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	<title>Bahreïn &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Au Bahreïn, une population en attente d&#8217;un islam modéré et d&#8217;une vraie cohésion sociale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Nov 2022 09:13:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-22291 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/32_ND_692_preview_a344f9e6ac-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/32_ND_692_preview_a344f9e6ac-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/32_ND_692_preview_a344f9e6ac-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/11/32_ND_692_preview_a344f9e6ac.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p style="font-weight: 400;">Samedi 12 novembre, quelques 350 000 électeurs étaient attendus aux urnes dans le royaume du Bahreïn. Aucune véritable surprise ne sera observée dans le cadre de cette élection où, certes, 73 femmes sont candidates pour siéger à la Majlis Al-Nuwab, la Chambre basse du Parlement bahreïni, mais où l&rsquo;opposition chiite, elle, n&rsquo;a pas le droit de se présenter. Belle ironie, alors que le Pape François avait appelé le souverain Hamed ben Issa Al-Khalifa, lors de sa récente visite pontificale dans l&rsquo;archipel, à respecter et promouvoir les droits de l&rsquo;homme ! Ce scrutin législatif met donc en lumière la réalité politique et sociale de cette monarchie constitutionnelle d&rsquo;environ 1,5 millions d&rsquo;habitants, dont plus de la moitié sont des travailleurs expatriés.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le parti chiite Al-Wefaq et le parti laïc Waad, interdits respectivement en 2016 et 2017, ont naturellement appelé au boycott de cette « farce », alors que le scrutin suscite, semble t-il, un engouement qui pourrait entraîner un second tour. Mais comment avoir un pays sain sans opposition ?</p>
<p style="font-weight: 400;">Le Bahreïn est l&rsquo;exemple même de la pétromonarchie doublement prise entre deux feux, d&rsquo;abord sur le plan domestique et démographique. Le petit royaume est en effet tiraillé entre une population de nationaux majoritairement chiite, à plus de 65%, mais dirigée par une minorité sunnite et le clan Al-Khalifa. Pour les représentants d&rsquo;ONG bahreïnis en exil, la discrimination institutionnalisée de la majorité chiite la condamne, dans les faits, au statut de minorité aliénée. Sa culture, sa langue, son histoire particulière au sein du royaume sont niées, les chiites exclus des postes dans les administrations et la fonction publique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pétromonarchie hautement développée mais très inégalitaire, le Bahreïn vit donc constamment avec une révolte sociale de basse intensité. Celle-ci a pu violemment s&rsquo;exprimer dans le sillage des printemps arabes en 2011, mais a été tout aussi violemment réprimée par le régime sunnite, sans avoir pu être éteinte faute de réponses politiques adéquates. Depuis plus de dix ans, chaque mouvement de protestation réclamant justice sociale et démocratie est issu de la majorité chiite, qui le paye très cher : on estime ainsi à près de 2000 le nombre de personnes incarcérées du fait de leur appartenance à cette communauté ou de leurs critiques envers le régime.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ces tensions communautaires sont d&rsquo;autre part la conséquence d&rsquo;une géopolitique complexe, qui voit le Bahreïn géographiquement encerclé par l&rsquo;Iran d&rsquo;un côté, situé à peine à 200 km, et de l&rsquo;autre par l&rsquo;Arabie Saoudite, à laquelle le royaume est directement connecté par voie terrestre avec la chaussée du roi Fahd. Liés par une proximité géographique, religieuse et politique, les deux royaumes observent une même méfiance vis-à-vis de l&rsquo;Iran. Soucieuse d&rsquo;éviter toute révolution chiite à ses portes, Riyad avait activement soutenu le régime Al-Khalifa pour réprimer le printemps arabe bahreïni. Comme en Arabie Saoudite, les chiites du Bahreïn font l&rsquo;objet d&rsquo;une suspicion constante de la part des autorités, et leurs revendications de justice sociale toujours perçues comme des actes terroristes justifiant leur répression.</p>
