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	<title>Afrique &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Fri, 06 Jun 2025 09:37:32 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Cette guerre du Soudan qui n’en finit pas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jun 2025 09:14:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis plus de deux ans, la guerre entre les FAS (Forces armées soudanaises), armée régulière soudanaise menée par le général Al-Bourhane, et les FSR (Forces de soutien rapide), milice paramilitaire du général Mohamed Hamdan dit Hemetti, ravage le Soudan dans l’indifférence générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au carrefour du Sahel et de la Corne de l’Afrique, ce pays riche en ressources et stratégique grâce à son littoral de 800 km sur la mer Rouge est malmené par les puissances étrangères, en dépit du tragique bilan humanitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2019, un soulèvement populaire renverse la dictature d’Omar El-Béchir. Après une courte tentative de transition politique, l’armée régulière dirigée par le général Abdel Al-Bourhane et les FSR, milice issue des Janjawids qui ont participé au génocide du Darfour en 2003, fomentent un putsch en octobre 2021. Mais, dès avril 2023, cette alliance est rompue et dégénère en guerre civile.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Partition en germe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début du conflit, les FSR ont progressé à une vitesse fulgurante et se sont emparées de Khartoum, obligeant l’armée régulière à se retrancher à Port Soudan et à y transférer toutes les institutions. Cependant, au terme de lourdes offensives menées depuis septembre, le général Al-Bourhane a revendiqué le 26 mars 2025 la libération de la capitale et a réinvesti le palais présidentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dorénavant, les FSR sont concentrées au sud et à l’ouest du pays, dans la région du Darfour, où elles sont accusées par le département d’État américain de mener des actes génocidaires, tandis que les FAS, auxquelles on reproche des crimes de guerre, contrôlent le nord et l’est du pays, faisant craindre une nouvelle partition du Soudan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la guerre des drones a étendu le champ des combats. Début mai, des attaques aériennes ont frappé des infrastructures stratégiques de Port Soudan, capitale de facto par laquelle transite l’aide humanitaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Émirats en soutien à la milice des FSR</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à ces attaques, l’armée régulière soudanaise a immédiatement rompu le peu de relations diplomatiques qui lui restait avec les Émirats arabes unis (EAU), qu’elle a qualifiés d’“État agresseur”. Depuis le début du conflit, Khartoum accuse l’émirat de soutenir militairement les FSR en les approvisionnant via son allié tchadien, en contrepartie de quoi Abu Dhabi profiterait du pillage des ressources aurifères organisé par les miliciens d’Hemetti. En dépit des rapports onusiens et des sanctions américaines prononcées contre plusieurs entreprises basées aux Émirats et accusées de violer l’embargo sur les armes au Darfour, Abu Dhabi continue de nier fermement ces allégations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les FAS peuvent compter sur le soutien de la Turquie et de l’Iran qui l’approvisionnent en drones, et sur l’Égypte en matière de renseignement, qui, partageant sa frontière avec l’État soudanais, redoute l’extension du conflit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menaces sur la mer Rouge</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le déplacement des combats à Port Soudan, ville côtière de la mer Rouge, inquiète de plus en plus les puissances avoisinantes qui voient leurs intérêts menacés. Large de seulement 300 kilomètres maximum, la mer Rouge, par laquelle transitent plus de 12 % du commerce mondial de marchandises, est un axe maritime cardinal. Alors que les attaques des Houthis ont révélé les coûts exorbitants et les retards significatifs du détournement des navires de leur itinéraire, l’extension du conflit soudanais préoccupe la communauté internationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Moscou est parvenu, en février dernier, à décrocher auprès des autorités soudanaises un accord de principe pour l’établissement d’une base militaire à Port Soudan, anticipant une éventuelle perte de ses bases syriennes de Tartous et Hmeimim compte tenu de la chute de son allié Bachar al-Assad, les récentes attaques ont révélé la volatilité de la situation, mettant à mal les ambitions russes.