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	<title>Caucase du sud &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Erdogan reprend sa marche ottomane</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 11:47:24 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en tant que président depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan poursuit méthodiquement sa politique de puissance. Pensée pour restaurer une grandeur néo-ottomane, cette stratégie se déploie tous azimuts.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour de la Turquie en Syrie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, la Turquie entend s’imposer comme leader du monde musulman sunnite. À ce titre, Ankara profite largement du renversement du régime de Bachar al-Assad, allié stratégique de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’Erdogan continue de nier toute implication dans l’offensive éclair de décembre dernier, sa proximité avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa, ainsi qu’avec le groupe islamiste sunnite Hayat Tahrir al-Sham en raison de leur obédience commune à l’idéologie des Frères musulmans, lui permet de faire avancer son agenda et de renforcer sa présence dans une région jusque-là sous forte influence iranienne chiite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la chute du régime baasiste, entre 30 000 et 80 000 réfugiés syriens, selon les estimations, ont déjà été rapatriés en Syrie depuis la Turquie. Enfin, Erdogan est parvenu à manœuvrer pour bloquer définitivement la création d’un État kurde à sa frontière sud par les forces kurdes turques du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et celles syriennes, qui composent majoritairement AANES (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie), affaiblies par le renversement de leur allié alaouite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que depuis sa prison turque, Abdullah Öcalan, le leader du PKK, a appelé à la dissolution de son parti, le président par intérim syrien et Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes, ont conclu le 10 mars dernier un accord historique prévoyant l’intégration des institutions civiles et militaires de l’AANES au sein de l’État syrien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ambitions énergétiques turco-azerbaïdjannaises</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Turquie mène aussi depuis des années une stratégie énergétique ambitieuse, notamment dans le Caucase. En 2006, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE) a été mis en service et récemment, Ankara et Bakou ont convenu d’augmenter le volume des flux du TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline) qui depuis sa création a acheminé 76,1 milliards de mètres cubes de gaz azerbaïdjanais vers l’Europe en passant par la Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le 5 mars dernier, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont à nouveau renforcé leur partenariat énergétique en inaugurant un autre gazoduc Igdır-Nakhchivan, qui relie la Turquie à l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan coincée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces projets sont notamment encouragés par la Commission européenne qui, sans se soucier des droits humains et de la souveraineté de l’Arménie, y voit une opportunité de réduire sa dépendance au gaz russe en faisant de l’Azerbaïdjan, riche en gisements offshore, un fournisseur d’hydrocarbures privilégié. À ce titre, le 18 juillet 2022, Ursusla Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et Ilham Aliyev, le président azerbaïdjanais, ont signé un mémorandum visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais d’ici 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de cette ambition énergétique, la Turquie d’Erdogan entend renouer avec son passé altaïque et fédérer les populations turcophones du Caucase et d’Asie centrale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Iran et le corridor stratégique de Zanguezour</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran, significativement affaibli, peine à contenir cet expansionnisme turc. Téhéran a subi de lourdes pertes stratégiques, réduisant drastiquement son influence et son pouvoir de nuisance régionale, stratégie cardinale de sa dissuasion extérieure. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad, son allié historique par lequel transitait son soutien militaire, ont considérablement entamé ses proxys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran redoute le renforcement de la coopération énergétique entre Ankara et Bakou, craignant d’être marginalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, les autorités turques et azerbaïdjanaises ont réaffirmé leur volonté de mettre en œuvre le corridor de Zanguezour. Ce corridor, hautement stratégique car il permettrait des débouchés sur l’Europe comme sur l’Asie, ambitionne de relier la ville de Kars en Turquie à Bakou sur les bords de la mer Caspienne en passant par l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan et en longeant les frontières iraniennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran refuse catégoriquement un tel projet qui encerclerait son territoire et compromettrait la souveraineté arménienne. Téhéran craint que ses flux d’approvisionnement et d’exportation ne deviennent tributaires du bon vouloir des autorités turques et azerbaïdjanaises, faisant peser des risques de blocage à l’image des fermetures sporadiques ces dernières années des postes-frontières de Poldacht et d’Astara, qu’a pourtant démenties Bakou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré une frontière commune et une population azérie chiite représentant environ 60 % de l’Azerbaïdjan, les relations irano-azerbaïdjanaises demeurent délicates. Téhéran a adopté une position ambiguë sur le conflit du Haut-Karabakh, reconnaissant la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur ce territoire tout en maintenant une proximité avec Erevan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l’Iran redoute aussi le soutien de l’Azerbaïdjan à l’irrédentisme des Azéris d’Iran, qui représentent environ 16 % de la population et sont concentrés dans le nord-ouest du pays, près de la frontière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, malgré ses faiblesses intérieures et profitant de l’affaiblissement de l’Iran, la Turquie d’Erdogan continue d’avancer ses pions au Moyen-Orient et dans le Caucase.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/">Le nouvel Economiste</a> le 20/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">©SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Enjeux géopolitiques multiples et croisés dans le Causase du Sud</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/enjeux-geopolitiques-multiples-et-croises-dans-le-causase-du-sud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Nov 2023 08:18:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Caucase du sud]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Déplacement forcé des Arméniens du Haut-Karabakh, déplacement forcé des Palestiniens de Gaza. Du Caucase à la Palestine, des milliers de<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/enjeux-geopolitiques-multiples-et-croises-dans-le-causase-du-sud/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Déplacement forcé des Arméniens du Haut-Karabakh, déplacement forcé des Palestiniens de Gaza. Du Caucase à la Palestine, des milliers de kilomètres, une histoire différente, et pourtant un terrible point commun : l’actualité internationale confirme que nous sommes désormais entrés dans une ère d’affaiblissement du droit international et du respect des droits de l’homme. Les États-Unis sont les premiers à blâmer pour ne pas avoir respecté les principes fondateurs du multilatéralisme qu’ils avaient pourtant contribué à faire émerger après 1945. La Russie et la Chine ont suivi l’exemple. Et dans la foulée des grandes puissances, les puissances régionales armées de grandes ambitions se sont empressées d’accélérer l’avènement de ce nouvel ordre mondial.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Situation hautement inflammable au Caucase</strong></h4>
<p>Le fait que l’attention internationale soit particulièrement focalisée sur le conflit israélo-palestinien, après l’avoir été durant presque deux ans sur l’Ukraine, ne doit pas occulter la situation hautement inflammable d’une autre région aux abords immédiats de l’arc méditerranéen et européen : le Caucase. Depuis sa défaite face à l’Azerbaïdjan en novembre 2020, l’Arménie, l’une des rares démocraties de la zone, craint de se retrouver sacrifiée sur l’autel des intérêts géostratégiques de ses voisins et rivaux, et même de ses alliés. La chute définitive de la république autoproclamée du Haut-Karabakh, l’exil forcé de sa population arménienne et le nettoyage ethnique et culturel subi par l’enclave redessinent déjà des équilibres stratégiques entre lesquels l’Arménie va devoir naviguer pour trouver sa place et préserver sa souveraineté. Ils sont également les conséquences des guerres par procuration que se livrent les grands blocs – États-Unis et Européens d’un côté, puissances asiatiques comme la Russie, la Chine et l’Iran, de l’autre.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Le réarmement généralisé de tous les pays de l’Otan présents dans le Caucase est le signe d’une intensification des tensions”</em></p>
