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	<title>BRICS &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Les Brics +, nouvelle alliance anti-US ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jul 2025 13:03:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Les 6 et 7 juillet derniers se tenait le 17e sommet des Brics&#160;+ à Rio, réunissant ses membres fondateurs, ses<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les 6 et 7 juillet derniers se tenait le 17e sommet des Brics&nbsp;+ à Rio, réunissant ses membres fondateurs, ses récents adhérents, des pays “associés” ainsi que plusieurs États “invités”. Les Occidentaux, longtemps habitués à distribuer les cartes, doivent à présent composer avec les Brics&nbsp;+ symbole d’un nouveau monde multipolaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Puissance économique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Né en 2009 à l’initiative de la Chine, de la Russie, du Brésil et de l’Inde, le groupe s’est significativement élargi ces dernières années, représentant une véritable force d’attraction géopolitique sous-estimée par les observateurs européens. Après l’adhésion de l’Afrique du Sud en 2010, l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie et l’Indonésie les ont rejoints en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’en 2000, les États-Unis et l’Union européenne représentaient respectivement 25 % et 22 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), le rapport de force s’est, depuis, inversé. La part de l’Union européenne est tombée à 17 %, celle des États-Unis à 15 %, tandis que les Brics&nbsp;+ concentrent désormais 40 % du PIB mondial en PPA et la moitié de la population mondiale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Contournement du dollar</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les échanges commerciaux entre ses membres connaissent un bond sans précédent, au point d’amorcer le contournement du dollar en privilégiant des transactions en monnaie locale, à l’instar des échanges russo-chinois. Dans le sillage de ces nouvelles routes de la soie, la Chine a multiplié les accords bilatéraux d’échanges de devises. Pour cela, Pékin s’appuie aussi sur des partenariats commerciaux étroits. En mai 2025, Pékin et Brasilia ont renouvelé pour cinq ans leur accord d’échanges en devise locale. La Chine, premier partenaire commercial du Brésil depuis 2009, s’approvisionne massivement auprès de ce pays, devenu un véritable grenier alimentaire pour son marché intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux mesures douanières de Washington, les BRICS ont menacé de renforcer les mécanismes d’échange en monnaie locale, tout en écartant l’idée de créer une monnaie commune concurrente au dollar, à laquelle plusieurs membres — à commencer par l’Inde — restent opposés. L’organisation a aussi, à nouveau, réclamé une représentation plus équitable dans les structures internationales héritées de la Seconde guerre mondiale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Force géopolitique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré l’absence des présidents russe, chinois, égyptien et iranien, ses membres sont parvenus à émettre des positions communes sur plusieurs dossiers internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur déclaration finale, les dirigeants des Brics ont appelé à un cessez-le-feu à Gaza et ont condamné l’intervention militaire en Iran. S’agissant du conflit ukrainien, l’organisation a embrassé la position de la Russie en ne mentionnant pas sa responsabilité mais en condamnant les attaques ukrainiennes contre des civils.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Brics ont aussi pris soin de ménager les États-Unis pour poursuivre leurs intérêts respectifs. Si ses membres ont vivement dénoncé les pressions douanières américaines, ils ont fait preuve de retenue en évitant d’attaquer frontalement Donald Trump. Ce zèle n’a pas eu l’effet escompté puisque le président américain a immédiatement menacé de nouveaux droits de douane les États “s’alignant sur les politiques antiaméricaines des Brics”.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Indispensable coopération américaine</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les dirigeants des Brics&nbsp;+ ne peuvent faire abstraction de l’influence commerciale et géopolitique des États-Unis, dont la coopération demeure indispensable à la préservation de leurs intérêts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À commencer par la Russie, qui a absolument besoin de la neutralité américaine pour isoler Zelensky et ses soutiens européens afin de pouvoir gagner un maximum de territoires avant un cessez-le-feu en Ukraine. La Chine qui, en valorisant son monopole sur les terres rares, a réussi à obtenir de Washington un accord-cadre sur les droits de douane, reste aussi prudente à l’approche de prochaines négociations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran de son côté est dans une position délicate. Deux semaines après la fin de “la guerre des douze jours”, le président iranien Massoud Pezeshkian a fait preuve de bonne volonté en se disant prêt à reprendre les négociations avec les