<br>De son côté l’Arabie saoudite espère relancer le processus de Djeddah qu’elle avait parrainé en 2023, afin d’obtenir enfin l’accalmie régionale dont elle a impérativement besoin pour mener à bien ses ambitions économiques post-pétrole et ses projets touristiques sur la mer Rouge.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Occident tente la réconciliation</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’aggravation de la situation humanitaire, avec 150 000 victimes depuis avril 2023, plus de 12 millions de déplacés et la moitié de la population au bord de la famine, a conduit à la tenue d’une conférence à Londres le 15 avril dernier. À l’initiative du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France et de l’Union africaine, celle-ci a réuni 14 pays, dont l’Arabie saoudite et les États-Unis, pour dégager une première manne financière de 800 millions de dollars et tenter de trouver un chemin de réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le général Al-Bourhane a fustigé cette tendance de l’Occident à renvoyer dos à dos l’armée régulière et les paramilitaires. Le chef des Forces armées soudanaises a multiplié les déplacements à l’étranger – en Arabie saoudite en mars, en Égypte et Turquie en avril – afin de consolider ses alliances stratégiques dont il a impérativement besoin pour faire pression sur les EAU s’il veut, à terme, négocier une sortie de crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/cette-guerre-du-soudan-qui-nen-finit-pas-125970/">Le nouvel Economiste</a> le 05/06/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;©SIPA</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Rwanda et RDC sur la voie de la paix ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/rwanda-et-rdc-sur-la-voie-de-la-paix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 10:36:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis maintenant près de trois ans et demi, la République démocratique du Congo (RDC) lutte contre l’offensive militaire et le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/rwanda-et-rdc-sur-la-voie-de-la-paix/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis maintenant près de trois ans et demi, la République démocratique du Congo (RDC) lutte contre l’offensive militaire et le pillage de ses ressources minières à l’est de son territoire.<br>En novembre 2021, le M23, milice congolaise tutsie soutenue par Kigali, a repris ses attaques dans le Nord et Sud-Kivu, régions du nord-est de la République démocratique du Congo à la frontière du Rwanda.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Aux origines du conflit RDCongo-rwandais</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La genèse de ce conflit remonte au génocide des Tutsis rwandais de 1994 commis par le gouvernement hutu rwandais de Jean Kambanda. Une fois ce dernier renversé, la présence de génocidaires hutus qui se réfugièrent en République démocratique du Congo précipita l’est du pays dans une spirale de tensions ethniques et de guerres meurtrières successives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 23 mars 2009, les rebelles et Kinshasa signèrent un accord mettant fin aux affrontements dans le Nord-Kivu et prévoyant l’intégration des rebelles aux forces armées congolaises régulières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reprochant à Kinshasa de piétiner cet accord, les rebelles prennent le nom de M23 et fomentent des insurrections dans l’est du pays avant d’être neutralisées par les Forces armées de République démocratique du Congo (FARDC), appuyés par la force onusienne Monusco.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dépit des rapports onusiens, Kigali nie fermement son implication dans le conflit. Kinshasa l’accuse pourtant de soutenir le M23 et d’instrumentaliser les tensions ethniques pour piller les ressources minières dont regorgent les provinces nord et sud du Kivu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis la prise des villes de Goma et de Bukavu en janvier 2025, la RDC est confrontée à l’une des plus graves crises de son histoire. L’armée régulière ne parvient pas à arrêter l’offensive fulgurante du M23 qui gagne de plus en plus de terrain à l’est du pays, en dépit des négociations engagées à Doha et à Washington.