<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Atlantico &#8211; Amir Aslani</title>
	<atom:link href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/tag/atlantico/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com</link>
	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Wed, 13 Dec 2023 16:01:34 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1.1</generator>
	<item>
		<title>Entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, une réconciliation en suspens</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-larabie-saoudite-une-reconciliation-en-suspens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Dec 2023 16:01:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie Saoudite]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=28382</guid>

					<description><![CDATA[L’accord de normalisation signé en mars dernier entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine promettait beaucoup. Il<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-liran-et-larabie-saoudite-une-reconciliation-en-suspens/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’accord de normalisation signé en mars dernier entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine promettait beaucoup. Il se fondait en effet sur un espoir d’apaisement au Moyen-Orient grâce à une véritable coopération économique entre les deux rivaux, qui avaient rompu toute relation diplomatique en 2016 et ne cessaient, depuis lors, de se faire la guerre par procuration à travers la région. Néanmoins, en dépit de multiples réunions officielles tant à Riyad qu’à Téhéran entre les officiels des deux pays, rien de véritablement concret ne semble avoir encore émergé de cet accord. Faut-il dès lors le considérer comme une coquille vide ?</p>
<p>La genèse de ce rapprochement dénote une lente et patiente maturation, qui contredit ce point de vue. Les considérations économiques et sécuritaires sont en effet essentielles pour expliquer cette réconciliation. Dès 2019, à la suite des attaques menées sur son sol et attribuées à l’Iran, l’Arabie Saoudite a été en pourparlers avec son puissant voisin pour normaliser leurs relations. En effet, le développement de son plan de transition économique « Vision 2030 » nécessite paix et stabilité dans la région. Or, le préalable à cet objectif louable est un cessez-le-feu durable au Yémen avec les Houthis, ce qui place l’Iran comme interlocuteur incontournable dans les négociations de paix.</p>
<p>Pour sa part, Téhéran nourrit également des espoirs de retombées économiques de son rapprochement avec Riyad. Ainsi, il pouvait légitimement espérer de la première économie régionale, non seulement des investissements majeurs dans le pays, mais aussi qu’elle influence positivement Washington en faveur d’une levée des sanctions pour soulager l’économie iranienne. Or, dans un cas comme dans l’autre, les espoirs de l’Iran ont pour l’instant été déçus, d’abord en raison des réticences des investisseurs étrangers faute d’un cadre financier suffisamment solide. Le fait que l’économie iranienne demeure toujours sous sanctions américaines explique également cette frilosité. De fait, l’Iran ne parvient donc pas à sortir de ce cycle infernal.</p>
<p>La guerre à Gaza a par ailleurs recréé les conditions d’une instabilité globale et entraîné des conséquences géopolitiques qui menacent la viabilité de la normalisation irano-saoudienne. Certes, le conflit a gelé les négociations entre Tel-Aviv et Riyad, qui semblait en voie d’adhérer aux accords d’Abraham, ce qui convient aux orientations stratégiques de Téhéran. Mais la guerre entre le Hamas et l’État hébreu a presque immédiatement déclenché une réponse militaire des Houthis, qui depuis le Yémen ont attaqué le sud d’Israël ou les navires battant pavillon israélien. Or, il est évident qu’une résurgence de la guerre au Yémen constitue une menace claire pour l’accord entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.</p>
<p>Pour autant, on sent une volonté réciproque d’éviter tout débordement du conflit à l’échelle régionale. Et de fait, le dialogue mutuel entre Iraniens et Saoudiens a, pour l’heure, su résister aux évènements. Le 11 novembre dernier, en marge du sommet de l’Organisation de la coopération islamique dédié à la situation à Gaza, Ebrahim Raïssi et « MBS » se sont rencontrés pour la première fois. Quinze jours plus tard, le chef de l’état-major iranien confirmait s’être entretenu avec son homologue saoudien en vue d’une coopération approfondie des deux pays dans le domaine sécuritaire. Mais sur le plan économique, rien de précis n’a été annoncé, du moins officiellement. Plusieurs médias ont ainsi évoqué un « marchandage » proposé par le royaume wahhabite à l’Iran : l’apaisement des proxies iraniens – alors que ceux-ci se déclarent prêts à étendre le confit gazaoui à l’ensemble du Moyen-Orient &#8211; en échange de la promesse (pour le moins hypothétique et en tout cas très opaque) d’investissements saoudiens.</p>
<p>Indépendamment de la réalité de cette offre, savoir si l’Iran serait prêt à l’accepter est sujet à caution. Il est certain que Téhéran possède une réelle influence sur ces groupes qui composent « l’axe de résistance ». Mais ce réseau de proxies fait également partie de sa stratégie de défense, patiemment bâtie et renforcée depuis quarante ans afin de garantir sa propre intégrité territoriale. Selon toute vraisemblance, l’Iran n&rsquo;abandonnerait donc jamais cet outil de projection de puissance pour des investissements à court terme, même si son économie pourrait en bénéficier. La pertinence de cette analyse peut être discutable. Elle n’en demeure pas moins fondamentale dans l’idéologie de la République islamique. L’autre risque, et non des moindres, serait de voir les proxies iraniens se détourner de leur parrain pour poursuivre leurs propres intérêts, en cas de désaccord politique et stratégique. Et le conflit à Gaza est un cas typique où des divergences idéologiques majeures peuvent se manifester.</p>
<p>Certes, le renforcement de l’entente entre les deux pays peut faciliter à long terme les possibilités commerciales et d’investissements. Indépendamment de l’évolution du conflit gazaoui, il n’en reste pas moins que les obstacles très concrets que l’on a évoqués demeurent, à commencer par ce régime de sanctions qui paralyse toute action de la part des investisseurs étrangers, en particulier lorsque ceux-ci sont des partenaires économiques des Etats-Unis. Aussi, tant que le conflit entre Israël et le Hamas durera, le dialogue entre Téhéran et Washington demeurera rompu, bloquant toutes les autres évolutions stratégiques, y compris avec les voisins régionaux de l’Iran. Militer en faveur d’une résolution du conflit à Gaza ne pourrait donc que servir les intérêts de Téhéran.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 10 décembre 2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Afrique, cible privilégiée du néo-ottomanisme</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lafrique-cible-privilegiee-du-neo-ottomanisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Dec 2023 15:54:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=28379</guid>

					<description><![CDATA[Le 21 novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan était en visite d’État à Alger. Accueilli dès son arrivée à l’aéroport par<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lafrique-cible-privilegiee-du-neo-ottomanisme/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Le 21 novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan était en visite d’État à Alger. Accueilli dès son arrivée à l’aéroport par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le président turc avait amené dans ses valises de nombreux ministres dont les portes-feuilles témoignent des sujets de coopération entre l’Algérie et la Turquie : finances et énergie bien sûr, mais aussi défense et renseignements, transports et infrastructures, commerce, sans oublier les affaires étrangères.</p>
<p dir="ltr">L’Algérie, c’est à la fois un partenaire économique de premier plan pour la Turquie et une porte d’entrée vers l’Afrique, mais aussi une bonne façon de damer le pion aux Occidentaux, dont les relations avec l’Algérie se ternissent et qui ont perdu de nombreux marchés dans le pays. Les chiffres confirment la vitalité de cette relation bilatérale entre Alger et Ankara : en 2022, les investissements turcs atteignaient près de 6 milliards de dollars et le volume d’échanges cinq milliards de dollars, chiffre qui doit être doublé à moyen terme. 1500 entreprises turques seraient aujourd’hui implantées dans le pays. Ces seules données placent l’Algérie à la fois comme deuxième partenaire commerciale de la Turquie en Afrique et première en termes d’investissements. Pour confirmer cette lancée, une dizaine d’accords de coopération et de mémorandums d’entente auraient été signés durant la visite d’Erdogan, dans des domaines aussi divers que l’énergie, l’aérospatial, l’environnement et même la production cinématographique, médium de choix pour le soft power turc à travers le monde musulman.</p>