États-Unis dans un entretien exclusif réservé à l’animateur américain Tucker Carlson, proche de Donald Trump. Ses déclarations ont déchaîné le camp conservateur iranien, laissant planer le doute sur une éventuelle reprise des pourparlers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, représenté par le prince Faisal au sommet de Rio, l’Arabie saoudite hésite encore à rejoindre l’organisation, craignant de froisser son allié outre-Atlantique avec qui elle a signé des accords commerciaux titanesques et dont elle a besoin impérativement pour développer son programme nucléaire civil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, l’émergence des Brics ne doit pas être lue comme une nouvelle guerre froide et le rétablissement de la logique des blocs, mais davantage comme l’avènement d’un monde multipolaire rééquilibré dans lequel les nations souveraines aspirent légitimement à la défense de leurs intérêts nationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us-126979/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/les-brics-nouvelle-alliance-anti-us-126979/">Le nouvel Economiste</a>, le 10/07/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">© Freepik</p>
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		<title>L&#8217;expansion des BRICS, signe d&#8217;un basculement stratégique vers un ordre mondial post-occidental ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexpansion-des-brics-signe-dun-basculement-strategique-vers-un-ordre-mondial-post-occidental/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Sep 2023 09:41:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[BRICS]]></category>
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					<description><![CDATA[L’adhésion de six nouveaux pays au sein du groupe des BRICS, annoncée lors de son dernier sommet à Johannesburg, a<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexpansion-des-brics-signe-dun-basculement-strategique-vers-un-ordre-mondial-post-occidental/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’adhésion de six nouveaux pays au sein du groupe des BRICS, annoncée lors de son dernier sommet à Johannesburg, a sonné pour de nombreux analystes comme l’avènement d’un nouvel ordre mondial où les Etats-Unis ne seraient plus la puissance dominante. Certes, en invitant l’Argentine, l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, les membres-fondateurs ont pavé la voie à la plus grande expansion de leur organisation depuis sa fondation en 2009. C’est certes la preuve que de profonds bouleversements stratégiques et une redéfinition des alliances sont à l’oeuvre depuis les trois dernières années, la Chine et la Russie désirant particulièrement structurer une alternative politique et économique au multilatéralisme bâti après 1945. Mais faut-il voir dans ces BRICS augmentés, qui représenteront près d’un quart du PIB mondial, l’émergence d’un nouveau « mouvement des pays non-alignés » et un véritable bloc de puissances influentes capable de rivaliser avec l’Occident ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">C’est faire peu de cas des dynamiques internes de l’organisation et de leurs conséquences. En effet, plusieurs défauts structurels l’affectent, en premier lieu un manque évident de cohésion. Les tensions géopolitiques entre plusieurs pays-membres préexistaient à leur entrée au sein des BRICS, et leur adhésion ne contribuera sans doute en rien à les apaiser. C’est ainsi le cas entre la Chine et l’Inde, deux membres fondateurs toujours aux prises avec un profond différend frontalier dans l’Himalaya. Les nouveaux membres amènent également avec eux d’autres conflits potentiels : ainsi l’Egypte et l’Ethiopie, en conflit sur les conséquences du barrage de la Renaissance sur le débit du Nil, ainsi l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui ont certes rétabli leurs relations diplomatiques via l’accord irano-saoudien, mais sont encore loin d’avoir dépassé leur rivalité régionale. Il semble dès lors difficile de structurer un groupe de puissances en une entité politiquement forte avec autant de dissensions internes et de profondes différences structurelles, politiques ou économiques. Entre les BRICS et le Mouvement des Non-Alignés, le principal point commun risque fort d’être le manque d’efficacité stratégique. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">La Chine, rapidement présentée comme la grande puissance gagnante de cette expansion, en tirera principalement une vitrine supplémentaire pour présenter ses projets géostratégiques comme les Nouvelles Routes de la Soie. Mais il lui sera difficile de faire des BRICS un moyen d’influence majeur. En effet, la plupart des membres du groupe, y compris les nouveaux venus, sont des alliés historiques des Etats-Unis – c’est clairement le cas de l’Arabie Saoudite, des Emirats et de l’Egypte, engagés dans des alliances sécuritaires avec Washington face auxquelles les promesses de la Chine seront insuffisantes pour entraîner une rupture. Membre des BRICS, l’Inde est par ailleurs membre de deux organisations sécuritaires fondées par les Etats-Unis, le Dialogue Quadrilatéral pour la Sécurité aux côtés de l’Australie et du Japon, et le forum I2U2 où l’on retrouve également les Emirats et Israël.