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	<title>Afghanistan &#8211; Amir Aslani</title>
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	<description>Éclairages et réflexions</description>
	<lastBuildDate>Fri, 09 Jun 2023 08:12:07 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Guerre de l&#8217;eau prototypique entre l&#8217;Iran et l&#8217;Afghanistan</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Jun 2023 07:29:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis l’antique conflit entre les cités-États sumériennes de Lagash et Umma, environ 2 600 ans avant notre ère, aucune nation ne s’est jusqu’à présent opposée à une autre pour le contrôle de l’eau. Mais dans notre XXIe siècle déjà dominé par les conséquences du réchauffement climatique, “l’or bleu” est en train de se muer en enjeu géopolitique majeur. L’insécurité hydrique s’accroît d’année en année et pèse déjà sur tous les pays situés sur la “diagonale de la soif”, en réalité un croissant qui n’a plus rien de fertile et qui couvre de vastes aires géographiques, depuis l’Asie centrale jusqu’au Maghreb. Les conflits liés au contrôle de cette ressource indispensable vont donc être fatalement amenés à se multiplier au cours du présent siècle.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Crise de l’eau et crise sociales en Iran</strong></h4>
<p>Pour l’Iran, qui fait partie des pays d’Asie centrale déjà impactés par une grave raréfaction de l’eau, cette problématique est fondamentale et multifactorielle. Outre la sécheresse qui dure depuis plusieurs années, la quasi-inexistence d’un droit de l’eau adapté et quarante ans de politiques publiques dépourvues d’anticipation et d’investissements expliquent que la situation soit déjà intenable dans certaines provinces. Ainsi celle d’Ispahan, où la rivière Zayandeh Roud, l’une des rares rivières permanentes du pays, est désormais menacée d’assèchement total. En Iran, la crise de l’eau abreuve abondamment la crise sociale : la dénonciation des pénuries d’eau se meut presque systématiquement en dénonciation de l’incurie du régime iranien pour répondre à cette problématique environnementale.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“En Iran, la crise de l’eau abreuve abondamment la crise sociale : la dénonciation des pénuries d’eau se meut presque systématiquement en dénonciation de l’incurie du régime iranien”</em></p>
<p>Voisin immédiat de l’Iran, l’Afghanistan est confronté au même enjeu vital, amplifié par quarante ans de guerres successives. Pays montagneux, l’Afghanistan est théoriquement soumis à d’importantes précipitations grâce à la présence d’une partie du massif de l’Hindou-Kouch sur son territoire. Les phénomènes météorologiques extrêmes, neiges abondantes dans le nord du pays et inondations dévastatrices l’été, n’y sont d’ailleurs pas rares. Pourtant, le stress hydrique le frappe également. En 2019, les analyses montraient déjà que dans certaines provinces, le niveau des nappes phréatiques avait diminué de 40 mètres en quelques années. Le mauvais stockage de l’eau, les prélèvements abusifs et la pression démographique se conjuguent au réchauffement climatique pour expliquer cette tension.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Captages afgans abusifs dans les eaux de l’Helmand</strong></h4>
<p>Aujourd’hui, cette situation critique qui touche les deux voisins pourrait les amener au bord de l’affrontement. En cause, la gestion de la rivière Helmand, l’une des plus importantes d’Afghanistan, qui finit son parcours dans la province iranienne du Sistan-et-Baloutchistan. Depuis les années 1960, les captages d’eau en amont par l’Afghanistan se sont multipliés, au risque de créer des déséquilibres écologiques et économiques en aval, en Iran. En 1973, un accord signé par les deux pays a accordé à l’Iran un droit d’utilisation de quelque 820 millions de m³ par an issus de cette rivière. Mais récemment, les tensions se sont accrues entre Kaboul et Téhéran, le régime iranien accusant les talibans de violer les termes de cet accord et de restreindre le débit du cours d’eau. Fin mai, des tirs entre les forces de sécurité iraniennes et afghanes, précisément à la frontière entre l’Afghanistan et le Baloutchistan où passent ses eaux, ont fait deux morts. Dans la foulée, l’Iran a renforcé ses effectifs le long de la frontière commune de 950 km. Bien que Kaboul démente toute infraction au traité de 1973, des raisons écologiques et économiques ont tout de même été invoquées pour justifier la construction de nouveaux barrages hydroélectriques en amont.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Arrière-plan politique complexe</strong></h4>
<p>Derrière les prémices de cette “guerre de l’eau” se dessinent en filigrane des tensions politiques plus complexes. La République islamique s’est de tout temps méfiée du régime taliban, avec lequel elle a même failli entrer en guerre en 1997 après l’exécution de dix diplomates iraniens accusés d’espionnage par Kaboul. Elle n’en a d’ailleurs jamais reconnu la légitimité, ni en 1996, ni en 2021 lors de son retour au pouvoir. Le ministre des Affaires étrangères iranien Hossein Amir-Abdollahian l’avait rappelé deux jours avant les affrontements à la frontière irano-afghane. Pour sa part, l’état-major iranien a tenté de minimiser l’incident, tout en s’inquiétant en interne de la multiplication des incidents frontaliers avec l’Afghanistan, et de la réponse adéquate à y apporter.</p>
<p class="mise_en_avant"><em>“Si l’escalade se poursuit, les conséquences seront surtout dramatiques pour l’Afghanistan, d’un point de vue commercial et diplomatique”</em></p>
<p>Depuis la chute de Kaboul en 2021, l’Iran a usé de son habituel pragmatisme politique pour ménager les talibans, sans pour autant reconnaître leur légitimité à la tête de l’Afghanistan. Aux yeux de l’opinion publique iranienne, le mouvement demeure apparenté à un groupe terroriste. Mais la gestion des réfugiés afghans, et plus encore le sort réservé aux Hazaras, la principale minorité chiite du pays, exigent de Téhéran une diplomatie agile et la préservation du dialogue. Aujourd’hui, l’ambiguïté du régime iranien est néanmoins de plus en plus critiquée, à la fois en raison d’une rivalité idéologique évidente et de profonds différends religieux, mais aussi en raison des menaces que le régime fait peser sur la stabilité régionale. Après les affrontements frontaliers, Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud et chef du Front de résistance national afghan, a publiquement reproché à la République islamique de ne pas soutenir son combat contre les talibans.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Tensions croissantes</strong></h4>
<p>Aujourd’hui, les tensions entre les deux régimes islamiques sont croissantes. Les talibans ont refusé toutes les demandes d’examen des réservoirs d’eau de la rivière Helmand formulées par Téhéran. Suite à l’incident frontalier, la propagande talibane s’est déchaînée contre le régime iranien et ses dirigeants chiites, menacés d’être attaqués directement sur le sol iranien. La rhétorique guerrière ne fait cependant pas le poids face à la réalité. Les capacités militaires et opérationnelles de l’Iran demeurent largement supérieures à celles des talibans, même si ceux-ci disposent de l’équipement militaire américain récupéré après 2021. Si l’escalade se poursuit, les conséquences seront surtout dramatiques pour l’Afghanistan, d’un point de vue commercial et diplomatique. Car alors que l’Iran poursuit une stratégie d’apaisement diplomatique large pour sortir de la crise, à l’opposé, le régime taliban demeure ostracisé sur la scène internationale, et en grande difficulté pour gérer un pays exsangue.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 08/06/2023.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les djihadistes ont de nouveau carte blanche en Afghanistan</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-djihadistes-ont-de-nouveau-carte-blanche-en-afghanistan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Apr 2022 07:57:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Russo-ukrainien]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-medium wp-image-17113 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/les-djihadistes-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/les-djihadistes-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/les-djihadistes-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2022/04/les-djihadistes.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Huit mois après le retrait des Américains d’Afghanistan, les conséquences désastreuses de cette débâcle n’en finissent pas de se faire sentir, non seulement dans le pays, mais dans toute l’Asie centrale. Elles pourraient également être ressenties bien au-delà de la région, menaçant le monde entier d’instabilité. C’est en effet un pays de nouveau en proie à l’insécurité et au regain du djihadisme international que les États-Unis ont laissé derrière eux, ignorant sciemment les risques que leur départ pouvait impliquer.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le réveil des groupes terroristes locaux</strong></h4>
<p>Il est historiquement difficile de dissocier l’Afghanistan du djihadisme mondial. Depuis l’invasion soviétique de 1979, le pays est tristement devenu le “hub” des groupes terroristes islamistes les plus radicaux, d’abord engagés dans le djihad contre les Russes, avec le soutien financier de l’Arabie saoudite mais aussi des États-Unis sur le plan logistique et militaire. La vipère ainsi nourrie se retourna contre Washington dès le début des années 1990, lorsque l’un de ces moudjahidines, le trop célèbre Oussama Ben Laden, fonda Al-Qaïda et orienta durablement le combat islamiste contre l’Occident et Israël, son “agent” au Moyen-Orient. Son principal fait d’armes, les attentats du 11 septembre 2001, fit basculer les États-Unis et le monde dans une nouvelle ère, où la violence est en perpétuelle évolution et difficile à anticiper. Certes, l’invasion américaine de 2001 chassa les talibans du pouvoir, mais toute l’œuvre de contre-terrorisme menée conjointement par le nouveau gouvernement de Kaboul et Washington ne fit que mettre cette menace en sommeil, puisque vingt ans d’occupation n’auront pas contribué à restaurer durablement la sécurité et la stabilité.</p>
<p class="mise_en_avant">“ Al-Qaïda et Daech, mais aussi le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le Mouvement islamique du Turkestan oriental, Tehrik-i-Taliban Pakistan ou encore Lashkar-e-Taiba, constituent les principaux groupes d’une mouvance qui en compterait, selon l’ONU et les États-Unis, près d’une vingtaine”</p>
