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	<title>AUKUS &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
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		<title>Création de l&#8217;AUKUS : l&#8217;indignation à géométrie variable de la France</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Nov 2021 08:23:14 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-13312 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/11/063_1235422304_7c65845b9d-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/11/063_1235422304_7c65845b9d-300x200.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/11/063_1235422304_7c65845b9d-150x100.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/11/063_1235422304_7c65845b9d.jpg 750w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Les Anglais ? Perfides, comme toujours ! Les Américains ? Isolationnistes, comme jadis&#8230; En septembre dernier, la France n&rsquo;avait pas de mots assez durs pour critiquer la formation de l&rsquo;AUKUS, l&rsquo;alliance qui a torpillé son « contrat du siècle » de plusieurs milliards d&rsquo;euros pour la vente de sous-marins à propulsion conventionnelle à l&rsquo;Australie.</p>
<p>Certes, il y avait de quoi prendre ombrage, et le discours de la classe politique française traduisait bien ce double sentiment désagréable de « trahison » et « d&rsquo;humiliation ». Outre le manque à gagner financier colossal qu&rsquo;une telle perte représente pour le complexe militaro-industriel français, l&rsquo;abandon de ce contrat souligne son infériorité technologique, face à la contre-offre américaine faite à Canberra pour l&rsquo;équiper en sous-marins à propulsion nucléaire.</p>
<p>Informée par voie de presse de l&rsquo;existence de cette nouvelle alliance, la France n&rsquo;a pu que manifester son impuissance et son dépit après ce « coup de poignard dans le dos », qui témoignait de surcroit du faible poids stratégique que les Etats-Unis lui accordent sur le théâtre Indo-Pacifique.</p>
<p>Pour autant, sur le fond, l&rsquo;indignation semble avoir été quelque peu surjouée. Rappelé à Paris, l&rsquo;ambassadeur français à Washington regagnait son point de départ une semaine plus tard, suite à l&rsquo;échange téléphonique entre Joe Biden et Emmanuel Macron. En dépit de ses critiques contre l&rsquo;AUKUS et le mauvais traitement infligé par les Américains, peut-être s&rsquo;est-elle finalement souvenue que, comme toute puissance militaire et industrielle, elle aussi peut agir au gré de ses seuls intérêts et sans considération pour ses alliés.</p>
<p>La patrie des droits de l&rsquo;homme, troisième exportatrice d&rsquo;armements au monde derrière les Etats-Unis et la Russie, n&rsquo;a en effet pas son pareil pour fournir des armes à des clients radicalement éloignés de ses propres valeurs ou contrevenant aux intérêts de ses partenaires, sans que leurs critiques, ou celles de son opinion publique, soient parvenues à lui faire réviser ses engagements, à de rares exceptions près.</p>
<p>Les exemples en la matière sont récents. En 2014, au grand dépit de l&rsquo;administration Obama, la France avait catégoriquement refusé de mettre fin à la vente très controversée de deux porte-hélicoptères Mistral à la Russie, qui venait pourtant d&rsquo;annexer la Crimée. Quatre mois de négociations avaient été nécessaires pour que la vente soit finalement annulée de mauvaise grâce par les Français, et il est certain que sans la pression insistante des Etats-Unis et des pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, leurs alliés au sein de l&rsquo;OTAN et les plus légitimement inquiétés par le bellicisme de Moscou, les deux navires baptisés <em>Valdivostok</em> et – fort à propos – <em>Sébastopol</em>, battraient aujourd&rsquo;hui pavillon russe. Ironie de l&rsquo;histoire, la décision avait été présentée par le ministre des Affaires étrangères de l&rsquo;époque, Laurent Fabius, comme une « sanction » vis-à-vis de la Russie.</p>