<p dir="ltr">Cette visite témoigne de l’important développement de la « politique africaine » de la Turquie, initiée dès 2003 sous l’impulsion d’Erdogan, alors Premier ministre. On ne s’étonnera pas d’ailleurs qu’elle suive à s’y méprendre le tracé de la carte de l’Empire ottoman à son apogée, au temps de Soliman le Magnifique. A son extension maximale, l’autorité et l’influence de la Sublime Porte s’étendait en effet sur la majeure partie de l’Afrique du Nord, et jusqu’au début de la Corne de l’Afrique.</p>
<p dir="ltr">Aujourd’hui, les ambitions de la Turquie sur le continent sont multiples, puisqu’elles touchent aussi bien les questions économiques et énergétiques – l’Algérie est devenue le quatrième fournisseur de gaz de la Turquie derrière la Russie, l’Azerbaïdjan et l’Iran – que migratoires. A cet égard, la présence d’Ankara en Libye, par exemple, s’explique à la fois par son intérêt énergétique et par le rôle qu’elle lui confère dans le contrôle des flux en provenance d’Afrique subsaharienne à destination de l’Europe. Et on sait combien ce droit de regard demeure crucial pour Ankara dans ses relations houleuses avec l’Union européenne.</p>
<p dir="ltr">Gigantesque marché de plus de 50 pays et d’1,4 milliards d’habitants en 2023, l’Afrique devrait connaître un tel boom démographique qu’elle représentera à elle seule un quart de la population mondiale d’ici 2050, d’après les chiffrages de l’ONU. On comprend que la Turquie, conjuguant à la fois l’héritage du passé et une anticipation réfléchie de l’avenir, ait osé parier très tôt sur le continent. En l’espace d’une quinzaine d’années, elle y a ainsi triplé le nombre de ses représentations diplomatiques, y a quadruplé son volume d’échanges, s’est ouvert de nouveaux marchés pouvant constituer de profitables alternatives à ceux, instables, du Moyen-Orient, notamment en Afrique de l’Ouest.</p>
<p dir="ltr">Outre le développement économique, qui bénéficie grandement au réseau d’entrepreneurs proches du pouvoir turc, les visées d’Ankara sur le continent sont également géopolitiques et religieuses. Sur ces deux points, l’étendue de sa présence en Somalie, particulièrement visible, reflète parfaitement sa stratégie globale.</p>
<p dir="ltr">Il y a plus de dix ans, l’engagement résolu de la Turquie en Afrique de l’Est, considéré comme un pari très hasardeux par les autres chancelleries en raison de l’insécurité chronique de la région, suscitait un grand étonnement. Mais la Corne est à la fois un carrefour et une porte : entre l’Asie et l’Afrique, entre l’Océan Indien et la Mer Méditerranée, via le détroit de Bab el-Mandeb et le Canal de Suez par lesquels transite un tiers du commerce maritime mondial. Entre 2011, où Erdogan a été le premier chef d’État non-africain à se rendre en Somalie depuis le début de la guerre civile en 1991, et aujourd’hui, l’implantation de la Turquie dans « un pays musulman, un pays frère » s’est donc opérée de manière spectaculaire, à grands renforts d’investissements en particulier dans la construction d’infrastructures. Mogadiscio a très vite accueilli la plus grande ambassade turque à l’étranger et une base militaire, ainsi que le plus grand hôpital du pays, qui porte le nom du président Erdogan. La gestion du port, principale ressource économique, est également sous l’autorité de la Turquie pendant vingt ans, sans compter les possibles ressources d’hydrocarbures situées au large de la Somalie, que la Turquie souhaiterait exploiter. En contrepartie de ses investissements, Ankara a eu les mains libres pour poursuivre son démantèlement du réseau Gülen, très développé en Afrique.</p>
<p dir="ltr">Aujourd’hui, la Turquie s’est aisément imposée comme le premier partenaire économique de cet « Etat failli » dont personne ne voulait entendre parler… hormis les pétromonarchies du Golfe Persique. En effet, la proximité de la Somalie avec la péninsule arabique et les principales routes maritimes commerciales n’est pas non plus pour rien dans l’intérêt grandissant de la Turquie à son égard. Outre que l’islam turc y concurrence l’islam wahhabite qui gangrène le pays (bien qu’il soit totalement étranger à ses traditions religieuses), Erdogan vise à en évincer ses principaux rivaux, l’Arabie Saoudite et les Emirats, sur le plan géopolitique et militaire. Les importants investissements turcs en matière sécuritaire et de lutte contre le terrorisme des Al-Chabab, affiliés à Al-Qaïda, sont là pour le démontrer.</p>
<p dir="ltr">La Somalie, et plus largement le monde musulman africain, constitue donc pour Erdogan une excellente vitrine permettant à la Turquie de s’affirmer en tant que puissance. A son corps défendant, l’Afrique est également devenue un énième terrain où s’exprime la rivalité toujours vivace (et ce en dépit des réconciliations intéressées) entre Ankara et Riyad pour le leadership du monde musulman sunnite. Compte tenu de l’impressionnante progression de l’influence turque aussi bien sur le plan diplomatique qu’économique, il semblerait que ce pari soit pour l’heure réussi.</p>
<p dir="ltr"><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 3/12/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Inde de moins en moins « non-alignée »</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/linde-de-moins-en-moins-non-alignee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Nov 2023 08:24:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=28201</guid>

					<description><![CDATA[En bouleversant les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient, la guerre de Gaza aura également mis en lumière les stratégies de puissances<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/linde-de-moins-en-moins-non-alignee/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">En bouleversant les équilibres géopolitiques du Moyen-Orient, la guerre de Gaza aura également mis en lumière les stratégies de puissances exogènes à la région. L’Inde a ainsi tout particulièrement attiré l’attention, lorsque Narendra Modi a condamné sans réserve les attaques du Hamas et apporté son soutien à Israël. C’était en effet un singulier virage diplomatique, à de multiples égards. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Dès son indépendance en 1947, l’Inde s’est tout de suite démarquée par une diplomatie originale dans un ordre mondial bipolaire. A l’initiative du mouvement des « non-alignés », terme inventé par le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru dès 1954, l’Inde s’est également engagée très tôt et sans réserves aux côtés de la Palestine, jugeant son combat comme une lutte contre le colonialisme qui pouvait avoir des résonances avec sa propre histoire. En 1975, l’Inde a d’ailleurs été le premier Etat non-arabe à accorder un statut diplomatique plein et entier à l’Organisation de libération de la Palestine, dont le chef d’alors, Yasser Arafat, se rendait régulièrement à New Delhi.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">En 1992 néanmoins, l’Inde établissait des relations diplomatiques avec Israël, nuançant sa traditionnelle politique pro-arabe pour permettre une ouverture envers l’État hébreu et s’assurer ainsi une flexibilité stratégique. Trente ans plus tard, cet équilibre semble tendre vers une préférence ouvertement affichée pour Tel-Aviv pour de multiples raisons, le rapprochement sécuritaire avec les Etats-Unis n’étant pas la moins importante.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’Inde a en effet ses propres enjeux géostratégiques, essentiellement concentrés sur l’endiguement de la puissance chinoise et la lutte contre le Pakistan. Dès les années 1970 d’ailleurs, Israël s’est employé à favoriser un potentiel rapprochement diplomatique avec New Delhi en lui fournissant une aide miliaire lors du troisième conflit indo-pakistanais de 1971 – qui entraîna la création du Bangladesh – ainsi qu’en 1999. Cette époque a vu alors l’Inde équilibrer ses relations entre trois pôles concurrents, mais indispensables à ses intérêts : le monde arabe – pour des raisons économiques, puisque près de 7 millions de travailleurs indiens y résident &#8211; Israël – en vertu de leur partenariat militaire et technologique &#8211; et l’Iran – pour son ouverture vers l’Asie centrale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">A son arrivée au pouvoir, Narendra Modi a volontairement préservé cet équilibre. En 2017, il est ainsi devenu le premier Premier ministre indien à se rendre en Israël, tout en cultivant ses amitiés dans le monde arabe – en visitant Ramallah en 2018, en recevant Mohammed Ben Salmane à New Delhi en dépit de l’affaire Khashoggi, ou en multipliant les visites aux Emirats Arabes Unis. Cet activisme vise également à investir les grandes instances du monde arabo-musulman, comme l’Organisation de la Coopération islamique, afin d’y affaiblir le Pakistan et gagner des soutiens sur la question du Cachemire. En 2019, le ministre des Affaires étrangères indien a ainsi été le premier à s’exprimer à la tribune de l’OCI en un demi-siècle, tandis qu’Islamabad brillait par son absence durant son discours.