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Lors du sommet de Johannesburg, l’Inde n’a d’ailleurs pas hésité à jouer sa propre partition, le Premier ministre Narendra Modi appelant les autres pays à développer « des chaînes d’approvisionnement résilientes et inclusives », soit une invitation très claire à réduire leur dépendance économique à l’égard de la Chine. Si l’orientation anti-occidentale des BRICS voulue par la Chine et la Russie pourrait la placer dans une position délicate vis-à-vis de ses partenaires occidentaux, l’expansion de l’organisation pourrait en revanche permettre à l’Inde d’étendre sa clientèle au Moyen-Orient, région où elle cherche à développer son influence pour des raisons géopolitiques et énergétiques et où elle entretient déjà de bonnes relations avec trois puissances arabes – l’Egypte, l’Arabie Saoudite et les Emirats – ainsi qu’avec l’Iran.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Plus qu&rsquo;une union de pays poursuivant un intérêt commun &#8211; favoriser un nouvel ordre mondial concurrent du modèle occidental &#8211; les BRICS pourraient donc bien au contraire devenir une nouvelle arène d&rsquo;affrontements entre pays en concurrence pour développer leur propre influence sur la scène mondiale, et en particulier dans l’hémisphère sud. Si la Chine a plusieurs années d’avance dans la concrétisation de cette ambition, en particulier en Afrique, l’Inde et les pétromonarchies manifestent désormais le même engagement. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Loin d’incarner une véritable menace, ce groupe offre donc aux Occidentaux un lieu idéal d’observation des rivalités entre ses pays-membres afin d’en tirer le meilleur profit. L’expansion des BRICS doit néanmoins agir comme un avertissement : s’il est difficile de renverser totalement l’ordre occidental – la Chine et la Russie, souvent ensemble, ont passé l’essentiel du XXème siècle à tenter de le faire sans pour autant y parvenir – preuve en est que les économies désignées, par un abus de langage obsolète, comme « émergentes », sont désormais incontournables dans la définition des équilibres stratégiques. L’Occident doit donc réinventer ses relations avec ces puissances trop longtemps négligées, sous peine de se voir durablement supplanté par l’influence chinoise et russe.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 10/09/2023.</strong></p>
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		<title>L’Iran au sein des Brics, vraie opportunité ou faux espoirs ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Aug 2023 07:30:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[BRICS]]></category>
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					<description><![CDATA[Lors du dernier sommet des Brics à Johannesburg, décision a été prise d’ouvrir l’organisation à six nouveaux pays, dont l’Arabie<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-au-sein-des-brics-vraie-opportunite-ou-faux-espoirs%e2%80%89/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lors du dernier sommet des Brics à Johannesburg, décision a été prise d’ouvrir l’organisation à six nouveaux pays, dont l’Arabie saoudite, l’Égypte, et surtout l’Iran. Alors que dix-sept pays voient encore leur candidature mise en attente, l’annonce de l’entrée de Téhéran a pu apparaître comme une surprise. L’organisation se distingue en effet par son caractère hétéroclite, regroupant des régimes autoritaires et des démocraties très dissemblables – quelle proximité en effet entre l’Argentine et les Émirats arabes unis ? Pour autant, la cohérence politique est à trouver dans le désir commun à tous les pays membres de redessiner une gouvernance mondiale plus ouverte, et surtout plus indépendante de l’hégémonie financière et politique américaine.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’Iran, pivot incontournable au coeur de l’Asie centrale</strong></h4>
<p>L’invitation offerte à l’Iran témoigne d’une reconfiguration géopolitique résolument orientée vers le Moyen-Orient et l’Asie, alors que la région connaît une évolution stratégique complexe où le désir de se libérer de la tutelle américaine est manifeste, notamment chez les alliés historiques des États-Unis comme l’Arabie saoudite ou les Émirats. L’influence de la Chine y est majeure, et démontre le rôle central que Téhéran occupe dans cette diversification stratégique pour, selon les propres mots de Xi Jinping, “renforcer l’objectif des Brics et s’opposer à l’unilatéralisme américain”. C’est également la preuve qu’en dépit des sanctions occidentales qui l’handicapent depuis plus de quarante ans, l’Iran est parvenu à s’imposer comme un partenaire commercial, politique et sécuritaire crédible aux yeux des économies émergentes, une puissance régionale incontournable de par son rôle pivot au cœur de l’Asie centrale.</p>
<p class="mise_en_avant">“C’est la preuve qu’en dépit des sanctions occidentales qui l’handicapent depuis plus de quarante ans, l’Iran est parvenu à s’imposer comme un partenaire commercial, politique et sécuritaire crédible aux yeux des économies émergentes”</p>