<p>Un épisode similaire s&rsquo;était également produit en 2009, lorsque la France s&rsquo;engagea à fournir un sous-marin d&rsquo;attaque à propulsion nucléaire au Brésil, puissance émergente alors gouvernée par le président Lula da Silva et affichant une croissance à deux chiffres extrêmement prometteuse. Une manière pour le Brésil de confirmer sa montée en puissance économique sur le plan militaire&#8230; Mais le projet déplut fortement à la Grande-Bretagne, en raison du contentieux qui l&rsquo;oppose à l&rsquo;Argentine depuis 1982, suite à la guerre des Malouines sur la souveraineté des îles éponymes et de leurs voisines, la Géorgie-du-Sud et îles Sandwich. S&rsquo;il ne manifeste aucune animosité contre Londres, le Brésil soutient néanmoins l&rsquo;Argentine sur ce différend territorial. La présence d&rsquo;un sous-marin nucléaire battant pavillon brésilien dans les eaux de l&rsquo;Atlantique sud serait donc susceptible de bouleverser les équilibres&#8230; Telle est la crainte des Britanniques, mais qu&rsquo;elle soit fondée ou non, la France n&rsquo;a jamais annulé ce contrat d&rsquo;armement, qui prévoit une livraison du sous-marin en 2034, contre un bénéfice de 7,4 milliards de dollars, au demeurant une maigre compensation pour la perte du contrat australien.</p>
<p>La France semble donc victime d&rsquo;une mémoire assez sélective&#8230; Et finalement, ne fait-elle pas « beaucoup de bruit pour rien » ? La question se pose d&rsquo;autant plus que sur le long terme, l&rsquo;AUKUS pourrait considérablement œuvrer en faveur de la défense des intérêts stratégiques occidentaux face à la Chine. Face à cette possibilité, que pèse la survie d&rsquo;un contrat d&rsquo;armements qui avait de toute façon accumulé de nombreux retards et doublé ses coûts de production ?</p>
<p>Par ailleurs, l&rsquo;imbroglio diplomatique autour de la création de cette nouvelle alliance illustre la méthode désormais choisie par l&rsquo;administration Biden : affronter l&rsquo;inévitable et faire le « sale boulot » en conséquence, sans se préoccuper des réactions des alliés des Etats-Unis. Le retrait précipité d&rsquo;Afghanistan, mené sans concertation avec leurs partenaires, ou l&rsquo;abandon des sanctions contre les entreprises russes impliquées dans le projet de gazoduc Nord Stream 2, une victoire pour Vladimir Poutine et une catastrophe pour la Pologne et l&rsquo;Ukraine, sont autant de preuves qui augurent la suite du mandat du président démocrate. Autant en tenir compte le plus tôt possible, et reléguer l&rsquo;épisode de l&rsquo;AUKUS à d&rsquo;autres humiliants précédents diplomatiques pour la France. Car pour se permettre de se draper dans sa dignité offensée, encore faut-il en avoir les moyens.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 21/11/2021.</strong></p>
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		<title>Pourquoi l&#8217;AUKUS menace la Chine dans le Pacifique</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/pourquoi-laukus-menace-la-chine-dans-le-pacifique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Oct 2021 07:37:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[AUKUS]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-12721 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/063_1235422216_6eec64c0aa-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/063_1235422216_6eec64c0aa-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/063_1235422216_6eec64c0aa-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/10/063_1235422216_6eec64c0aa.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Par ses forces armées et la multiplication de ses alliances locales, la Chine semble dominer l&rsquo;Asie militairement. Elle a pourtant toutes les raisons de craindre la stratégie d&rsquo;endiguement de sa puissance patiemment élaborée par les Etats-Unis. Car malgré son colossal budget militaire, en constante augmentation depuis plusieurs années, Pékin dispose en effet de deux points faibles. L&rsquo;un a trait d&rsquo;abord à sa géographie, puisque sa marine se trouve cernée par des alliés ou partenaires des Américains – le Japon, les Philippines, ou la Corée du Sud, qui a aussi accès à son territoire par voie terrestre. Ses adversaires ont donc l&rsquo;avantage d&rsquo;une approche maritime en eaux profondes, et peuvent de surcroit profiter du retard considérable de la Chine en matière de détection et de destruction des cibles mobiles sous-marines, son second point faible. Si, comme l&rsquo;a souligné l&rsquo;ancienne sous-secrétaire américaine à la Défense Michèle Flournoy, le meilleur moyen de dissuader la Chine d&rsquo;envahir Taïwan est d&rsquo;avoir la capacité de couler la marine chinoise en 72 heures, alors l&rsquo;administration Biden pourrait changer radicalement l&rsquo;équilibre des puissances dans le Pacifique en dotant effectivement l&rsquo;Australie d&rsquo;une force nucléaire.</p>