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Mais aujourd’hui, l’Inde doit naviguer dans un monde de plus en plus multipolaire tout en poursuivant son objectif de devenir la troisième économie mondiale d’ici sept ans. Le développement de son influence diplomatique doit aller de paire – or, au Moyen-Orient, celle-ci ne peut s’exonérer d’une dimension sécuritaire. Plus que sur l’équilibre, la stratégie indienne au Moyen-Orient repose donc désormais sur le pragmatisme. De ce fait, l’Inde investit de plus en plus ouvertement sa collaboration sécuritaire avec les Etats-Unis, avec lesquels elle partage la même volonté de contenir la montée en puissance de la Chine. Ces dernières années, elle a ainsi rejoint plusieurs partenariats économiques et miliaires initiés par Washington avec d’autres grandes puissances régionales : le Dialogue de Sécurité Quadrilatéral (ou QUAD), qui la place coeur de la stratégie « Indo-Pacifique » américaine, le groupe I2U2, qui a gagné en notoriété après que les Emirats aient signé les accords d’Abraham, ou encore le corridor économique « Inde-Moyen-Orient-Europe » annoncé en marge du dernier sommet du G20 en septembre, qui ambitionne de rivaliser avec la centralité du canal de Suez dans le commerce mondial.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Néanmoins, la proximité grandissante de l’Inde avec les Etats-Unis et l’abandon de sa neutralité historique – jusqu’ici l’une des raisons de sa popularité au Moyen-Orient &#8211; pourraient justement être contre-productifs pour ses ambitions stratégiques dans la région. Outre que plusieurs puissances arabes sont également clientes de la Chine, passer pour un « valet » des intérêts américains risque d&rsquo;avoir mauvaise presse au sein du monde arabe, surtout dans le contexte actuel.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’Inde n’en ménage pas moins ses « vieux » alliés, même si cela peut sembler incompatible avec sa réorientation plus ouvertement pro-américaine ou ses propres affaires domestiques. Face au conflit à Gaza, New Delhi s’est ainsi retrouvé dans une situation inconfortable, condamnant sans réserve le Hamas et saluant la réaction d’Israël, tout en dénonçant par la suite la crise humanitaire vécue par les Palestiniens. Par ailleurs, sa politique ouvertement discriminatoire envers les musulmans indiens est un sujet de contentieux récurrent avec les chancelleries arabes et même les Etats-Unis, qui lui reprochent ses atteintes à la liberté religieuse… Mais à ce jour, les partenariats ont tenu bon et semblent vouer à perdurer. Preuve que la fortune sourit aux audacieux.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 26/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entre l’Algérie et le Maroc, la possibilité d’une escalade ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-lalgerie-et-le-maroc-la-possibilite-dune-escalade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Nov 2023 08:21:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Maroc]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=28088</guid>

					<description><![CDATA[Alors qu’il cristallise leur rivalité depuis les années 1970, le dossier de la souveraineté sur le Sahara occidental risque d’être<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/entre-lalgerie-et-le-maroc-la-possibilite-dune-escalade/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Alors qu’il cristallise leur rivalité depuis les années 1970, le dossier de la souveraineté sur le Sahara occidental risque d’être une fois de plus un catalyseur pour une escalade plus sérieuse.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Ce sujet empoisonne les relations bilatérales des deux pays de manière globale, et le refus de toute aide algérienne, humanitaire et technique, de la part du Maroc après le terrible séisme du 9 septembre dernier, l’a d’ailleurs illustré avec une acuité particulière. Seul territoire d’Afrique dont le statut post-colonial n’a toujours pas été réglé, le Sahara occidental est aujourd’hui administré à 80 % par le Maroc, à 20 % par le Front Polisario. Or, le mouvement indépendantiste, qui défend le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui depuis 1976 et s’oppose au Maroc pour cette raison, est soutenu entre autres par l’Algérie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Ce soutien est une source majeure de discorde et de défiance mutuelle entre les deux pays, d’autant plus importante qu’il touche à l’image même que le Maroc se fait de son intégrité territoriale et à la légitimité de la monarchie marocaine. Le royaume chérifien a ainsi fait de la reconnaissance internationale de sa souveraineté sur cette zone riche en ressources naturelles l’un de ses principaux objectifs diplomatiques – et sa signature des accords d’Abraham avait d’ailleurs été conditionnée à la reconnaissance par l’administration Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Aujourd’hui, trois facteurs nouveaux pourraient contribuer à intensifier l’escalade sur cette question : la course à l’armement que mènent l’Algérie comme le Maroc, l’affirmation diplomatique croissante d’Alger dans les affaires internationales, et sur le terrain, la volonté du Maroc de déployer des frappes de drones contre le Front Polisario. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">À partir de 2020, les relations se sont particulièrement envenimées, suite à un affrontement entre le Front Polisario et les forces armées marocaines au poste frontière de Guerguerat, point de liaison entre le Maroc et la Mauritanie particulièrement utilisé par le royaume pour ses exportations vers l’Afrique de l’Ouest. En novembre de la même année, le Front indépendantiste a rompu le cessez-le-feu onusien qui avait pourtant résisté aux tensions pendant 30 ans. La rupture complète des relations bilatérales entre l’Algérie et le Maroc en août 2021 n’a fait qu’accélérer une tendance délétère, nourrie d’affrontements frontaliers réguliers, d’accusations de séparatisme et surtout d’un bras de fer énergétique, avec la décision de l’Algérie de ne pas renouveler le contrat du gazoduc Maghreb-Europe qui fournissait 65 % de l’approvisionnement du Maroc en gaz naturel. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Le bras de fer qui oppose les deux pays semble aujourd’hui tourner à l’avantage de l’Algérie, ce qui créera de nouvelles difficultés pour le Maroc. Plus stable politiquement après les années « Hirak »  – notamment grâce à l’importante répression menée par le gouvernement algérien contre la dissidence dans la foulée de la pandémie de Covid-19 – elle a considérablement gagné en importance stratégique. L’invasion russe de l’Ukraine a en effet représenté une aubaine providentielle pour le régime algérien. La hausse des prix de l’énergie a replacé l’Algérie au premier plan des exportateurs d’hydrocarbures à destination des pays européens, à la recherche d’alternatives pour réduire leur dépendance énergétique auprès de Moscou. Le bénéfice fut direct sur le plan domestique, cette rente pétrolière étant rapidement convertie en dépenses sociales qui ont apaisé pour un temps les tensions populaires.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Cette importance diplomatique devrait être confirmée à partir de 2024, lorsque l’Algérie occupera un siège temporaire au Conseil de Sécurité de l’ONU. Nul doute qu’elle profitera de cette position de prestige pour imposer de nouveau le dossier du Sahara occidental à l’ordre du jour de l’organisation. Ce ne sera pas sans difficulté, car historiquement, la position onusienne penche en faveur d’un règlement politique du conflit, grâce à la possibilité de l’autodétermination et à l’organisation d’un référendum. Celui-ci n’a jamais eu lieu, en raison des difficultés d’organisation imposées par la détermination des populations éligibles pour y participer. Incapable de trancher sur ce point, l’ONU a laissé le processus politique s’enkyster. L’Algérie entend  également profiter de sa position pour encourager une réforme de la représentativité du Conseil de Sécurité, qui permettrait d’intégrer davantage d’Etats du Sud et ainsi, d’inciter plus facilement d’autres pays à soutenir sa position sur le Sahara occidental.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Face à cette impasse, le Maroc a pris le parti d’exercer un contrôle de la zone de facto. Sa proposition en vue d’une résolution politique du conflit consiste à intégrer le Sahara occidental à l’administration du royaume tout en lui accordant un statut autonome. Ce à quoi l’Algérie rétorque que si cette solution pouvait convenir, un référendum devrait pouvoir l’officialiser sans heurts… Or, cette option n’est, selon toute vraisemblance, toujours pas à l’ordre du jour.