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Doha et Washington en médiateurs</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les efforts de médiation régionale, le processus de Nairobi initié au printemps 2022 par la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), et celui de Luanda engagé par l’Angola en novembre 2022, se sont soldés par des échecs. Si bien que c’est finalement au Qatar que les autorités congolaises et le M23 accompagné de sa branche politique l’Alliance fleuve Congo (AFC) ont adopté le 18 mars 2025 une déclaration conjointe en faveur d’un cessez-le-feu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À peine à un mois plus tard, le 25 avril 2025, Washington a offert ses auspices pour parrainer un accord tripartite avec les chancelleries congolaises et rwandaises visant à restaurer la paix dans la région des Grands Lacs. Vendredi 2 mai, Kinshasa et Kigali ont soumis un projet de paix à Washington, qui doit être examiné par les trois parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que Bruxelles a fermé les yeux pendant des années sur les agissements du Rwanda, la République démocratique du Congo espère trouver du soutien outre-Atlantique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le “deal” avec Donald Trump</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fidèle à sa politique du “deal”, le président Donald Trump entend capitaliser sur ses efforts de médiation. Washington et Kigali envisagent de signer un accord qui prévoirait l’expulsion des migrants clandestins présents sur le territoire américain vers le Rwanda.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la nouvelle administration américaine mesure surtout le potentiel stratégique de la République démocratique du Congo, qui abrite 70 % de la production mondiale de cobalt, matériau indispensable à l’industrie énergétique comme numérique, et cherche à desserrer l’étau de la domination chinoise sur les sols miniers de l’Afrique de l’Est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, acculé, Kinshasa espère bénéficier de la protection américaine contre le M23 et son commanditaire rwandais en encourageant les entreprises américaines à investir dans l’exploitation de ses ressources minières, un marché à ce jour largement dominé par la Chine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce titre, le 3 avril dernier, le président de RDC Félix Tshisekedi recevait Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique de Donald Trump, pour échanger sur la situation régionale et la perspective d’accords miniers entre les États-Unis et la RDC.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avenir des Grands Lacs se joue sur fond de compétition énergétique entre Washington et Pékin. Reste à savoir si une paix durable adviendra, comme l’espère le président Trump qui dit vouloir conclure un accord d’ici juin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ardavan Amir-Aslani et Sixtine Dupont</em> dans <a href="https://www.lenouveleconomiste.fr/rwanda-et-rdc-sur-la-voie-de-la-paix-125283/" data-type="link" data-id="https://www.lenouveleconomiste.fr/rwanda-et-rdc-sur-la-voie-de-la-paix-125283/">Le nouvel Economiste</a> le 08/05/2025</p>



<p class="wp-block-paragraph"> ©SIPA</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Afrique, cible privilégiée du néo-ottomanisme</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/lafrique-cible-privilegiee-du-neo-ottomanisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Dec 2023 15:54:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 21 novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan était en visite d’État à Alger. Accueilli dès son arrivée à l’aéroport par<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/lafrique-cible-privilegiee-du-neo-ottomanisme/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Le 21 novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan était en visite d’État à Alger. Accueilli dès son arrivée à l’aéroport par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le président turc avait amené dans ses valises de nombreux ministres dont les portes-feuilles témoignent des sujets de coopération entre l’Algérie et la Turquie : finances et énergie bien sûr, mais aussi défense et renseignements, transports et infrastructures, commerce, sans oublier les affaires étrangères.</p>
