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	<title>Azerbaïdjan &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Erdogan reprend sa marche ottomane</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 11:47:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/erdogan-reprend-sa-marche-ottomane/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’année 2024 a profondément bousculé les équilibres régionaux au Moyen-Orient. Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre, puis en tant que président depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan poursuit méthodiquement sa politique de puissance. Pensée pour restaurer une grandeur néo-ottomane, cette stratégie se déploie tous azimuts.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le retour de la Turquie en Syrie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord, la Turquie entend s’imposer comme leader du monde musulman sunnite. À ce titre, Ankara profite largement du renversement du régime de Bachar al-Assad, allié stratégique de l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien qu’Erdogan continue de nier toute implication dans l’offensive éclair de décembre dernier, sa proximité avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa, ainsi qu’avec le groupe islamiste sunnite Hayat Tahrir al-Sham en raison de leur obédience commune à l’idéologie des Frères musulmans, lui permet de faire avancer son agenda et de renforcer sa présence dans une région jusque-là sous forte influence iranienne chiite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la chute du régime baasiste, entre 30 000 et 80 000 réfugiés syriens, selon les estimations, ont déjà été rapatriés en Syrie depuis la Turquie. Enfin, Erdogan est parvenu à manœuvrer pour bloquer définitivement la création d’un État kurde à sa frontière sud par les forces kurdes turques du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et celles syriennes, qui composent majoritairement AANES (Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie), affaiblies par le renversement de leur allié alaouite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que depuis sa prison turque, Abdullah Öcalan, le leader du PKK, a appelé à la dissolution de son parti, le président par intérim syrien et Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes, ont conclu le 10 mars dernier un accord historique prévoyant l’intégration des institutions civiles et militaires de l’AANES au sein de l’État syrien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ambitions énergétiques turco-azerbaïdjannaises</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Turquie mène aussi depuis des années une stratégie énergétique ambitieuse, notamment dans le Caucase. En 2006, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE) a été mis en service et récemment, Ankara et Bakou ont convenu d’augmenter le volume des flux du TANAP (Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline) qui depuis sa création a acheminé 76,1 milliards de mètres cubes de gaz azerbaïdjanais vers l’Europe en passant par la Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le 5 mars dernier, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont à nouveau renforcé leur partenariat énergétique en inaugurant un autre gazoduc Igdır-Nakhchivan, qui relie la Turquie à l’enclave azerbaïdjanaise de Nakhitchevan coincée entre l’Arménie, la Turquie et l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces projets sont notamment encouragés par la Commission européenne qui, sans se soucier des droits humains et de la souveraineté de l’Arménie, y voit une opportunité de réduire sa dépendance au gaz russe en faisant de l’Azerbaïdjan, riche en gisements offshore, un fournisseur d’hydrocarbures privilégié. À ce titre, le 18 juillet 2022, Ursusla Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et Ilham Aliyev, le président azerbaïdjanais, ont signé un mémorandum visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais d’ici 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de cette ambition énergétique, la Turquie d’Erdogan entend renouer avec son passé altaïque et fédérer les populations turcophones du Caucase et d’Asie centrale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Iran et le corridor stratégique de Zanguezour</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran, significativement affaibli, peine à contenir cet expansionnisme turc. Téhéran a subi de lourdes pertes stratégiques, réduisant drastiquement son influence et son pouvoir de nuisance régionale, stratégie cardinale de sa dissuasion extérieure. La guerre à Gaza, l’offensive israélienne contre le Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad, son allié historique par lequel transitait son soutien militaire, ont considérablement entamé ses proxys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran redoute le renforcement de la coopération énergétique entre Ankara et Bakou, craignant d’être marginalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Récemment, les autorités turques et azerbaïdjanaises ont réaffirmé leur volonté de mettre en œuvre le corridor de Zanguezour. Ce corridor, hautement stratégique car il permettrait des débouchés sur l’Europe comme sur l’Asie, ambitionne de relier la ville de Kars en Turquie à Bakou sur les bords de la mer Caspienne en passant par l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan et en longeant les frontières iraniennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran refuse catégoriquement un tel projet qui encerclerait son territoire et compromettrait la souveraineté arménienne. Téhéran craint que ses flux d’approvisionnement et d’exportation ne deviennent tributaires du bon vouloir des autorités turques et azerbaïdjanaises, faisant peser des risques de blocage à l’image des fermetures sporadiques ces dernières années des postes-frontières de Poldacht et d’Astara, qu’a pourtant démenties Bakou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré une frontière commune et une population azérie chiite représentant environ 60 % de l’Azerbaïdjan, les relations irano-azerbaïdjanaises demeurent délicates. Téhéran a adopté une position ambiguë sur le conflit du Haut-Karabakh, reconnaissant la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur ce territoire tout en maintenant une proximité avec Erevan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l’Iran redoute aussi le soutien de l’Azerbaïdjan à l’irrédentisme des Azéris d’Iran, qui représentent environ 16 % de la population et sont concentrés dans le nord-ouest du pays, près de la frontière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, malgré ses faiblesses intérieures et profitant de l’affaiblissement de l’Iran, la Turquie d’Erdogan continue d’avancer ses pions au Moyen-Orient et dans le Caucase.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/erdogan-reprend-sa-marchee-ottomane-123735/">Le nouvel Economiste</a> le 20/03/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">©SIPA</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Azerbaïdjan, un voisin difficile à manœuvrer pour l&#8217;Iran</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-un-voisin-difficile-a-manoeuvrer-pour-liran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Nov 2023 11:03:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[Si le monde musulman paraît naturellement sensible à la cause palestinienne, les considérations géopolitiques peuvent rendre l’équation plus complexe pour<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-un-voisin-difficile-a-manoeuvrer-pour-liran/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le monde musulman paraît naturellement sensible à la cause palestinienne, les considérations géopolitiques peuvent rendre l’équation plus complexe pour certains pays qui entretiennent de bonnes relations avec Israël. L’Azerbaïdjan est de ceux-là, ce qui rend son voisinage avec l’Iran et désormais la Turquie particulièrement délicat alors que le régime iranien cherche à s’imposer comme le leader naturel de la résistance islamique anti-israélienne, et que la Turquie, relativement prudente au lendemain des attaques du 7 octobre, a radicalement changé de discours pour les mêmes raisons.</p>