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Par l’entremise d’une diplomatie et d’une coopération économique actives, le Maroc est parvenu à renforcer ses propres soutiens sur ce dossier en Afrique subsaharienne, sans compter le poids stratégique que représentent ses alliances avec les pétromonarchies du Golfe Persique. A ce jour, plus d’une vingtaine de pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont ainsi ouvert des représentations diplomatiques dans la partie marocaine du Sahara occidental. Mais contrairement aux Etats-Unis, qui ont accordé leur soutien à Rabat, les Européens observent une neutralité circonspecte, multipliant les déclarations sans engagement formel afin de préserver autant que possible des relations équilibrées avec les deux voisins.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Il sera donc difficile pour l&rsquo;Algérie de rompre le statu-quo imposé par le Maroc sur le terrain. Pour autant, elle tentera certainement de retarder la mise au point d&rsquo;une vraie solution politique afin de renforcer le soutien international à ses propres revendications de souveraineté. L’inquiétant renforcement militaire observé chez les deux voisins corrobore par ailleurs le risque d’escalade : en 2022, l’Algérie et le Maroc représentaient à eux seuls 74 % des dépenses militaires de l’Afrique du Nord, selon les chiffres de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Depuis 2005, les dépenses militaires du royaume chérifien ont doublé et se sont particulièrement concentrées sur l’obtention d’armes de pointes et de drones auprès de la Turquie et d’Israël, que le Maroc utilise déjà pour contrer les forces du Front Polisario. Si un conflit ouvert entre l’Algérie et le Maroc paraît peu probable en raison des pertes potentielles qu’il représenterait pour leurs intérêts et leur stabilité, une intensification des affrontements au Sahara occidental demeure plausible. Et dans un tel contexte, la perspective d’une solution politique durable n’en sera que plus lointaine et hypothétique.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 19/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Azerbaïdjan, un voisin difficile à manœuvrer pour l&#8217;Iran</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-un-voisin-difficile-a-manoeuvrer-pour-liran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Nov 2023 11:03:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=28035</guid>

					<description><![CDATA[Si le monde musulman paraît naturellement sensible à la cause palestinienne, les considérations géopolitiques peuvent rendre l’équation plus complexe pour<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lazerbaidjan-un-voisin-difficile-a-manoeuvrer-pour-liran/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si le monde musulman paraît naturellement sensible à la cause palestinienne, les considérations géopolitiques peuvent rendre l’équation plus complexe pour certains pays qui entretiennent de bonnes relations avec Israël. L’Azerbaïdjan est de ceux-là, ce qui rend son voisinage avec l’Iran et désormais la Turquie particulièrement délicat alors que le régime iranien cherche à s’imposer comme le leader naturel de la résistance islamique anti-israélienne, et que la Turquie, relativement prudente au lendemain des attaques du 7 octobre, a radicalement changé de discours pour les mêmes raisons.</p>
<p>Alors que les appels à cesser les hostilités dans la bande de Gaza se multiplient à travers le Moyen-Orient et plus largement au sein du monde musulman, le discours critique contre l’Etat hébreu et les appels à rompre les liens économiques et diplomatiques ne trouvent aucun écho particulier à Bakou. L’Azerbaïdjan cultive en effet depuis son indépendance une relation très étroite avec Israël, notamment sur le plan énergétique puisqu’il couvre, avec le Kazakhstan, plus de la moitié de ses besoins pétroliers &#8211; l’Azerbaïdjan est d’ailleurs un partenaire plus essentiel puisqu’il fournit à lui seul 40% de la demande israélienne. Mais c’est sur le plan sécuritaire et militaire que la collaboration est particulièrement soutenue, puisque 70% de l’équipement militaire azéri a été fourni par les industries de défense israéliennes. Autre argument diplomatique non négligeable, l’Azerbaïdjan bénéficie à Washington de l’appui des lobbies pro-israéliens, ce qui explique peut-être l’absence de mesures de sanctions à son encontre, en dépit de ses graves entorses au droit international et au respect des droits de l’homme.</p>
<p>Cette relation sert <span lang="IT">à </span>la fois les objectifs stratégiques de l&rsquo;Azerba<span lang="NL">ï</span>djan et d’<span lang="NL">Israë</span><span lang="IT">l</span>. Le réarmement inexorable de l’Azerbaïdjan depuis sa défaite contre l’Arménie en 1994 doit ainsi beaucoup à l’Etat hébreu, dont l’arsenal de pointe lui a permis de récupérer la majeure partie des territoires perdus du Haut-Karabakh lors de la « guerre des 44 jours » à l’automne 2020. Le processus s’est achevé en septembre dernier avec l’offensive éclair du 19 septembre, qui a entraîné l’exil de 100 000 Arméniens de l’enclave et sa reconquête définitive par Bakou.</p>
<p>Avoir un pied en Azerba<span lang="NL">ï</span><span lang="IT">djan sert </span>également les inté<span lang="IT">rê</span><span lang="DE">ts isra</span>éliens contre l’Iran, tant sur le plan opérationnel et du renseignement qu’en matière de disruption. Israël appuie naturellement la position de Bakou en faveur de l’irrédentisme azéri dans le nord-ouest de l’Iran, région régulièrement désignée comme « l’Azerbaïdjan du Sud » par Ilham Aliyev… en dépit du fait que l’Azerbaïdjan en tant que pays souverain n’existe que depuis 1918, tandis que l’Iran en tant qu’Etat existe depuis plusieurs millénaires. Pour autant, l’hypothétique « réunification » de toutes les populations azéries constitue une menace naturelle pour l’intégrité territoriale et ethnique de l’Iran. Ce sécessionnisme a d’ailleurs pu trouver un écho jusqu’à Washington auprès de certains think-tank proches des Républicains, très influents sur la « politique iranienne » de Donald Trump entre 2016 et 2020. L’idée qu’une désintégration territoriale soit envisagée à ce point justifie la méfiance de Téhéran face à toute tentative d’encerclement de l’axe turco-israélien à ses frontières. Son opposition au corridor du Zanguezour, dont le tracé oscille entre un passage par l’Arménie ou par l’Iran, trouve ainsi sa justification dans ces relations stratégiques opaques et hostiles à sa stabilité et sa projection de puissance dans la région.</p>
<p>Alors que les relations entre l’Iran et l’Azerbaïdjan n’ont fait que se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir d’Ebrahim Raïssi en 2021, il apparaît d’autant plus douteux que Bakou cède aux sirènes d’une politique anti-israélienne. Fort de sa récente victoire dans le Caucase, Ilham Aliyev n’a en effet aucune urgence, aucun intérêt à complaire à la République islamique, d’autant plus qu’e<span lang="DE">n d</span>épit d&rsquo;une sympathie certaine pour la cause palestinienne, l&rsquo;opinion publique azérie <span lang="IT">n</span>e réclame aucun <span lang="NL">boycott</span> de l’Etat hébreu. Dans un pays où la haine de l’Arménien est devenue une idéologie à part entière, l’aide d’Israël dans la reconquête du Haut-Karabakh a, au contraire, été fortement appréciée. Aussi, entre une meilleure entente avec l&rsquo;Iran et les bé<span lang="IT">n</span>éfices de sa relation israélienne, le choix de Bakou sera donc vite fait.</p>
<p>L’équation est donc particulièrement difficile pour l’Iran, qui doit contrebalancer ses positionnements vis-à-vis de la relation israélo-azérie avec la nécessité d’améliorer son entente avec ses voisins. En dépit d’une rhétorique régulièrement hostile, l’Iran et l’Azerbaïdjan ont ainsi tenté de discrets rapprochements économiques, notamment en développant le corridor commercial et de transport Nord-Sud. Téhéran semble également se satisfaire des avertissements envoyés à son voisin grâce aux exercices militaires régulièrement opérés à leur frontière commune. Aussi importante soit-elle symboliquement pour l’Iran, la question de Gaza ne saurait donc interférer dans sa relation bilatérale avec l’Azerbaïdjan.</p>
<p>L&rsquo;Iran pourrait en revanche trouver avec la Turquie un soutien de circonstances face à Israël, qui risque de placer l’Azerbaïdjan, son allié naturel, en délicate position stratégique. Pour autant, Ankara n’a pas davantage souscrit aux demandes de l’Iran, par exemple en organisant un embargo pétrolier contre l’Etat hébreu. Tout comme l’Iran, la Turquie semble déterminée à s’imposer comme leader naturel des autres nations musulmanes face à Israël, ce qui laisse présager de vives surenchères entre les deux pays.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 12/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’invasion de l&#8217;Arménie, une erreur politique pour l’Azerbaïdjan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/linvasion-de-larmenie-une-erreur-politique-pour-lazerbaidjan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Nov 2023 11:18:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Azerbaïdjan]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=27969</guid>

