale, ce qui en fait une source d&rsquo;inquiétude pour tout le Moyen-Orient.</p>
<p>De nombreux cas d&rsquo;infection concernent des personnalités publiques de premier plan. Ainsi, le vice-ministre de la Santé, Iraj Harirchi, a confirmé qu&rsquo;il avait été infecté par le virus et placé en quarantaine, au lendemain d&rsquo;une conférence de presse où il avait déclaré que les autorités maîtrisaient sa propagation. Jeudi dernier, c&rsquo;était la vice-présidente Masoumeh Ebtekar – la célèbre porte-parole des étudiants qui avaient pris 52 Américains en otages en 1979 – qui avait confirmé sa contamination, de même que deux députés et le président de la commission parlementaire à la sécurité nationale et à la politique étrangère. L&rsquo;ancien ambassadeur de la République islamique au Vatican, âgé de 81 ans, est mort également des suites de l&rsquo;infection, tout comme Elham Sheikhi, joueuse de l&rsquo;équipe nationale de football féminin, à l&rsquo;âge de 22 ans.</p>
<p>En trois jours, entre vendredi et dimanche, le nombre de cas relevés a considérablement augmenté, passant de 388 cas et 34 morts à 978 cas et 54 morts. Mais ces chiffres pourraient être largement sous-estimés. Certains rapports non officiels avancent jusqu&rsquo;à 200 morts, comme le rapporte le service persan de la BBC. Selon de nombreux experts, le rapport entre le taux de mortalité et le nombre de cas déclarés confirmerait cette hypothèse : avec un taux de mortalité ne serait-ce que de 1% &#8211; celui de la Chine, qui accuse le plus grand nombre de cas et de décès, est de 3% &#8211; le nombre réel de cas devrait se situer entre 300 et plusieurs dizaines de milliers, voire jusqu&rsquo;à 20 000. Il n&rsquo;en reste pas moins vrai que le mode de contamination et les particularités symptomatiques du coronavirus rendent sa détection en amont très difficile.</p>
<p>Tout porte à croire que l&rsquo;épidémie s&rsquo;est d&rsquo;abord manifestée dans la ville sainte de Qom, haut lieu d&rsquo;étude du chiisme et lieu de pèlerinage, notamment au sanctuaire Fatima Masumeh. L&rsquo;une des deux premières personnes décédées le 19 février dernier était un marchand revenu à Qom après un voyage à Wuhan en Chine, premier foyer de la maladie. Les autorités estiment que le coronavirus serait apparu sur le territoire iranien trois à six semaines avant ces décès, un délai largement suffisant pour une propagation à travers le pays. Huit jours après ces premiers cas, 24 des 31 provinces de l&rsquo;Iran étaient touchées par l&rsquo;infection.</p>
<p>Pourquoi l&rsquo;épidémie s&rsquo;est-elle répandue si rapidement dans un pays célèbre pour la compétence de ses médecins, fait reconnu depuis la plus haute Antiquité ? Sans doute pour des raisons strictement politiques, couplées à une possible sous-estimation des risques de propagation du virus par le régime.</p>
<p>Ainsi, contrairement à la plupart des pays touchés par l&rsquo;épidémie, qui ont rapidement mis en place une série de mesures de sécurisation de l&rsquo;espace public – fermeture des lieux de rassemblement, mise en quarantaine des personnes infectées- les autorités n&rsquo;ont pas interdit la venue de pèlerins à Qom, vantée comme un lieu de guérison par le clergé chiite. Or, de nombreux cas ont été détectés en Azerbaïdjan, en Afghanistan, au Bahreïn, en Géorgie, au Koweït, au Liban, à Oman et aux Emirats Arabes Unis, jusqu&rsquo;au Pakistan et même au Canada, à la suite d&rsquo;un voyage à Qom.</p>
<p>Une telle inconséquence surprend moins lorsqu&rsquo;on se souvient que le mois de février 2020 était chargé en évènements politiques cruciaux pour la popularité du régime, déjà en situation de grande fébrilité depuis l&rsquo;automne dernier. Le 11 février célébrait le 41ème anniversaire de la Révolution islamique, tandis que dix jours plus tard se tenaient les élections législatives. Alors que le taux d&rsquo;abstention promettait d&rsquo;être le plus important depuis quarante ans, les autorités ont sans doute jugé plus « prudent » de garder le silence sur la réalité de l&rsquo;épidémie, et ainsi éviter que des électeurs supplémentaires ne boudent les urnes. Mieux, le Guide Suprême Ali Khamenei n&rsquo;a pas hésité à accuser « les ennemis de l&rsquo;Iran » &#8211; en clair, les Etats-Unis – d&rsquo;avoir tout fait pour exagérer l&rsquo;ampleur de la pandémie et ainsi pousser les Iraniens à ne pas aller voter.</p>
<p>Au mépris de l&rsquo;urgence et des risques sanitaires qu&rsquo;il représente, le coronavirus est désormais un instrument politique de plus dans la guerre idéologique qui oppose la République islamique aux Etats-Unis, trop heureux de souligner que le régime semble avoir de nouveau menti à la population iranienne dans l&rsquo;unique but de se préserver. Pourtant, cette épidémie ne pouvait pas plus mal tomber pour l&rsquo;Iran, déjà exsangue sous l&rsquo;effet de la « pression maximale » de Donald Trump, avec une contraction de son économie de 9% en 2019. Depuis que l&rsquo;épidémie de coronavirus s&rsquo;est déclarée dans le pays, onze nations, dont l&rsquo;Afghanistan, la Turquie et l&rsquo;Irak, principaux partenaires économiques de l&rsquo;Iran dans la région, ont fermé leurs frontières aux ressortissants iraniens. Quant à la Chine, qui représente un quart de tout le commerce extérieur du pays, elle risque bien entendu de ralentir fortement ses échanges. Autant de décisions qui impacteront encore gravement l&rsquo;économie iranienne, mais également celle du Moyen-Orient et de ses pays exportateurs de pétrole, qui devront brader leurs prix pour faire face à la baisse de la demande chinoise.</p>
<p>Très conscient des enjeux, Donald Trump a d&rsquo;ores et déjà proposé l&rsquo;aide américaine pour enrayer la propagation du virus&#8230; à condition que les Iraniens la lui demandent. Cette offre ne manquera certainement pas d&rsquo;être considérée comme une insulte de plus par Téhéran. Néanmoins, ce n&rsquo;est que depuis la semaine dernière que les autorités iraniennes ont pris les premières mesures sanitaires : désinfections à grande échelle, notamment dans le métro de Téhéran, fermeture des écoles, universités et centres culturels dans près de douze provinces, report des évènements culturels ou sportifs rassemblant des foules, et même des prières hebdomadaires du vendredi dans les 24 provinces où le virus a été détecté. Même si les Iraniens réagissent pour l&rsquo;instant avec humour à ces mesures de précaution, notamment en parodiant l&rsquo;interdiction de se serrer la main sur les réseaux sociaux, le risque est grand pour le régime de les voir de nouveau descendre dans la rue pour dénoncer son manque de réactivité et ses omissions, surtout à l&rsquo;approche des fêtes de Norouz, le nouvel an iranien, qui aura lieu le 20 mars. A ce titre, les déclarations du président Rohani, exhortant ses compatriotes à poursuivre leurs activités quotidiennes comme si de rien n&rsquo;était, auront sans doute du mal à toucher l&rsquo;opinion. Cette épidémie peut représenter le moment Tchernobyl du pouvoir iranien !</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 04/03/2020.</strong></p>
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