<p>Alors que les appels à cesser les hostilités dans la bande de Gaza se multiplient à travers le Moyen-Orient et plus largement au sein du monde musulman, le discours critique contre l’Etat hébreu et les appels à rompre les liens économiques et diplomatiques ne trouvent aucun écho particulier à Bakou. L’Azerbaïdjan cultive en effet depuis son indépendance une relation très étroite avec Israël, notamment sur le plan énergétique puisqu’il couvre, avec le Kazakhstan, plus de la moitié de ses besoins pétroliers &#8211; l’Azerbaïdjan est d’ailleurs un partenaire plus essentiel puisqu’il fournit à lui seul 40% de la demande israélienne. Mais c’est sur le plan sécuritaire et militaire que la collaboration est particulièrement soutenue, puisque 70% de l’équipement militaire azéri a été fourni par les industries de défense israéliennes. Autre argument diplomatique non négligeable, l’Azerbaïdjan bénéficie à Washington de l’appui des lobbies pro-israéliens, ce qui explique peut-être l’absence de mesures de sanctions à son encontre, en dépit de ses graves entorses au droit international et au respect des droits de l’homme.</p>
<p>Cette relation sert <span lang="IT">à </span>la fois les objectifs stratégiques de l&rsquo;Azerba<span lang="NL">ï</span>djan et d’<span lang="NL">Israë</span><span lang="IT">l</span>. Le réarmement inexorable de l’Azerbaïdjan depuis sa défaite contre l’Arménie en 1994 doit ainsi beaucoup à l’Etat hébreu, dont l’arsenal de pointe lui a permis de récupérer la majeure partie des territoires perdus du Haut-Karabakh lors de la « guerre des 44 jours » à l’automne 2020. Le processus s’est achevé en septembre dernier avec l’offensive éclair du 19 septembre, qui a entraîné l’exil de 100 000 Arméniens de l’enclave et sa reconquête définitive par Bakou.</p>
<p>Avoir un pied en Azerba<span lang="NL">ï</span><span lang="IT">djan sert </span>également les inté<span lang="IT">rê</span><span lang="DE">ts isra</span>éliens contre l’Iran, tant sur le plan opérationnel et du renseignement qu’en matière de disruption. Israël appuie naturellement la position de Bakou en faveur de l’irrédentisme azéri dans le nord-ouest de l’Iran, région régulièrement désignée comme « l’Azerbaïdjan du Sud » par Ilham Aliyev… en dépit du fait que l’Azerbaïdjan en tant que pays souverain n’existe que depuis 1918, tandis que l’Iran en tant qu’Etat existe depuis plusieurs millénaires. Pour autant, l’hypothétique « réunification » de toutes les populations azéries constitue une menace naturelle pour l’intégrité territoriale et ethnique de l’Iran. Ce sécessionnisme a d’ailleurs pu trouver un écho jusqu’à Washington auprès de certains think-tank proches des Républicains, très influents sur la « politique iranienne » de Donald Trump entre 2016 et 2020. L’idée qu’une désintégration territoriale soit envisagée à ce point justifie la méfiance de Téhéran face à toute tentative d’encerclement de l’axe turco-israélien à ses frontières. Son opposition au corridor du Zanguezour, dont le tracé oscille entre un passage par l’Arménie ou par l’Iran, trouve ainsi sa justification dans ces relations stratégiques opaques et hostiles à sa stabilité et sa projection de puissance dans la région.</p>
<p>Alors que les relations entre l’Iran et l’Azerbaïdjan n’ont fait que se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir d’Ebrahim Raïssi en 2021, il apparaît d’autant plus douteux que Bakou cède aux sirènes d’une politique anti-israélienne. Fort de sa récente victoire dans le Caucase, Ilham Aliyev n’a en effet aucune urgence, aucun intérêt à complaire à la République islamique, d’autant plus qu’e<span lang="DE">n d</span>épit d&rsquo;une sympathie certaine pour la cause palestinienne, l&rsquo;opinion publique azérie <span lang="IT">n</span>e réclame aucun <span lang="NL">boycott</span> de l’Etat hébreu. Dans un pays où la haine de l’Arménien est devenue une idéologie à part entière, l’aide d’Israël dans la reconquête du Haut-Karabakh a, au contraire, été fortement appréciée. Aussi, entre une meilleure entente avec l&rsquo;Iran et les bé<span lang="IT">n</span>éfices de sa relation israélienne, le choix de Bakou sera donc vite fait.</p>
<p>L’équation est donc particulièrement difficile pour l’Iran, qui doit contrebalancer ses positionnements vis-à-vis de la relation israélo-azérie avec la nécessité d’améliorer son entente avec ses voisins. En dépit d’une rhétorique régulièrement hostile, l’Iran et l’Azerbaïdjan ont ainsi tenté de discrets rapprochements économiques, notamment en développant le corridor commercial et de transport Nord-Sud. Téhéran semble également se satisfaire des avertissements envoyés à son voisin grâce aux exercices militaires régulièrement opérés à leur frontière commune. Aussi importante soit-elle symboliquement pour l’Iran, la question de Gaza ne saurait donc interférer dans sa relation bilatérale avec l’Azerbaïdjan.</p>
<p>L&rsquo;Iran pourrait en revanche trouver avec la Turquie un soutien de circonstances face à Israël, qui risque de placer l’Azerbaïdjan, son allié naturel, en délicate position stratégique. Pour autant, Ankara n’a pas davantage souscrit aux demandes de l’Iran, par exemple en organisant un embargo pétrolier contre l’Etat hébreu. Tout comme l’Iran, la Turquie semble déterminée à s’imposer comme leader naturel des autres nations musulmanes face à Israël, ce qui laisse présager de vives surenchères entre les deux pays.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 12/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La paix entre l&#8217;Azerbaïdjan et l&#8217;Arménie est-elle possible ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-paix-entre-lazerbaidjan-et-larmenie-est-elle-possible%e2%80%af/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Nov 2023 09:12:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Le marché plutôt que la guerre ? Créer des liens économiques pour assurer la paix est en effet un principe fondamental<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-paix-entre-lazerbaidjan-et-larmenie-est-elle-possible%e2%80%af/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le marché plutôt que la guerre ? Créer des liens économiques pour assurer la paix est en effet un principe fondamental des relations géopolitiques contemporaines, et celui-ci a d’ailleurs largement présidé à la fondation de l’Union européenne. De fait, l’Europe occidentale est en paix depuis 1945, un phénomène jamais vu au cours des siècles précédents. La recette fera-t-elle des émules dans le Caucase ? Après trente ans de bellicisme et d’échec d’une solution diplomatique sur la question du Haut-Karabakh, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont laissé entendre ces dernières semaines qu’un accord de paix entre les deux pays pourrait être signé d’ici la fin de l’année. Surprenante, l’annonce est cependant crédible sur plusieurs points.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le pragmatisme de la normalisation</strong></h4>
<p>Aussi douloureuse soit-elle, la perte semble-t-il définitive du Haut-Karabakh, rendu au giron azéri, a été actée par l’Arménie. C’est pour elle un échec politique indiscutable. Pour éviter de le doubler d’un échec humanitaire, Erevan compte désormais accorder la citoyenneté arménienne ou un statut spécial de réfugiés aux Arméniens de l’enclave, les autorités azéries entretenant sciemment le flou sur leur avenir. Mais cette perte territoriale lève aussi le seul obstacle permanent à toute normalisation de ses relations avec l’Azerbaïdjan. Or, le pragmatisme est un pilier fondamental d’une action politique efficace. En dépit de leurs profonds contentieux et différences, les deux voisins ont aussi un objectif commun : sortir totalement le Caucase du Sud, l’une des régions du monde les moins dotées en infrastructures de transports (tant pour des raisons géographiques que géopolitiques) de l’enclavement, et augmenter ses réseaux de connexion vers l’Asie et l’Europe. En effet, à cause du différend sur le statut de l’enclave, la frontière entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie est demeurée fermée durant près de trente ans, ne permettant à Erevan que des connexions limitées vers le nord, via la Géorgie et la Russie, et l’Iran au sud. Pour l’Azerbaïdjan, les effets ont été tout aussi négatifs, ses exportations d’hydrocarbures vers l’Europe dépendant exclusivement des possibilités de transit offertes par la Géorgie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le projet arménien “Crossroads for peace”</strong></h4>
<p>Le temps serait-il venu pour le Caucase de devenir un hub énergétique et économique ? La région a pu être témoin de cette nouvelle approche volontariste de la part de l’Arménie, lors de la Conférence de la Route de la soie à Tbilissi le 26 octobre dernier. À cette occasion, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a dévoilé un projet baptisé “Crossroads for peace”, dont le but serait de créer de nouvelles interconnexions de transport entre l’Arménie, l’Iran et la Géorgie, mais aussi l’Azerbaïdjan et la Turquie. L’inclusion de ces deux derniers voisins a été évidemment remarquée, à peine plus d’un mois après l’offensive azérie contre le Haut-Karabakh avec le soutien turc.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Le but du projet “Crossroads for peace” serait de créer de nouvelles interconnexions de transport entre l’Arménie, l’Iran et la Géorgie, mais aussi l’Azerbaïdjan et la Turquie”</em></p>