					<description><![CDATA[Les intentions d’Ilham Aliyev suite à sa « reconquête » de l’enclave étaient en effet des plus floues. Et la<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/linvasion-de-larmenie-une-erreur-politique-pour-lazerbaidjan/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les intentions d’Ilham Aliyev suite à sa « reconquête » de l’enclave étaient en effet des plus floues. Et la déclaration d’Antony Blinken début octobre a achevé de laisser penser qu’elles seraient forcément belliqueuses, puisqu’il estimait une invasion de l’Arménie par Bakou « imminente ».</p>
<p>Sans être nécessairement exagérée, cette assertion doit être replacée dans le contexte hautement sensible de l’exil de près de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh, qui ont principalement trouvé refuge en Arménie voisine. Seules les personnes les plus âgées, handicapées, ou inaptes à se déplacer, sont restées dans l’enclave, et leur sort demeure indéterminé. Ces évènements ont réveillé la mémoire du génocide de 1915, toujours vif dans l’inconscient collectif arménien, et ont  rapidement laissé craindre une escalade de la part de Bakou.</p>
<p>Les abus perpétrés par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh, comme l’accusation de « nettoyage ethnique » et culturel, sont réels. Il paraît au demeurant plausible que le président azéri ait envisagé une invasion de la province arménienne du Syunik dans le cas d’une résistance éventuelle de l’Artsakh, afin de disposer d’un moyen de pression supplémentaire pour obtenir la dissolution du gouvernement autonome. Or, sa reddition extrêmement rapide et sans combat a certes permis à l’Azerbaïdjan d’annexer l’enclave sans trop d’efforts, mais l’a également pris au dépourvu quant à la suite des évènements.</p>
<p>Certes, par le passé et singulièrement ces trois dernières années, Aliyev a souvent utilisé la menace militaire pour obtenir des concessions de l&rsquo;Arménie. Depuis l’annonce du projet du corridor du Zanguezour (qui doit relier la province azérie du Nakhitchevan au reste de l’Azerbaïdjan en passant par le territoire arménien), Ilham Aliyev n’a eu de cesse d’employer une rhétorique de plus en plus agressive pour vaincre les légitimes réticences de l’Arménie. De mai à novembre 2021, les incidents frontaliers entre les deux pays se sont multipliés, sans compter les incursions des forces azéries &#8211; déjà ! &#8211; dans les provinces du Syunik et du Gegharkunik, au prétexte d’une mauvaise démarcation de la frontière. Par ces provocations, Ilham Aliyev visait à obtenir à la fois une réponse militaire de l’Arménie et le <em>casus belli</em> nécessaire pour justifier une invasion et une occupation en bonne et due forme de sa voisine.</p>
<p>Cependant, l’Arménie a toujours su résister à la tentation de l&rsquo;escalade, afin de montrer à la communauté internationale qu&rsquo;elle n&rsquo;était pas l&rsquo;agresseur et qu&rsquo;elle respectait à la lettre l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020. A l’inverse, l’Azerbaïdjan l’a constamment violé en de multiples points durant trois ans : blocus du corridor de Lachine, exactions régulières contre la population de l’Artsakh, retour rendu impossible pour les réfugiés, rétention des prisonniers de guerre et otages arméniens.</p>
<p>2022 a vu le projet d’invasion de l’Arménie s’accélérer, mais celui-ci s’est rapidement heurté à une forte résistance et a entraîné d’importantes pertes humaines pour l’Azerbaïdjan. Pour autant, ces incursions lui ont permis de saisir des points stratégiques sur la frontière commune entre les deux pays. A ce jour, on compte toujours entre 140 et 215 kilomètres carrés de territoire arménien illégalement occupés par l’Azerbaïdjan.</p>
<p>Compte tenu de l’absence de réaction des Occidentaux face à l’annexion de l’Artsakh, le moment pourrait être tout à fait propice à une invasion de l’Arménie, permettant à Aliyev de poursuivre ses ambitions panturquistes avec la bénédiction de la Turquie. En réalité, l&rsquo;Azerbaïdjan n&rsquo;a aucun intérêt stratégique à s&rsquo;engager dans un conflit militaire avec sa voisine, et ce pour plusieurs raisons.</p>
<p>En premier lieu, l’Arménie n’est pas le Haut-Karabakh, au sens où celle-ci est un Etat de droit internationalement reconnu, et donc indépendant. L’Artsakh ne pouvait malheureusement pas se prévaloir du même statut, en raison du très complexe différend territorial et juridique qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur son compte depuis plus d’un siècle et l’a privé d’une reconnaissance internationale. Une invasion de l’Arménie sans raison valable – c’est-à-dire sans agression directe ou indirecte contre l’Azerbaïdjan – serait de fait illégale et générerait une réponse internationale immédiate, car Erevan conserve fort heureusement des alliés et des appuis.</p>
<p>Par ailleurs, l’armée arménienne s’est considérablement professionnalisée depuis sa défaite à l’automne 2020. Il est ainsi difficile de comparer l’annexion forcée d’une petite enclave qui ne comptait que 5000 soldats et une population affamée par neuf mois de blocus, avec l’invasion d’un pays de trois millions d’habitants doté d’une véritable armée et de soutiens extérieurs.</p>
<p>Le principal argument en défaveur d’une action militaire de l’Azerbaïdjan demeure naturellement l’Iran. Soucieux de préserver l’intégrité territoriale de son alliée, Téhéran ne pourrait pas considérer une telle attaque autrement que comme un affront personnel et un manque de respect envers son statut de puissance régionale. Une invasion azérie déclencherait donc automatiquement une réponse iranienne, car son absence serait un terrible aveu de faiblesse pour l’Iran auprès de ses alliés et surtout de ses rivaux. La question de l’irrédentisme azéri demeure également au coeur des réflexions stratégiques de Téhéran,  la perspective de voir Bakou armer un mouvement séparatiste à sa frontière nord-ouest étant impensable. Aussi, bien qu’il n’ait plus été engagé dans une guerre conventionnelle depuis 1988, l’Iran demeure fort de son réseau de proxies et de ses capacités techniques militaires, qui lui donneraient aisément l&rsquo;avantage sur l&rsquo;Azerbaïdjan.</p>
<p>Il semble donc contre-productif de céder à la panique, car ce serait miser sur une défaillance stratégique de la part d’Ilham Aliyev. Or, ses vingt années au pouvoir démontrent que le président azéri sait attendre, que ce soit pour renforcer patiemment les capacités militaires de son pays, consolider ses alliances ou exploiter les contentieux entre l’Arménie et ses alliés – notamment la Russie. Pour l’heure, Aliyev a déjà atteint ses principaux objectifs avec l&rsquo;annexion du Haut-Karabakh, et la patience stratégique assurera davantage la stabilité de son régime qu’une hasardeuse option militaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plus grande méfiance et l’anticipation demeurent des impératifs pour l’Arménie.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 5/11/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les ambiguïtés politiques d’Erdogan, plus que jamais révélées par le conflit israélo-palestinien</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-ambiguites-politiques-derdogan-plus-que-jamais-revelees-par-le-conflit-israelo-palestinien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 08:47:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Erdogan]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=27901</guid>

					<description><![CDATA[Les premiers jours de relatif silence et de retenue n’auront rien changé. Depuis l’offensive du Hamas contre Israël le 7<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-ambiguites-politiques-derdogan-plus-que-jamais-revelees-par-le-conflit-israelo-palestinien/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les premiers jours de relatif silence et de retenue n’auront rien changé. Depuis l’offensive du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier, la position de la Turquie est particulièrement étudiée en raison de sa proximité ancienne, idéologique et stratégique, avec le mouvement palestinien. Jusqu’à présent, ce lien entre un pays membre de l’OTAN et une organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne ne semblait guère poser de problèmes, hormis dans la perspective d’une normalisation en bonne et due forme entre la Turquie et Israël. Le contexte s’est chargé de faire évoluer ces perceptions.</p>