<p>Émergents lorsque les talibans étaient au pouvoir en 1996 et 2001, de multiples groupes terroristes locaux ont ainsi conservé durant ces vingt dernières années une activité discrète en Afghanistan et n’attendaient que le retour de leurs anciens parrains politiques pour reprendre la main sur le pays et la région. Al-Qaïda et Daech, mais aussi le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le Mouvement islamique du Turkestan oriental, Tehrik-i-Taliban Pakistan ou encore Lashkar-e-Taiba, constituent les principaux groupes d’une mouvance qui en compterait, selon l’ONU et les États-Unis, près d’une vingtaine.</p>
<p>Malgré le lien évident entre un retour des talibans à Kaboul et un regain de la menace terroriste partant d’Afghanistan, l’administration Trump décida de ne pas tenir compte de ce risque. Pressé d’en finir avec les “conflits sans fin”, l’ancien président s’engagea à retirer les troupes américaines en 2020, indifférent au fait de rendre les rênes du pays aux vaincus d’hier.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Multiplication des alliances entre groupes en Asie centrale</strong></h4>
<p>L’effondrement étatique et sécuritaire, ajouté à la crise économique qui en a résulté, a enfin contribué à créer un climat favorable au retour des groupes terroristes sur le terrain. Le pouvoir taliban se montre en effet inapte à assurer la sécurité du pays qui subit une violence croissante, d’abord d’une partie de la population entrée en résistance, mais aussi d’islamistes qui visent les minorités ethniques et religieuses, comme les Hazaras chiites. L’échec à ce jour des talibans à tenir le pays permet certes de relativiser leur emprise, mais il fait aujourd’hui des djihadistes les véritables maîtres de l’Afghanistan, redevenu leur base arrière pour agir dans la région.</p>
<p class="mise_en_avant">“L’échec à ce jour des talibans à tenir le pays permet certes de relativiser leur emprise, mais il fait aujourd’hui des djihadistes les véritables maîtres de l’Afghanistan, redevenu leur base arrière pour agir dans la région”</p>
<p>Plus que jamais opérationnels et à la recherche de nouvelles opportunités pour étendre leur influence, les groupes terroristes multiplient les alliances, par exemple entre l’affilié local de l’État islamique, “l’État islamique au Khorassan”, et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan. Ainsi interconnectés, les groupes mutualisent leurs moyens et leurs objectifs afin de déstabiliser les pays limitrophes d’Asie centrale restés dans la sphère d’influence de la Russie.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les répercussions du conflit russo-ukrainien sur l’Asie centrale</strong></h4>
<p>L’extension des mouvements djihadistes en Asie centrale profite en effet d’une nouvelle donne dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne. Les anciens pays satellites de Moscou – le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, et jusqu’au Tadjikistan et au Turkménistan – craignent de prendre ouvertement position en sa faveur, et unanimement de subir les répercussions des sanctions économiques occidentales. Pour ces pays à la fois russophones et musulmans, l’ultra-nationalisme russe constituerait aujourd’hui une menace presque plus grave que celle du terrorisme islamiste. Pourtant, la hausse des prix de l’énergie, le risque d’une crise alimentaire et la perte des travailleurs expatriés en provenance de Russie, pourraient entraîner des mouvements sociaux et une instabilité encore une fois profitable aux djihadistes. Conscients de ces implications géopolitiques, l’Ouzbékistan, très menacé par l’effondrement de l’Afghanistan, et le Kazakhstan, soit les deux États les plus riches d’Asie centrale, se sont clairement distanciés de Moscou, soutenant l’intégrité territoriale de l’Ukraine vers laquelle a transité une aide d’urgence.</p>
<p class="mise_en_avant">“Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan – pour ces pays à la fois russophones et musulmans, l’ultra-nationalisme russe constituerait aujourd’hui une menace presque plus grave que celle du terrorisme islamiste”</p>
<p>En représailles, la Russie serait tentée de suspendre ses livraisons de céréales et de rendre difficile les exportations énergétiques des pays d’Asie centrale. Mais elle pourrait surtout user de son excellente connaissance du théâtre afghan, où elle a fait la guerre durant une décennie, et de ses liens conservés avec les talibans, pour exercer une pression sur ses anciennes républiques soviétiques et les engager à rester dans le giron de Moscou. Les relations entre le Kremlin et les talibans, utilisés comme un pouvoir de nuisance locale, sont en effet excellentes : en 2020, la Russie avait financé leurs opérations contre les troupes américaines, et a été l’un des rares pays, avec la Chine, l’Iran et le Pakistan, à soutenir leur retour au pouvoir. Elle reste à ce jour le seul pays à œuvrer pour une reconnaissance diplomatique du mouvement islamiste.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les talibans entre deux feux</strong></h4>
<p>Les talibans doivent donc à la fois gérer les débordements potentiels des groupes djihadistes et leurs propres divisions internes, notamment dans le traitement des membres du Mouvement islamique du Turkestan oriental, dont la Chine réclame l’expulsion, ce que refusent catégoriquement les chefs ouzbeks et tadjiks du nord de l’Afghanistan. Le pouvoir taliban doit en effet soigner sa relation commerciale avec l’Ouzbékistan, qui fournit une grande partie de son électricité à l’Afghanistan, mais aussi avec le Pakistan, fortement contrarié par l’alliance durable entre les talibans de Kaboul et les talibans pakistanais, contre lesquels lutte Islamabad et qui ont été galvanisés par la victoire de leurs homologues afghans.</p>
<p class="mise_en_avant">“Face au désengagement occidental, la résolution de la problématique afghane repose désormais entre les mains des puissances locales, finalement les mieux placées pour y faire face”</p>
<p>L’Iran, l’autre grande puissance d’Asie centrale qui partage une frontière commune avec l’Afghanistan, pourrait également subir les conséquences du retour du terrorisme islamiste, mais aussi lutter efficacement contre sa résurgence en raison de son expertise militaire et de sa parfaite connaissance du pays. Face au désengagement occidental, la résolution de la problématique afghane repose désormais entre les mains des puissances locales, finalement les mieux placées pour y faire face.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 28/04/2022.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Iran, nouveau « gendarme » de l&#8217;Asie centrale et du Moyen-Orient ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-nouveau-gendarme-de-lasie-centrale-et-du-moyen-orient/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Sep 2021 10:14:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
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					<description><![CDATA[Le 31 août, les derniers soldats américains quittaient l&#8217;Afghanistan et refermaient la page de la « plus longue guerre » des Etats-Unis.<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/liran-nouveau-gendarme-de-lasie-centrale-et-du-moyen-orient/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-11823 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/000_1_FR_00_Z_69c8da52f3-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/000_1_FR_00_Z_69c8da52f3-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/000_1_FR_00_Z_69c8da52f3-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/000_1_FR_00_Z_69c8da52f3.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Le 31 août, les derniers soldats américains quittaient l&rsquo;Afghanistan et refermaient la page de la « plus longue guerre » des Etats-Unis. Si leur défaite et leur fuite honteuse du pays actent en premier lieu le retour des talibans au pouvoir vingt ans après en avoir été chassés, elles signalent aussi la fin d&rsquo;une époque, celle du « nation-building » et de la « destinée manifeste » d&rsquo;un pays convaincu de sa mission de diffuser la liberté, la démocratie et le capitalisme partout dans le monde. Premier échec de l&rsquo;administration Biden, la fin de la guerre afghane sonne le tocsin d&rsquo;une pensée qui a animé la politique étrangère américaine depuis 1945, aujourd&rsquo;hui recentrée sur trois priorités : combattre la montée en puissance de la Chine, apaiser les relations avec la Russie, renouer avec un relatif isolationnisme en-dehors de ces deux préoccupations.</p>
<p>Cette évolution stratégique ne se sera pas opérée sans conséquences. Après vingt ans de « boulot catastrophique » selon la propre expression d&rsquo;un ancien diplomate américain, que reste-t-il désormais de la crédibilité internationale des Etats-Unis ? L&rsquo;onde de choc afghane s&rsquo;est répercutée à travers l&rsquo;Asie centrale et le Moyen-Orient, où l&rsquo;Irak, autre pays qui fut l&rsquo;objet d&rsquo;une « guerre sans fin » américaine et accueille encore leurs troupes, s&rsquo;inquiète naturellement de son avenir et craint un retour de l&rsquo;Etat islamique à la faveur du départ des derniers 2700 soldats américains encore présents. Plus près de nous, à la frontière de l&rsquo;Europe, l&rsquo;Ukraine ne peut que constater depuis plusieurs semaines le recentrage des priorités américaines vis-à-vis de la Russie, ce qui risque de la livrer encore davantage à la prédation du Kremlin. En un mot, la permanence du soutien américain est désormais largement questionnée par les alliés des Etats-Unis, à tel point qu&rsquo;au Moyen-Orient, acter définitivement le manque de fiabilité et d&rsquo;efficacité stratégique des Américains est devenu une évidence.</p>
<div id="smilewanted-infeed-ad">Dès lors, les regards commencent à se tourner vers l&rsquo;Iran, seule puissance à même de remplacer les Etats-Unis, disposant d&rsquo;une force de frappe organisée, étendue, et d&rsquo;une connaissance pointue des enjeux régionaux.</div>
<p>Ce changement de regard est particulièrement manifeste en Irak, voisin immédiat de Téhéran. En mémoire demeure bien évidemment le soutien que l&rsquo;Iran a apporté à l&rsquo;Etat irakien à partir de 2014 dans sa lutte contre l&rsquo;Etat islamique, par l&rsquo;entremise de sa « légion étrangère » d&rsquo;obédience chiite patiemment constituée au cours des quarante dernières années, et des Hachd al-Chaabi, milices irakiennes idéologiquement proches de la République islamique. De toute évidence, l&rsquo;Irak a tout intérêt à ménager son puissant voisin afin de garantir sa propre sécurité intérieure, car s&rsquo;il ne connaît pas la situation de l&rsquo;Afghanistan, il reste comme lui épuisé par des années de guerre extérieure, civile, et par une menace terroriste constante, qu&rsquo;elle provienne de Daech ou d&rsquo;Al-Qaïda.</p>
<div></div>