<p dir="ltr">L’Algérie, c’est à la fois un partenaire économique de premier plan pour la Turquie et une porte d’entrée vers l’Afrique, mais aussi une bonne façon de damer le pion aux Occidentaux, dont les relations avec l’Algérie se ternissent et qui ont perdu de nombreux marchés dans le pays. Les chiffres confirment la vitalité de cette relation bilatérale entre Alger et Ankara : en 2022, les investissements turcs atteignaient près de 6 milliards de dollars et le volume d’échanges cinq milliards de dollars, chiffre qui doit être doublé à moyen terme. 1500 entreprises turques seraient aujourd’hui implantées dans le pays. Ces seules données placent l’Algérie à la fois comme deuxième partenaire commerciale de la Turquie en Afrique et première en termes d’investissements. Pour confirmer cette lancée, une dizaine d’accords de coopération et de mémorandums d’entente auraient été signés durant la visite d’Erdogan, dans des domaines aussi divers que l’énergie, l’aérospatial, l’environnement et même la production cinématographique, médium de choix pour le soft power turc à travers le monde musulman.</p>
<p dir="ltr">Cette visite témoigne de l’important développement de la « politique africaine » de la Turquie, initiée dès 2003 sous l’impulsion d’Erdogan, alors Premier ministre. On ne s’étonnera pas d’ailleurs qu’elle suive à s’y méprendre le tracé de la carte de l’Empire ottoman à son apogée, au temps de Soliman le Magnifique. A son extension maximale, l’autorité et l’influence de la Sublime Porte s’étendait en effet sur la majeure partie de l’Afrique du Nord, et jusqu’au début de la Corne de l’Afrique.</p>
<p dir="ltr">Aujourd’hui, les ambitions de la Turquie sur le continent sont multiples, puisqu’elles touchent aussi bien les questions économiques et énergétiques – l’Algérie est devenue le quatrième fournisseur de gaz de la Turquie derrière la Russie, l’Azerbaïdjan et l’Iran – que migratoires. A cet égard, la présence d’Ankara en Libye, par exemple, s’explique à la fois par son intérêt énergétique et par le rôle qu’elle lui confère dans le contrôle des flux en provenance d’Afrique subsaharienne à destination de l’Europe. Et on sait combien ce droit de regard demeure crucial pour Ankara dans ses relations houleuses avec l’Union européenne.</p>
<p dir="ltr">Gigantesque marché de plus de 50 pays et d’1,4 milliards d’habitants en 2023, l’Afrique devrait connaître un tel boom démographique qu’elle représentera à elle seule un quart de la population mondiale d’ici 2050, d’après les chiffrages de l’ONU. On comprend que la Turquie, conjuguant à la fois l’héritage du passé et une anticipation réfléchie de l’avenir, ait osé parier très tôt sur le continent. En l’espace d’une quinzaine d’années, elle y a ainsi triplé le nombre de ses représentations diplomatiques, y a quadruplé son volume d’échanges, s’est ouvert de nouveaux marchés pouvant constituer de profitables alternatives à ceux, instables, du Moyen-Orient, notamment en Afrique de l’Ouest.</p>
<p dir="ltr">Outre le développement économique, qui bénéficie grandement au réseau d’entrepreneurs proches du pouvoir turc, les visées d’Ankara sur le continent sont également géopolitiques et religieuses. Sur ces deux points, l’étendue de sa présence en Somalie, particulièrement visible, reflète parfaitement sa stratégie globale.</p>
<p dir="ltr">Il y a plus de dix ans, l’engagement résolu de la Turquie en Afrique de l’Est, considéré comme un pari très hasardeux par les autres chancelleries en raison de l’insécurité chronique de la région, suscitait un grand étonnement. Mais la Corne est à la fois un carrefour et une porte : entre l’Asie et l’Afrique, entre l’Océan Indien et la Mer Méditerranée, via le détroit de Bab el-Mandeb et le Canal de Suez par lesquels transite un tiers du commerce maritime mondial. Entre 2011, où Erdogan a été le premier chef d’État non-africain à se rendre en Somalie depuis le début de la guerre civile en 1991, et aujourd’hui, l’implantation de la Turquie dans « un pays musulman, un pays frère » s’est donc opérée de manière spectaculaire, à grands renforts d’investissements en particulier dans la construction d’infrastructures. Mogadiscio a très vite accueilli la plus grande ambassade turque à l’étranger et une base militaire, ainsi que le plus grand hôpital du pays, qui porte le nom du président Erdogan. La gestion du port, principale ressource économique, est également sous l’autorité de la Turquie pendant vingt ans, sans compter les possibles ressources d’hydrocarbures situées au large de la Somalie, que la Turquie souhaiterait exploiter. En contrepartie de ses investissements, Ankara a eu les mains libres pour poursuivre son démantèlement du réseau Gülen, très développé en Afrique.</p>