<p>Le projet de Pachinian est naturellement concurrent de celui, panturquiste, de Bakou et Ankara. Le corridor du Zanguezour, sur lequel repose ce dernier, doit en effet non seulement relier l’enclave du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan, mais également assurer à terme une connexion énergétique entre la Turquie et l’Asie centrale via le Caucase du Sud. Outre l’aspect culturel et turcophone du projet, l’objectif de l’Azerbaïdjan était naturellement de s’assurer un moyen de désenclavement, quitte à se passer de l’approbation de l’Arménie pour y parvenir. Erevan y reste farouchement opposé, tout comme l’Iran, tous deux le considérant comme une intolérable remise en cause de la souveraineté territoriale arménienne.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Une option plus sûre pour l’Azerbaïdjan et la Turquie</strong></h4>
<p>Mais l’Arménie a également acté le fait qu’il lui fallait prendre des initiatives pour résister au bellicisme de son voisin, au lieu de demeurer passive et soumise au bon vouloir de ses alliés. L’attitude de la Russie depuis 2020, puissance désormais marquée dans la région par son manque de fiabilité, a été décisive en la matière. Erevan sait que l’Azerbaïdjan et la Turquie ont des objectifs propres que sa proposition risque de compromettre. Mais celle-ci a néanmoins le mérite d’être pour eux politiquement plus “sûre” qu’une campagne militaire, qui risquerait très probablement de susciter une véritable réponse internationale, et donc d’isoler les deux alliés turcs. Ayant désormais atteint son objectif identitaire et nationaliste avec la “reconquête” du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan pourrait perdre tous ses acquis s’il s’engageait dans l’invasion et la conquête de nouveaux territoires par la force, et au mépris du droit international. Car l’Arménie, État souverain et internationalement reconnu, n’est pas l’Artsakh.</p>
<p>Mais la création d’intérêts économiques communs est en effet une piste crédible pour assurer la stabilité de la région, en plus d’obliger chacun à reconnaître l’intégrité territoriale du voisin.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un pas vers une paix durable ?</strong></h4>
<p>Le projet de Nikol Pachinian est donc particulièrement pertinent pour au moins deux raisons : outre la création d’intérêts économiques communs qui contribueront à la stabilité de la région et sécuriseront la coopération diplomatique de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, il obligera chacun à reconnaître l’intégrité territoriale du voisin et, de facto, à le désarmer. Il incarne un excellent préalable à toute réconciliation entre les deux pays, et ouvre un avenir de développement considérable pour la région, mais aussi au-delà, en permettant de créer des connexions supplémentaires entre l’Europe et l’Asie centrale et de renforcer potentiellement la présence occidentale dans ce carrefour géopolitique essentiel.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Grande absente du sommet de Tbilissi, la Russie pourrait constituer une force de disruption majeure”</em></p>
<p>Le fait que les officiels des principales puissances concernées, à savoir l’Azerbaïdjan, la Turquie et l’Iran, aient été présents lors de l’annonce publique du projet, laisse transparaître l’espoir d’une paix durable. Les opposants à la normalisation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, présents dans les deux pays, pourraient néanmoins constituer une force de résistance non négligeable face à cette perspective.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>La capacité de nuisance de la Russie</strong></h4>
<p>Grande absente du sommet de Tbilissi et de ce fait très remarquée, la Russie pourrait également constituer une force de disruption majeure face à ces projets. Il n’est plus à démontrer que Moscou a sciemment entretenu le “conflit gelé” du Haut-Karabakh et maintenu l’instabilité dans la région afin de conserver son influence dans son “étranger proche” et saborder les intérêts occidentaux en Eurasie. Son absence de soutien militaire envers son alliée arménienne a achevé de nourrir la défiance d’Erevan à son égard, et les relations entre les deux pays se sont dégradées à mesure que l’Arménie se rapprochait stratégiquement des membres de l’Otan, comme la France et les États-Unis. Face à cette perte d’influence et à la perspective de voir une région où elle fut historiquement présente évoluer sans elle, la Russie risque donc d’employer une nouvelle fois sa capacité de nuisance pour maintenir son emprise géopolitique, quitte à oblitérer les minces espoirs de paix qui se présentent pour le Caucase du Sud.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 09/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’invasion de l&#8217;Arménie, une erreur politique pour l’Azerbaïdjan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/linvasion-de-larmenie-une-erreur-politique-pour-lazerbaidjan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Nov 2023 11:18:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
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					<description><![CDATA[Les intentions d’Ilham Aliyev suite à sa « reconquête » de l’enclave étaient en effet des plus floues. Et la<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/linvasion-de-larmenie-une-erreur-politique-pour-lazerbaidjan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les intentions d’Ilham Aliyev suite à sa « reconquête » de l’enclave étaient en effet des plus floues. Et la déclaration d’Antony Blinken début octobre a achevé de laisser penser qu’elles seraient forcément belliqueuses, puisqu’il estimait une invasion de l’Arménie par Bakou « imminente ».</p>
<p>Sans être nécessairement exagérée, cette assertion doit être replacée dans le contexte hautement sensible de l’exil de près de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh, qui ont principalement trouvé refuge en Arménie voisine. Seules les personnes les plus âgées, handicapées, ou inaptes à se déplacer, sont restées dans l’enclave, et leur sort demeure indéterminé. Ces évènements ont réveillé la mémoire du génocide de 1915, toujours vif dans l’inconscient collectif arménien, et ont  rapidement laissé craindre une escalade de la part de Bakou.</p>
<p>Les abus perpétrés par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh, comme l’accusation de « nettoyage ethnique » et culturel, sont réels. Il paraît au demeurant plausible que le président azéri ait envisagé une invasion de la province arménienne du Syunik dans le cas d’une résistance éventuelle de l’Artsakh, afin de disposer d’un moyen de pression supplémentaire pour obtenir la dissolution du gouvernement autonome. Or, sa reddition extrêmement rapide et sans combat a certes permis à l’Azerbaïdjan d’annexer l’enclave sans trop d’efforts, mais l’a également pris au dépourvu quant à la suite des évènements.</p>
<p>Certes, par le passé et singulièrement ces trois dernières années, Aliyev a souvent utilisé la menace militaire pour obtenir des concessions de l&rsquo;Arménie. Depuis l’annonce du projet du corridor du Zanguezour (qui doit relier la province azérie du Nakhitchevan au reste de l’Azerbaïdjan en passant par le territoire arménien), Ilham Aliyev n’a eu de cesse d’employer une rhétorique de plus en plus agressive pour vaincre les légitimes réticences de l’Arménie. De mai à novembre 2021, les incidents frontaliers entre les deux pays se sont multipliés, sans compter les incursions des forces azéries &#8211; déjà ! &#8211; dans les provinces du Syunik et du Gegharkunik, au prétexte d’une mauvaise démarcation de la frontière. Par ces provocations, Ilham Aliyev visait à obtenir à la fois une réponse militaire de l’Arménie et le <em>casus belli</em> nécessaire pour justifier une invasion et une occupation en bonne et due forme de sa voisine.</p>
<p>Cependant, l’Arménie a toujours su résister à la tentation de l&rsquo;escalade, afin de montrer à la communauté internationale qu&rsquo;elle n&rsquo;était pas l&rsquo;agresseur et qu&rsquo;elle respectait à la lettre l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020. A l’inverse, l’Azerbaïdjan l’a constamment violé en de multiples points durant trois ans : blocus du corridor de Lachine, exactions régulières contre la population de l’Artsakh, retour rendu impossible pour les réfugiés, rétention des prisonniers de guerre et otages arméniens.</p>