<p>Cette reconnaissance de la suprématie iranienne dans la région semble avoir été internationalement actée lors de la « conférence des voisins de l&rsquo;Irak », organisée conjointement avec Paris et qui s&rsquo;est tenue à Bagdad le 28 août dernier. Premier chef d&rsquo;Etat occidental à s&rsquo;être rendu dans la région depuis la chute de Kaboul, Emmanuel Macron a certes officiellement voulu rassurer les dirigeants irakiens sur le soutien français, et ouvrir le dialogue et la coopération entre les puissances de la région, dont les pétromonarchies arabes du Golfe Persique. Mais au-delà du discours officiel et des visites jusqu&rsquo;au Kurdistan irakien, présentés comme des marques de respect à l&rsquo;égard de toutes les communautés d&rsquo;Irak, ses gestes à l&rsquo;égard de la communauté chiite et de l&rsquo;Iran n&rsquo;ont trompé personne : en se rendant au sanctuaire d&rsquo;Al-Kadhimiya, qui abrite le mausolée de Mûsa al-Kâzim, septième imam du chiisme duodécimain, et en invitant – d&rsquo;après ses propres dires &#8211; Hossein Amir Abdollahian, le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, à se rendre prochainement à Paris pour discuter de « relations bilatérales », le président français a parfaitement compris où se situait la véritable influence politique en Irak, et au-delà.</p>
<p>Ce sommet a par ailleurs été l&rsquo;occasion de constater ce retour de l&rsquo;Iran sur le devant de la scène régionale à travers deux symboles, justement portés par le nouveau chef de la diplomatie iranienne. Loin d&rsquo;une faute protocolaire, Amir Abdollahian a très clairement signifié la position de Téhéran comme puissance régionale et sécuritaire de premier plan en se plaçant au premier rang, d&rsquo;ordinaire réservé aux chefs d&rsquo;Etat, lors de la prise de la photo officielle du sommet. Enfin, son choix de ne s&rsquo;exprimer qu&rsquo;en arabe, et non en persan – un fait extrêmement rare – présentait l&rsquo;Iran, vis-à-vis du monde arabe, comme une puissance musulmane avant d&rsquo;être chiite, capable de le protéger du danger islamiste.</p>
<p>L&rsquo;Iran dispose en effet de nombreux atouts pour œuvrer à une stabilisation de l&rsquo;Asie centrale et de l&rsquo;Afghanistan. Certes, les divergences entre les talibans et la République islamique ont longtemps pesé dans leurs relations, ainsi qu&rsquo;un passif très lourd – massacres de la minorité chiite hazara entre 1996 et 2001, assassinat des journalistes iraniens et de huit diplomates iraniens à Mazar-e Charif en 1998. Mais pour contrer cet ennemi commun qu&rsquo;étaient les Etats-Unis, les Iraniens ont, comme à leur habitude, fini par choisir une approche pragmatique et un rapprochement diplomatique initié de longue date avec les talibans, bien avant la chute de Kaboul.</p>
<p>Loin d&rsquo;être surpris par la défaite des Américains en Afghanistan, Téhéran s&rsquo;en est manifestement réjoui et a conservé, à l&rsquo;instar de la Russie et de la Chine, son ambassade à Kaboul ainsi que ses multiples consulats présents dans les principales villes du pays. Cette connivence est également manifeste dans les choix rhétoriques : la République islamique désigne les talibans par le terme politique qu&rsquo;ils se sont eux-mêmes donné, à savoir « émirat islamique » et veut croire que les communautés chiites afghanes, qui fêtaient l&rsquo;Achoura au moment de la victoire des talibans, n&rsquo;ont jamais été inquiétées ou victimes d&rsquo;exactions de leur part. Téhéran enfin manifeste sa volonté d&rsquo;une coopération accrue en renvoyant progressivement les réfugiés afghans dans leur pays, et en démantelant les camps de fortune bâtis à la frontière irano-afghane.</p>
<div></div>
<p>A travers cette alliance objective avec des fondamentalistes pourtant diamétralement opposés à ses fondements idéologiques et religieux, la République islamique poursuit naturellement sa lutte contre les Etats-Unis afin de redevenir « maîtresse en son royaume », en renforçant la structuration d&rsquo;un axe des puissances asiatiques – dont la Chine et la Russie sont les principaux moteurs – capable d&rsquo;affaiblir Washington dans la région. La débâcle américaine laisse désormais le champ libre à de telles ambitions, tant les pays de la région ont compris que l&rsquo;entente avec la seule puissance permanente locale était dans leur intérêt sécuritaire immédiat. La nature ayant horreur du vide, le nouveau gendarme du Moyen-Orient siègera sans doute à Téhéran.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 5/09/2021.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Afghanistan, une défaite par omission culturelle</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/afghanistan-une-defaite-par-omission-culturelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Sep 2021 13:56:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Le nouvel Economiste]]></category>
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					<description><![CDATA[Ces dernières décennies, lancées dans des interventions néocoloniales, les puissances occidentales se sont heurtées à maintes reprises à des échecs<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/afghanistan-une-defaite-par-omission-culturelle/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-11730 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/afghanistan-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/afghanistan-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/afghanistan-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/09/afghanistan-826x459.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Ces dernières décennies, lancées dans des interventions néocoloniales, les puissances occidentales se sont heurtées à maintes reprises à des échecs militaires cuisants. L’Afghanistan vient de s’ajouter à la liste des défaites américaines, mais celle-ci était particulièrement prévisible.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Kaboul, le Saïgon de Biden</strong></h4>
<p>Hegel disait que “L’histoire se répète toujours deux fois”, ce à quoi Karl Marx ajoutait “La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce”. Alors qu’Anthony Blinken, secrétaire d’État américain, affirme que l’Afghanistan n’est pas Saïgon, il s’avère que l’histoire semble s’être bel et bien répétée et être devenue une farce ayant coûté la vie de 50 000 civils afghans, 70 000 soldats de l’armée afghane et 2 500 militaires américains sur 20 ans d’une guerre sans fin.</p>
<p class="mise_en_avant">“Hegel disait que “L’histoire se répète toujours deux fois”, ce à quoi Karl Marx ajoutait “La première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce”</p>
<p>L’attentat suicide perpétré aux portes de l’aéroport de Kaboul le 26 août dernier, revendiqué par le groupe djihadiste État islamique du Khorasan, l’une des branches de Daech, ayant fait plusieurs dizaines de morts afghans supplémentaires et une quinzaine de morts du côté de l’armée américaine, a rempli l’objectif de déstabiliser le pouvoir taliban et de complexifier l’évacuation des troupes occidentales et des civils afghans.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>L’image de Joe Biden écornée</strong></h4>
<p>Joe Biden, prenant le quatrième relais de la gestion de la présence militaire en Afghanistan depuis 2001, a choisi, après son arrivée à la Maison-Blanche, de faire coïncider le retrait des troupes américaines – acté par son prédécesseur dans l’accord de Doha de février 2020 – avec le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre. Bien que Joe Biden essaie de justifier cette décision par son refus de tout gaspillage humain, militaire et financier dans des guerres sans fin, et par sa volonté de se concentrer sur la rivalité avec la Chine, la débâcle que le monde observe depuis quelques semaines à Kaboul a eu pour effet de briser son image de professionnel de la politique étrangère acquise au cours de sa carrière. Estimant que les événements démontrent qu’“aucune quantité de force militaire n’aurait permis d’obtenir un Afghanistan sûr, uni et stable”, Joe Biden a dirigé ses critiques vers les dirigeants afghans, qui selon lui, ont été “incapables de négocier pour l’avenir de leur pays” et ont “abandonné et se sont enfuis”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Chou blanc sur les objectifs américains</strong></h4>
<p>Pour rappel, Ashraf Ghani a fui le pays vers Abu Dhabi avant la prise de Kaboul. Selon Joe Biden, l’armée afghane est également hautement responsable, estimant que “les troupes américaines ne peuvent et ne devraient pas se battre et mourir dans une guerre que les forces afghanes ne veulent pas livrer pour elles-mêmes”. Malgré les 2 000 milliards de dollars dépensés en deux décennies par les gouvernements américains successifs, les Américains n’ont pas su créer chez les Afghans “la volonté de se battre pour cet avenir”, comme l’a rappelé Joe Biden.</p>
<p class="mise_en_avant">“Malgré les 2 000 milliards de dollars dépensés en deux décennies par les gouvernements américains successifs, les Américains n’ont pas su créer chez les Afghans “la volonté de se battre pour cet avenir”</p>
<p>Malgré une “victoire” américaine avancée par les officiels américains, il apparaît qu’en réalité, aucun objectif américain n’a été rempli. En effet, les terroristes d’Al-Qaida sont présents en nombre sur le sol afghan, l’État islamique, à l’origine du dernier attentat, est installé depuis quelques années, les tentatives d’élections ont été soldées par un échec à cause de la corruption endémique, et enfin, le trafic d’opium est devenu la première ressource économique du pays. Par ailleurs, les timides avancées concernant les libertés et droits humains, et en particulier ceux des femmes, sont en train d’être annihilées par les talibans qui sont de retour au pouvoir, plus forts que jamais.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Des schémas occidentaux calqués sans nuance</strong></h4>
<p>Selon le président américain, l’Afghanistan a confirmé son surnom de “cimetière des empires”. Néanmoins, il s’avère que cette défaite américaine trouve ses sources dans des explications beaucoup plus rationnelles. Au lieu de s’atteler à comprendre les réalités de l’Afghanistan, notamment la hiérarchie entre les khans (chefs tribaux), les maleks (chefs de village) et les mollahs (chefs talibans), et composer avec les rapports de force inter-ethniques, inter-claniques et inter-qawms (les tribus), les États-Unis et ses alliés ont préféré imposer à l’Afghanistan un prêt-à-penser et une politique néolibérale de nation-building teintée de notions telles que la “good governance” et “l’inclusivité”, trop sophistiquées pour les populations peu instruites des campagnes afghanes.</p>
<p class="mise_en_avant">“Les États-Unis et ses alliés ont préféré imposer à l’Afghanistan un prêt-à-penser et une politique néolibérale de nation-building teintée de notions telles que la “good governance” et “l’inclusivité”, trop sophistiquées pour les populations peu instruites des campagnes afghanes”</p>