<p>Les médias pro-conservateurs iraniens se plaisent à saluer l’événement comme une “réussite historique”, et il est difficile de contester qu’après une année de crise sociale et politique sévère, c’est effectivement une victoire diplomatique majeure pour Téhéran, qui voit sa légitimité en tant que puissance confirmée malgré ses enjeux domestiques. Le premier gain immédiat de cette adhésion aux Brics est de démontrer l’étendue de ses appuis sur la scène internationale. La Chine, et dans une moindre mesure la Russie, toutes deux membres fondateurs de l’organisation, se sont en effet imposées pour Téhéran comme des alternatives possibles aux Occidentaux, tant sur le plan économique que politique. Cette adhésion apparaît donc comme une validation des efforts de diversification stratégique et d’orientation des intérêts iraniens vers l’Asie. Au demeurant, le poids des Brics est loin d’être négligeable. Avec ses six membres fondateurs, l’organisation représentait déjà depuis 2011 près de 40 % de la population mondiale, leurs économies générant près du quart du PIB mondial. Par ailleurs, en cas d’adhésion confirmée de l’Iran, de l’Arabie saoudite et des Émirats au sein des Brics, l’organisation compterait six des neuf principaux producteurs de pétrole au 1er janvier 2024, permettant au bloc de gagner grandement en influence sur les cours et la production mondiale.</p>
<p>Pour autant, si le gain en termes de prestige est réel, les bénéfices pour la stabilisation de l’économie iranienne demeurent hypothétiques. Depuis sa création, le groupe des Brics n’est encore jamais parvenu à égaler le poids ni la cohésion du G7. Certains analystes le dénoncent d’ailleurs comme une institution purement formelle, dépourvue d’orientations claires. Certains de ses membres, comme la Chine et l’Inde, sont régulièrement en conflit sur des questions géopolitiques qui leur sont propres. D’autres, comme l’Argentine et l’Égypte, nouvelles recrues de 2023, sont deux des principaux débiteurs du FMI.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La NDB, rivale du FMI et de la Banque mondiale</strong></h4>
<p>L’Iran espère malgré tout que l’expansion des Brics contribuera à la poursuite de la dédollarisation des échanges internationaux, ce qui lui offrirait de nouvelles possibilités pour contourner les sanctions américaines. Le régime iranien compte notamment beaucoup sur la Nouvelle Banque de Développement (NDB pour New Develpment Bank), créée par les membres fondateurs des Brics en 2015 pour rivaliser avec le FMI et la Banque mondiale, afin d’établir des canaux de paiement en dehors du système bancaire international SWIFT – auquel il ne peut avoir recours en raison des sanctions américaines dites secondaires. Le Bangladesh, l’Égypte et les Émirats sont déjà membres de cette institution financière. Il apparaît néanmoins douteux que la NDB puisse permettre à l’Iran d’atteindre cet objectif, comme les réformateurs iraniens le rappellent en guise de critique envers Ebrahim Raïssi. À ce jour, il n’est pas clairement établi que Téhéran bénéficiera de l’adhésion à cette institution financière, précisément à cause de son statut de pays sous sanctions. À titre d’exemple, les sanctions occidentales imposées à la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine ont causé d’importantes complications à la NDB, la plupart de ses emprunts étant libellés en dollars. Même si la banque dit envisager davantage de prêts en monnaies locales, elle affirme que seuls 30 % seront effectués dans le cadre d’appels d’offres locaux. Alors que plusieurs États membres des Brics refusaient déjà de s’engager auprès des banques iraniennes en raison du risque d’être impactés par les sanctions américaines, il paraît peu vraisemblable que l’Iran parvienne à obtenir des prêts de la NDB.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Des marges de manœuvre diplomatiques</strong></h4>
<p>La question se pose désormais à Téhéran de savoir si cette adhésion, si elle s’avérait infructueuse, pourrait renforcer l’impopularité du président iranien, et plus largement d’un régime déjà extrêmement fragilisé. Pour faire face à cette éventualité, les conservateurs la présentent déjà comme une bonne raison de rompre les négociations avec les États-Unis et de se détourner définitivement de l’Occident, loin de la ligne d’équilibre et de diversification des alliances prônée par les réformateurs.</p>
<p class="mise_en_avant">“Fort de son adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai et aux Brics, l’Iran dispose aujourd’hui de davantage de marge de manœuvre dans ses négociations avec Washington”</p>
<p>Une telle évolution est envisageable mais pour autant, elle n’est pas dans l’intérêt de l’Iran. Fort de son adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai et aux Brics, manifestement appuyé par la Chine, l’Iran dispose aujourd’hui de davantage de marge de manœuvre dans ses négociations avec Washington, qui se poursuivent officieusement et de manière plutôt positive. Pour l’Iran, réussir à concilier des alliés par ailleurs rivaux est un difficile exercice d’équilibre, mais la diplomatie iranienne s’est fait une spécialité de savoir manier les contraires.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Eco du 30/08/2023.</strong></p>
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