<p>2022 a vu le projet d’invasion de l’Arménie s’accélérer, mais celui-ci s’est rapidement heurté à une forte résistance et a entraîné d’importantes pertes humaines pour l’Azerbaïdjan. Pour autant, ces incursions lui ont permis de saisir des points stratégiques sur la frontière commune entre les deux pays. A ce jour, on compte toujours entre 140 et 215 kilomètres carrés de territoire arménien illégalement occupés par l’Azerbaïdjan.</p>
<p>Compte tenu de l’absence de réaction des Occidentaux face à l’annexion de l’Artsakh, le moment pourrait être tout à fait propice à une invasion de l’Arménie, permettant à Aliyev de poursuivre ses ambitions panturquistes avec la bénédiction de la Turquie. En réalité, l&rsquo;Azerbaïdjan n&rsquo;a aucun intérêt stratégique à s&rsquo;engager dans un conflit militaire avec sa voisine, et ce pour plusieurs raisons.</p>
<p>En premier lieu, l’Arménie n’est pas le Haut-Karabakh, au sens où celle-ci est un Etat de droit internationalement reconnu, et donc indépendant. L’Artsakh ne pouvait malheureusement pas se prévaloir du même statut, en raison du très complexe différend territorial et juridique qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur son compte depuis plus d’un siècle et l’a privé d’une reconnaissance internationale. Une invasion de l’Arménie sans raison valable – c’est-à-dire sans agression directe ou indirecte contre l’Azerbaïdjan – serait de fait illégale et générerait une réponse internationale immédiate, car Erevan conserve fort heureusement des alliés et des appuis.</p>
<p>Par ailleurs, l’armée arménienne s’est considérablement professionnalisée depuis sa défaite à l’automne 2020. Il est ainsi difficile de comparer l’annexion forcée d’une petite enclave qui ne comptait que 5000 soldats et une population affamée par neuf mois de blocus, avec l’invasion d’un pays de trois millions d’habitants doté d’une véritable armée et de soutiens extérieurs.</p>
<p>Le principal argument en défaveur d’une action militaire de l’Azerbaïdjan demeure naturellement l’Iran. Soucieux de préserver l’intégrité territoriale de son alliée, Téhéran ne pourrait pas considérer une telle attaque autrement que comme un affront personnel et un manque de respect envers son statut de puissance régionale. Une invasion azérie déclencherait donc automatiquement une réponse iranienne, car son absence serait un terrible aveu de faiblesse pour l’Iran auprès de ses alliés et surtout de ses rivaux. La question de l’irrédentisme azéri demeure également au coeur des réflexions stratégiques de Téhéran,  la perspective de voir Bakou armer un mouvement séparatiste à sa frontière nord-ouest étant impensable. Aussi, bien qu’il n’ait plus été engagé dans une guerre conventionnelle depuis 1988, l’Iran demeure fort de son réseau de proxies et de ses capacités techniques militaires, qui lui donneraient aisément l&rsquo;avantage sur l&rsquo;Azerbaïdjan.</p>
<p>Il semble donc contre-productif de céder à la panique, car ce serait miser sur une défaillance stratégique de la part d’Ilham Aliyev. Or, ses vingt années au pouvoir démontrent que le président azéri sait attendre, que ce soit pour renforcer patiemment les capacités militaires de son pays, consolider ses alliances ou exploiter les contentieux entre l’Arménie et ses alliés – notamment la Russie. Pour l’heure, Aliyev a déjà atteint ses principaux objectifs avec l&rsquo;annexion du Haut-Karabakh, et la patience stratégique assurera davantage la stabilité de son régime qu’une hasardeuse option militaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plus grande méfiance et l’anticipation demeurent des impératifs pour l’Arménie.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 5/11/2023.</strong></p>
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		<title>L&#8217;Azerbaïdjan n&#8217;en a pas fini avec l&#8217;Arménie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-nen-a-pas-fini-avec-larmenie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Oct 2023 07:49:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 15 octobre, Ilham Aliyev s&rsquo;est rendu à Stepanakert, l’ex-capitale du Haut-Karabakh, désormais appelée Khankandi depuis son retour dans le giron de l’Azerbaïdjan. Une vidéo de quatre minutes a immortalisé cette visite, qui présente le président azéri en treillis, hissant lui-même le drapeau de son pays face au bâtiment qui abritait encore jusqu’au 19 septembre dernier le gouvernement de l’enclave. Son passage à l’intérieur du bâtiment a volontairement cumulé gestes et commentaires particulièrement agressifs et méprisants envers l’Arménie et les autorités en exil du Haut-Karabakh. On voit ainsi Ilham Aliyev fouler aux pieds le drapeau de la république défunte, ouvrir délibérément une fenêtre comme pour en chasser toute ancienne présence arménienne, ou encore moquer, à la vue d’une ancienne carte, « la Grande Arménie » de jadis, qui s’étendait de l’Anatolie orientale au nord de l’Iran. Tout aussi virulent et jubilant durant son discours, le président azéri a souligné que cette visite coïncidait avec le 20ème anniversaire de son accession au pouvoir, qu’il a hérité de son père, Heydar Aliyev. Et il a rappelé sa priorité principale depuis lors, à savoir la reconquête de tous les territoires, villes et villages « occupés » et anciennement azéris, « but sacré » qui l’aurait occupé « chaque jour et chaque heure » depuis vingt ans.</p>
<p>Sur ce point, Ilham Aliyev fait preuve d’une parfaite sincérité. La défaite de l’Arménie en 2020, et l’annexion forcée du Haut-Karabakh en 2023 au mépris du droit international après plusieurs mois de blocus, concrétisent en effet une politique revancharde et haineuse alimentée par trente ans de propagande et d’idéologie anti-arménienne. Durant les trente dernières années, l’Azerbaïdjan n’a cessé de préparer militairement cette reconquête, avec l’appui de son parrain naturel, la Turquie, mais aussi d’Israël et du Pakistan.</p>
<p>Le flou le plus total persiste toujours sur les conditions concrètes de l’intégration de la population arménienne à l’Azerbaïdjan, qui était pourtant une promesse du président azéri afin de rassurer les habitants du Haut-Karabakh. Suite à l’offensive du 19 septembre, les officiels azéris ont rencontré à deux reprises les représentants des Arméniens de l’enclave à ce sujet. Mais alors que la quasi-totalité des 100 000 habitants a fui, essentiellement vers l’Arménie voisine, et qu’il ne reste plus qu’une cinquantaine d’habitants sur place selon la mission de l’ONU, aucune précision n’a été apportée depuis sur cette notion de « réintégration ». Selon les autorités azéries, 98 Arméniens seulement ont demandé la citoyenneté azérie. Dans son discours triomphant, Ilham Aliyev a conservé un éloquent silence sur le sort des exilés… que ce soit en matière d&rsquo;intégration à la société azérie, ou de retour au Haut-Karabakh. Ce dernier évènement démontre qu&rsquo;il n&rsquo;y a du côté azéri aucune volonté de réconciliation ni de construction d&rsquo;un avenir commun. Ilham Aliyev a marché en vainqueur dans une ville déserte, vidée de ses habitants, et c’est un symbole en soi : le Haut-Karabakh qu’il souhaite doit être dépourvu d’une présence et d’une mémoire arméniennes. Il ne s’agit en réalité que de la poursuite d’un projet panturc très ancien, débuté au début du XXème siècle par des pogroms, poursuivi avec le génocide arménien de 1915, et en train de s’achever actuellement avec le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh.</p>
<p>Ce positionnement n’augure rien de bon pour les suites du conflit, qui n’est absolument pas réglé. En atteste la déclaration de l’ambassadeur arménien auprès de l’Union européenne, qui estime que l’Azerbaïdjan prépare activement une invasion du sud de l’Arménie dans les prochaines semaines. Plus inquiétant encore, cet avis est partagé par Antony Blinken lui-même, qui en a fait part récemment à quelques parlementaires américains. Le Secrétaire d’État a d’ailleurs précisé que le Washington envisageait de ne pas renouveler la dérogation au Freedom Support Act, qui permettait aux Etats-Unis de fournir une assistance militaire à Bakou depuis 2002 en dépit de ses différends avec Erevan.</p>