<p>De même que les guerres anglo-afghanes, la guerre d’Algérie et les conflits au Vietnam, en Irak ou en Libye, la tentative de calque artificiel de schémas occidentaux sur des pays à la culture et religion très différentes a logiquement abouti à un échec cuisant. Bien que Joe Biden nie toute volonté d’avoir voulu créer une démocratie unifiée et centralisée en Afghanistan, force est de constater que le péché commis par les Américains a été de vouloir créer un Afghanistan à leur image. Cette erreur a été aggravée par la sous-estimation de l’attachement des afghans à leurs traditions ancestrales, par nature patriarcales, considérées par les Occidentaux comme tribales, voire archaïques et moyenâgeuses. Les progrès n’ont été observés que dans les centres urbains pendant que dans les campagnes, notamment du sud pachtoune, la politique répressive des talibans, en particulier à l’égard des femmes, s’inscrivant dans les traditions anciennes des villages ruraux afghans, a été bien accueillie et même soutenue.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Les Afghans poussés dans les bras des talibans</strong></h4>
<p>Par ailleurs, les pratiques de l’armée américaine, telles que les bombardements de civils par erreur ou motivés par des soupçons de complicité avec les terroristes, la torture sur la base de Bagram, au nord de Kaboul, et les arrestations arbitraires ont peu à peu poussé les Afghans dans les bras des talibans. Le rejet afghan de greffe américaine a été encore plus marqué dans les régions occupées par les Pachtounes, ethnie iranienne fondatrice de l’Afghanistan moderne, en raison de la marginalisation de ces derniers, pourtant majoritaires dans le pays.</p>
<p class="mise_en_avant">“Aveugles à la réalité du pays et dépourvus de soutien effectif du peuple afghan, les Américains ont été incapables de suivre la réelle progression des talibans à l’extérieur de la région pachtoune”</p>
<p>Aveugles à la réalité du pays et dépourvus de soutien effectif du peuple afghan, les Américains ont alors été incapables de suivre la réelle progression des talibans à l’extérieur de la région pachtoune. Criant victoire trop tôt en 2001, Washington n’avait pas compris que les talibans s’étaient fondus dans la population civile ou réfugiés au Pakistan, dont la ligne est fermement anti-américaine, afin de se restructurer et revenir plus forts.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Reconstruction de l&rsquo;État afghan : un échec</strong></h4>
<p>Enfin, l’échec de la reconstruction de l’État afghan, expliqué notamment par le financement de groupes armés soutenant les troupes occidentales, a participé à la fragmentation politique du pays. Ainsi, en raison de l’absence d’alternative politique aux talibans, l’issue actuelle était prévisible. La vraie guerre qui existait en Afghanistan n’était donc pas celle “du Bien contre le Mal”, comme l’avait déclaré Georges W. Bush, mais bien une guerre entre voisins.</p>
<p class="mise_en_avant">“En raison de l’absence d’alternative politique aux talibans, l’issue actuelle était prévisible. La vraie guerre qui existait en Afghanistan était donc bien une guerre entre voisins”</p>
<p>Une fois ce nouvel échec de guerre constaté, il est nécessaire de se reconcentrer sur la population civile afghane, confrontée au retour de l’obscurantisme dans le pays, afin d’améliorer sa sécurité. Ce départ hâtif de l’armée américaine a par ailleurs laissé sur place des centaines de milliers d’Afghans qui avaient collaboré avec l’armée américaine. L’attentat meurtrier à l’aéroport de Kaboul a mis un terme définitif aux velléités américaines de proroger leur présence au-delà de la date du 31 août en vue d’assurer leur évacuation.<br />
Le sort que les Talibans leur réserveront ne laisse aucun doute.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani et Inès Belkheiri. </strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 01/09/2021.</strong></p>
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		<title>Après l&#8217;Afghanistan, l&#8217;Irak sera-t-il la nouvelle victime d&#8217;un retrait américain ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/apres-lafghanistan-lirak-sera-t-il-la-nouvelle-victime-dun-retrait-americain/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Aug 2021 15:05:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Irak]]></category>
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					<description><![CDATA[Solder les « guerres sans fin » vingt ans après leur initiation est désormais l&#8217;un des principaux objectifs de l&#8217;administration Biden. L&#8217;Irak<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/apres-lafghanistan-lirak-sera-t-il-la-nouvelle-victime-dun-retrait-americain/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-11652 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/000_NIC_2004091614405_b9816e5ecb.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Solder les « guerres sans fin » vingt ans après leur initiation est désormais l&rsquo;un des principaux objectifs de l&rsquo;administration Biden. L&rsquo;Irak connaîtra-t-il donc le sort de l&rsquo;Afghanistan lorsque les troupes américaines quitteront le pays à la fin de l&rsquo;année, comme le président américain l&rsquo;a annoncé fin juillet ? C&rsquo;est en effet une question qui agite les cadres dirigeants irakiens lorsqu&rsquo;ils observent, comme le monde entier, la déroute qui entoure le départ des Américains d&rsquo;un pays où ils sont restés vingt ans sans avoir permis une reconstruction politique durable. Et c’est un euphémisme !</p>
<p>Dans la foulée des attentats du 11 septembre et de l&rsquo;invasion afghane, les Etats-Unis s&rsquo;étaient aussi engagés en Irak en 2003, contribuant à la chute du régime baasiste de Saddam Hussein, mais aussi, comme en Afghanistan, à l&rsquo;installation d&rsquo;une instabilité politique chronique dans le pays. Les Américains avaient pourtant tenté une reconstruction politique de l&rsquo;Irak en redonnant le pouvoir à la majorité chiite opprimée sous le régime de Saddam Hussein, ce qui a cependant contribué à attiser les tensions confessionnelles et engendré deux guerres civiles en dix ans.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui néanmoins, les officiels irakiens savent que le rempart sécuritaire représenté par les forces armées américaines va s&rsquo;effacer, les laissant pratiquement seuls pour assurer la sécurité et la stabilité de leur pays. L&rsquo;Irak a en effet deux menaces à gérer : celle, équivalente aux talibans, représentée par l&rsquo;Etat islamique, certes repoussé d&rsquo;Irak mais toujours influent dans la région, comme l&rsquo;attentat du 26 août à Kaboul a pu le démontrer ; celle également des milices chiites Hachd al-Chaabi, fondées en 2014 dans la foulée de la seconde guerre civile irakienne et très engagées contre Daech, mais dont une partie, pro-iranienne, poursuit un agenda plus proche de Téhéran que de Bagdad. Les dissensions internes entre les groupes nationalistes de Moqtada al-Sadr, rejetant l&rsquo;ingérence iranienne, et les groupes proches de l&rsquo;Iran, ajoutées à la difficulté pour le gouvernement irakien et l&rsquo;Ayatollah Ali Al-Sistani de dissoudre les Hachd al-Chaabi et de les rattacher officiellement aux Forces armées irakiennes, créent un climat de tension permanent mais encore relativement maîtrisé en Irak. Aux yeux du gouvernement du Premier Ministre Mustafa al-Kadhimi, c&rsquo;est bien à la présence militaire américaine que l&rsquo;Irak devrait le maintien de cet équilibre, néanmoins précaire.</p>
<p>En vertu d&rsquo;un accord conclu entre Joe Biden et le Premier ministre irakien, les Etats-Unis ne devraient donc pas abandonner l&rsquo;Irak en rase campagne. Afin de préserver la sécurité du pays, une présence militaire américaine devrait en effet y demeurer, dans le cadre de la coalition internationale montée contre Daech, ou de l&rsquo;OTAN. En outre, les forces américaines poursuivraient leur mission de conseil et de formation de l&rsquo;armée irakienne.</p>
<p>Néanmoins, la comparaison entre les deux contextes, afghan et irakien, comporte des limites. L&rsquo;Etat central irakien reste malgré tout plus solide que son homologue afghan, et dispose précisément des forces des Hachd al-Chaabi pour le protéger des menaces extérieures. Implicitement, c&rsquo;est reconnaître que celles-ci, en démontrant leur efficacité face à Daech, sont devenues indispensables au maintien de la sécurité du pays, et dès lors plus difficiles à contrôler.</p>
<p>Mais si l&rsquo;Irak n&rsquo;est pas l&rsquo;Afghanistan, Bagdad ne pourra néanmoins s&rsquo;exonérer d&rsquo;une prise de position face au bouleversement en cours à Kaboul, qui affectera nécessairement toute la région. Pour l&rsquo;heure pris entre deux feux, la nécessité d&rsquo;user des Hachd al-Chaabi pour assurer sa sécurité et le risque d&rsquo;être débordé par elles, le gouvernement irakien tarde à faire connaître son positionnement face à la situation afghane, alors qu&rsquo;au sein de l&rsquo;opinion publique irakienne, les craintes augmentent de jour en jour. Les minorités sunnites et kurdes, les plus inquiètes face à l&rsquo;éventualité d&rsquo;une contagion du scénario afghan à l&rsquo;Irak, s&rsquo;opposent ainsi de longue date à tout retrait américain du pays, ce qui paverait la voie à une ingérence totale de l&rsquo;Iran. Même si aux yeux de toutes les tendances iraquiennes, quitte à choisir, une hyper présence iranienne serait préférable à l’avènement de Daech.</p>
<p>Une autre différence contextuelle fondamentale reste, selon les analystes, que les Hachd al-Chaabi se garderont de toute action violente sans approbation de la « communauté internationale », et plus précisément des pétromonarchies du Golfe Persique avec lesquelles, malgré eu proximité avec l’Iran, elles entretiennent d&rsquo;étroites relations. L&rsquo;anarchie ne leur serait donc guère profitable, ce qui semblerait exclure toute prise de décision irréfléchie par simple souci d’assurer leur pérennité.</p>