<p>Plusieurs enjeux se concentrent en effet dans le Caucase du Sud. Les ambitions néo-ottomanes et panturquistes du président turc Erdogan, partagées par son homologue d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev, ont certes pour objectif de renforcer l’union du monde turcophone, mais aussi d’évincer définitivement la Russie de son “étranger proche”. L’intervention russe dans le Haut-Karabakh à partir de 2020 visait à ce titre à ne pas laisser le champ totalement libre à ses rivaux turcs, en dépit de l’ouverture du front ukrainien. Celui-ci a pourtant suffisamment affaibli les capacités opérationnelles de la Russie pour que son influence recule ostensiblement dans la région. Paradoxalement, les Occidentaux partagent cet objectif avec la Turquie. Le réarmement généralisé de tous les pays de l’Otan présents dans le Caucase est d’ailleurs le signe d’une intensification des tensions, et le budget de la défense de la Turquie sera notamment exponentiel pour 2024.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un tremplin aux actions israéliennes contre l’Iran</strong></h4>
<p>Autre enjeu d’envergure et particulièrement complexe, le Caucase sert de tremplin aux actions israéliennes contre l’Iran. La stratégie de déstabilisation menée par l’État hébreu contre Téhéran repose avant tout sur l’Azerbaïdjan, avec lequel il entretient une excellente coopération énergétique et surtout militaire. Ici, le sort de l’Arménie est déterminant, car chacun trouve son compte à la couper de son puissant voisin et à stimuler l’irrédentisme azéri, qui est une menace pour la stabilité de l’Iran. Si pour l’Azerbaïdjan, l’objectif est avant tout identitaire, pour Israël, il est évidemment géostratégique, puisqu’une atteinte portée à la souveraineté territoriale de Téhéran neutraliserait de facto son influence régionale. Pour ce faire, l’État hébreu n’a pas hésité à se rendre complice du nettoyage ethnique perpétré par l’Azerbaïdjan dans l’Artsakh.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’Arménie entre plusieurs équilibres</strong></h4>
<p>Prise au cœur de ce “Grand jeu” caucasien, l’Arménie est vulnérable. Son amertume est grande face à la défaillance de la Russie, même si la force de maintien de la paix russe ne pouvait pas à elle seule changer le destin du Haut-Karabakh. Une rupture totale avec Moscou est pourtant inenvisageable, la moitié de l’économie arménienne et la totalité de ses approvisionnements énergétiques dépendant de la Russie. Mais ce ressentiment la pousse aujourd’hui à se jeter dans les bras de l’Otan. Pourtant, considérer les Occidentaux comme des sauveurs providentiels est tout aussi illusoire. Aussi préoccupés par leurs intérêts que leurs rivaux, Européens et Américains manquent de clarté quant à la défense de l’intégrité territoriale et ethnique de l’Arménie. Si la France la soutient et lui a déjà fourni une aide militaire conséquente, les États-Unis, en dépit d’une position de principe semblable, demeurent influencés par Israël sur la politique régionale, et se montrent de ce fait plus imprévisibles dans leurs engagements. Aussi, s’en remettre exclusivement aux puissances extérieures serait une grave erreur qui a déjà beaucoup coûté à l’Arménie par le passé – entre la fin du XIXe siècle et le génocide de 1915.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Face à des alliés ambivalents et moralement défaillants, l’Arménie doit favoriser l’équilibre diplomatique et la nuance entre ses alliés et voisins”</em></p>
<p>Dans ce contexte de changements géopolitiques majeurs et face à des alliés aussi ambivalents et moralement défaillants les uns que les autres, l’Arménie doit favoriser l’équilibre diplomatique et la nuance entre ses alliés et voisins. À ce titre, maintenir une présence russe et éventuellement occidentale dans la région est pertinent pour barrer la route à l’expansionnisme turc. Cette attitude lui donnera également le temps de se renforcer militairement. Aujourd’hui, la prudence commande en effet d’observer une stratégie de “neutralité positive” pour préserver son intégrité territoriale et peser in fine dans les négociations avec l’Azerbaïdjan. Celles-ci s’annoncent difficiles compte tenu du rapport de force inégal qui s’est installé entre les deux pays depuis trois ans. Mais la survie de l’Arménie est à ce prix.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 15/11/2023.</strong></p>
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