<p>Bien qu’ayant pris ses distances ces derniers mois sur la question de l’indépendance du Haut-Karabakh, le gouvernement arménien ne pouvait contester le fait que l’enclave constituait un bouclier stratégique pour la propre intégrité territoriale de l’Arménie. Alors que la république du Haut-Karabakh a acté sa dissolution au 1er janvier prochain, elle est désormais clairement menacée par la réalisation du corridor du Zanguezour, qui permettrait de créer une continuité territoriale entre la Turquie et l’Azerbaïdjan via le Nakhitchevan, mais constituerait une atteinte fatale portée à sa souveraineté.</p>
<p>Depuis un mois, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian essuie de vives critiques sur sa gestion du conflit et son abandon délibéré du Haut-Karabakh, dans l’espoir d’éviter d’entraîner l’Arménie dans un conflit de plus grande ampleur, notamment avec la Turquie. Mais le fait est que le conflit est désormais aux portes de l’Arménie, et dans ce contexte si incertain, des négociations de paix doivent pourtant s’ouvrir entre Bakou et Erevan. Son vibrant plaidoyer devant le Parlement européen mardi 17 octobre en faveur de la préservation de la démocratie arménienne témoigne de la fébrilité croissante de son pays, désespérément à la recherche d’alliés en Occident alors que la Russie, totalement passive face au sort du Haut-Karabakh, se rapprocherait délibérément de l’Azerbaïdjan. Pour sa part, la France semble s’être enfin souvenue de sa mission historique de protection de l’Arménie, puisqu’elle serait sur le point de finaliser des mesures opérationnelles concrètes, dont la livraison de matériel militaire à Erevan pour qu’elle puisse assurer sa défense, « sans aucun esprit d’escalade ». Mais comme le dit l’adage latin : si vis pacem, para bellum.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 22/10/2023.</strong></p>
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			</item>
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		<title>L&#8217;Azerbaïdjan au bord d&#8217;une nouvelle opération militaire dans le Haut-Karabakh ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-au-bord-dune-nouvelle-operation-militaire-dans-le-haut-karabakh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jul 2023 10:16:43 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">L’état de siège que l’Azerbaïdjan impose au Haut-Karabakh depuis décembre dernier semble prendre une orientation explicitement belliciste, si l’on en juge par la rhétorique employée ces dernières semaines par les médias azéris. Le patron de la télévision d’État a ainsi déclaré publiquement que Bakou était en droit de conduire « une opération anti-terroriste » au Haut-Karabakh, dont le nom de code pourrait être « Revenge 3 », en référence à l’opération éclair d’août 2022 où l’Azerbaïdjan avait annexé de nouvelles parties de l’enclave suite au décès d’un soldat azéri.</p>
<p style="font-weight: 400;">La possibilité d’une nouvelle attaque militaire de grande ampleur suit la série d’incidents frontaliers qui se sont multipliés ces derniers mois entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, et qui ont entraîné plusieurs morts au sein des forces armées des deux pays. Qualifiés de « provocations arméniennes » par Bakou, ces évènements alimentent la recherche de prétextes pour engager une annexion définitive du Haut-Karabakh, sous couvert de désarmement de « groupes militaires et paramilitaires arméniens de l’enclave », qui désignent en réalité l’Armée de défense de l’Artsakh. Le président Ilham Aliyev estime d’ailleurs publiquement que ces démantèlements sont un prérequis indispensable à la mise au point d’un accordde paix avec l’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’escalade se poursuit donc en raison de la stagnation des négociations entre les deux pays et de l’échec des deux processus de paix engagés parallèlement par les Occidentaux et la Russie avec les deux belligérants. Chacun campe en effet sur des positions extrêmement fermes et non négociables. Bakou estime que le Haut-Karabakh devrait faire intégralement partie du territoire azéri, exigence de surcroit validée par sa victoire en novembre 2020 grâce à l’appui logistique et tactique de la Turquie. A travers les autorités du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan vise avant tout l’Arménie qu’il accuse d’utiliser les communautés arméniennes de l’enclave pour organiser des manœuvres de déstabilisation, puisque celles-ci refusent de devenir citoyens azéris. L’Arménie pour sa part a su faire preuve de bonne volonté diplomatique, puisque le Premier ministre Nikol Pachinian avait clairement signifié en mai dernier qu’Erevan serait prête à reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh, précisément en échange de garanties sur la sécurité et le statut des Arméniens de l’enclave, qui ne bénéficient plus depuis des mois de conditions d’existence normales et vivent au quotidien avec la menace constante de l’exil ou du nettoyage ethnique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour l’heure, le combat de deux légitimités, à l’origine du différend territorial entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, se poursuit donc inlassablement et risque fort de ne trouver comme instrument de résolution que la guerre. Certains analystes en doutent encore et évoquent une forme de « diplomatie coercitive » employée par l’Azerbaïdjan pour faire plier sa voisine, qui combine des épisodes de violences avec le maintien du canal diplomatique tant que les négociations se poursuivent. Or, pour l’heure c’est la violence qui prédomine à mesure que l’étau se resserre sur la population arménienne de l’enclave. Alors qu’un nouveau blocus du corridor de Lachine empêchait l’entrée des convois humanitaires, ce sont désormais les véhicules de la Croix-Rouge qui ne peuvent absolument plus pénétrer dans le Haut-Karabakh depuis le 11 juillet, sous prétexte d’opérations illicites de contrebande venant d’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">En frappant directement la population de l’Artsakh, et non les forces armées, ces mesures de coercition révèlent en réalité leur objectif véritable : une tentative accélérée de détruire le gouvernement autonome de la province et de forcer l’annexion totale du territoire, faute d’avancées concrètes dans les négociations. Au demeurant, le président du Haut-Karabakh Arayik Harutyunyan semble parfaitement conscient de la séquence politique telle que l’Azerbaïdjan souhaite l’imposer à l’Arménie : démanteler l’armée de l’Artsakh, ce qui reviendra de facto à détruire le système institutionnel autonome de l’enclave, organiser une parodie d’élections municipales, avant de rouvrir l’accès au corridor de Lachine et de rétablir les conditions de vie des résidents arméniens, devenus de fait des citoyens azéris.</p>
<p style="font-weight: 400;">Deux médiations, celle de la Russie et celle des Européens sous l’égide des Etats-Unis, sont pourtant ouvertes depuis plusieurs mois et travaillent parallèlement. Leurs résultats sont maigres, les appels multiples de l’Union européenne comme les échanges directs entre Antony Blinken et Ilham Aliyev péchant tous deux par leur inefficacité, tandis que les forces de maintien de la paix russes n’ont eu jusqu’à présent aucun pouvoir pour empêcher les blocus successifs et les abus de l’Azerbaïdjan. De guerre lasse, le gouvernement de l’Artsakh a sollicité directement Vladimir Poutine par l’intermédiaire de l’Arménie, pour l’appeler à agir et obtenir une levée du blocus azéri. En l’attente, la situation des Arméniens du Haut-Karabakh est déjà jugée comme ayant atteint un stade critique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Alors que s’approche le troisième anniversaire de la «  guerre des 40 jours », il est permis de penser que la « diplomatie coercitive », loin de faire évoluer le rapport de force en direction d’un traité de paix avec l’Arménie, prépare en réalité le dernier acte de l&rsquo;annexion du Haut-Karabakh par l&rsquo;Azerbaïdjan. Ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;une question de temps, et encore une fois, l&rsquo;assurance de l&rsquo;Azerbaïdjan démontre la faiblesse ou l&rsquo;indifférence des grandes puissances sur ce dossier.