<p>Si les Etats-Unis décident bel et bien de retirer l&rsquo;essentiel de leurs troupes d&rsquo;Irak, il apparaît donc peu probable qu&rsquo;ils disparaissent totalement du paysage irakien. Ce pays-clé, zone-tampon entre la Syrie et l&rsquo;Iran au cœur du Moyen-Orient, reste en effet un des rares pôles de stabilité indispensable à leur stratégie sécuritaire, à la fois pour contenir les visées de groupes terroristes comme Al-Qaïda ou l&rsquo;EI, tout comme les ambitions régionales de l&rsquo;Iran. Quitter le pays serait en donner <em>de facto</em> les clés à la République islamique ce qui, compte tenu de l&rsquo;impasse dans laquelle se trouvent actuellement les négociations sur le nucléaire iranien, est une situation inenvisageable pour les Etats-Unis, incapables d&rsquo;assumer un tel échec après celui de l&rsquo;Afghanistan. Les Américains en outre peuvent s&rsquo;abriter derrière un relatif soutien de la part des Irakiens, notamment sunnites, kurdes et parfois chiites, inquiets des ingérences étrangères de l&rsquo;Iran, et d&rsquo;une expansion territoriale des talibans. Paradoxalement, c&rsquo;est la pluralité des forces politiques, communautaires et sectaires présentes en Irak qui le préserve du risque de voir une seule faction l&#8217;emporter sur les autres. Contrôler le pays impliquerait à la fois l&rsquo;effondrement d&rsquo;un gouvernement soutenu par les Etats-Unis et la communauté internationale, de forces armées aux multiples avatars, et de multiples groupes politiques et ethniques. Rien à voir, donc, avec le scénario qui aura prévalu en Afghanistan.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 29/08/2021.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Retour vers l’enfer des femmes afghanes</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Aug 2021 15:00:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis leur fulgurante victoire du 15 août dernier, à l’issue d’une conquête sans résistance de toutes les provinces afghanes, les<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-11649 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/08/retour-vers-lenfer-des-femmes-afghanes-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Depuis leur fulgurante victoire du 15 août dernier, à l’issue d’une conquête sans résistance de toutes les provinces afghanes, les talibans ont repris les rênes d’un État failli, profitant du retrait accéléré de l’armée américaine. Sur place, les femmes afghanes constituent la population la plus exposée et menacée.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Une débâcle historique</strong></h4>
<p>“Nous ne pouvons pas aller reconstruire chaque pays en crise (…) Ce n’est pas ça, le leadership. C’est la leçon du Vietnam, c’est la leçon de l’Irak, et il faudrait enfin la retenir” proclamait Barack Obama en janvier 2016 à propos de l’Afghanistan. Joe Biden, vice-président de Barack Obama et négociateur du retrait de l’armée américaine, a visiblement retenu la leçon. Pour preuve, les Américains, pressés de clôturer le cycle de guerres commencé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, ont déserté les zones de combat en l’espace de deux mois, laissant même derrière eux du matériel militaire encore viable, aussitôt récupéré par les talibans, qui sont revenus dès qu’ils en ont eu l’occasion sur l’accord initial qui prévoyait la rupture totale avec Al-Qaida et des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan.</p>
<p class="mise_en_avant">“Selon Berlin, c’est la “plus grande débâcle pour l’Otan depuis sa création”. Angela Merkel reconnaît que l’expérience est “amère”, constatant l’échec des renseignements allemands et américains dans l’évaluation de la progression des talibans”</p>
<p>Selon Berlin, c’est la “plus grande débâcle pour l’Otan depuis sa création”. Angela Merkel reconnaît que l’expérience est “amère”, constatant l’échec des renseignements allemands et américains dans l’évaluation de la progression des talibans. Face à une armée régulière afghane minée par la corruption, mal approvisionnée et dépourvue de soutien aérien, les talibans, financés par certains pays du golfe Persique, n’ont pas eu à batailler longtemps pour reprendre le contrôle. Quelques semaines auront suffi pour venir à bout des régiments afghans restants, dont les chiffres des effectifs ont été gonflés par des “bataillons fantômes” afin d’obtenir, ces dernières années, toujours plus d’aides américaines. Le président afghan, Ashraf Ghani, qui avait pourtant promis qu’il allait trouver “une solution politique”, a fini par fuir le pays vers Abu Dhabi.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le fiasco du départ américain</strong></h4>
<p>Prise de vitesse par la chute éclair de la capitale aux mains des talibans et les derniers événements à l’aéroport de Kaboul, Washington, qui n’a négocié aucune garantie de protection des femmes ou plus généralement des civils afghans lors de la signature de leur accord de retrait avec les talibans, tente de limiter les dégâts de cet échec cuisant, retransmis en direct sur les chaînes d’information du monde entier. Les scènes à l’aéroport de Kaboul, où l’on peut voir des centaines de personnes – 80 % de femmes et d’enfants selon l’ONU – se bousculer et tenter de monter à bord des avions occidentaux pour fuir le pays, ont été comparées à l’évacuation de Saigon, à la fin de la guerre du Vietnam.</p>
<p class="mise_en_avant">“Le retrait complet des troupes américaines a été vivement critiqué, les observateurs internationaux arguant que celui-ci aurait dû être partiel, comme en Irak”</p>
<p>Le retrait complet des troupes américaines a été vivement critiqué, les observateurs internationaux arguant que celui-ci aurait dû être partiel, comme en Irak où quelque 2 500 soldats américains ont été laissés sur place en tant que “personnel de service non combattant”. Face aux critiques, Joe Biden, qui avait fixé initialement la date butoir du retrait au 31 août, a récemment déclaré que l’armée américaine pourrait être mobilisée sur place au-delà de cette date afin d’évacuer les derniers civils en danger. Les talibans ont prévenu que leur départ décalé aurait des “conséquences”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Le jeu de dupes des talibans 2.0</strong></h4>
<p>Vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par la coalition menée par les États-Unis à la suite des attentats du World Trade Center, les talibans entendent reconstruire un État axé sur un conseil religieux ayant autorité sur le corps politique et validant les décisions selon leur conformité avec la charia, la loi islamique. Sur un ton se voulant conciliant et rassurant, les ultra-rigoristes, qui veulent obtenir une reconnaissance de la communauté internationale, ont récemment déclaré que “tout le monde est pardonné” et qu’ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes mais “en accord avec les valeurs islamiques”. Cette précision n’est pas sans importance puisqu’elle sous-entend l’application de la charia, augurant un retour de leur gouvernance brutale et oppressive en cours entre 1996 et 2001, marquée par les exécutions, coups de fouet et lapidations des épouses adultères sur la place publique, et parfois même dans des stades, la censure quotidienne, l’interdiction de scolarisation des filles, la mise en place des mahrams, chaperons masculins escortant les femmes dans la rue, la burqa obligatoire, l’exécution publique des meurtriers et des homosexuels.</p>
<p class="mise_en_avant">“Les ultra-rigoristes, qui veulent obtenir une reconnaissance de la communauté internationale, ont récemment déclaré qu’ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes mais “en accord avec les valeurs islamiques”</p>
<p>Le discours actuel des talibans sonne d’autant plus faux que depuis leur retour au pouvoir, partout dans les rues, les devantures des salons de beauté qui ont fleuri ces dernières années et les affiches représentant des visages féminins, maquillés ou non, ont été repeintes ou recouvertes. Car désormais, les images des femmes dans l’espace public sont prohibées. Alors qu’un des dirigeants des talibans, le mollah Baradar, a mis en garde les femmes : “Vous serez en sécurité, mais vous devez cacher vos visages, cacher vos yeux. Vous pouvez aller travailler, nous pardonnons à tout le monde… Mais si l’on vous voit avec les ongles des mains ou des pieds vernis, si l’on vous voit les lèvres maquillées, alors on sera en colère, on va tout couper et on va tout jeter. Faites attention”. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a quant à lui affirmé que le travail des femmes serait autorisé et que la burqa – couvrant entièrement le corps et le visage dont les yeux – ne serait plus obligatoire, les femmes devant revêtir un simple voile pour couvrir cheveux et corps. Le discours dissonant au sein de leurs propres rangs confirme ainsi un peu plus le futur sombre qui attend les femmes afghanes.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Un pas en avant, deux pas en arrière pour les femmes afghanes</strong></h4>
<p>Sous le bruit des balles et des dernières salves d’avions évacuant les plus chanceux et les plus fortunés vers l’étranger, le reste des femmes, en particulier celles qui sont instruites, savent qu’elles sont en danger de mort. Aspirant à un avenir meilleur, la jeune génération de femmes a grandi en écoutant les histoires horrifiantes de leurs aînées, leur ôtant ainsi toute candeur quant à la situation actuelle. Beaucoup de femmes ont donc brûlé ou caché leurs diplômes et se sont résolues à rester cloîtrées chez elles. Notons que la brutalité du changement se fera nettement davantage ressentir dans la vie des femmes des villes qui ont investi avec brio de nombreux domaines ces dernières années (journalisme, politique, art, médecine, télévision, enseignement) – même si le taux de scolarisation des femmes n’a jamais dépassé les 50 %. En effet, dans les campagnes afghanes, sous le contrôle des talibans depuis des années, le progrès a été plus difficile. Celles qui ont acquis très lentement des droits au sein d’une société résolument traditionnelle et patriarcale, même sans talibans au pouvoir, ont vu les nouveaux maîtres des lieux réduire à néant les progrès accomplis.</p>
<p class="mise_en_avant">“ Beaucoup de femmes ont brûlé ou caché leurs diplômes et se sont résolues à rester cloîtrées chez elles”</p>
<p>Depuis quelques jours, alors que Suhail Shaheen, un autre porte-parole du groupe, avait tweeté que le droit à l’éducation des filles serait protégé, sur le terrain, la réalité est toute autre. Les femmes n’ont en effet plus le droit de faire des trajets seules, ont été interdites d’accès à l’université et à leur travail, à l’instar de la présentatrice de télévision Shabnam Dawran qui ne peut plus accéder aux bâtiments de la chaîne publique RTA, contrairement à ses collègues masculins, pour qui rien n’a changé. À Hérat, dans l’ouest du pays, des signes noirs ont été apposés sur les maisons des femmes journalistes et militantes des droits des femmes. Outre la peur de se faire assassiner pour les plus indépendantes et modernes d’entre elles, les femmes afghanes craignent que les enlèvements et les mariages forcés de filles pré-pubères, des veuves et des célibataires à des hommes talibans recommencent comme sous leur ancien régime. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, a déclaré qu’“il est particulièrement horrifiant et déchirant de voir que les droits durement acquis par les filles et les femmes afghanes sont en train de leur être enlevés”.</p>
<h4 class="inter-titre"><strong>Des réactions internationales partagées</strong></h4>