<p>Mais c’est un euphémisme de dire que le souhait des Etats-Unis et Israël de voir Ankara couper ses liens avec le Hamas est un vœu pieux. Appelant dans un premier temps à la désescalade et à la négociation d’une solution à deux Etats, Erdogan a soudainement changé de registre après la frappe sur l’hôpital Al-Ahli de Gaza le 17 octobre dernier, rejetant publiquement la responsabilité sur l’armée israélienne. Le président turc a dès lors multiplié les gestes marquants : trois jours de deuil en Turquie suite à l’attaque, annulation de tous les déplacements présidentiels prévus en Israël, déclarations sans ambiguïtés devant les parlementaires turcs, en brandissant la carte de l’évolution territoriale de la Palestine – la même utilisée par Mahmoud Abbas à  l’ONU il y a trois ans – et en rappelant, comme il l’avait déjà fait en 2018, que « <em>le Hamas n’était pas une organisation terroriste mais un mouvement de résistance défendant la patrie des Palestiniens contre une force d’occupation</em> ».</p>
<p>L’art de l’équilibre et les revirements spectaculaires caractérisent de longue date la politique étrangère d’Erdogan. Soucieux depuis sa réélection de normaliser ses relations avec ses voisins et notamment avec Israël, le président turc a d’abord choisi d’être discret avec le Hamas. Mais comme les groupes islamistes palestiniens le lui ont rapidement rappelé avec colère, il est singulièrement difficile pour Erdogan, formé à l’islamisme des Frères musulmans, de renier durablement ses attaches idéologiques avec sa branche palestinienne – son dirigeant Ismaël Haniyeh partage d’ailleurs généralement son temps entre la Turquie et le Qatar pour des raisons évidentes, et se trouvait à Istanbul le 7 octobre, avant d’être discrètement invité à quitter la Turquie.</p>
<p>Dans sa jeunesse au sein des mouvements islamistes de son « père spirituel » Necmettin Erbakan, Erdogan ne cachait pas son antisémitisme, qu’il exprimait encore en tant que maire d’Istanbul en évoquant « <em>le complot mondial ourdi par les juifs sionistes qui menacent de prendre le contrôle de la planète</em> ». Relativement discret sur ce point à partir de 2003 lorsqu’il devint Premier ministre, Erdogan renoua avec une position plus radicale à partir de 2009, avec son coup d’éclat au Forum économique de Davos contre Shimon Pérès lorsqu’il dénonçait – déjà – l’opération israélienne contre le Hamas à Gaza. Ceci inaugura alors une nouvelle phase de son positionnement diplomatique en tant que champion autoproclamé de la cause palestinienne. L’objectif était ainsi de séduire la rue arabe et de s’imposer comme leader du monde musulman face à l’Arabie Saoudite, dont le désintérêt pour ce dossier était déjà manifeste. Erdogan multiplia alors les saillies anti-sionistes et défendit la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, concept totalement inconcevable pour l’État hébreu. En 2010, l’envoi de la flottille turque pour soutenir Gaza sous blocus israélien – la fameuse affaire du « Mavi-Marmara » – avait acté l’éloignement durable entre Israël et la Turquie. Et depuis 2012, le Hamas bénéficie d’un bureau à Istanbul, tandis que plusieurs responsables du mouvement se sont vus octroyer la nationalité turque.</p>
<p>Pour autant, et c&rsquo;est là toute l&rsquo;ambiguïté d’Erdogan, la Turquie n&rsquo;a jamais totalement rompu ses relations avec Israël. Aujourd’hui encore, le président turc ménage l’État hébreu pour diverses raisons, d’abord historiques. La Turquie a en effet été le premier Etat musulman à reconnaître son existence en 1949, et jusqu’à l’arrivée d’Erdogan au pouvoir, considérait Israël comme un partenaire stratégique de premier plan au Moyen-Orient. Depuis ces deux dernières années, les considérations géostratégiques et économiques ont contribué à renforcer le dialogue entre Ankara, financièrement en difficulté, et Tel-Aviv. Le partenariat militaire entre les deux pays s’est notamment développé, et pour ne citer qu’un seul exemple illustrant cette collaboration étroite, la Turquie et Israël se trouvent des intérêts communs dans le Caucase du Sud, comme l’a illustré leur participation indirecte à l’annexion du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan. En se rapprochant d’Israël, Erdogan ne désespérait pas non plus d’adoucir l’inflexibilité américaine concernant la vente des avions de combat F-35.</p>
<p>Enfin, les effets de la proximité d’Erdogan et du Hamas sur la politique domestique turque ne sauraient être minimisés, son électorat étant traditionnellement antisémite et attaché à la défense de la cause palestinienne. Alors que les rassemblements publics non autorisés par le gouvernement sont interdits depuis le printemps de Gezi en 2013, plusieurs manifestations de soutien aux Palestiniens ont pu être organisées à Istanbul, vraisemblablement avec la bénédiction tacite des autorités turques.</p>
<p>Jamais à un paradoxe près, Erdogan chercherait aujourd’hui à utiliser habilement sa proximité avec le Hamas pour s’imposer comme un médiateur incontournable dans les négociations visant la libération des otages israéliens et la désescalade du conflit. Exactement comme il l’a fait entre la Russie et l’Ukraine, le président turc ne perdant jamais son objectif de faire de la Turquie une puissance clé sur la scène géopolitique. Peu dupe de la nature de l’offre, Israël a rappelé tout son personnel diplomatique de Turquie, y compris son ambassadeur. Même si Joe Biden a omis de se rendre à Ankara durant sa récente tournée dans la région, les Etats-Unis, par pragmatisme, auraient en revanche laissé entendre qu’ils pourraient accepter l’intervention de la Turquie, sous réserve qu’elle ratifie le processus d’adhésion de la Suède à l’OTAN. Celui-ci a déjà été soumis au Parlement turc lundi dernier… Il importe finalement peu à Erdogan que ses affinités idéologiques soient ouvertement connues : jusqu’à présent, elles ne l’ont jamais empêché de satisfaire ses ambitions.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le Caucase, l’autre théâtre de la rivalité indo-pakistanaise</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-caucase-lautre-theatre-de-la-rivalite-indo-pakistanaise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Oct 2023 08:12:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Caucase]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=27796</guid>

					<description><![CDATA[Lorsqu’on évoque les relations entre l’Inde et le Pakistan, le Cachemire apparaît naturellement comme le lieu le plus évident et<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/le-caucase-lautre-theatre-de-la-rivalite-indo-pakistanaise/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Lorsqu’on évoque les relations entre l’Inde et le Pakistan, le Cachemire apparaît naturellement comme le lieu le plus évident et le plus connu illustrant leur conflictualité. On sera cependant étonné de constater une extension du conflit cachemiri jusqu’au Caucase, où se joue entre le Pakistan et l’Inde une guerre par procuration des plus obscures et méconnues, chacun ayant choisi son parti dans le conflit du Haut-Karabakh. L’annexion récente de l’enclave a ainsi révélé leur soutien respectif envers l’Azerbaïdjan et l’Arménie, mais aussi l’intense compétition d’influence que les deux rivaux d’Asie du Sud se livrent dans la région pour défendre leurs intérêts stratégiques.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Dès le début du premier conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en 1991, Islamabad s’est imposé comme un soutien militaire important de Bakou, devançant d’une trentaine d’années New Delhi qui n’a commencé à fournir des armes à l’Arménie qu’après sa défaite lors de la « guerre des 44 jours » à l’automne 2020. En outre, la relation entre l’Azerbaïdjan et le Pakistan se double d’une forte proximité de ce dernier avec la Turquie, qui furent les deux premières nations à reconnaître l’indépendance de l’Azerbaïdjan en 1991, tandis qu’Islamabad n’a jamais rendu la pareille à l’Arménie. Depuis 2016 au moins, les armées pakistanaises et azéries conduisent régulièrement des exercices communs et ont développé de profonds liens sécuritaires et stratégiques. Bien que le fait n’ait pas été confirmé, de forts soupçons pèsent sur une participation de conseillers militaires pakistanais à l’offensive azérie contre l’Arménie en 2020, ainsi que sur la fourniture d’avions de chasse sino-pakistanais à l’Azerbaïdjan. L’axe dit « des trois frères » qui unit Ankara, Bakou et Islamabad est en effet une réalité, animé par plusieurs caractéristiques communes – des populations musulmanes, des conflits intérieurs ethniques ou territoriaux – qui les ont rapidement incités à s’engager dans une alliance.