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 16/07/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Nouveau blocus du Haut-Karabakh : une asphyxie stratégique menée par l’Azerbaïdjan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/nouveau-blocus-du-haut-karabakh-une-asphyxie-strategique-menee-par-lazerbaidjan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Jul 2023 07:50:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis le 15 juin, le Haut-Karabakh est de nouveau coupé du monde. Si le précédent blocus initié il y a<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/nouveau-blocus-du-haut-karabakh-une-asphyxie-strategique-menee-par-lazerbaidjan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Depuis le 15 juin, le Haut-Karabakh est de nouveau coupé du monde. Si le précédent blocus initié il y a sept mois par l’Azerbaïdjan autorisait a minima la circulation des forces de maintien de la paix russes et des véhicules humanitaires, la situation est désormais plus radicale. Ni l’aide médicale d’urgence, ni les biens de première nécessité alimentaires, ne pénètrent désormais dans l’enclave. Aux 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan impose une vie de citadelle assiégée, sans qu’aucune puissance extérieure, pas même la Russie, ne se soit interposée. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Ce blocus total intervient dans un contexte d’incidents frontaliers récurrents entre forces armées azéries et arméniennes, alors même que les deux pays sont à Washington pour tenter de négocier un traité de paix. Le nouveau poste-frontière imposé par l’Azerbaïdjan sur le corridor de Lachine, qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie et cristallise le rapport de force entre les deux pays, a ainsi été récemment le théâtre de plusieurs affrontements mortels. L’Azerbaïdjan est notamment accusé de tenter régulièrement des incursions militaires en territoire arménien, portant ainsi directement atteinte à sa souveraineté territoriale. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">L’Azerbaïdjan semble avoir changé de méthode pour mettre fin au conflit qui l’oppose à l’Arménie sur la souveraineté du Haut-Karabakh. Alors que Bakou se plaignait des atermoiements de sa voisine dans le cadre des négociations, exprimant régulièrement son souhait d’obtenir rapidement un accord officiel sous peine d’action militaire, Ilham Aliyev ne manifeste plus la même urgence. Sa rhétorique met aujourd’hui en avant une terrible évidence : en position de force dans les négociations, en position de force en termes d’occupation territoriale, l’Azerbaïdjan a tout le loisir de faire de la vie des Arméniens un enfer. Deux évènements majeurs ont favorisé ce retournement stratégique de la part de Bakou. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">La réélection du président Erdogan a en premier lieu assuré à l’Azerbaïdjan de conserver son principal parrain dans le conflit pour les cinq prochaines années, tant d’un point de vue diplomatique que militaire. Par ailleurs, l’installation d’un check-point sur le corridor de Lachine, par le simple fait qu’elle n’ait rencontré aucune résistance de la part de la communauté internationale, réaffirme la prédominance des Azéris sur ce territoire. La maîtrise du corridor de Lachine assure en effet à l’Azerbaïdjan le contrôle total du quotidien de l’enclave du Haut-Karabakh, lui offrant un moyen de pression d’une redoutable efficacité. Si l’accord de paix avec l’Arménie demeure une priorité, la véritable urgence est désormais de l’obtenir selon les conditions de l’Azerbaïdjan. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L</span><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">e dernier incident frontalier en date et la nouvelle imposition du blocus signifient clairement que Bakou, lassé du peu de l’inefficacité des négociations, est désormais déterminé à obtenir des concessions de l’Arménie par la force. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian s’est pourtant dit prêt à reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh. Mais le sort des Arméniens de l’enclave en cas de passage sous la tutelle azérie demeure un point de rupture entre les négociateurs occidentaux et arméniens et Bakou, qui rejette leur demande au prétexte qu’il s’agit d’une « affaire domestique ». Aucune mesure en effet n’a été obtenue sur le sort des habitants, qui craignent à raison un « nettoyage ethnique », ou l’exil forcé. La multiplication des incidents frontaliers en pleine séquence diplomatique est également un moyen pour l’Azerbaïdjan de justifier le désarmement des forces armées de l’Artsakh, déjà accusées en décembre dernier d’obtenir illégalement des armes de l’Arménie. Preuve d’un manque de cohésion côté arménien, et de l’efficacité de l’instrumentalisation de la peur par l’Azerbaïdjan, le Parlement du Haut-Karabakh a demandé la suspension des négociations afin d’obtenir un cessez-le-feu, quand Erevan souhaite maintenir malgré tout la voie diplomatique ouverte. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Alors que l’enclave vit de nouveau dans l’isolement le plus total depuis quinze jours, l’absence de réaction efficace des puissances extérieures impliquées dans le dossier pose question. Une fois de plus, l’Arménie n’a pu que constater amèrement le manque de solidarité de son alliée russe, dont les forces de maintien de la paix subissent sans réaction les manœuvres de l’Azerbaïdjan. Bien qu’ils aient symétriquement ouvert leur propre canal diplomatique avec les deux belligérants,  Russes comme Occidentaux ont totalement failli à faire avancer le dossier. Mais si tous s’accordent pour condamner l’illégalité du blocus, aucun ne propose d’action concrète allant au-delà des injonctions à le faire cesser. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L&rsquo;Azerbaïdjan a donc toute latitude pour faire avancer le dossier à sa façon et en sa faveur. Dans le pire des cas, le maintien de l’actuel statu-quo serait parfaitement acceptable pour Bakou, qui obtient par la force ce que la diplomatie ne lui a jamais accordé en trente ans. Le changement rhétorique d’Ilham Aliyev pourrait par ailleurs indiquer qu’en cas d’usage de la force militaire, la Turquie sera de nouveau, et naturellement, de son côté pour appuyer l’opération. Les diplomates se donnent jusqu’à la fin de l’année 2023 pour tenter d’obtenir un accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. C’est largement assez pour permettre à Bakou d’acter définitivement sa mainmise sur le Haut-Karabakh. Le temps est en effet de son côté, non du côté arménien, et encore moins du côté des habitants de l’Artsakh, plus que jamais pris entre le marteau et l’enclume. </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 02/07/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Arménie et l’Azerbaïdjan au bord d’une nouvelle guerre ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/larmenie-et-lazerbaidjan-au-bord-dune-nouvelle-guerre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Apr 2023 07:14:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que le Haut-Karabakh est toujours sous blocus azéri depuis trois mois, les grandes puissances tentent d’accélérer la voie diplomatique<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/larmenie-et-lazerbaidjan-au-bord-dune-nouvelle-guerre/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Alors que le Haut-Karabakh est toujours sous blocus azéri depuis trois mois, les grandes puissances tentent d’accélérer la voie diplomatique alors que la rhétorique de Bakou se fait de plus en plus belliqueuse et laisse craindre une nouvelle offensive militaire contre les Arméniens.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les deux pays sont en effet engagés dans un bras de fer concernant le sort des Arméniens du Haut-Karabakh et la levée du blocus en cours sur le corridor de Lachine, seule et unique connexion terrestre entre l’enclave et le reste du monde. Par ailleurs, l’Azerbaïdjan multiplie les nouvelles demandes dans le cadre des négociations. La plus récente concerne le retour des Azéris « déportés » du Haut-Karabakh après 1918, ainsi qu’après la chute de l’URSS en 1991, lorsque la déclaration d’indépendance du Haut-Karabakh avait initié le premier conflit entre l’Azerbaïdjan et la Russie sur la souveraineté de l’enclave. Près de 200 000 Azéris dits « occidentaux » seraient concernés selon Bakou, qui réclame pour eux les mêmes droits que ceux des Arméniens locaux en vertu du principe de réciprocité. Si sa souveraineté sur l’enclave était reconnue, l’Azerbaïdjan leur promet en effet un statut équivalent à celui de ses propres citoyens, ce dont les autorités arméniennes doutent néanmoins fortement. Erevan a opposé une fin de non-recevoir à cette demande considérée comme une manœuvre politique afin d’amoindrir la portée de ses propres exigences pour les habitants du Haut-Karabakh.</p>