<p>Aussitôt la chute de Kaboul annoncée, la Russie et la Chine, deux des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ont annoncé être ouvertes à la reconnaissance du régime taliban. Les États-Unis et leurs alliés européens ont quant à eux déclaré qu’une reconnaissance de leur part serait subordonnée au respect des droits humains pour les populations civiles, et se sont dits “profondément inquiets” de la situation des femmes en Afghanistan, exhortant les talibans à éviter “toute forme de discrimination et d’abus”. Des manifestations ont eu lieu partout dans le monde en soutien aux femmes afghanes. Côté français, l’Élysée a déclaré que “cette crise géopolitique concerne l’Afghanistan, mais aussi la stabilité de la région tout entière et du monde”. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a assuré que la France serait “au rendez-vous” et honorerait “son devoir de solidarité et d’humanisme” tout en rappelant que l’accueil éventuel de réfugiés serait coordonné au niveau européen et international. L’opération militaire française “Apagan” lancée le 15 août a déjà permis de rapatrier un millier de civils en danger.</p>
<p class="mise_en_avant">“Côté français, l’Élysée a déclaré que “cette crise géopolitique concerne l’Afghanistan, mais aussi la stabilité de la région tout entière et du monde”</p>
<p>Ainsi, il semblerait qu’aussitôt les caméras des médias internationaux détournées, les femmes afghanes risquent de se retrouver emmurées vivantes dans leur propre pays, à la merci des talibans indéniablement plus puissants, plus riches et plus dangereux que jamais. Reste à savoir si les réactions des puissances et les soutiens internationaux déployés seront à la hauteur de la crise.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico le 25/08/2021.</strong></p>
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		<title>Quel avenir pour l&#8217;Afghanistan de nouveau livré au chaos ?</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/quel-avenir-pour-lafghanistan-de-nouveau-livre-au-chaos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Aug 2021 14:42:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[La chute de Kaboul, qui a redonné les clés de l&#8217;Afghanistan aux talibans à moins d&#8217;un mois du vingtième anniversaire<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/quel-avenir-pour-lafghanistan-de-nouveau-livre-au-chaos/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
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<p>La chute de Kaboul, qui a redonné les clés de l&rsquo;Afghanistan aux talibans à moins d&rsquo;un mois du vingtième anniversaire des attentats du 11 septembre, suscite panique et inquiétude et aura de nombreuses implications sur l&rsquo;équilibre non seulement de l&rsquo;Asie centrale, mais aussi de la scène géopolitique mondiale. L&rsquo;Afghanistan, ce pays montagneux « coincé » entre l&rsquo;Iran et le Pakistan, jamais véritablement conquis par ses envahisseurs, reste un défi pour les analystes, et son retour dans le giron d&rsquo;un mouvement fondamentaliste musulman pose naturellement de multiples problématiques qui auront des répercussions bien au-delà de ses frontières, et sans doute pour longtemps.</p>
<p>Le 15 août 2021 acte en premier lieu la disparition du leadership américain sur la scène internationale. Au terme de 20 ans de présence en Afghanistan et près de 2000 milliards de dollars d&rsquo;investissements versés en pure perte, la plus longue guerre menée par les Etats-Unis s&rsquo;achève par une victoire des talibans, une honte qui entache définitivement l&rsquo;image de la première puissance mondiale. Qui désormais, craindra ou fera confiance aux Américains ? Ce manque de fiabilité n&rsquo;est cependant pas nouveau, et à cet égard, la classe politique américaine, et plus particulièrement les Républicains, qui conspuent Joe Biden, a naturellement la mémoire courte ou sélective. Quelques jours avant sa décision d&rsquo;abandonner ses alliés kurdes en Syrie face à l&rsquo;offensive turque d&rsquo;octobre 2019, Donald Trump tweetait « <em>Intervenir au Moyen-Orient fut la pire décision de l&rsquo;histoire des Etats-Unis</em> », phrase qui vaut bien sûr dans son esprit pour l&rsquo;Asie centrale et toutes ces « guerres sans fin » qu&rsquo;il souhaitait voir achever. Le président républicain, volontiers oublieux, ose aujourd&rsquo;hui rejeter sur Joe Biden la responsabilité du retrait des troupes, quand le président démocrate aura eu la malchance d&rsquo;être celui qui finaliserait une décision prise par ses deux prédécesseurs. Malheureusement, comme le résumait le <em>New York Times</em> au milieu du concert de critiques dont il fait l&rsquo;objet, « <em>que l&rsquo;on trouve cela juste ou injuste, l&rsquo;Histoire retiendra que Joe Biden est celui qui a présidé à la conclusion humiliante de l&rsquo;expérience américaine en Afghanistan </em>».</p>
<div id="smilewanted-infeed-ad"> L&rsquo;épilogue de la présence américaine en Afghanistan rappelle donc deux choses. D&rsquo;abord, qu&rsquo;aucune puissance étrangère ne peut dominer ou conquérir l&rsquo;Afghanistan. De l&rsquo;épopée d&rsquo;Alexandre le Grand à l&rsquo;invasion soviétique de 1979, en passant au XIXème siècle par « le Grand Jeu » entre les Empires russe et britannique et les guerres anglo-afghanes qui ont ravagé les armées du Raj, jusqu&rsquo;à l&rsquo;échec américain, l&rsquo;Histoire l&rsquo;atteste avec un surprenant systématisme. Les Etats-Unis, s&rsquo;ils s&rsquo;y étaient penchés davantage, auraient peut-être pu anticiper et s&rsquo;éviter de nombreux désastres.</div>
<p>Ensuite, cette fin de partie souligne que l&rsquo;Histoire contemporaine ne conserve finalement nulle trace d&rsquo;un retrait politique ou militaire « propre ». La fin du Raj britannique en 1947, qui a donné lieu à la Partition des Indes et à la création de l&rsquo;Inde et du Pakistan modernes, a soldé en cinq mois près de deux siècles de présence anglaise, laissant deux pays nouveaux-nés en proie au plus sanglant déplacement de populations du XXème siècle. Le départ des Britanniques de Palestine en 1948, permettant la création de l&rsquo;Etat hébreu mais plantant aussi les racines du conflit israélo-palestinien, a accusé la même précipitation. En 1962, c&rsquo;est dans l&rsquo;urgence et la panique que les Français d&rsquo;Algérie ont dû plier bagages pour la métropole, préférant l&rsquo;humiliation à la mort. Il est navrant de constater qu&rsquo;aucune démocratie occidentale ne semble avoir appris des erreurs du passé, au point de présenter encore et toujours une confondante amnésie.</p>
<div></div>
<p>La déroute de l&rsquo;armée afghane, supposément formée et équipée par les Etats-Unis, en réalité victime de nombreuses faiblesses systémiques et d&rsquo;effectifs bien en-deçà des chiffres officiels, témoigne en second lieu de l&rsquo;inanité d&rsquo;un gouvernement afghan inapte, failli et lâche au point d&rsquo;abandonner son pays au chaos, à l&rsquo;image de son président Ashraf Ghani. Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a ainsi dénoncé, comme pour exonérer les Etats-Unis, l&rsquo;absence de leadership du gouvernement afghan, estimant qu&rsquo; « <em>on peut financer, former, conseiller et assister, mais qu&rsquo;on ne peut pas acheter la force de caractère</em> ». Néanmoins, et même si selon Joe Biden, la mission des Etats-Unis, « <em>n&rsquo;a jamais été de construire une nation, ni une démocratie centralisée </em>» &#8211; ce qui est emprunt d&rsquo;hypocrisie compte tenu des prétentions que les Américains ont longtemps affichées en la matière &#8211; force est de constater qu&rsquo;en vingt ans, la première puissance mondiale n&rsquo;a guère encouragé les Afghans à se saisir du destin de leur pays et à se doter d&rsquo;une classe politique compétente. Conscients des responsables de leur situation, les Afghans conspuent à la fois un gouvernement et son allié qui les ont « <em>vendus et trahis </em>».</p>
<p>Quel destin s&rsquo;ouvre dès lors pour l&rsquo;Afghanistan livré aux talibans ? La terreur qui a saisie la population afghane, fuyant éperdument son propre pays, est un indicateur sans équivoque. Contrairement aux Américains, les talibans n&rsquo;ont pas perdu leur temps durant ces deux dernières décennies. De nombreux commandants sont passés par des universités britanniques, parlent un anglais parfait, sont rompus aux techniques de la diplomatie et veulent se présenter comme des dirigeants politiques compétents. Ils entretiennent déjà des relations diplomatiques avec Pékin et Moscou, rares capitales à avoir conservé leur ambassade à Kaboul. La question des relations avec l&rsquo;Occident reste pour l&rsquo;heure en suspens, notamment avec les Américains, qui ont prévenu qu&rsquo;ils n&rsquo;établiraient aucun dialogue avec un gouvernement qui ne respecterait pas les droits de l&rsquo;Homme.</p>
<p>Les talibans se veulent rassurants et préoccupés du seul Afghanistan&#8230; Mais il reste néanmoins difficile d&rsquo;être dupe d&rsquo;un mouvement qui, loin d&rsquo;être un parti politique, est avant tout motivé par une idéologie islamiste ultra rigoriste et la fondation d&rsquo;un émirat islamique fondé sur la charia. L&rsquo;avenir des libertés publiques, des femmes, et de toute une génération née en même temps que la démocratie afghane en 2001, est évidemment déjà en sursis. Celui de l&rsquo;équilibre régional et même international, face aux risques d&rsquo;une résurgence du terrorisme islamiste en Asie centrale et au-delà, l&rsquo;est tout autant.</p>
<p>La seule puissance régionale la plus indiquée pour favoriser un retour de la paix en Afghanistan reste l&rsquo;Iran, qui en plus de sa proximité culturelle et linguistique avec son voisin a tout à gagner à le stabiliser pour des questions de sécurité intérieure, de potentiel économique et bien sûr d&rsquo;équilibre géopolitique de l&rsquo;Asie centrale. Mais l&rsquo;aide extérieure ne palliera pas à l&rsquo;essentiel, à savoir l&rsquo;organisation d&rsquo;une véritable résistance de la part du peuple afghan. Ahmad Massoud, fils du « Lion du Panjshir » assassiné il y a bientôt vingt ans par Al-Qaïda, appelait dès le lendemain de la chute de Kaboul ses compatriotes à l&rsquo;insurrection et à le rejoindre dans son combat contre les talibans, tout en suppliant aussi les puissances occidentales à aider son pays&#8230; Pourtant, quelques jours plus tard, poussé par l&rsquo;évidence face au dénuement des combattants de la dernière zone libre d&rsquo;Afghanistan, il acceptait déjà l&rsquo;éventualité de négociations avec les talibans.</p>
<div></div>
<p>Il est plus que temps que le combat pour un Afghanistan libre demeure enfin entre les mains des Afghans eux-mêmes. Les multiples mouvements de révolte apparus à travers le pays, et la détermination profonde de ceux qui tiennent à rester libres, laissent déjà présager de grandes difficultés pour les talibans, en plus d&rsquo;une reconnaissance internationale qui n&rsquo;ira pas de soi.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 22/08/2021.</strong></p>