<p dir="ltr">Aujourd’hui, la Turquie s’est aisément imposée comme le premier partenaire économique de cet « Etat failli » dont personne ne voulait entendre parler… hormis les pétromonarchies du Golfe Persique. En effet, la proximité de la Somalie avec la péninsule arabique et les principales routes maritimes commerciales n’est pas non plus pour rien dans l’intérêt grandissant de la Turquie à son égard. Outre que l’islam turc y concurrence l’islam wahhabite qui gangrène le pays (bien qu’il soit totalement étranger à ses traditions religieuses), Erdogan vise à en évincer ses principaux rivaux, l’Arabie Saoudite et les Emirats, sur le plan géopolitique et militaire. Les importants investissements turcs en matière sécuritaire et de lutte contre le terrorisme des Al-Chabab, affiliés à Al-Qaïda, sont là pour le démontrer.</p>
<p dir="ltr">La Somalie, et plus largement le monde musulman africain, constitue donc pour Erdogan une excellente vitrine permettant à la Turquie de s’affirmer en tant que puissance. A son corps défendant, l’Afrique est également devenue un énième terrain où s’exprime la rivalité toujours vivace (et ce en dépit des réconciliations intéressées) entre Ankara et Riyad pour le leadership du monde musulman sunnite. Compte tenu de l’impressionnante progression de l’influence turque aussi bien sur le plan diplomatique qu’économique, il semblerait que ce pari soit pour l’heure réussi.</p>
<p dir="ltr"><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p dir="ltr"><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 3/12/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La fin de la Françafrique signe t-elle la fin de la puissance française ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Feb 2022 15:44:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis deux ans, le Sahel et l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest subissent une multiplication de coups d&#8217;Etat, menés par les forces armées<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/la-fin-de-la-francafrique-signe-t-elle-la-fin-de-la-puissance-francaise/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-15314 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/02/000_9_W96_C8_4ad3bd8a9c-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/02/000_9_W96_C8_4ad3bd8a9c-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/02/000_9_W96_C8_4ad3bd8a9c-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/02/000_9_W96_C8_4ad3bd8a9c.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Depuis deux ans, le Sahel et l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest subissent une multiplication de coups d&rsquo;Etat, menés par les forces armées locales mais aussi par des groupes rebelles. Tentative avortée en Centrafrique le 13 janvier 2021, putsch réussi contre Alpha Condé en Guinée en septembre de la même année, double coup d&rsquo;Etat des forces armées au Mali en août 2020 et mai 2021, coup d&rsquo;Etat enfin au Burkina Faso fin janvier 2022&#8230; A chaque occurrence, la France, restée pourtant la puissance tutélaire dans ses anciennes colonies, et militairement impliquée au Sahel depuis près de dix ans en réponse à l&rsquo;appel de Bamako, s&rsquo;est montrée incapable d&rsquo;anticiper ces bouleversements, quand elle n&rsquo;a pas appris les faits par voie de presse. Critiquée et accusée d&rsquo;ingérence et d&rsquo;incompétence pour faire reculer la menace terroriste par les populations locales et leurs gouvernements, ravis d&rsquo;instrumentaliser le sentiment anti-français, la France apparaît désormais en Afrique comme une puissance illégitime, débordée par la concurrence d&rsquo;autres influences exogènes, à commencer par la Russie via le groupe paramilitaire Wagner, déjà très impliqué en Centrafrique et en passe de le devenir au Mali. L&rsquo;éviction de l&rsquo;ambassadeur de France à Bamako, présentée par Paris comme un « rappel », souligne le décalage béant entre la perception de sa propre puissance par la France, et la réalité sur le terrain.</p>
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<div id="google_ads_iframe_/228216569,22485896415/regie-atlantico/decryptage/Article/Pave-Haut2-desktop_3__container__">Le fait est que la puissance française en Afrique, et plus largement dans le monde, n&rsquo;est malheureusement plus ce qu&rsquo;elle était. Le retour des juntes militaires en Afrique centrale et de l&rsquo;Ouest confirme ce recul (déjà manifeste avec la perte du contrat d&rsquo;armement avec l&rsquo;Australie) et la disparition, de fait, de la Françafrique. Emmanuel Macron, à peine élu en 2017, affirmait que ce concept appartenait d&rsquo;ores et déjà au passé, ce que la réalité sur le terrain durant ses cinq années de mandat a néanmoins démenti. Tel est en revanche le cas aujourd&rsquo;hui face à une situation plus chaotique que jamais dans l&rsquo;ancien pré carré français&#8230; Mais cet état de fait ne résulte en rien d&rsquo;une volonté particulière de la France de rompre avec ses vieux réflexes coloniaux. Il témoigne à la fois de son manque de réalisme, ainsi que d&rsquo;une tendance de fond que l&rsquo;on observe depuis quelques années dans l&rsquo;ensemble du continent africain.</div>