<p style="font-weight: 400;">Faute d’obtenir satisfaction pour ses demandes territoriales et ethniques croissantes, Bakou pourrait donc employer de nouveau la force pour régler le problème, comme il l’a fait lors de la « guerre des 44 jours » à l’automne 2020. Tant sur le plan rhétorique que dans les faits, le ton de l’Azerbaïdjan monte en effet dangereusement. Quelques jours avant un échange avec Antony Blinken, Ilham Aliyev rappelait à nouveau très explicitement quel sort devait échoir au Karabakh : être considéré comme territoire azéri, avec la reconnaissance officielle de ce statut par l’Arménie pour signer un traité de paix. L’Azerbaïdjan conditionne donc la sécurité des Arméniens de l’enclave à l’acceptation par l’Arménie de toutes les conditions imposées par Bakou, y compris le travail sur le tracé des frontières.</p>
<p style="font-weight: 400;">Seul un renforcement du dialogue entre les deux pays, sous l’égide de puissances extérieures à l’implication plus soutenue, pourrait donc constituer le dernier rempart à la guerre. Tout le processus diplomatique est néanmoins complexifié par l’ouverture de deux principaux canaux : l’un mené par les Européens avec le soutien des Etats-Unis, l’autre par la Russie. L&rsquo;Iran, en tant que puissance voisine de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan (comme la Turquie) est également présent sur l’échiquier de manière plus ou moins officielle. L’Azerbaïdjan comme l’Arménie semblent favoriser davantage les négociations menées sous égide occidentale. Compte tenu de son ancrage dans le Caucase et de la présence de sa propre force de maintien de la paix, la Russie ne peut cependant être tenue à l’écart. Fin mars, Antony Blinken a multiplié les appels téléphoniques aussi bien avec Nikol Pachinian qu’avec Ilham Aliyev, tandis que Sergueï Lavrov recevait son homologue arménien à Moscou. Le Quai d’Orsay prévoirait également une visite officielle dans les deux pays dans les prochaines semaines.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour autant, cette agitation diplomatique demeure sans résultats. En dépit de la « pression » de Washington, le président azéri s’est montré inflexible, niant la réalité du blocus, arguant que la Croix-Rouge et la force de maintien de la paix russe pouvaient librement circuler, et accusant l’Arménie d’avoir violé l’accord de 2020 en autorisant la présence de 10 000 soldats arméniens dans l’enclave – chiffre qui ne paraît aucunement sourcé et est donc sujet à caution. Aliyev va jusqu’à rejeter tacitement la responsabilité de l’escalade sur la mission d’observation européenne, dont la présence ne l’arrange évidemment pas et qui servirait, selon lui, de paravent à des transferts d’armes entre l’Arménie et le Haut-Karabakh.</p>
<p style="font-weight: 400;">Un processus de négociations équilibré paraît pour l’heure difficile, tant les positions des deux belligérants quant à sa légitimité et ses objectifs sont divergentes. L’Arménie fait en effet de la présence internationale et de la création d’une zone démilitarisée le cœur de ses demandes, afin de garantir les droits et la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh. A l’inverse, l’Azerbaïdjan rejette tout droit de regard extérieur et maintient que le statut de l’enclave doit être décidé uniquement entre ses habitants et Bakou.</p>
<p style="font-weight: 400;">Nikol Pachinian a voulu se faire un écho optimiste de la position américaine, en promettant un traité de paix avec l’Azerbaïdjan et l’absence de future escalade. Mais même l’opinion publique de son pays s’est étonnée de cet étrange discours, alors que les signaux d’alarme sont nombreux et alertent politiques et diplomates arméniens, avec raison. L’Azerbaïdjan a en effet déjà démontré qu’il n’hésitait pas à recourir à la force pour régler un différend territorial irrésolu après 30 ans d’efforts diplomatiques via le groupe de Minsk. La guerre de 44 jours avait déjà amorcé ce processus. Aujourd’hui, Bakou rêve de l’achever. Cela appelle une réaction de la communauté internationale, idéalement de manière anticipée.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 16/04/2023.</strong></p>
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		<title>Le « front uni » de l’Azerbaïdjan et d’Israël, une menace pour l’Iran</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-front-uni-de-lazerbaidjan-et-disrael-une-menace-pour-liran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Apr 2023 07:27:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
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					<description><![CDATA[L’escalade croissante entre l’Iran et l’Azerbaïdjan depuis l’automne 2022 ne donne aujourd’hui aucun signe d’apaisement. Elle connaît même un regain<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-front-uni-de-lazerbaidjan-et-disrael-une-menace-pour-liran/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’escalade croissante entre l’Iran et l’Azerbaïdjan depuis l’automne 2022 ne donne aujourd’hui aucun signe d’apaisement. Elle connaît même un regain de violence depuis qu&rsquo;un parlementaire azéri a été visé fin mars par une fusillade immédiatement attribuée à l&rsquo;armée iranienne. L&rsquo;évènement est intervenu alors que Bakou et Tel Aviv ont annoncé un accord pour constituer un « front uni contre l&rsquo;Iran », en marge de l’inauguration de la première ambassade azérie en Israël depuis l’établissement de leurs relations en 1991.</p>
<p>Les demandes d’explications de l’Iran n’ont, semble t-il, fait qu’embarrasser toutes les parties. Face à la colère de Téhéran, il a notamment été remarqué que toute mention de ce « front uni » a été discrètement retirée des discours officiels disponibles sur le site du ministère des affaires étrangères israélien, tandis que l’Azerbaïdjan conservait un silence jugé coupable par les autorités iraniennes.</p>
<p>Alors que les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Iran sont notoirement difficiles et empreintes de méfiance réciproque, le rapprochement entre Israël et l’Azerbaïdjan, symbolisé de manière éloquente par l’ouverture de l’ambassade azérie à Tel-Aviv, constitue une préoccupation stratégique majeure pour Téhéran. Certes, l’État hébreu est un allié ancien de l’Azerbaïdjan, et s’était déjà rangé aux côtés de Bakou lors de la guerre de 2020 contre l’Arménie, en tant que fournisseurd’armes et technologies de pointe. Mais l’officialisation de leurs relations diplomatiques intervient aujourd’hui dans un contexte qui voit l’État hébreu très isolé au Moyen-Orient depuis que l&rsquo;Arabie Saoudite et l&rsquo;Iran ont opté pour une réconciliation inattendue. Le renforcement de ses relations bilatérales avec l’Azerbaïdjan, situé aux portes du territoire iranien, est donc devenu une garantie de sécurité essentielle pour Benjamin Netanyahu, et le meilleur moyen de faciliter la poursuite de sa stratégie d’encerclement de l’Iran.</p>
<p>Pour l’Azerbaïdjan, le soutien militaire israélien serait également un appui non négligeable en cas d’affrontement militaire avec l’Iran, un risque que nul ne souhaite mais qui reste néanmoins plausible. Les différends autour de la souveraineté du Haut-Karabakh, toujours sous blocus azéri, et l’absence de résolution claire de la question du corridor du Zanguezour et des connexions terrestres entre l’Iran et l’Arménie, demeurent en toile de fond des tensions actuelles. Le soupçon d’enrôlement de djihadistes de Daech aux côtés des forces azéries dans la « guerre des 44 jours », largement diffusé par l’Iran, discrédite encore un peu plus l’Azerbaïdjan dans sa volonté de résoudre ces questions autrement que par la force. Bakou comme Ankara nient toute implication de forces étrangères dans le conflit, bien que la présence de mercenaires syriens ait été largement documentée.</p>
<p>Cette querelle est au demeurant alimentée par une méfiance ancienne de la part de l’Iran envers son voisin, et notamment envers les mouvements séparatistes azéris, une défiance largement attisée par les médias pro-gouvernementaux et le camp Aliyev qui n’hésitent plus à recourir à une rhétorique anti-iranienne explicite. La menace panturquiste demeure ainsi réelle pour l’état-major iranien, qui voit nécessairement tout rapprochement entre Tel-Aviv et Bakou comme un risque évident pour la sécurité nationale de l’Iran.</p>
<p>La tentative d’assassinat de Fazil Mustapha, élu du Parlement d’Azerbaïdjan très critique envers l’Iran, n’est donc que la dernière provocation dans le bras de fer qui se joue entre les deux pays depuis octobre 2022. Des exercices militaires « Mighty Iran » le long de leur frontière commune au discours d’Ilam Aliyev déclarant l’Azerbaïdjan « principale puissance de la région » un mois plus tard, les tensions ont culminé en janvier dernier avec l’attaque de l’ambassade d’Azerbaïdjan à Téhéran, que les autorités iraniennes sont soupçonnées d’avoir tacitement commanditée, et aujourd’hui avec l’officialisation du partenariat entre Bakou et Tel-Aviv, avec l’Iran en ligne de mire. Toute cette escalade semble au demeurant cautionner la crainte des Gardiens de la Révolution, qui considèrent la gestion du double risque d’encerclement, à la fois panturquiste et israélien, comme une de leurs priorités absolues.</p>