<p style="font-weight: 400;">L&rsquo;environnement régional du Bahreïn et les difficultés domestiques devrait pourtant obliger le régime à observer davantage d&rsquo;équilibre pour conserver sa stabilité. Sans surprise, les chiites tournent volontiers leurs regards vers l&rsquo;Iran, et se montrent parmi les plus favorables à une bonne entente entre leur pays et Téhéran au sein des sociétés arabes du Moyen-Orient. Ce progrès reste cependant difficile à atteindre, tant le régime accuse déjà Téhéran d&rsquo;encourager la dissidence chiite. Etonnamment, chiites et sunnites du Bahreïn s&rsquo;accordent à considérer un traité sur le nucléaire iranien comme un développement positif pour leur pays.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les relations avec les Etats-Unis et Israël divisent tout autant les deux communautés. Le royaume demeure un allié stratégique de l&rsquo;Occident et accueille la cinquième flotte des Etats-Unis avec environ 7800 militaires américains présents sur place, ainsi qu&rsquo;une base britannique, l&rsquo;ancienne puissance coloniale. Pourtant, seul un quart des chiites, comme des sunnites du royaume, estime que la tournée estivale de Joe Biden au Moyen-Orient aura des conséquences positives dans la région. A l&rsquo;inverse, une majorité écrasante estime que l&rsquo;invasion de l&rsquo;Ukraine a déjà des conséquences désastreuses sur la géopolitique du Moyen-Orient. Cela n&#8217;empêche pas les Bahreïnis d&rsquo;être aujourd&rsquo;hui unanimement méfiants envers un allié américain manquant désormais de fiabilité, et sur la nécessité de chercher d&rsquo;autres formes de soutien auprès de la Chine ou de la Russie.</p>
<p style="font-weight: 400;">Bien que le royaume ait été l&rsquo;un des premiers signataires, avec le Maroc, le Soudan et les Emirats Arabes Unis, des accords d&rsquo;Abraham en 2020 qui lui ont permis de normaliser ses relations avec Israël, le bilan semble aujourd&rsquo;hui mitigé, la population bahreïnie persistant à refuser, à plus de 60% et indépendamment des différences sectaires, tout commerce avec l&rsquo;Etat hébreu.</p>
<p style="font-weight: 400;">La population du Bahreïn aspire <em>in fine</em> à deux choses : une amélioration de la situation économique, jugée mauvaise, mais aussi à un islam plus modéré. Ce désir, s&rsquo;il était satisfait, permettrait d&rsquo;améliorer profondément la cohésion sociale et de réduire la fracture communautaire, comme les risques de radicalisation. Il est donc fort dommage que les élections fantoches de ce week-end ne permettent pas d&rsquo;oeuvrer en ce sens, en donnant une représentativité à la majorité de la population et la liberté d&rsquo;exprimer ces revendications.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 13/11/2022.</strong></p>
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		<title>L&#8217;exécution de deux chiites</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexecution-de-deux-chiites/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Aug 2019 07:13:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Bahreïn]]></category>
		<category><![CDATA[Chiite]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Samedi 27 juillet, l&#8217;émirat de Bahreïn a fait exécuter trois hommes, donc deux chiites. Ahmad al-Mullali, 24 ans, et Ali<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lexecution-de-deux-chiites/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2806 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/08/B9720422623Z.1_20190730174512_000G2JE5P6Q9.1-0-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/08/B9720422623Z.1_20190730174512_000G2JE5P6Q9.1-0-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/08/B9720422623Z.1_20190730174512_000G2JE5P6Q9.1-0-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/08/B9720422623Z.1_20190730174512_000G2JE5P6Q9.1-0.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Samedi 27 juillet, l&rsquo;émirat de Bahreïn a fait exécuter trois hommes, donc deux chiites. Ahmad al-Mullali, 24 ans, et Ali Hakim al-Arab, 25 ans, avaient été condamnés à mort l&rsquo;année dernière lors d&rsquo;un procès de masse, en même temps que 56 autres hommes condamnés pour leur part à des peines d&#8217;emprisonnement, dont 15 à perpétuité. Tous le furent pour « crimes terroristes », dont la mort d&rsquo;un officier de police en 2017 lors d&rsquo;attaques organisées, selon les autorités, par des meneurs basés en Iran.</p>
<p>Les ONG et défenseurs des droits de l&rsquo;homme se sont évidemment insurgés contre ces exécutions, d&rsquo;autant que les aveux des deux chiites auraient été obtenus sous la torture. Human Right Watch a décrit les exécutions comme « cruelles », et y voit un signe que le roi sunnite Al-Khalifa, qui règne sur un peuple majoritairement chiite, n&rsquo;a jamais été sérieux dans ses projets de réforme et de gouvernance respectueuse du droit.</p>