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<div>Les vingt dernières années ont longtemps laissé croire que l&rsquo;Afrique s&rsquo;était enfin engagée sur la voie démocratique, ce que plusieurs élections libres réussies et des pays relativement stables qui servaient ainsi de références pouvaient attester. Mais face à la montée du terrorisme djihadiste et de l&rsquo;instabilité, face à l&rsquo;absence d&rsquo;institutions démocratiques transparentes et solides, et au maintien d&rsquo;une corruption au sein des élites gouvernantes, de nombreux pays africains, notamment dans le Sahel, ont finalement renoué avec l&rsquo;époque des coups d&rsquo;Etat militaires et des dictateurs qui prévalait au lendemain des indépendances dans les années 1950-1960. Peut-on d&rsquo;ailleurs véritablement parler d&rsquo;indépendance, lorsque la France, certes critiquée, se trouve simplement remplacée par d&rsquo;autres puissances extérieures comme la Chine et la Russie, et à la demande de ces nouveaux régimes ? En troquant une ingérence étrangère contre une autre, l&rsquo;Afrique ne sort pas, elle non plus, de la logique coloniale, une situation qui profite surtout aux juntes et à leurs nouveaux alliés.</div>
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<div>On ne peut cependant nier la responsabilité de la France dans sa propre balkanisation. Le cas du Mali est particulièrement emblématique. Sollicitée en 2013 face à la menace terroriste par le gouvernement central, la France a voulu faire le pari de former à la fois les forces armées locales et d&rsquo;encourager le retour de l&rsquo;Etat de droit afin de stabiliser la région. Dix ans après le début de son implication militaire, son bilan et sa légitimité sont très maigres.</div>
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<p>« Forte » d&rsquo;une présence militaire réduite comme peau de chagrin depuis la fin de l&rsquo;opération Barkhane (trois bases ont été fermées dans le nord du Mali, tandis que les effectifs ont été divisés par deux, à près de 2500 soldats dont 800 dans le cadre de l&rsquo;opération Takuba), la France s&rsquo;est de fait montrée incapable de limiter l&rsquo;avancée des groupes djihadistes dans le pays. Les relations avec la junte militaire au pouvoir, où se mêlent critiques acerbes envers les Européens (qui ont culminé avec le renvoi de l&rsquo;ambassadeur Joël Meyer en janvier dernier) et avancée des Russes via la compagnie Wagner, n&rsquo;ont fait que se dégrader, ouvrant la possibilité d&rsquo;un retrait total des forces européennes du Mali. La nature ayant horreur du vide, une telle situation ferait non seulement les affaires de Moscou et possiblement de Pékin, mais aussi des groupes terroristes dont l&rsquo;influence n&rsquo;aura jamais été aussi forte qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Les Européens s&rsquo;accordent donc deux à trois semaines pour décider de maintenir ou non leur présence au Sahel, ou de déplacer les diverses opérations militaires vers l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest pour les mener avec davantage de discrétion, par exemple au Burkina Faso.</p>
<p>À quelques mois d&rsquo;une élection présidentielle morose et entachée d&rsquo;échecs notamment diplomatiques, Emmanuel Macron ne pourra guère vanter la réussite de sa politique africaine pour rehausser son bilan. Que ce soit dans le cas de l&rsquo;accord sur le nucléaire iranien, de la crise ukrainienne, des relations avec la Turquie, la France semblait avoir déjà perdu sa capacité à inspirer la crainte. Quitter l&rsquo;Afrique, et perdre ainsi le socle de sa puissance à l&rsquo;international, acterait son déclassement au rang de puissance moyenne. Quand bien même Paris souhaiterait éviter un tel cas de figure, la situation au Sahel et en Afrique de l&rsquo;Ouest semble indiquer qu&rsquo;elle en prend déjà le chemin.</p>
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<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 13/02/2022.</strong></p>
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