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">De son côté, l’Inde ne s’est clairement positionnée comme une nouvelle partenaire pour l’Arménie qu’après la victoire de l’Azerbaïdjan en 2020. Deux principaux facteurs, l’un stratégique, l’autre économique, ont été décisifs dans son calcul politique. Inquiète de voir le panturquisme gagner en influence dans le Caucase – et potentiellement au-delà, jusqu’au Cachemire – New Delhi s’est ainsi décidée à peser dans la balance régionale pour contrer le Pakistan. Son implication au Haut-Karabakh et aux côtés de l’Arménie vise également à renforcer ses propres liens avec l’Iran, afin de limiter la montée de l’influence turque en Asie centrale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">De son rapprochement avec l’Arménie, l’Inde espère par ailleurs plusieurs retombées économiques, d’abord en matière d’industrie de défense. Elle a ainsi fourni à Erevan près de 245 millions de dollars de systèmes d’artillerie, de roquettes antichar et de munitions. Se faisant, elle se trouve néanmoins en porte-à-faux avec la Russie, d’où elle importe encore près des trois quart de son équipement militaire… Mais New Delhi accorde surtout beaucoup d’importance au développement de son projet de corridor de transport Nord-Sud (INSTC), qui doit relier l&rsquo;Inde à l&rsquo;Europe en passant par l&rsquo;Iran et le Caucase du Sud, idéalement l’Arménie, zone clé du tracé à de multiples égards. L’été dernier, l’Inde a également renforcé ses investissements et signé de nouveaux contrats avec le port iranien de Chahabar, autre zone stratégique de son projet.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">De son côté, l’Arménie a décidé de renforcer en mai dernier le personnel diplomatique de son ambassade à New Delhi afin d’approfondir la coopération militaire bilatérale, espérant en tirer une protection susceptible de remplacer celle de la Russie en cas de pression accrue de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh. L’issue de l’offensive azérie du 19 septembre dernier a néanmoins été une cruelle désillusion en la matière, qui s’est doublée d’un silence assourdissant de l’Inde qui jusqu’alors, condamnait systématiquement l’agressivité de l’Azerbaïdjan dans la région. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Cette inaction diplomatique menace pourtant ses intérêts à plusieurs égards : le corridor Nord-Sud vise en effet à atteindre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Asie centrale en contournant le Pakistan, et en sabordant les projets chinois en Iran. Aujourd&rsquo;hui, son tracé et donc sa viabilité sont menacés par l’annexion azérie, puisqu’il doit notamment traverser la province de Syunik, précisément convoitée désormais par l&rsquo;Azerbaïdjan et la Turquie. La menace est suffisamment sérieuse pour que l’Arménie ait senti le besoin de rappeler sa souveraineté sur cette province et de masser des troupes le long de sa frontière. Par ailleurs, l’Inde envoie ici un très mauvais signal à ses alliés économiques, politiques et militaires potentiels, qui peuvent légitimement se demander si ses engagements en matière de coopération et d’assistance sont valables.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Preuve qu’elle considère malgré tout son soutien comme nécessaire, l’Arménie a envoyé tout récemment un nouvel ambassadeur à New Delhi, spécialiste de l’Iran et du Caucase du Sud. Ce choix confirme que Erevan souhaite développer sa relation avec l’Inde, avec Téhéran comme pivot central pour mieux contrer l’influence panturquiste. Les potentialités stratégiques de ce double rapprochement diplomatique ne sauraient être ignorées par les autorités indiennes dans la perspective de garantir les intérêts de l’Inde dans la région, mais aussi pour contrer le poids militaire du Pakistan. New Delhi comme ses rivaux se trouvent donc face à une recomposition stratégique dont l&rsquo;issue sera déterminée par leur rapidité à prendre en compte la nouvelle réalité à l&rsquo;oeuvre dans le Caucase.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 15/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;annexion forcée du Haut-Karabakh, révélatrice de l&#8217;évolution des rivalités de puissance</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lannexion-forcee-du-haut-karabakh-revelatrice-de-levolution-des-rivalites-de-puissance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2023 10:24:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Haut-Karabakh]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=27721</guid>

					<description><![CDATA[Alors que l’Azerbaïdjan a entériné sa reconquête du Haut-Karabakh par la force après son premier coup de boutoir il y<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lannexion-forcee-du-haut-karabakh-revelatrice-de-levolution-des-rivalites-de-puissance/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Alors que l’Azerbaïdjan a entériné sa reconquête du Haut-Karabakh par la force après son premier coup de boutoir il y a trois ans, l’Arménie apparaît plus que jamais fragile face à la prédation de son voisin. Elle accueille déjà plus des trois quart des réfugiés issus de l’enclave et craint désormais de voir son intégrité territoriale violée par Bakou. En dépit d’une situation qui s’apparente à un nettoyage ethnique après trois ans d’exactions  – contre la population arménienne, mais aussi contre le patrimoine culturel arménien – au point de mobiliser aujourd’hui une mission de l’ONU, les réactions de la communauté internationale demeurent bien tièdes. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’inaction des Etats-Unis dans une zone où la Russie a longtemps été influente interpelle tout particulièrement. Depuis 2020, année qui a vu la « guerre des 44 jours » révéler le décalage de force militaire et de soutiens entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les Etats-Unis ont été largement spectateurs de ce « conflit gelé », héritage de l’effondrement de l’URSS en 1991. Leurs rares efforts diplomatiques n’ont jamais abouti à quelque engagement concret sur le terrain. Ce constat souligne à quel point la diplomatie américaine opère une hiérarchie des priorités, ou une sélection, entre les différents conflits actuels : lui aussi lointain vestige de la fin de la Guerre froide, le conflit ukrainien et les menaces de la Russie aux portes de l’Europe ont motivé l’intervention des Etats-Unis, qui s’insurgent contre l’annexion de la Crimée et du Donbass mais disputent beaucoup moins ce « droit » à l’Azerbaïdjan dans le cas de l’Artsakh. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">Face à un monde de plus en plus multipolaire, force est de constater que les Etats-Unis persistent à lire les relations internationales selon un prisme relativement manichéen, en dépit du processus de complexification qu’elles traversent depuis le début de la décennie. « Pour » ou « contre » les Américains et leurs intérêts régionaux demeure l’unique grille d’analyse de leurs positionnements stratégiques. Ceci peut s’appliquer relativement facilement à certaines régions, comme l’Europe – contre la Russie – ou la zone Indo-Pacifique – contre la Chine. En revanche, dans les zones géographiques plus complexes, dont le Caucase est un excellent exemple, où alliés et adversaires ne sont pas aisément identifiables, Washington observe un prudent retrait stratégique. Ainsi, le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pâtit du fait qu’aucun des deux belligérants n’est engagé formellement, en bien ou en mal, avec les Etats-Unis. La présence d’une forte communauté arménienne exilée sur le sol américain n’a d’ailleurs pas suscité davantage d’intérêt de la part de Washington pour ce conflit. Cette année, tout au plus le Secrétariat d’État s’est-il borné à réclamer un accord de paix négocié qui assurera la paix et la stabilité de la région. Le fait que la Russie ait été la grande puissance médiatrice du conflit en 2020 souligne cruellement l’absence des Etats-Unis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">En outre, la lecture américaine du conflit pâtit d’une grave erreur d’analyse sur la nature politique des belligérants. Bien qu&rsquo;étant une démocratie, l&rsquo;Arménie est considérée à Washington comme une alliée de la Russie. Bien qu’étant une dictature, l’Azerbaïdjan est avant tout considéré comme proche d&rsquo;un membre de l&rsquo;OTAN &#8211; la Turquie &#8211; et par ailleurs comme un nouvel allié providentiel et même jugé « fiable » de l’Union européenne, à laquelle il va désormais fournir près de un cinquième de ses ressources en gaz d’ici 2027. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 12.0pt; font-family: 'Georgia',serif;">L’autre difficulté est l’absence d’influence majeure de la part des Occidentaux dans certaines régions dont le potentiel stratégique ne leur apparaît pas de manière évidente. En dépit de sa centralité et des multiples interconnexions qu’il crée entre l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient sur le plan commercial et énergétique, le Caucase semble victime de son relatif enclavement et d’une histoire qui l’a longtemps placé alternativement au coeur des empires perse, ottoman et russe, bien loin des Etats européens. La sphère d’influence russe se réduit pourtant comme peau de chagrin, tant la guerre en Ukraine focalise toute l’énergie du Kremlin. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Georgia, serif; font-size: 12pt;">Faute d’intérêts géostratégiques majeurs des grandes puissances occidentales dans la région, le Caucase semble donc voué à « l’oubli », sauf de la part de ses voisins les plus proches qui profitent habilement du vide stratégique pour faire avancer leurs ambitions. Depuis 2020, toute l’offensive azérie contre le Haut-Karabakh s’apparente ainsi à une guerre opportuniste : la désertion russe, l’indifférence européenne et l’actif soutien turc ont créé toutes les conditions pour en favoriser la réussite. Pour toutes ces raisons, le cessez-le-feu obtenu avec la reddition du gouvernement autonome du Haut-Karabakh demeure précaire. D’autres conflits seront de nature à se manifester dans la région – et les déclarations d’Erdogan et d’Aliyev à l’encontre du rattachement du Nakhitchevan via le corridor du Zanguezour, qui menace l’intégrité territoriale arménienne, doivent déjà attirer l’attention sur cette éventualité. La nature ayant horreur du vide, l’absence stratégique des Russes et des Occidentaux, grandes puissances « traditionnelles », laissera le champ libre aux puissances régionales pour occuper le terrain. La Turquie, qui poursuit son propre agenda et ses rêves d’indépendance stratégique, ne manquera pas de saisir l’occasion, mais trouvera probablement sur sa route l’Iran soucieux de préserver la stabilité de la région et sa propre souveraineté nationale. Le Caucase risque donc fort de redevenir un terrain d’affrontement pour les nouveaux empires prédateurs, et les Occidentaux y seront, une fois de plus, des acteurs inexistants.</span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 08/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’indispensable intervention militaire iranienne en faveur de l’intégrité territoriale de l’Arménie</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lindispensable-intervention-militaire-iranienne-en-faveur-de-lintegrite-territoriale-de-larmenie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Oct 2023 09:11:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Arménie]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.amir-aslani.com/?p=27614</guid>

					<description><![CDATA[Après sa reconquête du Haut-Karabakh, il serait naïf de penser que l’Azerbaïdjan s’arrêtera en si bon chemin. Bien au contraire,<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lindispensable-intervention-militaire-iranienne-en-faveur-de-lintegrite-territoriale-de-larmenie/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après sa reconquête du Haut-Karabakh, il serait naïf de penser que l’Azerbaïdjan s’arrêtera en si bon chemin. Bien au contraire, sa « victoire » célébrée en commun avec la Turquie, qui lui a fourni un infaillible appui militaire et logistique, risque d’enhardir Bakou pour mener à bien d’autres projets dans le Caucase, des projets qui menacent directement l’intégrité territoriale arménienne et les équilibres géostratégiques locaux.</p>
<p>Un signal très clair a d’ailleurs été envoyé sur les intentions de l’Azerbaïdjan, avec la visite d’État de Recep Tayyip Erdogan dans l’enclave du Nakhitchevan le 25 septembre dernier, quelques jours après l’offensive décisive contre le Haut-Karabakh. Ce territoire azéri est en effet séparé géographiquement du reste de l’Azerbaïdjan par l’Arménie. Or, il ne manquerait qu’une jonction de quarante kilomètres pour le réunir au reste du territoire de Bakou. Depuis l’accord de 2020, le projet du corridor du Zanguezour est ainsi devenu omniprésent dans le discours d’Ilham Aliyev, qui rêve ouvertement de le concrétiser « par la force »). Mais contrairement au corridor de Lachine, seule connexion terrestre du Haut-Karabakh à l’Arménie, le tracé de celui de Zanguezour nécessiterait de traverser une province méridionale de l’Arménie, le Syunik. L’objectif in fine de l’Azerbaïdjan serait d’annexer ce territoire et de créer ainsi une vaste connexion « panturque », reliant la Turquie à l’Asie centrale via l’Azerbaïdjan. Qu’au passage, l’intégrité territoriale de l’Arménie soit bafouée en la coupant de sa frontière avec l’Iran, et au risque de bouleversements géopolitiques majeurs, ne semble pas en mesure d’arrêter les ambitions azéries et turques. Ce projet répond, en effet, à un plus large projet qui trouve ses racines dans l’idéologie panturquiste des nationalistes turcs, visant à réunir sous la bannière d’Ankara tous les peuples turcophones du monde altaïque.</p>
<p>Créer une connexion terrestre passant par le territoire arménien, mais demeurant exclusivement sous juridiction arménienne et assurant la liaison entre le Nakhitchevan, l’Azerbaïdjan et la Turquie, serait pourtant une autre solution possible. Cette solution d’équilibre, respectueuse du droit international, s’avère cependant résolument contraire aux intérêts des deux alliés turcophones, aussi est-il peu probable qu’ils l’acceptent.</p>
<p>En cas d’annexion forcée, il serait donc attendu que la Russie réagisse. L’Arménie demeure en effet son alliée au sein de l’OTSC, dont l’article 4 l’obligerait à une action militaire en cas d’agression. L’issue du conflit gelé du Haut-Karabakh permet néanmoins d’anticiper un immobilisme total de la part de Moscou, entièrement dédié au conflit ukrainien.</p>
<p>Mais face à une influence russe en retrait dans une zone qui était traditionnellement son « étranger proche », l’Iran s’avère désormais être le seul recours possible pour protéger l’Arménie de la prédation panturquiste, car il est lui aussi directement concerné et menacé par l’éventualité du corridor du Zanguezour, De longue date, Téhéran entretient de bonnes relations avec Erevan. L’Arménie est en effet un excellent partenaire commercial, un « pont » permettant à l’Iran d’être connecté au monde russe et à l’Europe via la Géorgie et le Caucase. Historiquement, la proximité entre l’Iran et la Transcaucasie est particulièrement ancienne et renforce la légitimité de son droit de regard sur la situation géopolitique locale. On a régulièrement rappelé que les khanats du Haut-Karabakh et l’Arménie elle-même ont longtemps été territoire perse. Les traités du Golestan (1813) et de Turkmentchaï (1828) ont certes acté leur cession à l’Empire russe, mais n’ont jamais pu amoindrir la permanence de l’influence culturelle iranienne dans la région. Le Caucase est donc de longue date, à son corps défendant, le lieu de confrontation du monde altaïque, ou turcophone, et du monde iranien, deux mondes dont les expressions locales sont manifestes.</p>
<p>Depuis le début du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à la fin des années 1980, l’Iran s’est porté volontaire pour servir de médiateur entre les deux belligérants, malheureusement sans succès. Bien qu’allié de l’Arménie, l’Iran demeure en effet circonspect dans ses relations avec Bakou, en raison de sa propre communauté azérie et du supposé influence de l’Azerbaïdjan sur ses éléments les plus séparatistes. Combiner à la fois sa mission de protection du monde iranien dans le Caucase avec la préservation de sa propre unité nationale s’apparente de longue date à un périlleux exercice d’équilibre. Mais aujourd’hui, et pour toutes les raisons évoquées jusqu’ici, l’Iran ne peut tolérer d’être ainsi coupé de son alliée arménienne, ni du Caucase, au mépris du droit international et du respect de sa propre souveraineté territoriale. La menace azérie et plus largement panturquiste dans le Caucase fait depuis longtemps partie des principales préoccupations stratégiques de l’état-major iranien, qui craint les tentatives d’encerclement du monde turc. Aujourd’hui, l’évolution du contexte géopolitique régional semble confirmer ces inquiétudes. Depuis trois ans, les tensions entre l’Azerbaïdjan et l’Iran n’ont fait que s’accroître au rythme des tentatives d’assassinats, des exercices militaires frontaliers, et d’une propagande azérie anti-iranienne clairement assumée par Bakou en dépit des avertissements diplomatiques. Est-ce un hasard si en octobre dernier, le ministre des Affaires étrangères iranien a officiellement inauguré le nouveau consulat général d’Iran à Kapan, ville de la province de Syunik, celle-là même visée par le corridor du Zanguezour ?</p>
<p>La mesure serait-elle atteinte désormais ? Pour certains analystes, il apparaît douteux que l’Iran s’engagera dans un conflit armé avec son voisin et, en filigrane, la Turquie. Pourtant, Téhéran ne transigera pas sur la permanence des frontières historiques, la géopolitique régionale et sa connexion terrestre avec l’Arménie. Il n’en reste donc pas moins urgent pour lui, allié historique de l’Arménie en état de constante agression de la part de ses voisins turcophones, de garantir la paix et la stabilité dans la région. Parce qu’il incarne désormais le seul allié capable de fournir une aide à l’Arménie, il est urgent qu’Erevan entame des pourparlers stratégiques avec Téhéran en vue de la signature d’un traité de défense qui garantira la protection de son territoire.</p>
<p>En plus d’un devoir moral, pour l’Iran, défendre l’Arménie est désormais une question existentielle, de géostratégie et de permanence civilisationnelle désormais incontournable.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Atlantico du 01/10/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