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		<title>Vague d’assassinats terroristes contre les afghanes engagées</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/vague-dassassinats-terroristes-contre-les-afghanes-engagees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Mar 2021 17:11:25 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-8216 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/03/vague-dassassinats-terroristes-contre-les-afghanes-engagees-826x459-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/03/vague-dassassinats-terroristes-contre-les-afghanes-engagees-826x459-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/03/vague-dassassinats-terroristes-contre-les-afghanes-engagees-826x459-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2021/03/vague-dassassinats-terroristes-contre-les-afghanes-engagees-826x459.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Depuis quelques mois, l’Afghanistan est le théâtre d’assassinats ciblant des personnalités connues et moins connues de la vie civile et plus particulièrement les jeunes femmes.</p>
<p><strong> </strong><strong>Vague de meurtres ciblés de jeunes femmes</strong></p>
<p>Depuis quelques années en Afghanistan, des journalistes, des religieux, des hommes politiques et militants des droits de l’Homme sont la cible d’attaques terroristes meurtrières au sein du pays. Les membres des forces de l’ordre ont également été victimes d’assassinats à Kaboul notamment par l’installation de mines placées sur les bords de route. Cependant, ces derniers mois, les jeunes femmes afghanes occupant des hauts postes ou des positions clés dans le monde de l’information ou de la justice semblent faire l’objet d’une attention accrue des terroristes. Le 4 mars dernier, à Jalalabad, ville située à l’est de Kaboul, une femme médecin a été victime d’un attentat à la voiture piégée. Quelques jours plus tôt, trois jeunes femmes afghanes, journalistes, âgées de 20 à 25 ans travaillant pour Enikass-TV, une chaîne de télévision locale, ont été abattues dans des lieux séparés, dans le cadre d’attaques coordonnées. Une quatrième jeune femme a été gravement blessée mais n’a pas péri dans l’attaque. Quelques mois plus tôt, une présentatrice âgée de 26 ans avait également été abattue au volant de sa voiture. En janvier 2021, deux femmes juges auprès de la Cour suprême afghane avaient été tuées par balle à Kaboul par deux hommes affiliés à des groupes terroristes. La Cour suprême était déjà dans le collimateur des groupes terroristes depuis quelques mois déjà puisque celle-ci avait déjà essuyé un attentat suicide en février 2017, visant une foule d’employés, qui avait engendré une vingtaine de morts et plus du double de blessés. 200 femmes juges travaillent actuellement dans cette institution. Certains attentats ont été revendiqués par les Talibans, principal groupe terroriste en Afghanistan ou encore par Daech. L’Afghanistan détient d’ailleurs depuis 2018 le record macabre du nombre de morts liés aux attentats avec environ 7000 morts par an, passant devant l’Irak.</p>
<p><strong> </strong><strong>Un regain de violence coïncidant avec la fin d’une guerre interminable avec les États-Unis</strong></p>
<p>L’Afghanistan est dans l’œil du cyclone américain depuis les attentats du 11 septembre 2001 revendiqués par Al-Qaeda. En plus des guerres contre les pays de l’ <em>« axe du mal »</em> (expression de Georges W. Bush à la suite de l’effondrement des deux tours jumelles), correspondant à l’Irak sous le régime de Saddam Hussein, l’Iran et la Corée du Nord, les États-Unis ont également mené une guerre à et en l’Afghanistan de 2001 à 2014. S’embourbant dans ce conflit interminable, l’administration Trump a initié le début de la fin de la guerre en janvier 2020 en signant un accord avec les Talibans qui a entériné un retrait complet des troupes américaines d’ici mai 2021, en échange de la stabilisation de la région forcée. La présence des forces américaines en Afghanistan se situe aujourd’hui à 2500 hommes, chiffre au plus bas depuis les attentats du 11 septembre 2001. L’OTAN en revanche, qui a toujours 6500 soldats en place dans la région, a déclaré qu’elle n’avait pas encore décidé le retrait de ses troupes comme cela était prévu dans le cadre de l’accord négocié entre les Talibans et l’administration Trump. Profitant de la réduction d’effectif américain et de l’incertitude planant dans le pays depuis quelques mois, les terroristes se sont engouffrés dans la brèche d’instabilité pour semer le chaos dans un pays fragilisé par 40 ans de luttes inter-afghanes, au milieu des conflits entre les Soviétiques, les Américains et les alliés dont la France. Ainsi, les terroristes présents sur le sol afghan attaquent les forces armées et la population civile quasiment quotidiennement depuis quelques mois. En 2020, plus de 18 000 attaques ont été perpétrées par les Talibans selon les renseignements afghans. Ce regain de violence est observable très nettement malgré les négociations de paix qui ont lieu en parallèle entre le gouvernement afghan et les Talibans au Qatar qui joue le rôle de médiateur. Les pourparlers sont en effet dans l’impasse tant les modalités de l’après-guerre américaine sont complexes à déterminer. L’administration Biden a quant à elle gelé toute décision pour se laisser le temps d’évaluer la situation actuelle et les solutions possibles. Joe Biden devra rapidement décider si l’accord signé par son prédécesseur restera en vigueur ou si les termes devront changer. Du côté de l’Afghanistan, la colère gronde au sein du peuple qui critique l’incapacité du gouvernement à endiguer la vague d’assassinats. Toutefois, le gouvernement afghan se veut rassurant. Le président afghan, Ashraf Ghani, a déclaré que <em>« L’Afghanistan n’est pas le Vietnam », </em>que n’est pas un<em> « gouvernement qui s’effondre »</em>, et qu’il ne craint nullement une prise de pouvoir militaire par les Talibans.</p>
<p>Reste à voir s’il a raison !</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani.</strong></p>
<p><strong>Paru dans Le Nouvel Economiste du 10/03/2021. </strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L’Accord de paix de Doha : le chemin vers l’enfer est pavé de bonnes intentions</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/laccord-de-paix-de-doha-le-chemin-vers-lenfer-est-pave-de-bonnes-intentions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2020 19:05:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
		<category><![CDATA[Doha]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
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					<description><![CDATA[En Afghanistan, une guerre sans fin a commencé il y a presque deux décennies lorsque les États-Unis ont occupé le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/laccord-de-paix-de-doha-le-chemin-vers-lenfer-est-pave-de-bonnes-intentions/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright size-medium wp-image-5700" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/000_1IJ3QI-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/000_1IJ3QI-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/000_1IJ3QI-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2020/03/000_1IJ3QI.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" />En Afghanistan, une guerre sans fin a commencé il y a presque deux décennies lorsque les États-Unis ont occupé le pays, au lendemain du 11 septembre 2001, après les attaques terroristes perpétrées par des membres d&rsquo;Al-Qaïda. Ces derniers avaient été hébergés par les talibans. Donald Trump avait fait campagne pour mettre fin à ces « guerres sans fin » et a fait, de la conclusion d&rsquo;un accord avec les talibans, une de ses priorités de politique étrangère de sa campagne de réélection de 2020.</p>
<p>Or, coup de théâtre, hier samedi, un accord historique visant à mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis a été signé à Doha au Qatar. Cet accord qui a été régularisé en la présence du secrétaire d&rsquo;État Mike Pompeo, l&rsquo;envoyé spécial américain Zalmay Khalilzad et le chef politique des talibans, Mollah Abdul Ghani Baradar permet le retrait des troupes américaines d&rsquo;Afghanistan. En contrepartie, les talibans s’engagent à ne plus autoriser que le territoire Afghan puisse être utilisé par des terroristes pour attaquer les intérêts américains. En dépit de l’espoir que suscite cet accord, le chemin qui reste à parcourir pour atteindre la paix dans ce pays reste long. Avant tout, il s’agira pour les Talibans d’entamer des pourparlers avec le gouvernement du Président Ghana.<br />
Cet accord de Doha a été signé uniquement après un accord de « réduction de la violence » d’une semaine qui prévoyait une trêve partielle. Un cessez-le-feu complet devra suivre à l’issue des négociations intra-afghanes qui devront débuter le 10 mars prochain. L&rsquo;accord prévoit également que les États-Unis devront lever leurs sanctions à l’encontre des Talibans et soumettre une résolution devant l’organisation des Nations Unies portant sur la levée des sanctions du Conseil de sécurité contre les Talibans.<br />
Les stipulations de l’accord prévoient, de surcroit, que Washington devra réduire, dans un délai de 135 jours, le nombre de 12 000 soldats américains actuellement en Afghanistan à 8 600. L’accord prévoit aussi que les troupes américaines restantes ne seront engagées que dans le combat contre des groupes terroristes tels qu&rsquo;Al-Qaïda ou encore l&rsquo;Etat islamique. En plus de la présence militaire américaine, il convient de rappeler que l’OTAN compte environ 16 000 soldats en Afghanistan. Ces troupes devront également graduellement se retirer du territoire Afghan.</p>
<p>L&rsquo;accord prévoit en outre, en cas de respect de leurs engagements par les talibans, un retrait total des troupes américaines dans un délai de 14 mois. Les Talibans ont également pris l’engagement de ne pas coopérer avec les groupes ou les individus qui menacent les États-Unis.</p>
<p>Cet accord marque également le commencement des pourparlers visant à réconcilier les talibans avec le gouvernement légitime afghan du Président Ghani. Une libération de prisonniers a été également prévue et devra servir de marque de bonne volonté de la part des uns et des autres avant le début des pourparlers intra-afghans. Ainsi les talibans libèreront environ 5000 militaires gouvernementaux et ce dernier, en contrepartie libèrera 1000 combattants Talibans. Cette libération effective interviendra dans un délai de trois mois à compter du 10 mars, date du début des pourparlers inter-afghans.<br />