<p>Dans le but de contrer la collaboration de plus en plus étroite entre Bakou et Tel-Aviv, l’Iran pourrait multiplier des opérations ciblées contre des sites sensibles en territoire azerbaïdjanais. Aujourd’hui, le risque est grand de voir la guerre rhétorique se muer en de nouvelles démonstrations de force frontalières. Pourtant, en dépit de ses violences verbales, l’Azerbaïdjan semble vouloir temporiser, comme en témoigne sa relative gêne après les déclarations du ministère israélien des affaires étrangères. Un conflit armé entre deux grandes puissances dans le Caucase du sud dépasserait en effet largement les frontières de la région pour impliquer d’autres acteurs, la Turquie et Israël naturellement, mais aussi la Russie, voire les nouveaux alliés arabes de l’Iran. Pourtant, la dégradation des relations diplomatiques entre les deux voisins ne pave guère la voie pour une désescalade, à moins d’une intervention efficace de grandes puissances extérieures.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 9/04/2023.</strong></p>
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		<title>Entre l’Iran et l’Azerbaïdjan, une dangereuse escalade</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-lazerbaidjan-une-dangereuse-escalade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Feb 2023 10:38:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 27 janvier dernier, peu après 8h du matin, l’ambassade d’Azerbaïdjan à Téhéran a été la cible d’une attaque à<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-lazerbaidjan-une-dangereuse-escalade/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Le 27 janvier dernier, peu après 8h du matin, l’ambassade d’Azerbaïdjan à Téhéran a été la cible d’une attaque à main armée qui a fait un mort et deux blessés. Les motivations du tireur restent floues, et c’est précisément cette incertitude qui a ravivé les tensions déjà importantes entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Téhéran dément en effet toute responsabilité dans cette attaque et la considère comme le fruit d’un différend familial. L’argument est cependant jugé ridicule par les autorités azéries, qui désignent l’évènement comme une attaque terroriste que le régime iranien n’aurait pas anticipée, en dépit de multiples alertes. Les médias azéris les plus ouvertement anti-iraniens, qui excitaient déjà les tensions depuis plusieurs mois en prédisant l’imminence d’une attaque contre l’Azerbaïdjan, vont même jusqu’à en attribuer la paternité aux forces spéciales iraniennes.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette attaque s’inscrit surtout dans une longue série d’accusations mutuelles entre les deux pays, après l’arrestation, l’automne dernier, de dix-neuf hommes par les services de sécurité azéris, soupçonnés d’avoir été envoyés par l’Iran pour organiser des attentats en Azerbaïdjan, et l’attaque contre un sanctuaire chiite à Chiraz le 26 octobre dernier, dont l’Iran a rejeté la responsabilité sur l’Azerbaïdjan. Depuis deux ans, le jeu diplomatique entre les deux pays est particulièrement difficile et tendu, tant les sujets de discorde se sont multipliés et cristallisés autour de la situation de l’Arménie.</p>
<p style="font-weight: 400;">La « guerre des 40 jours » entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à l’automne 2020 a été le premier évènement générateur d’une fracture entre Bakou et Téhéran, en raison du soutien traditionnel et ancien de l’Iran à l’Arménie et aux populations du Haut-Karabakh, khanats qui faisaient jadis partie de la Perse. Depuis lors, la reconquête totale de l’enclave entreprise par l’Azerbaïdjan, au mépris de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2020, a accéléré les tensions entre les deux pays. L’attaque des 13 et 14 septembre 2022 au coeur du territoire arménien, la volonté de Bakou d’imposer par la force le tracé du corridor du Zanguezour à l’Arménie et à l’Iran, enfin le blocus du Haut-Karabakh, toujours en cours depuis décembre dernier, n’ont naturellement pas contribué à apaiser leurs relations.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les deux pays s’accusent fondamentalement de mener une politique menaçant leur intégrité territoriale. Pour l’Azerbaïdjan, l’attaque de son ambassade serait ainsi clairement liée à la politique anti-azérie développée par l’Iran. Or, cette rhétorique, comme les manœuvres militaires de Bakou dans le Caucase, s’inscrivent selon Téhéran dans une stratégie globale anti-iranienne de l’Azerbaïdjan, que les Gardiens de la Révolution considèrent comme une menace sérieuse pour la souveraineté de l’Iran et ses voies de communication vers le Caucase et l’Asie centrale. Plusieurs faits semblent attester cette analyse.</p>
<p style="font-weight: 400;">Militant actif de l’idéal pantouraniste développé par la Turquie, l’Azerbaïdjan entretient discrètement l’irrédentisme des Azéris d’Iran, la première minorité ethnique du pays qui peuple majoritairement le nord-ouest autour de Tabriz, avec un activisme variable selon les aléas géopolitiques et l’évolution de ses relations avec Téhéran. L’implication grandissante de l’Iran aux côtés de l’Arménie a suscité depuis l’automne dernier une campagne anti-iranienne d’une rare violence dans les médias pro-gouvernementaux d’Azerbaïdjan, qui appellent régulièrement les 30 millions d’Azéris iraniens à faire sécession pour créer un « Grand Azerbaïdjan ». La seule idée d’une rupture territoriale et démographique fait trembler Téhéran, en particulier dans le contexte de troubles sociaux que connaît l’Iran depuis plus de trois mois.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’autre principal sujet de discorde et d’inquiétude pour l’Iran reste la question du tracé du corridor du Zanguezour. Envisagée par l’Azerbaïdjan le long de la frontière commune entre l’Iran et l’Arménie, cette liaison terrestre permettrait de le relier à l’enclave du Nakhitchevan mais couperait les échanges commerciaux – et potentiellement militaires &#8211; entre l’Arménie et l’Iran, objectif qui n’est pas pour déplaire à Bakou. Outre la défense de sa connexion à l’Arménie et au reste du Caucase, l’Iran refuse de voir cette route offrir une voie d’entrée à la Turquie vers l’Asie centrale, et permettre ainsi un encerclement panturquiste délétère pour sa sécurité et sa souveraineté nationale.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais outre les attaques multipliées envers l’Arménie, la proximité croissante entre l&rsquo;Azerbaïdjan et Israël est également un sujet de préoccupation majeur pour Téhéran, car elle permettrait une présence israélienne à la frontière nord-ouest de l&rsquo;Iran et une facilité d&rsquo;accès à Tsahal pour infiltrer le pays. Récemment, une attaque de drone contre un entrepôt de munitions à Ispahan a très vite été considérée comme une opération israélienne de sabotage par les autorités iraniennes. L&rsquo;attaque de l&rsquo;ambassade azérie est donc intervenue dans ce contexte, et la rapidité avec laquelle Israël a manifesté son soutien à Bakou, et annoncé l’organisation d’une rencontre imminente avec le conseiller diplomatique d’Ilham Aliev, semble confirmer le lien de cause à effet entre les deux évènements.</p>
<p style="font-weight: 400;">En novembre dernier, les exercices militaires de grande ampleur baptisés « Mighty Iran » organisés le long de la rivière Araxe, la frontière naturelle entre l’Azerbaïdjan et l’Iran, avaient pour but de rappeler à l’Azerbaïdjan le coût éventuel des provocations et d’un engagement militaire contre son puissant voisin.L’évènement malheureux du 27 janvier est donc un nouvel épisode des manœuvres d’intimidation et de rhétorique toujours plus violentes qui se jouent entre les deux pays. Aucun, en effet, ne souhaite porter la responsabilité de l’escalade diplomatique qui pourrait déboucher sur une guerre, risque bien réel mais que ni l’Azerbaïdjan, ni l’Iran ne souhaitent pour des raisons évidentes de préservation de leur stabilité, dans un contexte régional déjà troublé. Pour sa part, Ilham Aliyev s’est malgré tout gardé d’accuser publiquement l’Iran. Mais par son ambivalence, le pouvoir azéri joue dangereusement les pompiers-pyromanes, et pourrait à terme ne plus parvenir à juguler l’incendie.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 05/02/2023.</strong></p>
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