<p>Bahreïn, minuscule archipel qui constitue le plus petit Etat du Golfe Persique, est depuis l&rsquo;Antiquité une étape incontournable du commerce entre l&rsquo;Asie et la péninsule arabique, célèbre notamment pour son exploitation perlière. Passé successivement sous domination arabe, portugaise, puis perse au 17ème siècle, l&rsquo;émirat est gouverné depuis la fin du 18ème siècle par la famille d&rsquo;origine arabe Al-Khalifa, qui resta au pouvoir depuis lors, y compris lorsque Bahreïn devint protectorat britannique entre la fin du 19ème siècle et son indépendance en 1971. C&rsquo;est une monarchie héréditaire qui gouverne toujours l&rsquo;émirat, en dépit des demandes de la population pour une monarchie constitutionnelle et davantage de libertés individuelles. Depuis toujours également, la minorité sunnite au pouvoir discrimine et réprime activement la liberté d&rsquo;expression de la majorité chiite – près de 65% de la population, un héritage du temps où Bahreïn appartenait à la Perse. L&rsquo;émirat, géographiquement relié à l&rsquo;Arabie Saoudite par la chaussée du roi Fahd, est totalement sous influence saoudienne et soutient sa politique belliciste dans le Golfe Persique, notamment à l&rsquo;encontre de l&rsquo;Iran.</p>
<p>Lorsque début 2011, la vague des « printemps » déferla sur le monde arabe, Bahreïn fut la seule pétromonarchie réellement menacée par les manifestations populaires, qui mobilisèrent en premier lieu les chiites, mais très vite une grande partie de la population sunnite. Paniqué, Al-Khalifa demanda l&rsquo;aide et l&rsquo;intervention armée de l&rsquo;Arabie Saoudite dès mars 2011. Comme dans d&rsquo;autres dictatures du monde arabe en proie au même risque de déstabilisation, la notion de « terrorisme » recouvrit alors un champ très large, pour le moins flou, et devint un prétexte très commode pour faire taire la dissidence et justifier la répression. Une répression faite d&rsquo;arrestations et de jugements où les droits des prévenus sont bafoués, où l&rsquo;usage de la torture est monnaie courante, et dont l&rsquo;issue se traduit le plus souvent par une peine de mort après des mois, voire des années d&#8217;emprisonnement.</p>
<p>Plus de sept ans après la fin de la révolution avortée, la contestation n&rsquo;a cependant jamais cessé, et la répression saoudienne et bahreïnie n&rsquo;a fait que renforcer la dissidence chiite. A l&rsquo;automne 2016, cette répression s&rsquo;est intensifiée, notamment autour de Diraz, fief du cheikh Issa Qassem. Le guide spirituel de la communauté chiite avait été déchu de sa nationalité sur des soupçons de «<em> menées théocratiques en lien avec les ennemis de la nation</em> », autrement dit l&rsquo;Iran. De peur de le voir expulsé du pays, les habitants de Diraz ont organisé un véritable blocus autour de la commune, jusqu&rsquo;à ce que celui-ci soit brutalement dispersé le 23 mai 2017.</p>
<p>Les arrestations en masse d&rsquo;opposants se sont multipliées, et à l&rsquo;heure actuelle, la plupart des grandes figures de l&rsquo;opposition vivent en exil, ou en prison. Ainsi Nabil Rajab, directeur de l&rsquo;ONG, interdite, Bahrein Center for Human Rights, condamné en février 2018 à cinq ans de prison pour avoir « <em>insulté publiquement des Etats frères en temps de guerre</em> ». Nabil Rajab avait publié des tweets critiquant la guerre menée au Yémen par l&rsquo;Arabie Saoudite. Lorsque Mike Pompeo se rendit à Manama en janvier 2019, dans la foulée de l&rsquo;appel des Nations Unies pour obtenir sa libération, on se doute que le Secrétaire d&rsquo;Etat américain ne relaya guère cette demande et chercha sans doute davantage à s&rsquo;assurer du soutien de Bahreïn aux Américains face à l&rsquo;Iran.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, ces exécutions interviennent dans un contexte particulièrement tendu au Moyen-Orient, avec la multiplication quasi hebdomadaire des actes de provocation entre l&rsquo;Iran, les pétromonarchies et les Européens. Pour Sayed Ahmed Alwadaei, directeur du Bahrain Institute for Rights and Democracy, basé à Londres, « <em>le gouvernement bahreïni a préparé ces exécutions méticuleusement, les faisant habilement coïncider avec le calendrier politique particulièrement compliqué des Américains, des Européens et des Britanniques, de façon à ce que la communauté internationale n&rsquo;y prenne pas garde.</em> » Cependant, la décision du gouvernement bahreïni d&rsquo;exécuter deux chiites, pourtant condamnés depuis un an, en ce moment précis, est autant une provocation et un signal très clair à l&rsquo;égard de l&rsquo;Iran, qu&rsquo;un nouveau rappel de son allégeance à Riyad. Comment enfin, dans le contexte actuel, ne pas y lire une preuve de bonne volonté de la part d&rsquo;un pays stratégiquement capital pour la présence américaine dans le Golfe Persique, puisqu&rsquo;il héberge la cinquième flotte des Etats-Unis et le commandement central de leurs forces navales ?</p>
<p>Bahreïn, en effet, ne se trouve qu&rsquo;à 200 kilomètres des côtes iraniennes, et sera donc en première ligne en cas d&rsquo;affrontement entre l&rsquo;Iran et les Etats-Unis.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 2/08/2019.</strong></p>
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