<h4><strong>Reconfiguration des équilibres dans le Pacifique</strong></h4>
<p>Canberra, qui tout au long du siècle dernier a accompagné les Etats-Unis dans deux guerres mondiales et tous leurs conflits depuis la guerre de Corée (1950-1953) jusqu&rsquo;à l&rsquo;invasion de l&rsquo;Afghanistan en 2001, confirmerait certainement son soutien en cas de guerre avec la Chine. Equipée d&rsquo;une technologie de pointe, elle renforcerait non seulement la stabilité de son partenariat défensif avec Washington et ses capacités de dissuasion, mais aussi l&rsquo;efficacité de ses patrouilles sur de plus vastes zones de l&rsquo;océan Pacifique, devenant un pilier stratégique majeur pour les Américains dans la région.</p>
<p>Les contreparties sont néanmoins multiples. En premier lieu, l&rsquo;équipement de sous-marins à propulsion nucléaire demandera nécessairement du temps (au moins une décennie) et de l&rsquo;argent avant d&rsquo;être opérationnel. En second lieu, il n&rsquo;est pas certain que les autres puissances asiatiques se rallieront de bon gré aux Etats-Unis en cas de militarisation à outrance du Pacifique. Pékin, d&rsquo;ordinaire relativement indifférente aux risques régionaux en matière de sécurité tant que ceux-ci ne la menacent pas directement, avait à dessein reproché aux Etats-Unis d&rsquo;aggraver la course aux armements.</p>
<p>C&rsquo;est pourtant bien, entre autres, la volonté chinoise d&rsquo;annexer Taïwan qui inquiète et justifie l&rsquo;activisme militaire des Américains, confirmant leur volonté d&rsquo;entrer en guerre si Pékin passait à l&rsquo;acte, en entraînant tous leurs alliés du Pacifique dans le conflit. Les multiples contentieux territoriaux de la Chine avec ses voisins en mer de Chine orientale – celui par exemple des îles Senkaku avec le Japon – qu&rsquo;elle prétend résoudre par la force si nécessaire, s&rsquo;y ajoutent de longue date. Les critiques de la Chine envers l&rsquo;AUKUS et le risque de prolifération nucléaire témoignent donc avant tout de sa fébrilité face l&rsquo;opposition frontale qui se forme contre elle dans la zone Indo-Pacifique.</p>
<h4><strong>Exclure la France, une erreur stratégique </strong></h4>
<p>En créant l&rsquo;AUKUS et en rompant le contrat qui liait l&rsquo;Australie à la France, les Etats-Unis ont délibérément choisi de froisser un de leurs principaux alliés au sein de l&rsquo;OTAN, dont le poids démographique et militaire dans le Pacifique n&rsquo;en fait pourtant pas un figurant dans la région. Précisément, le contrat de vente des sous-marins français à l&rsquo;Australie visait à renforcer la présence européenne sur ce théâtre d&rsquo;opérations aux côtés des Américains. Pourtant, ce soutien ne semblait pas peser lourd à leurs yeux pour constituer leur ligne de front anti-chinoise.</p>
<p>Avec ce « coup de poignard dans le dos » de la France, les Etats-Unis ont tout de même pris un risque. Outre qu&rsquo;ils ont suscité la pire crise diplomatique entre les deux vieux alliés depuis la décision du Général de Gaulle de quitter le commandement intégré de l&rsquo;OTAN en 1966, les Américains ont renforcé la méfiance historique des Européens à leur égard sur les questions de défense, et les ont encouragés à gagner en indépendance. Alors que ceux-ci étaient déjà réticents à s&rsquo;engager dans la guerre sino-américaine sur tous les sujets commerciaux au nom de leurs propres intérêts, il sera aujourd&rsquo;hui encore plus difficile pour les Américains d&rsquo;obtenir leur soutien diplomatique et militaire face à la Chine. Mais peut-être estiment-ils ne pas avoir tant besoin de la France, ni des Européens, pour agir dans le Pacifique, malgré leurs efforts pour apaiser les tensions avec Paris ? L&rsquo;avenir dira rapidement si leur calcul à long terme aura été payant.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 17/10/2021.</strong></p>
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