Ces discussions inter-afghans ne manqueront pas de s’avérer particulièrement difficile du fait de la répulsion des talibans à s&rsquo;asseoir à une même table avec les représentants d’un gouvernement qu&rsquo;ils n’ont cessé de qualifier de marionnette des États-Unis. Par ailleurs, les contestations qui ont suivi les élections afghanes de septembre 2019 vont encore compliquer l’entente à venir. En effet, alors qu’il y a peu, le président Ashraf Ghani a été déclaré vainqueur, son principal rival, Abdullah Abdullah, conteste toujours les résultats des élections. Ce dernier a même revendiqué la victoire tout en promettant de former son propre gouvernement.<br />
Une déclaration commune a clôturé la cérémonie de signature. Cette déclaration conjointe affirme que les États-Unis et le gouvernement afghan sont « déterminés à travailler ensemble pour parvenir à un accord de paix global et durable qui met fin à la guerre en Afghanistan au profit de tous les Afghans et contribue à la stabilité régionale et à la sécurité mondiale ».<br />
Ce qui est certain c’est que l&rsquo;intégration des talibans dans le gouvernement, pour le cas où ils interviendraient, signifiera un recul certain des droits des femmes et des autres minorités dont les chiites et Tadjiks persanophone.</p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 01/03/2020.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Les sombres et nombreuses leçons des « Afghanistan Papers »</title>
		<link>https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-sombres-et-nombreuses-lecons-des-afghanistan-papers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ardavan Amir-Aslani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Dec 2019 08:05:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
		<category><![CDATA[Géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Afghanistan]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantico]]></category>
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					<description><![CDATA[Cinquante ans après les « Pentagon Papers », déjà révélés en 1971 par le Washington Post à propos des mensonges sur le<a href="https://www.ardavan-amir-aslani.com/les-sombres-et-nombreuses-lecons-des-afghanistan-papers/" class="small">&#160; ... <i class="fa fa-arrow-circle-right"></i></a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-4283 aligncenter" src="http://www.amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/063_1189657260-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" srcset="https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/063_1189657260-300x167.jpg 300w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/063_1189657260-150x83.jpg 150w, https://www.ardavan-amir-aslani.com/wp-content/uploads/2019/12/063_1189657260.jpg 900w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p>Cinquante ans après les « Pentagon Papers », déjà révélés en 1971 par le <i>Washington Post</i> à propos des mensonges sur le déroulement de la guerre du Vietnam, les quelques 2000 pages révélées à nouveau par le célèbre quotidien d&rsquo;investigation américain sur la guerre d&rsquo;Afghanistan le 9 décembre dernier, pouvaient-ils être surprenantes ? Les milliers de documents obtenus par le journal au nom du <i>Freedom of information Act, </i>contenant près de 600 témoignages d&rsquo;officiels américains, civils et militaires, sont à eux seuls une sombre et magistrale démonstration des multiples conséquences de l&rsquo;absence de morale en politique et du manque de discernement.</p>
<p>« Une guerre sans fin » de 18 ans, 2300 soldats américains tués et 20 500 autres blessés sur les 775 000 déployés (plus d&rsquo;un demi-million!), des victimes incalculables du côté afghan, et près de mille milliards de dollars dépensés&#8230; Dans quel but ? Selon l&rsquo;analyse du quotidien américain, la réponse est insondable. Lancée en 2001 en réponse aux attentats du 11 septembre, la guerre d&rsquo;Afghanistan est rapidement devenue un conflit sans objectif précis, « ingagnable » au fil des années, dont les échecs ont été déguisés en succès par trois administrations successives, républicaines (avec George W. Bush et Donald Trump) comme démocrate (avec Barack Obama) pour la seule préservation de l&rsquo;image des Etats-Unis auprès de leur population comme à l&rsquo;étranger.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les « Afghanistan Papers » sont en quelque sorte l&rsquo;anti-manuel de guerre, une réponse absurde au magistral <i>De la guerre </i>de Clausewitz. Car si la guerre « propre » est une utopie inatteignable, il existe néanmoins des règles qui régissent le déclenchement des conflits : identifier clairement l&rsquo;ennemi ainsi que l&rsquo;objectif de la guerre, ce qui permet de déterminer une stratégie de combat, mais aussi de savoir quand la victoire – donc l&rsquo;objectif &#8211; est atteinte et de savoir comment gérer l&rsquo;après-guerre – donc gérer la défaite de l&rsquo;ennemi sur le terrain.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Certaines citations, issues des milliers d&rsquo;entretiens réalisés avec des responsables politiques par l&rsquo;Autorité de surveillance chargée de la reconstruction de l&rsquo;Afghanistan entre 2014 et 2018, sont édifiantes quant à la désillusion et l&rsquo;absence totale de stratégie réfléchie qui se sont rapidement révélées aux yeux même de ceux qui ont voulu cette guerre en Afghanistan.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Ainsi Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense connu pour sa vision manichéenne des rapports de force, qui dit n&rsquo;avoir <i>« aucune visibilité sur l’identité des “méchants” » ; </i>ou encore Douglas Lute, un général chargé du suivi du conflit sous les administrations Bush et Obama : «  <i>On n’avait pas la moindre idée de ce qu’on était en train de faire. On était dépourvu de toute compréhension de l’Afghanistan ; on ne savait pas ce qu’on faisait.</i> » Dix-huit années durant, l&rsquo;ennemi à combattre est ainsi resté dans le flou intégral : les Américains se sont demandés s&rsquo;ils combattaient Al-Qaïda, les talibans, le Pakistan voisin de l&rsquo;Afghanistan, ou des seigneurs de guerre armés et payés depuis le début des années 1980 par la CIA. <span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Quant à l&rsquo;objectif – imposer un gouvernement démocratique, aider à la création de l&rsquo;armée afghane, réduire à néant la corruption et le trafic d&rsquo;opium – il témoigne avant tout d&rsquo;une méconnaissance totale du pays envahi, de ses habitants et de sa culture, ce dont les officiels américains ont été rapidement conscients : « <i>Notre objectif de créer un gouvernement central fort était idiot car les Afghans n’ont pas une histoire avec un tel gouvernement. Cela aurait demandé cent ans, un temps que nous n’avions pas</i> », explique ainsi un membre du secrétariat d’Etat. Les mille milliards de dollars dépensés ont bien plus accru la corruption qu&rsquo;ils n&rsquo;ont permis de l&rsquo;endiguer. Ils ont même largement contribué à faire du gouvernement d&rsquo;Hamid Karzaï « <i>une kleptocratie dès 2006 </i>». Une réalité que les Américains ont « <i>préféré ne pas voir </i>», selon Christopher Kolenda, colonel envoyé à plusieurs reprises en Afghanistan, pourtant néfaste pour leur stratégie sur place et potentiellement favorable aux talibans.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>La phrase la plus terrible est peut-être encore une fois de Douglas Lute : « <i>Si l&rsquo;opinion publique connaissait l&rsquo;ampleur des dysfonctionnements&#8230;</i> » Précisément, l&rsquo;opinion publique n&rsquo;en a rien su, parce qu&rsquo;il fallait à tout prix maîtriser l&rsquo;information et préserver l&rsquo;image des Etats-Unis, tant auprès de leur propre population qu&rsquo;à l&rsquo;étranger.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les « Afghanistan Papers » brisent, s&rsquo;il en était encore besoin, la confiance que l&rsquo;on peut porter aux Etats-Unis, et permettent surtout de s&rsquo;interroger sur les ressorts moraux des politiques de nos dirigeants. Car ce qui choque le plus dans l&rsquo;histoire du «<i> plus long conflit armé de l&rsquo;histoire de l&rsquo;armée américaine</i> », ce sont bien sûr les mensonges qui l&rsquo;entourent. Pendant 20 ans, la première puissance militaire du monde a menti sur l&rsquo;ampleur du fiasco que son armée subissait en Afghanistan, manipulant les statistiques sur l&rsquo;étendue réelle du territoire maîtrisé, sur le nombre de soldats afghans formés – ce qui devait à terme permettre le départ des militaires américains – et sur l&rsquo;ampleur des violences.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le titre du <i>Washington Post</i>, « <i>une guerre menée contre l&rsquo;idée même de vérité</i> », n&rsquo;est pas choisi au hasard : le mensonge, le <i>story-telling</i>, sont devenus la première des nécessités au seul service, non pas d&rsquo;un objectif à atteindre ou d&rsquo;une victoire, mais de la préservation d&rsquo;une image. Le fait que trois administrations américaines successives aient fait perdurer ce mensonge – quoi qu&rsquo;en dise Donald Trump résolu à mettre fin aux « <i>guerres sans fin</i> » &#8211; est l&rsquo;illustration même du manque de courage politique. Cette leçon-là est odieusement cruelle dans la guerre, mais le fait s&rsquo;observe au quotidien, dans de nombreuses stratégies politiciennes qui vident l&rsquo;action publique de toute signification, de toute efficacité sur le réel, et expliquent la défiance croissante des peuples envers leurs dirigeants.</p>
<p>On ne peut déclencher une guerre impunément, et cette leçon devrait présider aux tentations d&rsquo;allumer de nouveaux conflits, notamment au Moyen-Orient. Un gouvernement peut-il engager un pays, des hommes et des femmes, dans un conflit qui causera des milliers de victimes des deux côtés, en mentant délibérément à ses concitoyens sur les objectifs et les chances de succès ? Un gouvernement peut-il être immoral sans que cela ne le fragilise à long terme ?<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Malheureusement, en ce qui concerne du moins les Etats-Unis, la réponse n&rsquo;est pas évidente. La leçon la plus sombre des « Afghanistan Papers », c&rsquo;est celle soulignée par l&rsquo;éditorialiste Ross Douthat du <i>New York Times </i>: « <i>Le mensonge nous a fait rester en Afghanistan, mais la vérité ne nous libérera peut-être pas. </i>» Alors qu&rsquo;en 1971, les « Pentagon Papers » avaient contribué au retrait anticipé des troupes du Vietnam, les nouvelles révélations du <i>Washington Post </i>se sont heurtées à la surprenante apathie de l&rsquo;opinion publique américaine. Comme si, observe le journaliste, « <i>les Américains s&rsquo;étaient habitués à vivre avec des guerres sans fin</i> ». Ou bien avec leur propre désillusion quant à la possibilité de voir un jour un gouvernement responsable présider aux destinées de leur pays.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Par Ardavan Amir-Aslani. </strong></p>
<p><strong>Paru dans l&rsquo;Atlantico du 21/12/2019. </strong></p>
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